Jules Salvador Moch (prononcer ), né le à Paris 16 et mort le à Cabris (Alpes-Maritimes), est un homme d'État français. Il est ministre à plusieurs reprises sous la Troisième République et surtout la Quatrième République.

Il adhère à la Section française de l'internationale ouvrière en 1924 et devient député de la Drôme puis de l'Hérault. Secrétaire général du gouvernement Blum I, il occupe ensuite plusieurs postes ministériels sous le Front populaire et s'oppose aux accords de Munich en 1938. Il résiste pendant la Seconde Guerre mondiale après avoir voté contre les pleins pouvoirs à Pétain, et rallie Londres et les Forces françaises libres.

Il devient ensuite une figure majeure de la Quatrième République, exerçant huit mandats ministériels, notamment à l'Intérieur où il réprime fermement les grèves de 1947 et de 1948, et à la Défense. Il est l'un des architectes de la Troisième Force, coalition contre les gaullistes et les communistes. Farouchement anticommuniste, il s'oppose à l'union de la gauche durant les années 1970 et quitte le Parti socialiste en 1975.

Biographie Milieu familial et formation gauche|vignette|redresse|Jules Moch en 1932. D'origine juive, son père, le capitaine Gaston Moch, avait été le condisciple à Polytechnique du capitaine Alfred Dreyfus..

Lui-même est polytechnicien (promotion X 1912) et ingénieur en chef du Génie maritime militaire. À la déclaration de la guerre de 1914, il est incorporé dans le Génie. Il se bat en première ligne et reçoit la croix de Guerre. Il participe à la guerre des mines, est cité quatre fois mais, gazé, il finit la guerre dans un centre d'instruction. La paix revenue, il choisit le génie maritime.

Il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en et est élu député de la Drôme de 1928 à 1936. Il s'impose comme l'un des meilleurs techniciens de la SFIO. Foncièrement anticommuniste, depuis un voyage en URSS en 1921, il n'hésite pas à écrire qu'une bonne partie de la doctrine marxiste est dépassée. En 1931, il se fait remarquer en suggérant, dans le cadre de l'affaire de l'Aéropostale, la liquidation de la compagnie aérienne éponyme, prise dans un scandale de corruption.. Les autres députés se rallient à sa position.

Ministre de Léon Blum et opposant aux accords de Munich Ayant perdu, aux législatives de , son mandat de député de la DrômeBattu par le candidat radical, M. Pecherot notice biographique sur le site de l'Assemblée nationale., Jules Moch ne participa pas officiellement au premier gouvernement du Front populaire, mais Léon Blum le nomme Secrétaire général du gouvernement, fonction créée à cette occasion. À ce titre il participe à tous les Conseils des ministres et conseils de Cabinet.. Il coordonne les actions transversales comme l'aide à l'Espagne républicaine (ventes fictives d'armes vers d'autres pays, qui se retrouvaient en Espagne et transit des brigades internationales). Il préside un petit comité qui groupe Gaston Cusin représentant Vincent Auriol, ministre des Finances, et Jean Moulin représentant Pierre Cot, ministre de l'Aviation..

En 1937, à la faveur d'une élection partielle, il retrouve un siège de député, dans l'Hérault, et Léon Blum l'appelle au gouvernement, le , comme sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil, puis, en mars-avril 1938, dans le second cabinet, comme ministre des Travaux publics et des Transports.

En octobre 1938, il s'oppose aux accords de Munich, et ne vote leur ratification à la Chambre des députés que par discipline de parti, cédant notamment à l'insistance de Léon Blum. Il fut ensuite, avec Léon Blum, un des animateurs de la tendance de la SFIO prônant la fermeté face à Hitler ; il s'oppose ainsi à Paul Faure.

Seconde Guerre mondiale En 1938, officier de marine et convaincu que toutes les reculades devant Hitler ne feront que convaincre ce dernier de faire la guerre, et, voulant être combattant, il demande à l'amiral Darlan, chef d'état-major de la Marine, d'être mobilisable malgré ses . Il accepte d'effectuer une période militaire d'un mois, mi , pour sa formation sur les matériels modernes. Il y devient alors capitaine de corvette.

La guerre déclarée, il est incorporé dans la Marine, sa première mission est de superviser la démagnétisation de la flotte (pour éviter les mines magnétiques), puis il est affecté au navire amiral de la flotte de Méditerranée, le croiseur Émile Bertin.

Cette flotte est transférée en Écosse pour soutenir le débarquement en Norvège. Il est muté sur l'escorteur Maillé-Brézé (ces deux navires sont très endommagés alors qu'il n'est pas à bord). Pour son action pour la démagnétisation de la Flotte il est nommé capitaine de frégate..

Muté au Centre de recherche de la Marine de Toulon, il passe à Bordeaux où le gouvernement s'est replié et rencontre Darlan qui, devenu défaitiste, le déçoit. Il va à Alger pour mettre à l'abri les documents secrets du Centre de recherche. De retour à Toulon, il apprend l'Armistice.

Le , il fait partie des quatre-vingts parlementaires qui votent contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est pour cette raison surveillé par Vichy, qui le fait même arrêter le . Il est incarcéré à Pellevoisin (Indre), en compagnie de Vincent Auriol, Marx Dormoy, Georges Mandel et Paul Reynaud, puis transféré à Aubenas et à Vals-les-Bains.

Au début de 1941, il est libéré par l'amiral Darlan. Il entre alors dans la Résistance, participe à X-Libre., un groupe de résistants de Polytechnique, et crée le mouvement 1793, qui se livre à des sabotages dans l'Aude et l'Ardèche.

Ayant demandé son transfert à Londres pour être intégré dans les Forces navales françaises libres, de nombreux contretemps l'obligent à passer par l'Espagne et il perd . Il est déçu par de Gaulle car il estime que celui-ci n'a pas bien compris ce qu'était la Résistance intérieure. Il expose au Général que le Comité d'action socialiste est derrière lui « non parce qu'il est général mais bien qu'il le soit.. »

L'amiral Auboyneau lui demande de créer une école de formation accélérée à l'artillerie de marine. Il effectue au nom du général de Gaulle des missions au Liban et en Afrique noire, ce qui lui vaut d'être nommé capitaine de vaisseau.

Informé du futur débarquement en Provence, il obtient, sans en parler au général de Gaulle, son incorporation sur le croiseur Émile Bertin remis en état, comme directeur de l'artillerie. Instruit sur les procédures d'appui-feu américaines, cette incorporation permet l'inclusion du croiseur dans la division navale américaine désignée pour soutenir la vague d'assaut de la plage de Saint-Raphaël (zone CAMEl, division d'infanterie américaine)...

Son fils André, lieutenant au de chasseurs alpins et dirigeant un groupe de résistants, meurt en combattant en à Corenc en Isère.Une place porte le nom d'André Moch à Corenc, en Isère où un monument commémoratif rappelle le combat..

Député et ministre de la Quatrième République Il est membre de l'Assemblée consultative à Alger et Paris (1944), puis des deux Assemblées nationales constituantes (1945-1946) puis de l'Assemblée nationale (1946-1958 et 1962-1967). À huit reprises, il est ministre pendant la Quatrième République : Travaux publics et Transports (1945-1947), Intérieur (1947-1950), Défense (1950-1951). Jules Moch est vice-président du conseil de 1949 à 1950.

De 1951 à 1960, Jules Moch est le délégué de la France à la Commission du désarmement de l'ONU et refuse, pour cette raison, d'entrer dans un gouvernement.

Il fait exception à ce principe pour entrer dans l'éphémère gouvernement Pflimlin de , comme ministre de l'Intérieur. Cependant, le gouvernement se heurte au putsch d'Alger, et Jules Moch ne peut que constater l'impuissance de son action sur une administration policière soumise aux pressions et émotions putschistes. Ainsi échoue-t-il à faire reprendre la Corse par les CRS qu'il y a envoyés.

Fonctions ministérielles Au ministère des Transports Comme ministre des Transports, il contribue à la reconstruction des chemins de fer, des ports, des routes et de l'aviation.

Ministre de l'Intérieur gauche|vignette|redresse|Jules Moch (à droite) avec Levi Eshkol en Israël (1957). En 1947, il est nommé ministre de l'intérieur en vue de se confronter aux grèves de novembre-, qui font suite à l'arrestation de militants communistes à Marseille puis l'assassinat d'un jeune manifestant par des mafieux du quartier « chaud ». Dans un contexte de pénurie générale, de stagnation des salaires et de répression syndicale dans le bassin minier du Nord, la majorité « unitaire » de la CGT reprend ce mouvement sous son égide, et la confrontation s'amplifie. Jules Moch montre une grande fermeté pour assurer la reprise du travail.. Le point d'orgue des troubles se situe dans la nuit du 2 au , lorsque des saboteurs provoquent le déraillement du train Paris-Tourcoing, occasionnant ainsi 16 morts et environ trente blessés.. Pour l'historien Philippe Robrieux, . Quelle que soit l'origine de cette attaque, elle est dénoncée par tous les partis.

Le coup de Prague de suscite de vives inquiétudes et fait craindre des événements comparables en France. Pour rationaliser son dispositif, Jules Moch crée grâce à la loi du les inspecteurs généraux de l'administration en mission extraordinaire (IGAME), qui préfigurent les premiers préfets régionaux et la mise en place ultérieure d'une administration territoriale au niveau régional.

Le , Henri Queuille, président du Conseil (de tendance radicale) depuis le , dénonce le des grèves en cours dans les mines. Ces nouvelles grèves, qui prennent des allures révolutionnaires notamment dans les charbonnages du Nord, sont déclenchées en par la CGT en raison d'un retard des salaires sur les prix de plus de 30 % et de la suppression des avantages acquis à la Libération, décidée par le ministre de l'Industrie, Robert Lacoste.

Pour contrer la grève, Jules Moch mobilise et soldats, qui se heurtent aux retranchés dans les puits, et leur imposent, fin novembre une cuisante reprise du travail. À la faveur de la lassitude des travailleurs et des divisions des syndicats, la répression est sévère, avec plus de , six morts et de nombreux blessés .. Les communistes gardent contre Jules Moch un profond ressentimentLes députés communistes l'accueillent à l'Assemblée au cri de « Heil Hitler » : ..

Règlement judiciaire des grèves de 1948

Très tardivement, en 2011, plus de vingt ans après le décès de Jules Moch, la cour d'appel de VersaillesCA de Versailles, jugement du 10 mars 2011. a reconnu l’illégalité de ces licenciements pour faits de grève. Dix-sept mineurs, survivants de la grande grève de 1947, ont obtenu, chacun, une indemnisation de   . Le pourvoi en cassation demandé par Christine Lagarde, alors ministre de l'Économie, a abouti à l'annulation de la condamnation des Charbonnages de France pour licenciements abusifs..

En , Christiane Taubira, ministre de la Justice, demande au ministre des Finances, Michel Sapin, l'indemnisation des mineurs grévistes et de leurs ayants droit..

À la Défense et aux Affaires étrangères

Au ministère de la Défense, il contribue à la modernisation de l'armée, met sur pied la participation française à la guerre de Corée et contribue à la mise en œuvre de l'OTAN. Alors qu'il est rapporteur de la Commission des affaires étrangères, il s'oppose cependant à la Communauté européenne de défense, ce qui lui vaut d'être exclu temporairement de la SFIO le .

Acteur de l'alliance diplomatique et militaire franco-israélienne