En grammaire française, la forme de l'adjectif qualificatif varie en fonction du genre et de nombre.

À l'instar de ce qui se passe pour le nom, les règles de morphologie flexionnelle des adjectifs entraînent certains artifices orthographiques et quelques changements de prononciation.

Genre de l'adjectif Généralités Les règles de formation du féminin des adjectifs sont analogues à celles qui régissent ce phénomène chez les noms. On forme donc le féminin de l'adjectif en ajoutant un « e » au masculin : Petit / petite ; grand / grande ; fin / fine ; étonnant / étonnante ; poli / polie…

En conséquence, si au masculin l'adjectif est déjà terminé par un « -e », il ne change pas au féminin : Aimable, bilingue, calme, électrique, habile, honnête, mauve, tendre, utile… On notera par ailleurs, que la syllabe finale est susceptible d'être modifiée : Les consonnes finales muettes au masculin peuvent se prononcer au féminin à la faveur de l'ajout du « e » : Petit / petite ; grand / grande ; étonnant / étonnante ; gris / grise… Plus généralement, la prononciation de la syllabe finale peut être modifiée à la faveur de l'ajout du « e » : Brun / brune ; fin / fine ; opportun /opportune ; persan / persane… Les adjectifs en « -er », forment leur féminin en « -ère » : Amer / amère ; cher / chère ; entier / entière ; fier / fière ; léger / légère ; printanier / printanière… Aménagements divers : Aigu / aiguë [aigüe] ; long / longue ; oblong / oblongue ; touareg / touarègue ; blanc / blanche ; roux / rousse ; doux / douce ; neuf / neuve ; vif / vive...

Ce principe nous permettra d'opérer une triple distinction entre les adjectifs manifestant l'opposition des genres : à l'écrit : adjectifs terminés au masculin par une voyelle (ex : joli / jolie) ; à l'oral et à l'écrit : adjectifs terminés par une consonne (ex : petit / petite) ; ni à l'oral ni à l'écrit : adjectifs terminés par « -e » (ex : utile,jeune) ou obtenus par dérivation impropre (ex : marron, bien). On dit de ces adjectifs qu'ils sont épicènes.

Adjectifs terminés par une voyelle

Les adjectifs terminés par une voyelle forment généralement leur féminin par l'ajout d'un « e » muet : Joli / jolie ; pointu / pointue ; poli / polie ; flou / floue ; vrai / vraie…

Exceptions :

Quelques adjectifs en « -eau » forment leur féminin en « -elle » : Beau / belle ; jumeau / jumelle ; nouveau / nouvelle ; tourangeau / tourangelle…

Deux adjectifs en « -ou », forment leur féminin en « -olle » : Fou / folle ; mou / molle.

Quelques adjectifs forment leur féminin en « -te » : Coi / coite ; favori / favorite ; rigolo / rigolote…

Divers : Andalou / andalouse ; bêta / bêtasse ; esquimau / esquimaude ; hébreu / hébraïque ; maître / maîtresse [maitre / maitresse] ; traître / traîtresse [traitre / traitresse]…

Redoublement de la consonne finale

Lorsqu'au masculin l'adjectif est terminé par une consonne, celle-ci est souvent doublée au féminin.

Qualificatifs en -L

Les adjectifs en « -l », forment généralement leur féminin ainsi : Ceux en "-al" forment leur féminin en "-ale", plus de 300, (sauf "mal", qui est invariable) Ceux en "-el" forment tous leur féminin en "-elle", plus de 150 : Cruel / cruelle ; mortel / mortelle ; pareil / pareille ; visuel / visuelle…' Ceux en "-il" sont peu nombreux (moins de 15) : Ils forment leur féminin en "-ile" pour civil, puéril, subtil, vil, viril, et en "-ille" pour gentil, pareil, vermeil Ceux en "-ul" sont peu nombreux (moins de 10). Pas de règle : nul/nulle, mais seul/seule, soûl, soûle Ceux en "-ol" sont peu nombreux (moins de 10). Pas de règle : espagnol/espagnole

Qualificatifs en -N

Les adjectifs en « -n », forment généralement leur féminin en « -nne » : Ancien / ancienne ; bon / bonne ; chrétien / chrétienne ; mignon / mignonne ; paysan / paysanne…

Cependant, les adjectifs en « -ain », en « -ein », en « -in », en « -un », ainsi que la plupart des autres adjectifs en « -an », forment généralement leur féminin en « -ne » : Commun / commune ; hautain / hautaine ; persan / persane ; plein / pleine ; voisin / voisine…

Qualificatifs en -ET

Les adjectifs en « -et », forment généralement leur féminin en « -ette », mais les suivants (complet, concret, désuet, discret, incomplet, indiscret, inquiet, replet, secret.) forment leur féminin en « -ète » : Une personne coquette, mais discrète.

Qualificatifs en -OT et en -AT

Quelques adjectifs en « -ot », forment leur féminin en « -otte » : Boulot / boulotte ; pâlot / pâlotte ; sot / sotte ; vieillot / vieillotte…

Tous les autres, ainsi que ceux en « -at », forment respectivement leur féminin en « -ote » ou « -ate » : Bigot / bigote ; délicat / délicate ; falot / falote ; huguenot / huguenote ; idiot / idiote ; mat / mate…

Qualificatifs en -S

Quelques adjectifs en « -s », forment leur féminin en « -sse » : Bas / basse ; épais / épaisse ; gras / grasse ; gros / grosse ; las / lasse ; métis / métisse...

Tous les autres forment leur féminin en « -se » : Clos / close ; gris / grise ; niais / niaise ; précis / précise ; ras / rase…

Sauf : Frais / fraîche [fraiche].

Changement de la consonne finale

Qualificatifs en -EUR

Les qualificatifs en « -eur » peuvent avoir plusieurs types de terminaisons au féminin :

Lorsqu'ils dérivent d'un verbe français (on doit pouvoir faire correspondre le participe présent en remplaçant « -eur » par « -ant »), ils font leur féminin en « -euse » : Chasseur / chasseuse ; flatteur / flatteuse ; rieur / rieuse ; trompeur / trompeuse, etc.

Plusieurs exceptions en « -eresse » : Chasseur / chasseresse ; enchanteur / enchanteresse ; vengeur / vengeresse. L'adjectif chasseur possède deux féminins de sens différents : chasseuse (dans le langage courant) et chasseresse (dans le langage poétique).

Lorsqu'ils se terminent en « -teur », ils font leur féminin en « -trice » : Créateur / créatrice ; protecteur / protectrice ; révélateur / révélatrice ; éditeur / éditrice ; émetteur / émettrice ; exécuteur / exécutrice ; persécuteur / persécutrice… Exceptions : chanteur / chanteuse ; sculpteur / sculpteur.

Il existe également une liste limitée d'adjectifs ayant un féminin régulier, terminé en « -eure » : Antérieur / antérieure ; postérieur / postérieure ; majeur / majeure ; mineur / mineure ; inférieur / inférieure ; supérieur / supérieure ; meilleur / meilleure ; intérieur / intérieure ; extérieur / extérieure.

Qualificatifs en -C

Certains qualificatifs en « -c », forment leur féminin en « -che » : Blanc / blanche ; franc / franche ; sec / sèche.

D'autres forment leur féminin en « -que » : Ammoniac / ammoniaque ; caduc / caduque ; franc / franque ; grec / grecque ; public / publique ; turc / turque. On notera, tout d'abord, que l'adjectif franc a deux féminins : franche (= directe) et franque (= relative au peuple franc), ensuite, que l'orthographe du féminin grecque constitue un cas particulier.

Qualificatifs en -F

Les qualificatifs en « -f », forment normalement leur féminin en « -ve » : Bref / brève ; hâtif / hâtive ; naïf / naïve ; natif / native ; neuf / neuve ; rétif / rétive ; veuf / veuve ; vif / vive…

Qualificatifs en -X

Les qualificatifs en « -x », forment leur féminin en « -se » (sauf : doux / douce ; faux / fausse ; préfix / préfixe ; roux / rousse ; vieux / vieille.) : Une femme heureuse ; une femme jalouse ; une femme douce ; une femme vieille…

Creux/creuse ; affreux/affreuse

Divers

D'autres adjectifs inclassables modifient leur consonne finale au féminin : Frais / fraîche [fraiche] ; muscat / muscade ; tiers / tierce ; bénin / bénigne ; malin / maligne. On remarquera que l'adjectif malin a deux féminins, maligne (au sens propre et dans le registre soutenu = méchante, dangereuse) et maline (au sens figuré et dans le registre familier = rusée, spirituelle).

Cas particuliers

Certains adjectifs (tels que aquilin, benêt, hongre, pers, vélin, violat…) n'ont pas de féminin, et ne peuvent se rapporter qu'à des noms masculins : Un nez aquilin. Des yeux pers. Du papier vélin. Du sirop violet...

Certains adjectifs (tels que capot, chic, contumax, fat, grognon, kaki, rosat, snob, témoin…) sont invariables au féminin : Une femme chic. Une petite fille grognon. Une personne témoin d'un meurtre.

Dans un certain nombre d'expressions figées, l'adjectif grand en fonction d'épithète (le plus souvent antéposé et relié au noyau par un trait d'union) est invariable au féminin :

Ce n'est pas grand-chose, grand-croix de la Légion d'honneur, grand-mère, mère-grand, grand-messe, à grand-peine, grand-place, grand-route, grand-rue, grand-voile.

Cette particularité provient de l'ancien français. Les adjectifs issus du latin et qui, dans cette langue, avaient la même forme au masculin et au féminin, conservèrent d'abord cette similitude de forme en français. Puis, dans un souci à la fois de clarification et d'unification, le français moderne a rajouté un e à la forme féminine.

On retrouve cette survivance dans la toponymie de la France métropolitaine et du Nouveau Monde :

La Grand-Combe (Gard), Grand-Couronne (Seine-maritime), La Grand-Croix (Loire), La Grand Font (lieu-dit de Saint-Michel-d'Euzet, Gard), Grand Maison (lieu-dit de Villepreux, Yvelines), Grand Prairie (Texas), Grand'Rivière (Martinique), Granville (Manche), Comps-la-Grand-Ville (Aveyron), Rochefort-du-Gard (Gard), Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime), Rochefort-Montagne (Puy-de-Dôme), Roquefort-sur-Soulzon (Aveyron), Ville-la-Grand (Haute-Savoie).

Dans tous ces cas l'apostrophe est à éviter puisqu'il n'y a pas eu d'élision.

Nombre de l'adjectif

Les règles de formation du pluriel des adjectifs sont analogues à celles qui régissent ce phénomène chez les noms ; dans la majorité des cas, donc, la forme plurielle est phonétiquement identique à forme au singulier, l'accord n'étant qu'orthographique.

On forme généralement le pluriel de l'adjectif en ajoutant un « s » au singulier : Petit / petits ; petite / petites ; grand / grands ; grande / grandes ; fou / fous…

Par conséquent, à l'instar du principe du pluriel des noms, si au singulier le qualificatif est déjà terminé par un « s » ou un « x », il ne change pas au pluriel : Bas, délicieux, doux, épais, exquis, frais, gris, gros, haineux, heureux, las, peureux, roux…

Cas particulier des adjectifs terminés en -U

Les qualificatifs terminés en « -eu » et « -au », prennent un « x » au pluriel (sauf bleu et pneu, qui prennent un « s », ainsi que feu quand il a le sens personne décédée) : Des livres hébreux ; des yeux bleus ; des villages esquimaux ; des frères jumeaux…

Cas particulier des adjectifs terminés en -AL

La plupart des qualificatifs terminés en « -al » au singulier font leur pluriel en « -aux » : Ancestral / ancestraux ; automnal / automnaux ; féodal / féodaux ; filial / filiaux ; loyal / loyaux ; martial / martiaux ; mental / mentaux ; mondial / mondiaux ; régional / régionaux ; royal / royaux…

Quelques adjectifs qualificatifs terminés en « -al » au singulier font leur pluriel en « -als » : Bancal / bancals ; fatal / fatals ; fractal / fractals ; natal / natals ; naval / navals ; tombal / tombals...

Certains adjectifs ont un double pluriel, parfois à cause d'hésitations, parfois à cause de sens différents : Austral / australs / austraux ; banal / banals / banaux ; boréal / boréals / boréaux ; final / finals / finaux ; glacial / glacials / glaciaux ; marial / marials / mariaux ; pascal / pascals / pascaux ; tonal / tonals / tonaux ; tribal / tribals / tribaux…

Remarques : Les deux pluriels de l'adjectif banal, ont deux sens bien distincts : banaux concerne le sens féodal et originel (c'est-à-dire, relatifs au droit de ban du seigneur), tandis que banals concerne le sens moderne et dérivé (c'est-à-dire, ordinaires, sans originalité).