L'histoire de la pensée économique (HPE) est l'étude de l'histoire des idées en économie.

Les premiers concepts économiques se développent dans la civilisation mésopotamienne avec le développement du commerce. Le terme même d'économie est inventé dans l'antiquité grecque. Les Grecs sont aussi les premiers à rédiger des traités consacrés à l'économie (Xénophon et Aristote).

C'est au , avec le développement des États et l'essor du commerce que se développe la pensée économique moderne avec le mercantilisme. À cette époque, Antoine de Montchrestien invente le terme d'économie politique.

Au , l'ouvrage d'Adam Smith, (1776), constitue le fondement de la pensée économique classique.

Antiquité Dans l'Antiquité, on trouve des prémices de la pensée économique dans les civilisations chinoise, mésopotamienne, indienne, grecque ou encore romaine.

Civilisation mésopotamienne

Dans la civilisation mésopotamienne, on assiste dès le millénaire av. J.-C. à l'apparition de plusieurs concepts et outils fondamentaux pour la pensée économique. Le développement des activités commerciales entraîne l'avènement d'une terminologie économique élaborée. Les correspondances des marchands assyriens témoignent ainsi d'une prise de conscience du marché en tant qu'entité abstraite. Les acteurs économiques tendent parallèlement à s'institutionnaliser. Des compagnies commerciales (ou batum), disposant de succursales, exercent ainsi leurs activités dans une relative indépendance vis-à-vis des administrations bureaucratiquesKlaas Veenhof, Aspects of Old Assyrian Trade and its Terminology, .. En dépit de sa sophistication, cette pensée économique mésopotamienne ne s'exprime quasiment que dans des documents privés à visée utilitaire. La littérature mésopotamienne théorique dite sapientale n'envisage l'acte économique que dans une optique morale et éthique, prêchant, par exemple, la prudence dans la conduite des affairesFrancis Joannès, article « Sagesse » dans le Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, ..

Civilisation chinoise

La pensée économique chinoise apparaît lors des périodes des Printemps et Automnes (770 - 476 av. J.-C.) et des Royaumes Combattants (476 - 221 av. J.-C.). La pensée économique n'est pas une réflexion à part entière, mais est l'œuvre de grands penseurs qui s'emparent des questions philosophiques, politiques, économiques, sociales ... Néanmoins, une véritable pensée économique se développe alors dans le monde chinois. Comme le relève le sinologue Michel Cartier : « La Chine pourrait à juste titre revendiquer l'honneur d'avoir inventé la pensée économique. »

À ces époques anciennes, la Chine n'est pas encore unifiée, mais divisée en petits royaumes qui se font la guerre. Trois écoles de pensée sont particulièrement importantes à ces époques anciennes : le taoïsme, le confucianisme et le légisme.

La pensée taoïste est essentiellement l'œuvre de Laozi (le "vieux maître" ; milieu - milieu ) et Zhuangzi (env. 369 - 286 av. J.-C.). Le concept économique central dans la pensée taoïste est le wuwei, l'art de gouverner par la non-intervention. Ce concept, parfois appelé le "non-agir", apparaît à de multiples reprises dans l'ouvrage central de Laozi, le Daodejing (le "Livre de la Voie et de la Vertu"). Si le souverain pratique le "non-agir", alors le royaume est gouverné à bon escient.

La pensée économique confucéenne est essentiellement l'œuvre de Kongzi (ou Confucius ; 551 - 479 av. J.-C.) et de ses disciples Mengzi (ou Mencius ; env. 372 - 289 av. J.-C.), Xunzi (env. 313 - 238 av. J.-C.) et Dong Zhongshu (179 - 104 av. J.-C.). La recherche individuelle du profit pouvant entraîner des conflits entre les individus et perturber la société, Confucius insiste sur le fait que la justice engendre le profit, et qu'il est nécessaire de « tirer profit à travers la justice » ou encore de « générer des bénéfices par des moyens justes. » Kongzi insiste sur l'importance de suivre des principes éthiques et moraux dans la quête du profit.

La pensée économique légiste a notamment été développé par Guan Zhong (725 – 645 av. J.-C.), Shang Yang (env. 390 – 338 av. J.-C.) et Han Feizi (env. 280 – 233 av. J.-C.). Les légistes affirment que les êtres humains sont intrinsèquement égoïstes et court-termistes. Les institutions politiques doivent donc être développées en réponse. Dans le cadre légiste, l’harmonie sociale peut seulement être obtenue grâce au contrôle de l’État et à une obéissance absolue à l’autorité.

Civilisation indienne thumb|259px|Pièce en argent de l'Empire Maurya, portant les symboles de la roue et de l'éléphant. Chânakya (aussi nommé Kautilya ; 340-293 ), précepteur du premier empereur Maurya, aborde de nombreux aspects que l'on retrouve dans l'économie moderne. B.S. Sihag B.S. Sihag, Kautilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity. Humanomics 23(1): 5–28, 2007 le considère comme un précurseur et l'un des penseurs les plus féconds dans les domaines de l'économie et de la Science politiqueL. K. Jha, K. N. Jha (1998). "Chanakya: the pioneer economist of the world", International Journal of Social Economics 25 (2-4), p. 267-282.Waldauer, C., Zahka, W.J. and Pal, S. 1996. Kauṭilya's Arthashastra: A neglected precursor to classical economics. Indian Economic Review, Vol. XXXI, No. 1, pp. 101-108.Tisdell, C. 2003. A Western perspective of Kauṭilya's Arthasastra: does it provide a basis for economic science? Economic Theory, Applications and Issues Working Paper No. 18. Brisbane: School of Economics, The University of Queensland.Sihag, B.S. 2007. Kauṭilya on institutions, governance, knowledge, ethics and prosperity. Humanomics 23 (1): 5-28.. On doit à Chânakya deux ouvrages économiques majeurs : Arthashastra (La Science des richesses et du bien-être), son magnum opus, aborde la politique monétaire, la politique fiscale et la politique sociale, ainsi que les relations internationales et la Stratégie militaire. Neetishastra est un traité sur la « vie idéale », définissant les « bonnes conduites » du peuple et les « bonnes pratiques » du souverain. Après les conquêtes musulmanes, la pratique de la 'Hawala ("confiance" ou "échange") a été introduite dans le sous-continent indien.

Grèce antique

thumb|Xénophon ( 426 – 355 av. J.-C.), disciple de Socrate, a consacré plusieurs ouvrages à l'économie.

Les Grecs forgent le mot économie () à partir de , la maison en tant qu’unité sociale et économique et , l'ordre, la loi, la norme. C'est en Grèce qu'on trouve les premiers traités explicitement consacrés à l'économie avec le traité de Xénophon et le traité d'Aristote.

Dans L'Économique, Xénophon retrace un dialogue entre Socrate et Ischomaque sur le thème de l'administration d'un domaine agricole. L'ouvrage comprend des développements sur les stratégies d’accroissement des richesses : ainsi le père d’Ischomaque dit acheter des terres à bas prix pour les revendre bien plus cher après les avoir défrichées. Dans Des revenus, il aborde des concepts comme ceux de la demande et de la valeur des biens, ainsi que le rapport qu’ils entretiennent entre eux.

thumb|Platon (428 ou 427 – 347 ou 346 av. J.-C.)

Dans La République, Platon mène une réflexion sur la justice sociale et l'organisation économique de la société en classes. Dans Les Lois, Platon insiste sur la nécessité d'établir l'égalité des fortunes. Il s'agit d'instaurer l'amitié entre tous par l'attribution de propriétés égales et d'obliger chacun à mener une vie identiquement frugaleLes Lois, 741.

thumb|Aristote ( 384 – 322 av. J.-C.)Aristote accorde dans sa pensée une place beaucoup plus importante à l’économie. Dans les Économiques et lÉthique à Nicomaque, Aristote pointe la différence fondamentale qui sépare à ses yeux l'économique de la chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) qui est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses. Selon lui, l'accumulation de la monnaie pour elle-même est une activité contre nature qui déshumanise ceux qui s'y livrent : Avec Platon, il condamne le goût du profit et l'accumulation de richesses. Au contraire, il valorise l’agriculture et le « métier » qui fondent une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun. Aristote garde toujours le souci d’agir conformément à la nature. Celle-ci fournit « la terre, la mer et le reste » : l’économique est donc l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles, ce qui s'oppose totalement à l’art d’acquérir et de posséder. Chez Aristote, de fait, l'échange, même basé sur la monnaie, est toujours envisagé comme permettant de renforcer le lien social : Alors qu'il est absent de la tribu (où seul le troc existe), son apparition dans la cité contribue à faire la société.

Aristote introduit aussi la distinction entre la valeur subjective et valeur commerciale d'un bien, que l’on peut facilement rapprocher des notions de valeur d'usage et de valeur d'échange qui apparaîtront au .

Rome antique Avec l'essor et le développement d'un empire, les romains font montre d'un intérêt plus orienté vers les questions liées à la gestion et l'organisation pratique.

La question de la gestion des espaces et de l'économie rurale avec des réflexions sur les thèmes de la colonisation avec la gestion des territoires et populations conquis ; avec la publication de recueils de gestion de l'économie rurale rédigés par des auteurs comme Caton, Columelle Pline l'Ancien ou Varron avec l'institution de la Villa ou du Latifundium. Caton et Varron, assez représentatifs de la mentalité romaine, placent l'agriculture au-dessus du commerce et condamnent le prêt à intérêt, donc le commerce de l'argent, même si dans la pratique (non théorisée), les monetarii font le commerce de l’argent et pratiquent le prêt à intérêt, en même temps que les autorités manipulent les monnaies.

Au - ap. J.-C., sous le Bas-Empire, les idées dirigistes apparaissent pour contrer les difficultés économiques et sociales. Dioclétien met en place une taxation générale des prix. Des « Collegia » et des corporations publiques sont instaurées.

Époque médiévale Moyen Âge chrétien Les penseurs économiques du Moyen Âge sont avant tout des théologiens.

Dans son , Joseph Schumpeter considère les scolastiques de la fin du au comme les fondateurs les plus proches de la science économique. Raisonnant dans le cadre du droit naturel ils préfigurent l'économie moderne dans le domaine de la politique monétaire, de l'intérêt, et la théorie de la valeur dans le cadre du droit naturel.

Apport judéo-chrétien L'Ancien Testament contient de nombreux jugements et prescriptions économiques. Il ordonne l'absence de propriété perpétuelle sur la Terre et instaure une redistribution périodique. Il interdit les prêts à intérêt, et enfin il hiérarchise selon leur honneur les activités économiques, faisant de l'agriculture la première et du commerce la dernière.

Le Nouveau Testament encourage l'homme à mettre en valeur ses talents, en faisant fructifier des placements (parabole des talents). Si l'homme travaille la terre, c'est un moyen de mettre en valeur ses talents en agriculture, et de même dans tous les domaines de l'activité humaine, dans l'industrie et le commerce par exemple. Mais le Nouveau Testament prévient aussi contre les tentations matérielles liées à l'accumulation et à l'utilisation superflue des richesses. Il insiste sur une répartition équitable des biens (Lazare).

Au se produit une séparation nette entre christianisme et judaïsme sur les questions économiques : le judaïsme commence à élaborer une codification de l'économie (voir Intérêt de l'argent et religions monothéistes), tandis que le christianisme continue d'interdire le prêt à intérêt.

Apport des théologiens thumb|Saint Thomas d'Aquin

Le Moyen Âge voit un renouveau des échanges commerciaux et une multiplication des opportunités de profit.