Guillaume Dufay (ou Du Fay, Du Fayt), prononcé [], est un compositeur de l'école bourguignonne (qui constitue le point de départ de l'école franco-flamande) né en 1397 peut-être à Cambrai ou Fay près de Cambrai, ou à Beersel — non loin de Bruxelles — ou Chimay, et mort le à Cambrai.

Biographie Son nom dit son origine, car ce sont dans les hameaux de Belgique romane et du nord de la France que l'on parle d'un « fayt », c'est-à-dire d'une hêtraieRobert Wangermée, La musique, dans .

D'abord formé comme « enfant de chœur » (enfant chantant la partie aiguë dans le chœur), Dufay étudie la musique à la maîtrise attenant à la cathédrale de Cambrai, et chante donc d'abord la musique liturgique nécessaire aux offices de l'Église catholique, au sein de cet ensemble vocal alors renommé (tout comme l'étaient ceux de bien d'autres édifices religieux, en France et en Europe). Plus généralement, les garçons de la maîtrise et les choristes (tous masculins et professionnels) avaient aussi à chanter de la musique moins directement liturgique, essentiellement des motetsLa musique qu'on appelle religieuse ou sacrée (parfois désignée comme musique spirituelle) regroupe les genres musicaux associés, d'une manière ou d'une autre, aux pratiques liées à la religion d'un peuple ou d'un groupe social donné. Cette notion se différencie donc naturellement de l'idée de musique profane, bien que ces deux univers n'aient jamais été fermés l'un à l'autre..

Il arrivait alors que la cathédrale fournisse quelques-uns de ces interprètes (ces chantres) à d'autres églises, ou même parfois à Rome. Ainsi Dufay participe, dans la suite de l'évêque de Cambrai, au Concile de Constance en 1417-1418 . C'est à Constance justement, en 1419, que le prince Carlo I Malatesta l'embauche à la cour de Rimini (Italie). Il y compose ses premiers motets.

À la suite de son voyage en Italie (v. 1420), Guillaume Dufay revient en France, en 1423 ou 1424, où il obtient un bénéfice ecclésiastique à Nouvion-le-Vineux, près de Laon. Pays qu'il quitte avec regret, en témoigne sa chanson Adieu ces bons vins de Lannoys, composée en 1426 avant qu'il ne retourne en Italie.

En 1428, il devient chantre à la chapelle papale et est ordonné prêtre. Il sert la famille d'Este et séjourne à la cour de Savoie entre 1425 et 1428, puis à Rome jusqu'à 1433 avant de partir pour Chambéry, Florence, Ferrare, Genève ou Lausanne, dont il devient chanoine de la cathédrale en 1431. En 1436, pour l'inauguration du dôme de Brunelleschi à Florence (la cathédrale, il duomo), Dufay compose le motet Nuper rosarum flores.

Le 5 mai 1437, il rencontre Gilles Binchois à la cour de Bourgogne. Une lettre du pape mentionne qu'il est bachelier en droit. Il quitte la chapelle papale à la fin du même mois et retourne à la cour de Savoie. En 1439, âgé de quarante-deux ans, il retourne à Cambrai où il dirige la maîtrise de garçons et le chœur de la cathédrale. En 1458, il se retire définitivement en servant comme chanoine dans cette cathédrale de Cambrai. Il fut également chanoine de Sainte-Waudru de Mons.

Il meurt en 1474, à Cambrai, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Sa pierre tombale, retrouvée en 1859 (la cathédrale ayant été détruite à la Révolution), est désormais conservée au Palais des beaux-arts de Lille..

Ses œuvres et sa technique musicale vignette|Dufay et Binchois. Miniature du Maître du Missel de Paul Beye, extraite de Martin Le Franc, Champion des dames (Arras 1451). Comme chez la plupart des autres musiciens, la production de Dufay ne se limite évidemment pas à la musique d'église. Son œuvre profane est aussi nombreuse et importante que sa musique religieuse.

Compositeur le plus célèbre d'Europe au , estimé des rois Charles VII et Louis XI mais surtout des ducs de Bourgogne, Dufay marque le début de l'école franco-flamande, dont le rayonnement perdure jusqu'à la fin du . En combinant avec brio l'Ars nova de Philippe de Vitry, l'harmonie (la « contenance angloise ») de John Dunstable et la mélodie italienne, sa musique annonce le madrigalisme et la musique de la Renaissance.

Dufay acquiert une grande renommée par la qualité de ses rondeaux, tels Donnez l'assaut à la forteresse ou La plus mignonne de mon cœur. Précurseur d'Ockeghem ou Josquin des Prés, il utilise des thèmes profanes pour certaines de ses messes, telle la célèbre L'Homme armé. Il est le premier à composer un Requiem, dont la partition est perdue. Il compose aussi des cycles complets pour l'Ordinaire de la messe : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus. On a également de lui 83 ballades, chansons polyphoniques, virelais et rondeaux, 76 motets et neuf messes.

Robert Wangermée analyse de cette manière les nouveautés introduites par Guillaume Dufay et son compatriote Gilles BinchoisRobert Wangermée, Guillaume Dufay et la Renaissance en musique, dans Robert Wangermée et Philippe Mercier (sous la direction de), La musique en Wallonie et à Bruxelles, Tome I Des origines au , La Renaissance du livre, Bruxelles, 1980 [D.1980-0115-8], . :

Œuvres

Guillaume Dufay laisse environ parvenues jusqu'à nous.

1420, Vasilissa ergo gaude, motet à quatre voix. Dans le manuscrit de Berlin, (sur Cleofe Malatesta). 1423, Resvellies vous, ballade. Dans le manuscrit Can. misc. 213, Oxford (sur Carlo Malatesta) 1425, Je me complains, ballade. Dans le manuscrit Can. misc. 213, Oxford 1426 (avant 1426), Missa sine nomine, à trois voix. Ordinarium. Dans le manuscrit Q 15, Bologna = Manuscrit de Berlin 1426 (vers 1426-1428), Missa Sancti Jacobi, à trois ou quatre voix. Ordinarium et Proprium. Dans le manuscrit de Berlin 1431, Ecclesiae militanti 1431, Balsamus et munda, motet à quatre voix. Manuscrit de Berlin, composé pour la chapelle papale 1433, Supremum est mortalibus bonum, motet à trois voix avec faux-bourdon. Manuscrit de Berlin (sur le pape Eugêne IV et l'empereur Sigismond) 1433, C'est bien raison, ballade. Dans le manuscrit Can. misc. 213, Oxford (sur Nicolas III de Ferrare) 1435 (vers 1435) Salve flos Tuscae gentis ; Vos nunc, motet à quatre voix. Manuscrit 471, Modena (avec la citation : Guillermus cecini, natus en ipse Fay) 1435 (vers 1435), Mirandas parit haec urbs Florentina puellas, à trois voix. Dans le manuscrit lat. 471, Modena (pour Florence) 1436, Nuper rosarum flores, motet à quatre voix. Manuscrit 471, Modena (pour la bénédiction de la cathédrale de Florence) 1438, Magnanimae gentis ; Nexus amicitiae, motet à quatre voix. Manuscrit 471, Modena (sur un pacte entre Bern et Freiburg) 1440 (vers 1440), Missa Caput, messe à quatre voix pour ténor. Dans le manuscrit de Coventry (attribution erronée, œuvre d'un compositeur anglais anonyme) 1450 (vers 1450), Missa Se la face ay pale (à 4 voix). Messe pour ténor. Dans le manuscrit 88 de Trente 1454, 'O tres piteux (Lamentatio sanctæ matris ecclesiæ Constantinopolitanæ), motet à quatre voix). Manuscrit Riccardiana 2794, Firenze (composé pour un banquet de Philippe le Bon à Lille) 1463, Missa Ecce ancilla domini (à quatre voix), messe pour ténor. Dans le manuscrit 5557 de Bruxelles (copié à Cambrai en 1463)) 1464 (ou plus tard), Missa Ave Regina Caelorum (à quatre voix), messe pour Ténor. Dans le manuscrit 5557 de Bruxelles 1464, Ave regina caelorum sd (= sans date), Inclyta stella maris (à 4 voix). Dans le manuscrit de Berlin sd, Juvenis qui puellam (à 3 voix). Dans le manuscrit 3224 München 3224 sd, Missa La mort de Saint Gothard (à 4). Messe pour ténor. Dans le manuscrit lat. 456 de Modena (sans nom d'auteur) sd, Missa L'Homme armé (à 4 voix) ; Messe pour ténor. Dans le manuscrit Capp. Sist. 14, Roma sd, Missa Sancti Antonii Viennensis (à 3 voix). Ordinarium. Dans le manuscrit 90 de Trente sd, O beate Sebastiane (à 3 voix).Dans le manuscrit de Berlin (sur saint Sébastien, lors d'une épidémie de peste) sd, O flos florum virginum (à 3 voix). Dans le manuscrit 3232a de München (certainement une contrefaçon) sd, O proles Hispaniae ; O sidus Hispaniae (à 4 voix) Dans le manuscrit lat. 471, Modena (sur saint Antoine de Padoue) sd, Qui latuit in virgine (à 3 voix). Dans le manuscrit 3232a de München (authenticité incertaine) sd, Vergine bella (à 3 voix), sur le 366e et dernier poème du Canzoniere de Pétrarque. Dans le manuscrit de Berlin sd. Fulgens jubar ; Puerpera pura (motet à 4). Manuscrit 471, Modena (Pour la fête de la purification, avec acrostiche de Petrus de Castello) sd., Ave virgo qua de caelis (à 3 voix). Dans le manuscrit 92 de Trente sd., O gloriose tiro ; Divine pastus (motet à 4 voix) in Mod B (sur saint Théodore) sd., O sancte Sebastiane ; O martyr Sebastiane ; O quam mira (motet à 4 voix). Dans le manuscrit de Dans le manuscrit de Berlin (sur saint Sebastien, lors dune épidémie de peste) sd., Moribus et genere ; Virgo, virga virens (motet à 4 voix). Manuscrit 471, Modena (sur saint Jean, avec une mention de Dijon) sd., 1 voix de contre-ténor dans un Gloria anonyme à 3 voix. Dans les manuscrits 6 et 11, Bibliothèque municipale de Cambrai sd., 11 Kyrie à 3 voix dont 7 dans le manuscrit Q 15, Bologna = Berlin ; 4 dans les manuscrits 87 et 92 Trente sd., 14 Gloria à trois et quatre voix dont 8 dans le manuscrit de Berlin ; 5 dans le manuscrit 92 de Trente ; 1 dans le manuscrit 3232a, München sd., 4 Agnus Dei à 3 voix dont 2 dans le manuscrit de Berlin ; 2 dans le manuscrit 92 de Trente sd., 4 Credo à trois et quatre voix. Dans le manuscrit de Berlin sd., 4 Sanctus à 3 voix dont 3 dans le manuscrit de Berlin ; 1 dans le manuscrit 92 de Trente sd., Ad caenam agni providi (hymne). Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Adieu ces bons vins (rondeau). Dans le manuscrit Can. miscellanea [mélanges]. 213, Oxford = Oxf (daté : 1426) sd., Alleluia Veni sancte spiritus, All. Dans le manuscrit 90 de Trente. sd., sd., Alma Redemptoris Mater (à 3 voix). Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Alma Redemptoris Mater (à 3 voix). Dans le manuscrit Q 15, Bologna = manuscrit de Berlin sd., Anima mea liquefacta est (à 3 voix). Dans le manuscrit de Berlin sd., Audi benigne conditor (hymne). Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Aurea luce (hymne). Dans le manuscrit Q 15, Bologna = Berlin sd., Ave regina caelorum (à 3 voix). Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Ave Maris Stella (hymne). Dans le manuscrit 92 de Trente sd., Ave maris stella (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Ave regina caelorum (à 3 voix). Dans le manuscrit de Berlin sd., Benedicamus domino (I). Dans le manuscrit de Berlin sd., Benedicamus domino (II). Dans le manuscrit de Berlin sd., Christe redemptor omnium (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Conditor alme siderum (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Cum tua doctrina. Motet (5 voix, texte italien). Manuscrit Q 15, Bologna, composé pour la bénédicion de la cathédrale de Patras. sd., Departes vous, male bouche (rondeau). Dans le manuscrit 871 N, Monte Cassino sd., Deus tuorum militum (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Epiphaniam domino (hymne). Dans le manuscrit 87 de Trente sd., Exultet caelum laudibus (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Festum nunc celebre (hymne). Dans le manuscrit 87 de Trente sd., Flos florum (à 3 voix). Dans le manuscrit de Berlin sd., Gaude virgo, mater Christi (à 4 voix). Dans le manuscrit de Berlin sd., Hic vir despiciens (antienne). Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Hic jocundus sumit mundus (à 3 voix). Dans le manuscrit 3232a de München (certainement une contrefaçon) sd., Hostis Herodes impie (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Iste confessor (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Isti sunt duae olivae (antienne). Dans le manuscrit 87 de Trente sd., Je n'ai doubté (rondeau). Dans le manuscrit 87 de Trente sd., Jesu corona virginum (hymne). Dans le manuscrit de Berlin sd., Magnificat 1. toni. Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Magnificat 5. toni. Dans le manuscrit lat. 471, Modena sd., Magnificat 6. toni. Dans le manuscrit lat. 471, Modena