María Eugenia Ignacia Agustina de Palafox y Kirkpatrick , née le à Grenade (Espagne) et morte le à Madrid (Espagne), est une aristocrate espagnole et l'épouse de , empereur des Français. Elle porte le titre d'impératrice des Français de 1853 jusqu'à la chute du Second Empire en 1870.

Elle rencontre en 1849 Louis-Napoléon Bonaparte, tout premier président de la République française, dit le — neveu de Napoléon — et l'épouse en 1853 après qu'il a été proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Après avoir rencontré une certaine difficulté à enfanter, elle donne naissance en 1856 à Louis-Napoléon Bonaparte, prince impérial héritier de l'Empire, et unique enfant du couple impérial.

Les années 1870 sont difficiles pour Eugénie : le régime disparaît à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, puis surviennent les décès de son époux en 1873 et de son fils en 1879. Réfugiée en exil au Royaume-Uni depuis la fin du Second Empire, elle meurt à 94 ans au palais de Liria à Madrid, dans son pays natal. Elle est inhumée dans la crypte impériale de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, en Angleterre, au côté de son époux et de son fils.

En raison de la régence qu'elle exerça au cours de la guerre de 1870, elle est la dernière femme à avoir gouverné la France avec les prérogatives d'un chef d'État...

Décédée en 1920, Eugénie de Montijo est la seule souveraine de France à avoir été photographiée à prise de vue réelle.

Jeunesse left|thumb|María Manuela Kirkpatrick et ses deux filles Maria et Eugénie. Eugénie de Montijo est née à Grenade en Espagne le au 12 de la calle (rue) de GraciaGeneviève Chauvel, Inoubliable Eugénie, Éd. Pygmalion, 1998, et sv.. Elle est la fille cadette du comte et de la comtesse de Teba (qui choisiront de porter en société les titres de comte et comtesse de Montijo).

Son père, don Cipriano de Palafox y Portocarrero (1784-1839), comte de Teba, frère cadet du (1773-1834) s'était rallié à la France sous le Premier Empire. Jeune officier d'artillerie, à la tête des élèves de l'École polytechnique, il participa à la bataille de Paris en 1814.

Au regard du peuple espagnol, il est un , c'est-à-dire quelqu'un qui, pendant la guerre d'indépendance espagnole, a pris le parti de la France bonapartiste. Il est cependant reconnu grand d'Espagne en 1834, lorsqu'il hérite du titre de duc de Peñaranda de Duero qu'il ne portera jamais.

Sa mère, María Manuela Kirkpatrick de Closeburn y de Grévignée (1794-1879), une aristocrate d'origine écossaise et belge, est la fille de l'Écossais William Kirkpatrick, qui fut nommé consul des États-Unis à Malaga« William Kirkpatrick consolide encore sa position à Malaga en y devenant, au début de l’année 1800, consul des États-Unis, ce qui ne sera pas une sinécure en cette période agitée, bien qu’il représente un pays neutre. Il n’a pas pour autant renoncé à sa nationalité britannique (…) » (extrait du compte rendu de Ghislain de Diesbach dans Napoleonica, La Revue 2011/2, , pages 213 à 219)., et la nièce du comte Mathieu de Lesseps.

La famille Kirkpatrick fut admise dans la noblesse espagnole et était apparentée aux .

En 1839, le comte de Montijo, Cipriano de Palafox y Portocarrero meurt et ses filles, la future impératrice et sa sœur aînée, María Francisca de Sales ( – , connue sous le nom de Paca), héritent alors de ses titres nobiliaires. Paca hérita du titre ducal de Peñaranda de Duero et du titre comtal de Montijo et d'autres titres familiaux, en tant qu'aînée, ainsi que de la grandesse d'Espagne, et se marie quelques années plus tard selon son rang : elle épousa à Madrid, le , le chef d'une des plus vieilles et éminentes familles ducales espagnoles, le d'Albe, un des aristocrates les plus riches d'Espagne et propriétaire du palais de Liria à Madrid (où mourra l'ex-impératrice des Français, soixante ans après sa sœur Paca).

Eugénie hérite quant à elle d'une dignité de grande d'Espagne et de dix titres de noblesse et devient : de Mora (titre créé en 1613) avec Grandesse d'Espagne (grandesse créée en 1765) de Moya (titre créé en 1480) d'Ardales (titre créé en 1559) d'Osera (titre créé en 1626) de Teba (titre créé en 1522) de Baños (titre créé en 1621) de Santa Cruz de la Sierra (titre créé en 1635) d'Ablitas (titre créé en 1652) de la Calzada (titre créé en 1630) de Quinto (titre créé en 1431).

Dès 1834, du vivant de leur père, leur mère, la comtesse de Montijo, les emmenait régulièrement en France, notamment dans la station balnéaire de Biarritz, proche de la frontière espagnole, afin de les éloigner des remous des guerres carlistes (la future impératrice fera ainsi de Biarritz son lieu de villégiature favori, après y avoir séjourné deux mois sans interruption, en 1854, et où lui fera construire un palais)..

Eugénie, élevée comme sa sœur aînée dans le culte napoléonien, est éduquée à Paris au couvent du Sacré-Cœur, où elle reçoit la formation traditionnelle de la noblesse de l'époque. Sa mère, devenue veuve en 1839, confie l'instruction de ses deux jeunes filles, Paca et Eugénie, à Stendhal, qui leur enseigne l’histoire, essentiellement des anecdotes sur le règne de Napoléon, qu'il a connu, et à son grand ami Mérimée, qui se charge du français.. et qui reste d'ailleurs toute sa vie proche d'Eugénie.

Mariage avec Rencontre vignette|gauche|L'impératrice Eugénie. En 1849, Eugénie fait la connaissance de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française, dans l'hôtel de Mathilde Bonaparte, puis lors de réceptions à l'Élysée. Dès leur rencontre celui qui n'est alors que le est séduit. Le siège qu'il entreprend auprès d'Eugénie dure deux ans, sa cour assidue lors de séjours au château de Compiègne étant à l'origine de l'épisode du ..

vignette|Caricature sur les difficultés matrimoniales de dans l’Histoire tintamarresque de , Touchatout, 1877.

Les familiers du président (bientôt empereur) sont au début assez partagés envers la comtesse espagnole, certains souhaitant que Louis-Napoléon se lie avec une famille régnante, comme autrefois avec Marie-Louise. Par ailleurs, les souverains européens, même ceux apparentés à la famille Bonaparte (comme les parents de la reine de Saxe, Caroline de Vasa), sont fort peu enclins à donner une de leurs filles en mariage à un empereur au trône mal assuré et qu'ils regardent comme un parvenu pour ne pas dire un aventurier.

Le , un incident lors d'un bal aux Tuileries, où la jeune Espagnole est traitée d'aventurière par l'épouse du ministre de l'Instruction publique Hippolyte Fortoul, précipite la décision de de demander Eugénie en mariage alors qu'il vient de mettre un terme à sa relation avec Miss Howard.

vignette|Célèbre lettre d'Eugénie, alors comtesse de Teba, en date du 26 janvier 1853, deux jours avant son mariage avec Napoléon III. Elle refuse la parure que le conseil municipal de Paris souhaitait lui offrir pour la cérémonie. Collection : Le Manuscrit français. vignette|, Eugénie et le prince impérial dans les années 1860. Aux Tuileries, dans sa communication. du devant le Sénat, le Corps législatif et le Conseil d'État, l'Empereur déclare :

Cérémonie de mariage L'acte du mariage civil est enregistré au palais des Tuileries dans la salle des Maréchaux, le à . Le mariage religieux suit à Notre-Dame de Paris le . Pour cette occasion, l'Empereur signe de grâce et fait savoir que toutes les dépenses du mariage seraient imputées sur le budget de sa liste civile alors qu'Eugénie refuse une parure de diamants offerte par la ville de Paris et demande que la somme correspondante soit consacrée à la construction d'un orphelinat, qui sera édifié sur l'emplacement de l’ancien marché à fourrages du faubourg Saint-Antoine, dans le de Paris. L’architecte Jacques Hittorff sera chargé de sa conception : il donne aux bâtiments la forme d’un collier. L'école inaugurée le , prend le nom de maison Eugène-Napoléon en l’honneur du jeune Louis-Napoléon, né en 1856.

La lune de miel a lieu au parc de Villeneuve-l'Étang, à Marnes-la-Coquette, au cœur du domaine national de Saint-Cloud, domaine acquis par le futur Empereur ; quelques semaines plus tard, l'Impératrice est enceinte, mais perd l'enfant après une chute de cheval.

Une nouvelle grossesse n'intervient que deux ans plus tard, au début de l'été 1855. Louis Napoléon, fils unique de et d’Eugénie, naît le Son médecin accoucheur est le docteur Henri Conneau.. L’événement est encore l’occasion pour d’annoncer une nouvelle amnistie pour les proscrits du 2 décembre, alors que de Paris (un Parisien sur deux) se cotisent pour offrir un cadeau à l’Impératrice. Le 17 au matin, une salve de cent un coups de canon annonce ce grand événement au pays. L'Empereur a décidé qu'il serait parrain et l'Impératrice marraine de tous les enfants légitimes nés en France en cette journée du , qui, au nombre de , furent pensionnés.

Le suivant, l'Empereur rédige à Plombières-les-Bains les dispositions concernant la régenceMoniteur universel, ., qu'il confie à l'Impératrice.

Impératrice des Français Personnalité d'Eugénie thumb|left|L'impératrice Eugénie habillée en Marie-Antoinette, par Winterhalter (1854). Eugénie est surnommée Badinguette par les opposants à l'Empire (en référence au sobriquet donné au futur empereur à la suite de sa célèbre évasion du fort de Ham, avec le concours d'Henri Conneau, déguisé avec la veste de travail d'un maçon qui portait le nom de Badinguet). Ces opposants prétextent de son âge avancé de vingt-sept ans et de sa beauté qui a fait tourner bien des têtes pour lui faire une mauvaise réputation. Victor Hugo ose même écrire : et une épigramme malveillante et anonyme a couru dans Paris :

thumb|L'impératrice Eugénie (1856).

D'une beauté éclatante, elle avait acquis une grande liberté d'allure, était passionnée et séductrice, voire provocante, avec la retenue des canons de l'époque.

Son culte sentimental pour Marie-Antoinette est illustré par le portrait en robe « à paniers » par Franz Xaver WinterhalterTableau , Metropolitan Museum of Art, New York. ; son peintre favori exécuta aussi en 1862 le portrait de sa sœur la duchesse d'Albe, et son propre portrait qu'elle offrit à son beau-frère, qui fut placé dans le « salon des Miniatures » du palais Liria à Madrid, où elle aimait se tenir.

Maxime Du Camp, dans ses Souvenirs d'un demi-siècle, la dépeint ainsi :

Le jeune Julien Viaud la vit passer un jour à Paris dans une voiture découverte et garda d'elle un souvenir ébloui ; devenu l'écrivain Pierre Loti, il l'évoque dans ses souvenirs.

Influence politique Sur le plan politique, catholique ultramontaine, elle veut que la France soutienne le pape par les armes (création du corps des zouaves pontificaux), alors que était favorable à la libéralisation des autres États italiens. On prête à l'empereur une boutade dans laquelle il qualifia l'impératrice de « légitimiste », ce à quoi elle aurait répondu : Raphaël Dargent, L'impératrice Eugénie : l'obsession de l'honneur , lire en ligne.. De fait, elle partageait l'essentiel de la doctrine bonapartiste.

vignette|Portrait d'Eugénie commandé par Ismaïl Pacha à Gustave Le Gray en 1869, offert à l'impératrice lors de l'inauguration du canal de Suez.

Elle soutient contre les Anglais le projet français d'ouverture du canal de Suez, et en 1869 après un passage à Constantinople, une visite officielle qui a marqué les relations franco-turques pendant de longues années, elle alla l'inaugurer en personne avec les principaux monarques européens dont l'Empereur François-Joseph qui sera impressionné par sa beauté.

Le palais de Beylerbeyi, au bord du Bosphore, l'accueille pendant le séjour durant lequel elle visite, parmi tant d'autres lieux, le patriarcat arménien catholique et le lycée Saint-Benoît.