La syntaxe de l'adjectif affecte à cette catégorie un certain nombre de règles d'accord, ainsi qu'un rôle pouvant varier selon que cet adjectif est en position de noyau d'un syntagme adjectival ou en position de satellite. Dans ce second cas, l'adjectif peut être, soit satellite d'un nom ou d'un pronom (fonctions épithète ou apposition), soit satellite d'un verbe (fonction attribut).
Accord de l'adjectif Le français possède deux genres : le genre marqué utilisé pour le féminin et le genre non marqué utilisé pour le neutre, le masculin et parfois le féminin – comme au pluriel où on peut considérer que c'est le neutre qui englobe tout. L'adjectif s'accorde en général en genre et en nombre avec le mot qu'il qualifie. Lorsqu'il est satellite d'un nom ou d'un pronom, il s'accorde normalement avec celui-ci. Lorsqu'il est satellite d'un verbe (cas de l'attribut), il s'accorde normalement avec le nom ou le pronom dont il est attribut. Lorsqu'un adjectif qualifie plusieurs noms ou pronoms, cet adjectif est mis obligatoirement au pluriel. Si les noms ou pronoms appartiennent à des genres différents, le genre non marqué, qui comprend le neutre, le masculin et parfois le féminin, l'emporte et l'adjectif se met alors au genre non marqué pluriel : Une rose et un œillet . Lorsque le mot qu'il qualifie est un pronom neutre, l'adjectif reste invariable (c'est-à-dire qu'il reste au genre non marqué singulier) : Cela est . Quelque chose nous a paru .Les qualificatifs « clair » et « suspect » (tous deux au genre non marqué singulier) sont attributs du sujet, respectivement des pronoms neutres « cela » et « quelque chose ». Les adjectifs de couleur restent invariables quand ils sont composés de plusieurs mots ou issus d'un nom : des blouses , des pantalons . Certains adjectifs de formation expressive restent invariables : baba, extra, gaga, riquiqui, rococo, sensas, super… L'adjectif bon marché est toujours invariable.
Fonction épithète
Lorsque plusieurs qualificatifs sont épithètes d'un même nom, ces adjectifs peuvent être coordonnés à condition d'être tous placés du même côté : Des travaux , et . Un et garçon. Les adjectifs coûteux, longs et pénibles sont épithètes du nom travaux. Les adjectifs jeune et beau, sont épithètes du nom garçon.
Les règles qui régissent la postposition ou l'antéposition des épithètes sont plus ou moins strictes : certains adjectifs qualificatifs en fonction d'épithète sont plutôt postposés, d'autres sont plutôt antéposés, d'autres enfin, peuvent selon le contexte et le sens retenu être soit postposés, soit antéposésPour plus de détails sur la place de l'adjectif épithète en français, voir : Notice sur la place de l'adjectif épithète, Encyclopédie Grammaticale du Français..
Divers facteurs, acoustiques (ou euphoniques : sonorité des mots enchaînés), syntaxiques (ordre, nombre et longueur des mots concernés) et sémantiques (éviter tout risque d'équivoque quant au sens), exercent des influences réciproques et parfois contradictoires dans le choix entre antéposition et postposition.
Les deux catégories d'épithètes
Épithètes habituellement postposées
Un très grand nombre de qualificatifs épithètes sont généralement postposés : c'est le cas le plus courant. L'épithète postposée produit le plus souvent une caractérisation de nature objective et descriptive. C'est ainsi que sont ordinairement postposés :
Les qualificatifs de forme ou de couleur : Un pantalon bordeaux ou anthracite ; des yeux bleus ; une cour carrée, un visage ovale. Et non : « Un bordeaux ou anthracite pantalon ; de bleus yeux ; une carrée cour ; un ovale visage. » Les participes employés comme adjectifs, participes passés ou participes présents (adjectifs verbaux) : Un pantalon déchiré ; un message inattendu ; des numéros gagnants.Et non : Un déchiré pantalon ; un inattendu message ; de gagnants numéros. Les ensembles adjectivaux, qu'il s'agisse de mots composés (unifiés, composés ou locutions) ou de groupes (avec compléments d'adjectif) : Un bijou porte-bonheur ; des objets bon marché ; un homme rouge de colère.Et non : « Un porte-bonheur bijou ; de bon marché objets ; un rouge de colère homme. » Les adjectifs dont la caractérisation est de nature relationnelle et indiscutable, équivalent très souvent à un complément de nom : Le discours présidentiel ; une ligne téléphonique ; une erreur grammaticale ; le peuple juif ; les pays chauds ; l'électricité statique ; une tragédie cornélienne ; l'Empire romain.Équivalents de : Le discours du Président ; Une ligne pour le téléphone ; Une erreur de grammaire ; etc.
Épithètes habituellement antéposées
Un certain nombre d'adjectifs épithètes (généralement courts, et d'usage courant) sont habituellement antéposés : ils conservent en fait la place normale qu'ils avaient en ancien français. Il s'agit essentiellement des adjectifs suivants : autre, beau/bel, bon, brave, grand, gros, jeune, joli, mauvais, même, meilleur, moindre, petit, pire, vieux/vieil… :Une maison entourée de arbres.L'épithète habituellement antéposée est le plus souvent ressentie comme non dissociable de son nom noyau, c'est-à-dire qu'elle forme presque avec ce dernier une véritable locution nominale associée à une unité signifiante (avec un sens spécifique, souvent figuré). Ainsi, l'épithète grand, satellite du nom homme, prendra en antéposition le sens de personne célèbre (« grand homme »), tandis qu'en postposition elle signifiera de grande taille (physique) (« homme grand »). Cependant, la même épithète antéposée, satellite non plus du nom homme mais du nom type, prendra le même sens que le contraire de petit (« grand type »). On peut donc dire que si grand homme est bien un syntagme nominal dont chaque élément conserve son sens propre indépendamment du sens de l'autre élément, homme grand et grand type sont déjà des locutions nominales indivisibles, avec une seule unité signifiante. Cette différence de sens selon la position de l'épithète disparait généralement quand l'adjectif devient apposé ou attribut.
L'épithète antéposée produit généralement une caractérisation de nature subjective, prenant souvent la forme d'un jugement de valeur. Le caractère de l'information est alors dit évaluatif : Un intrépide combattant. C'est-à-dire : Un combattant que moi (énonciateur), je juge intrépide. Mais on dira : Un film intéressant, donc adjectif évaluatif postposé (à cause de l'adjectif verbal). L'adjectif épithète petit par exemple, placé en antéposition, prend normalement le plus souvent une valeur familière, affectueuse, bienveillante, hypocoristique. C'est ainsi qu'on pourra dire : Un petit bébé. Boire un petit coup. Une petite maison…L'ensemble petite maison désigne une maison, peut-être modeste par la taille, mais agréable et accueillante, tandis que maison petite désigne une maison de dimensions objectivement insuffisantes.
Quand l'épithète est antéposée, “de” est préféré à “des” :Elle a des cheveux longs mais Elle a de longs cheveux Changements de position
Un grand nombre d'épithètes habituellement postposées peuvent difficilement changer de position, les participes passés notamment ou certains adjectifs monosyllabiques. Il est cependant possible, dans certains cas, de placer une épithète en position inhabituelle. Cette faculté sera fonction de différents types de considérations.
Considérations d'ordre euphonique
De manière générale, on cherchera à éviter tout hiatus, toute succession malencontreuse d'accents toniques, toute allitération malvenue. C'est ainsi que certains adjectifs épithètes, quoique de nature évaluative, ne pourront pas être en position antéposée, pour de simples raisons euphoniques :Un homme / un élève / un moteur .Et non pas :Un laid homme / un doué élève / un mou moteur. Considérations d'ordre stylistique
Une position inhabituelle permet tout d'abord d'attirer l'attention sur l'épithète d'un point de vue acoustique et formel. Cet effet de style permet une mise en relief de l'épithète déplacée : Une histoire → une histoire. L'épithète extraordinaire est habituellement postposée. Un enfant → un enfant. L'épithète beau / bel est habituellement antéposée.
Considérations d'ordre sémantique
Une position inhabituelle permet également d'attirer l'attention, non seulement sur la forme, mais aussi sur un sens particulier de l'épithète déplacée.
C'est ainsi que d'une manière générale, une épithète en position habituelle conservera son sens propre, primitif, littéral, tandis qu'en position inhabituelle, cette même épithète se verra affectée d'un sens dérivé, figuré (très souvent métaphorique) et plus abstrait : Un appartement / une histoire. L'épithète sombre habituellement postposée, signifie peu lumineux (sens littéral, concret). En antéposition, elle signifie alors, dramatique et embrouillé (sens métaphorique, abstrait).Une chemise / une journée. L'épithète sale postposée signifie habituellement le contraire de propre (sens littéral, concret). En antéposition, elle signifie alors mauvaise (sens métaphorique, abstrait). Sa maison / sa maison. L'épithète propre postposée signifie habituellement le contraire de sale. En antéposition, il renforce l'adjectif possessif « sa ».Un geste de la main / un geste . L'épithète petit antéposée signifie habituellement de dimensions réduites (sens littéral, concret). En postposition, elle signifie alors mesquin (sens métaphorique, abstrait).
Pour certains adjectifs, cette différence de sens produite par le changement de position de l'épithète se perd parfois lorsque le qualificatif change de fonction : Un homme / un homme : C'est-à-dire, un homme qui n'est pas riche / un homme inspirant la pitié. Mais la phrase Cet homme est , sans autre qualificatif pour en changer le sens, signifie uniquement : Cet homme n'est pas riche et non pas Cet homme inspire la pitié.
Pour d'autres adjectifs, la diversité de sens est maintenue, même si le qualificatif change de fonction (dans ce cas le second sens est lexicalisé) : Une personne / une personne. C'est-à-dire une personne indiscrète / une personne étrange. Par ailleurs, la phrase Cette personne est peut selon le contexte signifier soit Cette personne est indiscrète, soit Cette personne est étrange.
Si un chapeau blanc signifie bien un chapeau de couleur blanche, par contre un examen blanc ne signifie pas un examen de couleur blanche ! C'est que examen blanc n'est plus un simple groupe, mais une véritable locution, aux composants indissociables. Non seulement l'ordre de ses éléments constitutifs ne pourra être changé, mais si l'on ajoute une épithète (distincte de celle incluse dans la locution) ou bien un complément de nom, aucun de ces ajouts ne pourra interrompre la locution : Un examen de terminale. Le qualificatif redoutable est épithète, non pas du seul nom examen, mais de la locution examen blanc. De la même façon, le syntagme nominal de terminale est complément non pas du seul nom examen, mais de la locution examen blanc.
De nombreux syntagmes sont en fait des noms composés dans lesquels l'épithète a une place fixée par l'usage (lexicalisation). Dans de tels cas de figure, la place de l'épithète ne peut être modifiée, mais n'a pas à être analysée car celle-ci forme de fait avec son nom noyau, une locution nominale : L'Invincible Armada. Des petits pois. Un fin stratège. Le Jugement dernier. Un triste sire. Un jeune homme. Un fin limier. Les années sombres. Un joyeux drille. Un dossier brûlant…
Considérations d'ordre syntaxique
Lorsque le nom est en fait le noyau d'une locution nominale, soit accompagné d'un premier qualificatif (antéposé ou postposé), soit accompagné d'un complément de nom (normalement postposé), une épithète ne pourra être placée qu'avant ou après la locution, mais jamais entre les deux éléments.
Par exemple, si nous devons ajouter l'épithète difficile à la locution nominale examen blanc, nous aurons le choix entre deux solutions : Un examen blanc / Un examen blanc . Mais pas : Un examen difficile blanc.