Le marais poitevin est une région naturelle de France à cheval entre les départements de Vendée, des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime, et donc entre les régions Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire.
L'ensemble constitué par le marais poitevin et la baie de l'Aiguillon, relique du golfe des Pictons, s'étend sur environ : il s'agit de la deuxième plus grande zone humide de France après la Camargue..
Il constitue le parc naturel régional du Marais poitevin, label retrouvé depuis le .
Le , les marais mouillés dits « de la Venise verte » ont obtenu en outre le label Grand Site de France.. Certains espaces compris dans le marais poitevin sont aussi classés réserve naturelle nationale comme la baie de l'Aiguillon, marais communal de Saint-Denis-du-Payré, casse de la Belle-Henriette, ainsi que des réserves naturelles régionales comme Ferme de Choisy, le marais de la Vacherie, marais communal du Poiré-sur-Velluire. Le marais poitevin est classé dans le réseau Natura 2000.
Aménagé par l'être humain dès le , le marais poitevin est composé de trois grands ensembles liés à son fonctionnement hydraulique : le marais maritime, le marais desséché, le marais mouillé. Des milliers de kilomètres de fossés, canaux et rigoles creusés, des millions d'arbres plantés pour fixer les berges, autant de témoignages d'une relation étroite avec l'eau. Ce réseau hydraulique, résultat d'un aménagement qui a évolué au fil des siècles, permet d'atténuer les effets des variations de précipitations saisonnières : inondations en hiver, assèchements en été.
Géographie Formation géologique vignette|upright=1.4|Reconstruction paléoenvironnementale du marais poitevin occidental depuis le golfe des Pictons.
L'espace abandonné par l'océan au fil du temps s'est peu à peu comblé de sédiments, formant une grande étendue plane, dont l'altitude de 0 à huit mètres (la moitié du marais se situant à moins de deux mètres) est à un niveau intermédiaire entre celui des marées hautes et des marées basses. Les marais desséchés couvrent une superficie d'environ . Les marais mouillés (dont la partie la plus orientale est qualifiée de « Venise verte ») couvrent pour leur part une superficie d'environ , tandis que des marais qualifiés d'intermédiaires (ce qui signifie qu'ils sont imparfaitement desséchés) représentent environ .
L'espace aujourd'hui occupé par le marais poitevin fait initialement partie du plateau de calcaire jurassique de la plaine vendéenne. La dernière glaciation de Würm entraîne une régression marine et une reprise d'érosion par les cours d'eau de ce plateau (bassin versant de ), mettant à nu des formations marno-calcaires qui forment à terme une cuvette où subsistent des calcaires plus résistantes. Cette cuvette est ensuite recouverte par la mer lors de la transgression flandrienne, formant ainsi le golfe des Pictons. Celui-ci est notamment mentionné par Artémidore d'Ephèse, citant un sinus séparant la civitas des Santons (Saintonge) de celle des Pictons (Poitou).
Sur les buttes calcaires sont bâtis les villages tels que Maillezais, Saint-Michel-en-l'Herm ou Marans. Le golfe est alors progressivement comblé par des alluvions fluviatiles et des sédiments marins. Les dépôts sont de deux types :
Le bri : argile gris bleuté quasi-imperméable, d'une épaisseur moyenne de dix mètres, originaire principalement de l'estuaire de la Gironde et de la Loire, et envasant progressivement le golfe ; La tourbe : dépôt dû à la décomposition des végétaux (peupliers, saules, frênes, roseaux, joncs, etc.) qui prolifèrent à la suite de l'adoucissement de l'eau, car le comblement du golfe entraîne une diminution progressive de l'influence de l'océan. On retrouve des zones de tourbières notamment dans les communes du Bourdet, Nuaillé-d'Aunis ou Le Vanneau-Irleau, à l'Est du marais.
Cette zone marécageuse a continué de se combler, naturellement puis par l'action des humains, provoquant la disparition du golfe des Pictons..
Entités écologiques et paysagères Le fonctionnement global du marais poitevin, peut se distinguer par différentes entités paysagères et hydrauliques suivantes :
Les marais mouillés et les fonds de vallées humides () : Ce sont des zones inondables par crue ou par engorgement en période pluvieuse. Le réseau de canaux est souvent assez dense, ainsi qu'avec de nombreux arbres plantés pour fixer les berges. C'est dans ces « marais mouillés », que se situe la plus grande partie des marais communaux., vastes unités de prairies naturelles humides exploitées en pâturage collectif, pour certaines depuis le . Les marais desséchés () : Ils sont protégés des inondations et des marées par un réseau de digues (ou levées) avec des ouvrages hydrauliques appelés bondes à la limite entre le marais desséché et marais mouillé. Les marais intermédiaires () : Marais partiellement protégés des inondations, ils sont à rapprocher des marais desséchés. Les milieux littoraux () : milieux soumis à l'influence des marées, composés des mizottes, des vasières, des dunes et sables Les îlots calcaires internes () : anciennes terres hautes qui formaient des îles lorsque l'océan occupait le Golfe du Poitou.
Histoire des aménagements par l'être humain
-5000 ans av. J.-C. au Avant cette période, la marée remontait jusqu'aux portes de Niort. Mais l'humain n'étant pas sédentarisé, nous n'avons pas de traces écrites de cet héritage.
Des traces d'occupation pré- et protohistorique ont été identifiées sur ses anciennes rives et sur les anciennes îles aujourd'hui incluses dans les terres..
L'ancien golfe des Pictons (ou Lac des deux corbeaux : noms légendaires donnés bien plus tard, aucune preuve de l'utilisation à l'époque des Romains) se comble peu à peu. On estime qu'à l'époque gallo-romaine la marée remonte jusqu'à Marans du côté de la Sèvre Niortaise, Champagné-les-Marais et Saint-Denis-du-Payré du côté de la Vendée. Les dépôts de bris avaient déjà bien comblé une bonne partie du marais poitevin actuel.
Deux siècles environ , le peuple gaulois des Pictons (Pictavi ou Pictones) s'installent au bord de cette zone marécageuse. Les principales villes à proximité s'appelaient Limonum (Poitiers), Mediolanum Santonum (Saintes), Iculisna (Angoulême), Santonum Portus (La Rochelle).
Des voies antiques passaient par Niort et Magné.. Une voie avec passages à gué entre les différentes « îles calcaires » pouvait passer par Saint-Jean-de-Liversay jusqu'à Vix et Velluire mais on en retrouve peu de traces.
L'exploitation du sel fait la renommée de la région. Le sel du Poitou est produit à partir du Néolithique (sel extrait par chauffe de l'eau de mer), puis à l'époque gallo-romaine jusqu'à nos jours, c'est l'exploitation du sel marin par évaporation naturelle. À partir du , de grands seigneurs féodaux ont procédé à des concessions et donations de parties du marais au bénéfice des abbayes alentour (dont l'abbaye de Maillezais, celles de Nieul-sur-l'Autise, l'Absie, Saint-Maixent, Saint-Michel-en-l'Herm, et Moreilles, ou le monastère de Luçon) ; des travaux d'aménagement sont ainsi lancés, dans le but d'exploiter de manière plus organisée la productivité de ces milieux (cultures, élevage, saliculture, pêcheries mais aussi développement de marais salants). vignette|Abbaye de Maillezais.
Du au , premiers aménagements du marais desséché par les abbayes Les premiers endiguements de marais desséchés sont réalisés à partir de la fin du afin d'exploiter plus facilement les terres. En 1199, Pierre de Voluire ou Volvire, seigneur de Chaillé, demande à Ostensius, abbé de Moreilles, de creuser le canal de Bot Neuf, aujourd'hui appelé « canal du Clain » (environ de longCanal de Clain, carte interactive sur géoportail.Canal du Clain, sur geoview.info.). Dans une charte de 1217 Pierre de Volvire permet à la coalition des abbayes de Saint-Michel, de l'Absie, de Saint-Maixent, de Maillezais et de Nieul de creuser un canal pour dessécher les marais du Langon et de Vouillé. Il a été appelé « canal des Cinq-Abbés », un nom évocateur de ce contexte.. Dans le Congrès archéologique de France de 1863, il est donné la date du pour la première charte ; 1217 serait la date d'achèvement.. D'autres grands canaux évacuateurs sont creusés comme le bot de Vendée (de Chaillé à Luçon, maintenant appelé « canal de Sèvre »), l'achenal de l'Anglée (entre Chaillé et l'Anglée), bot de l'Alouette (autour de Marans), Canal de la Brune (entre Saint-Jean-de-Liversay et l'anse du Brault à Marans), bot de Brie et achenal d'Andilly (entre Andilly Charron et Esnandes), l'achenal le roi (devenu la ceinture des hollandais, entre Vouillé les Marais et Velluire)..
La région ayant été le cadre de nombreux affrontements pendant les guerres de religion (seconde moitié du ), beaucoup de destructions ont été opérées à l'époque, doublées d'un manque d'entretien des ouvrages de dessèchement.
Du au , l'aménagement du marais desséché sous l'impulsion d' Les travaux d'assèchement sont repris et intensifiés sous qui, dans une perspective de reconstruction, accorde divers privilèges à des investisseurs huguenots originaires des Pays-Bas et de Flandre. Nommé par édit le . Grand maître des digues du royaume par le roi, l'ingénieur flamand Humphrey Bradley intervient très peu dans le marais poitevin. Ses pouvoirs sont appuyés par le nouveau roi par un arrêt de règlement par le conseil du roi le . ainsi que par deux déclarations: les et .. Certains de ses associés sont Hiérosme et Marc de Comans, Hiérosme Vanulfle, François de La Planche. La date de sa mort est inconnue, mais située entre 1625 et 1639, sans avoir commencé des travaux dans le Poitou. Les privilèges sont maintenus pour ses associés représentés par Noel Champenois. originaire de La Roche à partir du . vignette|Plan et description particulière des Marais desséchés du Petit Poitou en 1648. Pierre Siète, originaire de La Rochelle, devient le nouvel ingénieur hydraulique le .. Celui-ci reprend les plans de Bradley et les améliore en réalisant dans le marais desséché les travaux les moins complexes. Il entreprit les dessèchements du Marais du Petit Poitou (Chaillé-les-Marais, entre 1643 et 1646, 5470 hectares, 75 km de canaux), puis Marais de Bouils (Langon, en 1649), Marais de la Vacherie (Champagné les Marais, entre 1651 et 1658), Marais du Commandeur (Puyravault, date inconnue), Marais Sauvage (Marans, 1654), Marais de Mouillepied (Marans, 1658). Enfin, à la même époque, furent exécutés plusieurs autres petits dessèchements, connus sous le nom de Marais-Garreau, de La Pironnière, des Ablettes, Dudevant, Autorres.
C'est sous l'impulsion de Pierre Siète, que sont créés les premiers syndicats de marais, regroupement de propriétaires ayant pour but l'entretien des canaux, digues et ouvrages hydrauliques. La première étant la « Société du Petit Poitou » fondé à Chaillé les Marais en 1646. Octavio de Strada (baron d'Aubué et Tournon) en devint le premier Directeur (Statuts de la société du Petit-Poitou, du ). Une autre association, sous l'impulsion de François Brisson, Sénéchal de Fontenay, se formait le , pour le dessèchement des marais de Benêt, Courdault, Maillezais, Vix, Le Brault, Marans, Sableau, Vouillé, Coulon et La Garette.
Le duc de Roannez, gouverneur du Poitou à partir de 1651, cherche des financements pour mener les travaux à terme. De grands aristocrates de la cour ne tardent pas à entrevoir les profits qui peuvent être tirés de ces assèchements (rotation élevage/céréaliculture, les excréments du bétail enrichissant le sol pour la culture notamment du blé), malgré les difficultés nombreuses qu'ils rencontrent dans leur réalisation.