Les îles Spratleys, parfois appelées îles Spratlys ou îles Spratly, sont un archipel de 14 petites îles coralliennes ou de cayes peu habitées situés en mer de Chine méridionale. L'archipel comprend un grand nombre de récifs dont une centaine restent apparents à marée haute.
Un conflit territorial s'y joue entre la Chine et ses voisins, car les alentours des îles Spratleys recèlent du pétrole, du gaz et la plus grande ressource halieutique de la région, et se situent sur la route maritime d'un tiers du trafic mondial. Depuis fin 2013, la république populaire de Chine y construit une « grande muraille de sable » : 7 îlots artificiels, sur 9 récifs, d'une surface totale de Asia Maritime Transparency Initiative - Island Tracker. Consulté le 3 juillet 2015, sur lesquels elle bâtit des constructions de grande envergure (3 aéroports, héliports, ports, immeubles...) afin d'asseoir sa présence dans cette zone disputée... Le , la Cour permanente d'arbitrage a considéré que la Chine ne pouvait prétendre à une zone économique exclusive du fait de l'occupation de ces îlots artificiels.
Dénomination L'archipel des Spratleys est nommé d'après l'île éponyme Spratley. Quatrième par la taille, elle est située à la limite sud-ouest de l'archipel. Richard Spratly, le capitaine du baleinier Cyrus qui naviguait vers le sud-est à partir du récif Ladd, qu'il avait aperçu la veille et baptisé du nom du capitaine Ladd du navire Austen, découvrit une plage à 9 heures du matin, le . Il rapporta la position exacte de ces deux dangers dans une lettre du adressée au Bureau hydrographique.
Elles sont aussi nommées Kalayaan en philippin, îles Nansha' par les Chinois (), Quần đảo Trường Sa' par le Viêt Nam.
Géographie vignette|gauche|Ancienne carte géographique des Spratleys. Les îles, les récifs et les hauts-fonds qui ont des parties au-dessus de l'eau à marée haute sont en noir. En bleu, les objets submergés, sans valeur pour l'UNCLOS III. Les îles se situent approximativement aux deux tiers de la distance séparant le Viêt Nam des Philippines. L'île la plus importante, Itu Aba, se trouve ainsi à à l'ouest-nord-ouest de l'île de Palawan, aux Philippines, tandis que l'île Thitu est située à au nord-ouest de cette même île philippine. Au nombre de quatorze, les Spratleys émergent au sud des Paracels, à 594 milles nautiques au sud de Hainan (sud de la Chine). Ce sont des îlots coralliens, des cayes et des récifs qui n'étaient, autrefois habités que par d'innombrables oiseaux de mer. Elles sont réparties sur une zone de de long sur de large.
Aucune terre n'est cultivable, et aucune n'abrite d'habitants indigènes. On estime toutefois qu'environ une douzaine d'îles peuvent suffire à nourrir une population minime. Les ressources sont la pêche et le guano. Il n'existait aucun port, mais il y a sept aérodromes : .
L'archipel a une surface maritime d'environ .
Les îles géologiquement naturelles Les îles et cayes, classées par ordre décroissant de superficie naturelle, sont :
# Île dans l'atoll Surface(ha.) Position Occupée par Extensionde surface 1 Île de Itu Aba Banc Tizard 46.00 Taïwan (île Taiping) 2 Île Thitu Récifs Thitu 37.20 Philippines (Pagasa) 3 Île West York Île West York 18.60 Philippines (Likas) 4 Île Spratley Île Spratley 13.00 Viêt Nam (Trường Sa) 5 Île Parola Récif North Danger 12.70 Philippines (Northeast Cay) 6 Caye Southwest Récif North Danger 12.00 Viêt Nam (Song Tử Tây) ~ 7 Île Sin Cowe Banc de l'Union 08.00 Viêt Nam (Sinh Tồn) ~ 8 Île Nanshan Groupe Nanshan 07.93 Philippines (Lawak) 9 Caye Sand Banc Tizard 07.00 Viêt Nam (Son Ca) ~. 10 Île Loaita Banc Loaita 06.45 Philippines (île Kota) 11 Récif Swallow Récif Swallow 06.20 Malaisie (récif Layang-Layang) ~ 12 Île Namyit Banc Tizard 05.30 Viêt Nam (Nam Yet) 13 Caye Amboyna Caye Amboyna 01.60 Viêt Nam (An Bang) 14 Récif Grierson Banc de l'Union 01.60 Viêt Nam (Sinh Tồn Đông) 15 Récif London Ouest Récifs London 01.10 Viêt Nam (Đá Tây A) 16 Récif London Central Récifs London 00.88 Viêt Nam (Trường Sa Đông) 17 Île Plane Groupe Nanshan 00.57 Philippines (Patag) 18 Caye Lankiam Banc Loaita 00.44 Philippines (Panata)
Le récif Swallow n'est pas une île mais un gros rocher faisant partie d'un atoll submergé où la Malaisie a construit un terre-plein en 1995 pour y installer le petit aéroport de , devenant ainsi la onzième île des Spratleys, par la surface. Elle est, de par sa nature, une île artificielle, mais contrairement aux îles artificielles chinoises, elle est située dans la zone économique exclusive réclamée par son propriétaire en accord avec les dispositions de la conférence des Nations unies sur le droit de la mer.
La surface totale des îles est d'un peu plus de : environ 180 hectares et une cinquantaine d'hectares d’agrandissements.
Histoire
L'exercice de la souveraineté au nom d'un État sur les îles des Spratleys a été initialement réalisé par le Royaume de Champā.
Au , les anciennes cartes vietnamiennes et les « Phủ biên tạp lục » (Chronique des frontières) mentionnent les « Bãi Cát Vàng » (Bancs de sable doré), tandis que les cartes et chroniques chinoises, les nomment « Qianli Changsha » () ou les « Wanli Shitang » ().
Aujourd'hui, les régimes vietnamien et chinois affirment que ces îles sont en réalité les Spratleys. Se considérant comme successeurs du Champa dans l'exercice de la souveraineté sur ces îles inhabitées, ils les revendiquent chacun de leur côté.
La France avait fait reconnaître l'archipel, le , par la canonnière « La Malicieuse ». Les 7 et , elle fit poser des bornes de prise de possession par les avisos « Astrolabe » et « Alerte » ; enfin le , un mât de pavillon fut dressé par le croiseur « Duguay-Trouin ». La notification de l'annexion parut au Journal officiel du .
Lors de la signification de l'occupation des Paracels, en , l'ambassadeur de France à Tokyo rappela l'annexion antérieure des Spratleys par la France. L'empire du Japon fit alors des réserves, car, à son avis, si depuis 1917 des Japonais exploitaient des gisements de phosphates (guano) dans l'île principale, Itu Aba, il n'avait jamais été remarqué qu'un seul Français s'y fût installé. Fort de cette constatation, Tokyo, notifia à l'ambassadeur de France, le , que les Spratleys, habitées par des Japonais, étaient placées sous la juridiction nippone et rattachées administrativement au territoire de Formose ; l'occupation était assurée par un détachement de police.
Les forces armées impériales japonaises occupent les îles pendant la Seconde Guerre mondiale et y installent sur la plus grande île, Itu Aba, une base sous-marine.
Le , l'île de Itu Aba a été bombardée au napalm par des avions américains. Six mois plus tard, le , la marine américaine a envoyé une mission de reconnaissance à Itu Aba. Elle a trouvé l'île inoccupée - les Japonais avaient fui. Il a fallu attendre plus d'un an, en , le débarquement de la Chine Nationaliste qui a utilisé des navires des surplus de guerre américains qui venait d'être transférés à la Marine de la république de Chine (RoC) qui, ainsi, a été en mesure d'atteindre l'île. (Les Français étaient arrivés deux mois avant et avaient réclamé la souveraineté de l'île, ce qui est rarement mentionné dans les sources chinoises.)
Les deux Chines affirment aujourd'hui que les troupes chinoises ont été chargées par les Alliés en 1946 d'y venir désarmer les militaires nippons.
Tokyo a entièrement renoncé à revendiquer ces îles en 1951, tandis que la république de Chine dirigée par Tchang Kaï-Chek, les Philippines et le Viêt Nam les considèrent comme faisant partie de leur territoire.
Après la décolonisation française de l'Indochine, le gouvernement de la république du Viêt Nam (Viêt Nam du Sud) a réoccupé certaines de ces îles.
Vaincue lors de la guerre civile chinoise, la Chine nationaliste dirigée par Tchang Kaï-Chek s'est réfugiée à Taïwan et, tout comme les Français, a délaissé les îles Spratleys.
Les micronations
Depuis 1877, quatre micronations se sont créées sur les îles Spratleys. Une d'elles serait encore active. En 1947, Tomás Cloma Sr. (le père de Tomás Cloma), un aventurier philippin et magnat de la pêche, constate que plusieurs îles Spratleys sont désertées. Le , à la tête d'un équipage de 40 hommes, il en prend possession, les redénomme Freedomland. Le , Cloma déclare la création du Territoire libre de Freedomland, non reconnu internationalement (et donc inexistant).
L'après guerre du Viêt Nam Depuis 1976 la république socialiste du Viêt Nam continue à revendiquer la souveraineté de l'ensemble de ces îles, mais n'est, actuellement, physiquement présente que sur 6 îles (Spratly Island, Southwest Cay, Sin Cowe Island, Sand Cay, Namyit, Amboyna Cay), 16 récifs et 6 hauts-fonds.
Entre 1988 et 1995, la république populaire de Chine a recouru à la force pour enlever certains récifs aux Vietnamiens puis aux Philippins : elle occupe à présent huit ou neuf récifs.
Depuis 2014, la Chine a construit des îles artificielles sur ces récifs qui étaient partiellement ou totalement immergés à marée haute, occasionnant des dégâts irréversibles à l’environnement. Ayant une surface nulle à l'origine, ces îles n'apportent pas de droit sur les eaux environnantes selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM, ou UNCLOS). Ces îles artificielles, dont certaines ont une surface de plus de 350 hectares, sont plus grandes que les iles naturelles, toutes occupées par les Philippines, [?] Taïwan et le Viet Nam.
En 2015, la Chine a construit 7 bases militaires sur ces îles artificielles. Depuis ces bases, la Chine a plusieurs fois menacé illégalement les avions et bateaux circulant dans les parages, mettant en danger les équipages et passagers. De plus, elle interdit, sans base légale, l’accès aux pêcheurs non chinois, par exemple en tirant à balles réelles sur les bateaux de pêche vietnamiens. Quatre de ces îles ont été construites dans la zone économique exclusive des 200 milles nautiques revendiquée par les Philippines, lesquelles ont porté plainte devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye (aux Pays-Bas).
Les Spratleys sont aussi partiellement revendiquées par la Malaisie (qui occupe trois îles), les Philippines (qui en occupent cinq), le Viêt Nam (qui occupe 6 îles et 22 récifs) et le sultanat du Brunei (qui en occupe deux)Source : National Geographic Maps.
Les îlots artificiels chinois La Troisième Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM III, ou UNCLOS III) a été finalisée le . Ce traité international instaure des zones économiques exclusives (ZEE), espaces maritimes sur lesquels un État côtier exerce des droits souverains en matière d'exploration et d'usage des ressources. La ZEE est définie à partir de la ligne de base (constituée des terres ou îles naturelles et habitables) de l'État jusqu'à 200 milles marins (environ 370 km). Les Philippines ont ratifié la convention le et l'Indonésie le et se sont déclarés États archipels.. La république populaire de Chine (RPC) ne possédait rien dans l'archipel et voyait ses revendications, basées sur des « droits ancestraux » exprimés dans sa carte à ligne en neuf traits, mises à mal. vignette|La municipalité Kalayaan, Philippines.