Le Salvador ou El Salvador, en forme longue la république du Salvador ou république d'El Salvador (en espagnol : et , respectivement), est le plus petit pays d'Amérique centrale., avec une superficie totale de ., pour une population estimée à 6 029 976 habitants en 2024 Digestyc: ., ce qui en fait le pays ayant la densité de population la plus élevée du continent américain avec plus de 300 habitants au km2. De climat tropical, le pays est délimité à l'ouest par le Guatemala, au nord-est par le Honduras, et au sud par l'océan Pacifique qui est sa seule façade maritime (cas unique parmi les États continentaux d'Amérique centrale). Administrativement, le Salvador est divisé en puis en municipalités. San Salvador en est la capitale et sa plus grande ville, loin devant Santa Ana et San Miguel, qui en sont les autres villes les plus importantes.

Les Pipils et les Lencas peuplent le territoire de ce qui est aujourd'hui nommé le Salvador depuis quelques siècles à l'arrivée des conquistadors espagnols vers 1525. Ces derniers sont confrontés à la résistance des peuples déjà présents et ne réussissent à s'établir sur le territoire définitivement que vers 1540. La conquête espagnole marque alors le début du développement du métissage, de l'évangélisation des peuples indigènes, de l'apprentissage de la langue castillane et de l'arrivée d'esclaves africains. Le Salvador déclare officiellement son indépendance en 1823 par la création des Provinces-Unies d'Amérique centrale, un État fédéral, qui deviendra finalement la République du Salvador en 1839. La politique du pays au cours du est marquée par un autoritarisme et la création de guérillas qui mèneront à une guerre civile faisant plus de entre 1980 et 1992.

Après la guerre civile, le pays demeure concerné par une forte criminalité jusqu'aux années 2020 et une économie affaiblie, qui repose essentiellement sur les services, les communications, l'industrie manufacturière et la production de café. La culture du pays repose sur un métissage entre les cultures préhispaniques et les coutumes espagnoles. Le catholicisme et le protestantisme sont les religions dominantes du pays avec une proportion d'adhérents de 48 et 33 %, respectivement.

Toponymie vignette|San Salvador. vignette|Basílica Sagrado Corazón de Jesús. Produit de l’union des provinces de Sonsonate et de San Salvador, le nom officiel (ce qui signifie le Sauveur, en référence au Christ) est donné lors de la première constitution de la république promulguée le . Cependant, l’usage de la contraction pour le premier mot (del, du) implique qu'il est écrit , et ce, jusque dans les cartes générales où il est indiqué que l’État serait nommé (art. 7)Departamento de Relaciones Públicas Casa Presidencial : El Salvador 1974-1975, .. Le , le nom devient officiellement . Malgré cette directive, les documents officiels internationaux continuent à omettre la première partie du nom officiel de la République.

En 1958, un second décret est signé interdisant d’omettre le mot lorsque le nom du pays était associé avec ou . Plus qu’un problème de typographie, le pays se réservait ainsi le droit de rendre caduc tout traité où son nom était incorrectement orthographié. D’après l’historien Pedro Escalante Arce, le changement de à (État du Salvador) est opéré pour signifier qu’à partir de la formation de l’État, disparaissaient les provinces de San Salvador et de Sonsonate..

Histoire

Époque précolombienne L'origine ethnique des habitants salvadoriens peut être retracée depuis la fondation du pays par les Pipils, un peuple nahuatl. Ils appelaient leur territoire Cuzcatlan, un mot d'origine nahuatl . signifiant , retranscrit en espagnol sous le terme Cuzcatlán . .. Durant l'époque précolombienne, le territoire était habité par différentes ethnies amérindiennes dont les cultures étaient influencées par celle des Mayas, dont les Pipils, qui occupaient les régions centre et ouest du pays, et les Lencas, qui se concentraient principalement à l'est du pays. À l'arrivée des conquistadors espagnols, le était la principale entité politique de la région.

Conquête espagnole et époque coloniale En 1522, cinq navires espagnols naviguent depuis Panama pour explorer les rives de la côte du Pacifique. Le pilote en chef se nommait Andrés Niño, celui qui a nommé le golfe de Fonseca, et une île (Meanguera).. En , Pedro de Alvarado traverse le río Paz accompagné de ses troupes espagnoles dont Sancho de Barahona, ami de Hernán Cortés et ancêtre de Manuel José Arce y Fagoaga, et prépare ses plans pour la conquête du territoire. Les colons s'établissent dans ce que deviendront beaucoup plus tard les plus grandes villes du pays : San Salvador, érigée en 1525 ; San Miguel, dont la première colonie s'est installée en 1530 ; et la ville de Trinidad (Sonsonate), fondée en 1553. La conquête espagnole a aidé au développement progressif du métissage, de l'évangélisation catholique, de l'enseignement de la langue castillane, et à l'arrivée des esclaves africains.. La colonisation de l'Amérique centrale a vu paraître une première étape d'exportation des matières premières : la première matière à être exportée est le cacao dont les grandes exploitations ont débuté en 1540. Salvador Orlando Alfaro, Jorge Arias Gómez, Gregorio Bello Suazo, Raymundo Calderón, El Salvador Historia General, Nuevo Enfoque, 2002 ., puis l'indigo au ..

En 1525, Alvarado retourna à Cuzcatlan et la ville de San Salvador fut fondée au mois d'avril de la même année, dans la même vallée où était située la ville de Cuzcatlan. Mais les Pipils l'attaquèrent en et l'incendièrent, obligeant les Espagnols à s'enfuir. Une nouvelle expédition espagnole, menée par le frère de Pedro de Alvarado - Diego, partit du Guatemala pour refonder la ville de San Salvador (dans la même vallée mais pas à l'endroit exact de la première ville) en 1528 et les Espagnols s'y installèrent définitivement. Une autre expédition partit en 1530 conquérir la principauté de Najochan, à l'est du pays, et la résistance menée par le chef cacique lenca, Lempira, fut vaincue en 1537. Les Espagnols contrôlèrent alors tout ce qui allait devenir le Salvador, mais les attaques sur San Salvador des Pipils de Cuzcatlan, toujours réfugiés dans les montagnes, ne cessèrent qu'en 1539 et la région ne fut entièrement conquise par les Espagnols qu'en 1540. En 1535, le territoire est intégré à la Nouvelle-Espagne, puis à la capitainerie générale du Guatemala (ou royaume de Guatemala) en 1540. Il est lui-même divisé entre la municipalité (ou Intendance) de San Salvador et la municipalité de Sonsonate. Comme dans le reste des colonies espagnoles, une politique d'évangélisation des populations amérindiennes est menée. En 1540, le système d'encomiendas est abandonné et l'esclavage des Indiens aboli. C'est Pedro de Alvarado qui nomme ce territoire (« le Saint Sauveur », en référence à Jésus-Christ).

Indépendance Le « Premier cri de l'indépendance » d'Amérique centrale est clamé à San Salvador en 1811. La ville connaît plusieurs autres soulèvements les années suivantes mais le royaume de Guatemala déclare définitivement son indépendance le . vignette|Réunion qui décida de l'indépendance le . En 1814, les différentes municipalités d'Amérique centrale votent l'annexion de la région à l'Empire mexicain à l'exception de San Salvador. L'empire mexicain s'effondre avant de pouvoir soumettre San Salvador, et les Provinces unies d'Amérique centrale proclament leur indépendance vis-à-vis de toute domination étrangère en 1823. En 1824, la municipalité de Sonsonate et l'Intendance de San Salvador s'unissent pour former l'État du Salvador, membre de la République fédérale d'Amérique centrale. Le Salvador participe alors activement aux différents combats entre conservateurs et libéraux qui mèneront à la fin de la fédération. En 1841, l'assemblée constituante proclame la séparation du Salvador de la République fédérale et la création de la République indépendante et souveraine du Salvador.

vignette|redresse|La statue emblématique de Jésus-Christ au sommet du globe terrestre fait partie du Monumento al Divino Salvador del Mundo (Monument au Divin Sauveur du monde) sur la Plaza El Salvador, un point de repère de la capitale San Salvador. Il est le symbole qui identifie et représente à la fois le Salvador et les Salvadoriens à travers le monde.

Les luttes entre conservateurs et libéraux continuent jusqu'au début du , c'est une période de guerre civile et de guerre contre les autres pays centre-américains quasi permanente (voir notamment la guerre de 1863 entre le Salvador et le Guatemala). Cependant, le pays s'unit à ses voisins pour défendre l'intégrité de l'Amérique centrale contre William Walker.

Avec l'introduction du café dans le pays dans les années 1860, une « république caféière » s'installe au Salvador, favorisant les intérêts des propriétaires terriens et de l'oligarchie des « ». Les présidents en seront tous issus jusqu'à la crise de 1929, avec notamment la dictature des Melendez-Quiñones, de 1913 à 1927. Ils favorisent un développement économique du pays dans le sens de leurs intérêts, en s'appuyant sur la production caféière, ce qui accentue l'exode rural et les inégalités sociales malgré quelques tentatives réformistes (notamment pendant le court mandat de Manuel Enrique Araujo, assassiné en 1913).

Autoritarisme militaire

vignette|Le général Maximiliano Hernández Martínez. En 1931, le général Maximiliano Hernández Martínez arrive au pouvoir après un coup d'État. À la suite de la crise de 1929, le prix du café chute et une révolte paysanne éclate dans l'Ouest du Salvador en 1932. Martínez réprime ce soulèvement qu'il considère comme une « révolution bolchevique ». Pendant trois semaines, l’armée et des groupes paramilitaires (« Gardes blancs », organisés par les propriétaires terriens), conduisent une répression meurtrière : plus de sont tuées, soit environ 4 % de la population du pays, et des dizaines de milliers d'autres fuient. Le dirigeant communiste Agustín Farabundo Martí compte parmi les tués..

Martínez mène d'abord une politique fascisante, il se rapproche de l'Allemagne nazie mais les pressions américaines l'obligent à rompre ses contacts avec Hitler et à libéraliser le pays. Il abandonne le pouvoir en 1944 à la suite d'une grève générale pacifique. S'ensuivent différents régimes militaires anticommunistes. En , les tensions entre le Salvador et le Honduras dégénèrent en la brève « guerre du football » après des rencontres de football ; ce conflit oblige paysans et salariés salvadoriens établis au Honduras à quitter précipitamment le pays.

Au début des années 1970, le pays connaît des inégalités sociales (0,5 % des propriétaires possèdent 40 % des terres et 60 % des paysans n'en possèdent aucune), la pauvreté et l'ignorance (45 % d’analphabétisme et la consommation de calories la plus faible de l’Amérique continentale selon les statistiques de l'ONU). En 1972, l'Union nationale d'opposition (constituée par la Démocratie chrétienne, le Parti communiste et le Mouvement national révolutionnaire) remporte les élections mais l’armée opère un coup d’État afin de l'évincer. L’impossibilité d'un changement démocratique en raison des ingérences de l’armée conduisent à la formation de guérillas, point de départ d'une guerre civile qui ne terminera qu'en 1992.