Les Dents de la mer (, « Les Mâchoires ») est un film américain réalisé par Steven Spielberg et sorti en 1975, adapté du roman à succès de Peter Benchley publié en 1974. Le scénario du film est principalement attribué à Benchley qui a écrit les premiers jets d'après son propre livre ainsi qu'à Carl Gottlieb qui l'a retravaillé pendant le tournage.
Le film met en scène un grand requin blanc mangeur d'hommes qui attaque les baigneurs d'une station balnéaire de la côte est des États-Unis située sur l'île fictive d'Amity. Cela contraint le chef de la police locale à le chasser avec l'aide d'un biologiste marin et d'un chasseur de requins.
Principalement tourné à Martha's Vineyard dans le Massachusetts, Les Dents de la mer a été le premier grand film américain à être filmé sur l'océan et a eu une production difficile où le calendrier et le budget initial de ont terminé à . Comme les requins mécaniques conçus par le département artistique fonctionnaient mal, Spielberg a alors décidé de recourir principalement au suspense en suggérant la présence du requin avec un thème musical inquiétant et minimaliste composé par John Williams pour indiquer ses apparitions imminentes.
Universal Pictures a donné au film une sortie exceptionnellement large en été en le diffusant simultanément dans 409 salles partout aux États-Unis dès son premier jour d'exploitation le , alors qu'auparavant les sorties étaient limitées aux grandes villes avant une diffusion plus large. De plus, le studio a fait le choix d'accompagner la sortie du film d'une vaste campagne publicitaire, faisant des Dents de la mer la première super-production contemporaine de l'histoire du cinéma américain.
Le film fut acclamé par les critiques et a été un véritable succès commercial. Il rapporta aux États-Unis et dans le reste du monde, soit un total de , faisant de lui le plus grand succès cinématographique de tous les temps (sans tenir compte de l'inflation) pendant deux ans avant d'être détrôné par Star Wars en 1977. Il a lancé le modèle des films d'action à gros budget que les studios hollywoodiens sortent durant la période estivale dans des milliers de cinémas avec une importante promotion dans le but d'attirer l'attention du public et de rencontrer un succès populaire. Il a par ailleurs remporté trois Oscars et a lancé définitivement la carrière de Spielberg. La terrifiante musique de John Williams et l'image transmise du requin à travers le film sont depuis fortement ancrées dans la culture populaire.
Il donne naissance à une saga cinématographique de quatre films où les trois suites (sans l'implication de Spielberg et Benchley) ont connu un succès critique et commercial décroissant. En 2001, il est sélectionné par le National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis pour y être conservé, en raison de son « importance culturelle, historique ou esthétique ».
Synopsis
vignette|upright=1.5|alt=Large panneau représentant une jeune femme sur un matelas gonflable sur la mer, disant en anglais « Amity Island vous accueille » avec un rajout qui précise que la plage est fermé par ordre de la police|Panneau situé dans les Studios Universal à Hollywood, à l'entrée de l'attraction , indiquant le lieu imaginaire d'. Il imite celui que l'on voit dans le film, lorsque Martin Brody sort de chez lui pour se rendre sur les lieux de la disparition de la première victime.
Le , sur l'île d'Amity, un groupe d'étudiants fait la fête sur la plage. Une jeune femme s'éloigne du groupe pour un bain de minuit alors que son flirt l’attend sur la plage, ivre. Après quelques brasses, la jeune femme est attaquée par une force mystérieuse, elle tente de résister mais est happée et disparaît dans l'eau en poussant des cris de terreur. Quelques secondes après, la mer retrouve son calme nocturne. Personne ne sait ce qui vient de se dérouler.
Le lendemain, à la suite de la déclaration de la disparition de la jeune femme, Martin Brody, nouveau chef de la police locale originaire de New York, découvre les restes de la victime. Il attribue aussitôt cette mort à une attaque de requin, mais sous la pression du conseil municipal et aussi en raison de son inexpérience sur cette île, il suit les recommandations du médecin légiste de l'île et conclut à une mort accidentelle (noyade et choc avec un bateau).
Quelques jours après, un enfant est happé à son tour par le requin, et cette fois les témoins sont nombreux à assister à la scène. Le doute n'est plus permis : un requin rôde le long des plages d'Amity.
Le conseil municipal est confronté à un choix douloureux. Il peut adopter des mesures de protection le temps de se débarrasser du requin, c'est-à-dire interdire la baignade. Mais ceci mettrait en péril l'activité touristique de l'île à quelques jours du , la fête nationale américaine.
De plus, la mère de l'enfant a passé une annonce dans les journaux locaux et promet à qui tuera le requin. Le conseil s'inquiète de la publicité négative sur la ville et également de l'arrivée en masse de pêcheurs plus ou moins qualifiés pour obtenir la récompense. Parallèlement, Quint, un pêcheur local, propose ses services au conseil municipal pour tuer le requin mais il exige .
vignette|gauche|Un aileron de requin, personnage central des Dents de la mer et symbole de danger mortel pour les baigneurs. Le chef Brody essaie de son côté d'en savoir plus sur les requins et fait appel à l'institut océanographique pour avoir les conseils d'un expert. Matt Hooper, l'expert, arrive sur l'île le . Dès son arrivée, il demande à examiner le corps de la première victime et démontre de manière irréfutable qu'il s'agit d'une attaque de requin. Peu après, le même jour, des pêcheurs tuent un requin-tigre. Le maire exulte mais Brody, sur les conseils de Hooper, émet des doutes sur la responsabilité de ce requin dans les attaques : la mâchoire qui a attaqué la première victime serait beaucoup plus grosse que celle du requin pêché. Le maire refuse de suivre les recommandations du chef de la police et pense avant tout à l'afflux de touristes pour le . Les plages seront surveillées, mais interdiction de les fermer, même après qu'une autopsie du requin prouve qu'il avait le ventre vide.
Le , alors que la police et les gardes-côte surveillent la mer, le requin parvient à déjouer la surveillance et attaque à nouveau. Le maire n'a plus le choix : il accepte la proposition de Brody et engage Quint pour tuer le requin. Bien qu'il soit aquaphobe, Brody est de la partie. Hooper se joint également à la chasse pour apporter son expertise sur les requins. Quint et Hooper ne s'apprécient guère pour commencer mais brisent la glace avec une beuverie en mer où Quint révèle qu'il est un survivant du naufrage de l' dont les marins ont été attaqués par des requins. Après plusieurs essais, les trois hommes tentent un ultime essai pour tuer le requin. Hooper descend dans une cage anti requin avec un poison dans son harpon pour le lui faire avaler. Mais le requin attaque et détruit la cage manquant de peu de dévorer Hooper qui se réfugie au fond. Le requin attaque à nouveau et tue Quint. Brody réussit à faire avaler une bouteille d’oxygène au requin et le tue en le faisant exploser en tirant sur la bouteille avec un fusil. Hooper remonte à la surface et retrouve Brody. Ils réussissent à atteindre le rivage durant le générique de fin.
Fiche technique
Titre original : Titre de travail : Titre français : Les Dents de la mer Réalisation : Steven Spielberg Scénario : Peter Benchley et Carl Gottlieb ; Howard Sackler, John Milius et Robert Shaw pour le monologue sur l' (non crédités) d'après le roman de Peter Benchley Musique : John Williams Direction artistique : Joe Alves Décors : Costumes et maquillage : Cinematique Photographie : Bill Butler ; Rexford Metz (prises de vue sous-marines), Ron et Valerie Taylor (vues sous-marines de vrais requins) Effets spéciaux : Robert A. Mattey Son : John R. Carter et Robert Hoyt (enregistrement effectué à : Westrex Recording System) Montage : Verna Fields (chef monteuse) Production : Richard D. Zanuck et David Brown ; Jim Fargo (délégué) Sociétés de production : Universal Pictures et Zanuck/Brown Production Société de distribution : Universal Pictures Budget : Pays de production : Langue de tournage : anglais Format : couleur (Technicolor) — (Panavision) — 2,35:1 — son mono Genre : Thriller horrifique Durée : 124 minutes Dates de sortie : États-Unis : France : Classifications : États-Unis : PG.Note : La classification signifique que « certaines scènes ou propos sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes. » France : interdit aux moins de 12 ans.Note : Le film était initialement « interdit aux moins de 13 ans » avant la réévaluation du palier d'interdictions des longs-métrages en France en 1990.
Distribution
Légende : Doublage de 1976 / Redoublage de 2004
Production Le livre à l'origine du film Le film de Steven Spielberg sorti en 1975 est l'adaptation du roman du même nom de Peter Benchley paru un an plus tôt.
Petit-fils de Robert Benchley (1889-1945), humoriste, acteur et journaliste, et fils de Nathaniel Benchley (1915-1981), écrivain de livres pour enfants, Peter Benchley (1940-2006) baigne dans le milieu littéraire depuis son enfance. Deux ans après un diplôme d'anglais obtenu à l'université Harvard, il se lance en 1963 dans le journalisme, avec des articles rédigés pour The Washington Post puis de 1963 à 1967 pour l'hebdomadaire Newsweek. Après un bref passage de 1967 à 1969 à la Maison-Blanche, en tant que rédacteur des discours du président démocrate Lyndon Johnson, il se reconvertit dans le journalisme free-lance, travaillant pour Holiday, Life, Travel, The New Yorker, Time ou encore le National Geographic.
En 1964, Peter Benchley lit un article du relatant la capture par un pêcheur d'un requin de au large de . Il en tirera l'idée d'écrire un roman sur les requins qui deviendra, dix ans plus tard, . Beaucoup d'éléments servant à l'écriture du livre seront inspirés par une série d'attaques de requin survenus dans le New Jersey en 1916.
Mais c'est de l'extérieur que viendra le déclic pour commencer l'écriture du livre. Ce déclencheur est un agent de la maison d'édition , Thomas Congdon. Début 1970, après avoir lu quelques articles que Benchley a rédigés pour différents magazines, il l'invite à manger dans un restaurant français de New York afin de déterminer si le journaliste n'aurait pas quelques idées intéressantes pouvant donner matière à l'écriture d'un livre. Benchley lui parle alors de son histoire de requin. Congdon est accroché et lui offre $ en échange des 100 premières pages. À la lecture du premier jet que Benchley lui rend, Congdon n'est pas satisfait. Le ton du récit est trop humoristique à son goût, considérant que cela colle mal avec l'ambiance d'un thriller. Il lui demande donc de réécrire 95 % de son essai « The book that spawned a monster » par Stephen Dowling news.bbc.co.uk..
À la sortie du livre, et dans l'ensemble, les critiques ne sont pas bonnes. Dans , Donald Newlove dit du roman qu'il est , le manque d'épaisseur des personnages est décrié par John Spurling dans le New Statesman John Spurling, New Statesman, volume 87, 17 mai 1974, page 703. et la pauvreté de l'intrigue est pointée par John Skow dans Time John Skow, Time, volume 103, 4 février 1974, page 76. ou encore dans The Listener, volume 91, 9 mai 1974, page 606..
Cependant, un élément ne laisse pas les critiques indifférents : le requin. The Miami Herald reporte ainsi des propos de Jacques-Yves Cousteau qui affirme Au contraire, Patricia Meyer Spacks estime dans que
s'accordent néanmoins sur un point, les sources présumées d'inspiration de Peter Benchley pour son roman, qui vont de Moby Dick, roman d'Herman Melville paru en 1851, en passant par Le Vieil Homme et la Mer, roman d'Ernest Hemingway paru en 1952, et pour finir à Un Ennemi du peuple, pièce de 1882 d'Henrik Ibsen.