Georges Dumézil, né le à Paris , et mort le dans le de la même villeArchives de l’état civil de Paris en ligne, , acte de naissance , année 1898 ; avec mention marginale du décès., est un philologue, historien des religions et anthropologue français.

Son travail sur les sociétés et les religions indo-européennes, qui fait toujours l'objet de travaux d'approfondissement et de controverses, a ouvert de nouvelles perspectives à de nombreux chercheurs en sciences humaines..

Maîtrisant de nombreuses langues, il a procédé à un travail d'étude comparative des textes les plus anciens des mythologies et des religions des peuples indo-européens.

Georges Dumézil s'est aussi intéressé aux langues et récits traditionnels des peuples d'Asie centrale.

Biographie Ascendance Son grand-père Pierre, né en 1821, artisan tonnelier à Bayon (Gironde), envoie au lycée son fils Jean Anatole Dumézil, qui se passionne pour les langues étrangères et le latin et devient général. Jean Dumézil transmet sa passion pour le latin à son fils, qui apprend également le grec ancien et l'allemandRéponse de M. Georges Dumézil] à M. Jean Mistler, secrétaire perpétuel de l'Académie française, lors de la remise d’épée d’académicien le 16 mai 1979 ; [http://www.academie-francaise.fr/discours-pour-la-remise-de-lepee Réponse au discours de réception de Georges Dumézil, par Claude Lévi-Strauss.

Scolarité primaire et secondaire Georges Dumézil étudie dans différents lycées, suivant son père au gré de ses différentes affectations : Bourges, Briançon, Paris, Neufchâteau, Troyes, de nouveau Paris, Tarbes, et enfin VincennesLevi-Strauss C., Réponse au discours de réception de Georges Dumézil, Le 14 juin 1979, . Il effectue sa khâgne au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Il rencontre alors le grand philologue Michel Bréal (mort en 1915), traducteur de l'œuvre de Franz Bopp, fondateur de la grammaire comparée et auteur d'ouvrages sur le vocabulaire des langues indo-européennes. Celui-ci le recommande à son successeur Antoine Meillet, un autre grand linguiste, et lui donne son dictionnaire sanskrit-français. Avant d'être reçu à l'École normale supérieure en 1916, Dumézil apprend l'arabe et le sanskrit..

En sortant du lycée, il connaît donc six langues, dont trois langues anciennes.

Carrière universitaire Georges Dumézil est reçu premier au concours d'admission à l'École normale supérieure en 1916. Ses études sont interrompues par sa mobilisation en tant qu'officier d'artillerie, de mars 1917 à février 1919. Lors de la session spéciale d'octobre, il est reçu à l'agrégation de lettres.. Il enseigne quelques mois à Beauvais puis, en janvier 1921, part comme lecteur de français à l'université de Varsovie, occasion pour lui d'apprendre le polonais et le russe.

En 1922, il rentre en France pour commencer ses thèses d'histoire des religions et de mythologie comparée, sous la direction d'Antoine Meillet, qu'il soutient en avril 1924. La première, intitulée Le Festin d'immortalité. Étude de mythologie comparée indo-européenne, porte sur la comparaison entre l'ambroisie et une boisson mythologique indienne au nom et aux caractéristiques similaires, l’amrtâ. Il ne se limite cependant pas à la comparaison de deux religions : il y intègre des éléments de nombreuses mythologies indo-européennes. On lui reproche alors de prendre trop de libertés avec les faits pour raconter une plus belle histoire ; c'est d'ailleurs une critique de son œuvre que certains font toujours. Dans sa thèse, en l'absence de boisson d'immortalité en Scandinavie, il promeut la bière à ce rang, ce qui est reconnu (par lui-même) comme une erreur. La seconde s'intitule Le Crime des Lemniennes. Rites et légendes du monde égéen.

De 1925 à 1931, il exerce en Turquie et enseigne l'histoire des religions à l'université d'Istanbul, créée par Atatürk, qui avait voulu la création de cette chaire d'histoire religieuse. Il y apprend le turc, voyage dans le Caucase et en Russie, et découvre notamment la langue et la mythologie ossètes, derniers descendants des Scythes. Il étudie également la langue des Oubykh, peuple caucasien vaincu par les Russes entre 1860 et 1870, et réfugié dans l'ouest de la Turquie, ainsi que le tcherkesse et l'abkhaze. Le fonds d'ouvrages qu'il rapporte de ces voyages est un des plus importants de caucasiologie en Occident (voir Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales).

Georges Dumézil est marié et père de deux enfants : Anne-Perrine (1926-2024), astrophysicienne et épouse d'Hubert Curien, et Claude (1929-2013.), psychanalyste.

De 1931 à 1933, il est lecteur de français à l’université d'Uppsala, en Suède. Il y parfait sa connaissance de la mythologie scandinave, et en profite pour apprendre une nouvelle langue. Ce passage à Uppsala aidera plus tard Michel Foucault, son protégé, à y être également nommé. Il quitte ce poste en 1933 et obtient, grâce à la protection de l’indianiste Sylvain Lévi, un poste de chargé de conférences en sciences religieuses. En 1933, il devient franc-maçon dans un atelier de la Grande Loge. Il est ensuite nommé « directeur d’étude comparative des religions des peuples indo-européens » à la section de l’École pratique des hautes études. Il suit également des cours de sinologie donnés par Marcel Granet, rédige des articles nationalistes sous le pseudonyme de Georges Marcenay et fréquente Marcel Mauss. En 1938, il écrit Jupiter Mars Quirinus, où il élabore pour la première fois sa théorie des trois fonctions.

En 1941, il est expulsé de l’enseignement à l'École pratique des hautes études à cause de son appartenance à la franc-maçonnerie par l’administrateur vichyste de la Bibliothèque nationale Bernard Faÿ. Il bénéficie alors de la protection du père Dabosville, directeur de l’École Saint-Martin-de-France à Pontoise, qui le prend comme enseignant en latin et en grec. Il réintègre l’université l’année suivante après l’intervention de Jérôme Carcopino. Il collabore à la Nouvelle Revue Française sous la direction de Drieu la Rochelle pour de nombreux articles. En 1949, il est élu au Collège de France et commence à y enseigner en décembre de la même année, à la chaire des civilisations indo-européennes créée pour lui. Il affirme y avoir été élu grâce au soutien de Jules Bloch, Alfred Ernout, Lucien Febvre, Louis Robert ou encore Emile Benveniste, et malgré l’opposition farouche d’André Piganiol, d’Edmond Faral et d’André Mazon. Il y enseigne jusqu’en 1968.

Après-guerre, il voyage au Pérou et apprend le quechua à Cuzco. Mais de 1952 à 1972, il voyage surtout dans le Caucase pour y étudier les langues et les mythologies.

Il prend sa retraite en 1968 mais, pendant trois ans, il continue de donner des conférences aux États-Unis, aux universités de Princeton, Chicago et Los Angeles. Il entreprend alors un travail de compilation de son œuvre. Il publie ainsi les trois volumes de Mythe et Épopée en 1968, 1971 et 1973. En 1970, il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il entre à l'Académie française en 1978.

vignette|Plaque en hommage à Georges Dumézil - division 19 - cimetière du Montparnasse (Paris). Il n'est pas inhumé dans la tombe de ses père et fils.

Il meurt le , peu avant son épouse Madeleine, qui meurt en 1987.

Travaux Travaux de linguistique dans le domaine caucasien Bien connu du public pour ses travaux de mythologie comparée, Georges Dumézil l’est moins pour ses travaux concernant le domaine caucasienPatrice Lajoye, L'influence du folklore russe sur le folklore du Caucase : l'exemple des légendes ossètes sur les Nartes, La Revue russe, Année 2013, 40, p. 33-40. Or, il fait œuvre de pionnier dans l'étude des langues caucasiennes en publiant en 1931 La Langue des Oubykhs, puis une Introduction à la grammaire comparée des langues caucasiennes du nord. Il aide ainsi, avec le linguiste d'origine géorgienne Georges Charachidzé, à sauver de l'oubli la langue oubykh devenue une langue morte depuis le décès de son dernier locuteur, Tevfik Esenç, en 1992Le dernier des Oubykhs, lemonde.fr, 10 septembre 1993.

Ces ouvrages sont accompagnés de travaux de traduction et d'édition avec la publication notamment de Textes populaires ingouches en 1932Jean Haudry, Linguistique et mythologie comparée, L'information grammaticale, Année 1987, 34, p. 3-8. À partir de 1954, il retourne chaque année en Turquie poursuivant la publication de ses recueils de documents linguistiques et folkloriques, tels ses Contes et légendes des Oubykhs (1957), ses Contes lazes (1957) ou encore Documents anatoliens sur les langues et les traditions du Caucase (1965)Pertev Naili Boratav, Georges Dumezil, Documents anatoliens sur les langues et les traditions du Caucase (compte-rendu), Homme, Année 1967, 7-3, p. 116-119.

En 1985, il fonde avec Georges Charachidzé la Revue des études géorgiennes et caucasiennes qui mêle littérature écrite et orale, mythologie et archéologie.

La théorie de la tri-fonctionnalité

vignette|Les Dieux souverains des Indo-Européens, 1977 Partant du constat d'une communauté du vocabulaire du sacré chez les Indo-Iraniens et les Italo-Celtes, Dumézil a montré que beaucoup de récits étaient organisés selon des structures narratives semblables et que les mythes exprimés par ces récits traduisaient une conception de la société organisée selon trois fonctions : la fonction du sacré et de la souveraineté magique et juridique ; la fonction guerrière ; la fonction de production et de fécondité, soumise aux deux précédentes tout en leur étant indispensable.

Cette organisation en trois fonctions se retrouve aussi bien dans : la mythologie ; les récits fondateurs comme ceux de la Rome antique ; les institutions sociales comme celles du système de castes en Inde ; la société d'ordres d'Ancien Régime segmentée en clergé, noblesse et tiers état.

Dès sa thèse, il trouve son domaine de recherches : la mythologie comparée. Au départ, poussé dans cette direction par Antoine Meillet, qui veut le voir reprendre l'étude de la religion indo-européenne là où elle a été abandonnée depuis plusieurs décennies, il est abandonné par ses pairs philologues qui lui reprochent, pour les uns, d'inclure trop de mythologie dans des études littéraires et, pour les autres, de plier les faits à sa théorie.

Sa découverte de la culture ossète (dernière branche survivante des Alains, descendants eux-mêmes des Scythes), étudiée auparavant par Vsevolod Miller, lui fait reprendre cette voie de recherche. En effet, ceux-ci se projettent dans le peuple mythique des Nartes. Ce monde mythique des Nartes est très proche des mondes mythiques indo-européens (les monstres et les dragons y sont similaires). De plus, ce peuple des Nartes se divise explicitement en trois familles : ceux qui sont forts par l'intelligence (zund), les Alægatæ ; ceux qui sont forts par le courage et la vaillance au combat, les Æhsærtæggatæ ; ceux qui sont riches de leur bétail : les Boratæ.

Il publie en 1930 un article, « La préhistoire indo-iranienne des castes », où il rapproche la division en trois catégories de la société en Inde de celle retrouvée en Iran ancien, les prêtres avestiques, les monteurs de chars et les agriculteurs-éleveurs.

En 1938, dans son article La préhistoire des flamines majeurs, le rapprochement raisonné entre brahmanes indiens et flamines romains lui permet d'analyser la fonction du souverain dans les sociétés indo-européennes. Il joint les rapprochements déjà faits entre sociétés indiennes et iraniennes anciennes à l'observation des flamines, collège de prêtres romains. Les flamines majeurs assuraient le culte des trois dieux Jupiter, Mars et Quirinus, dont les caractères correspondent aux trois fonctions de commandement et de sacré, de force guerrière et de fécondité. La fonction de souveraineté se décompose, elle, en deux versants selon ses termes : l'un est formel, d'origine sacerdotale, s'exprime également dans une dimension juridique et est enraciné dans ce monde ;