Nauru (Prononciation en français standard retranscrite phonémiquement selon la norme API. Le Robert & Collins senior, Dictionnaire français/anglais anglais/français.), en forme longue la république de Nauru (en nauruan : et ; ), est un État insulaire d'Océanie situé en Micronésie, dont la population est estimée à . en 2022. C'est l'un des plus petits États du monde et, à partir de 1968, la plus petite république du monde.
Située à au sud de l'équateur., l'île a une superficie de et est formée d'un plateau central peu élevé culminant à au Command Ridge, ceinturé par une étroite plaine côtière. Sur cette plaine se concentrent les logements et les infrastructures industrielles, agricoles, publiques et de transport, l'intérieur des terres a été presque entièrement dévolu à l'extraction du minerai de phosphate qui a constitué la seule richesse naturelle de Nauru. La terre la plus proche est l'île de Banaba, dans les Kiribati, dont la capitale, Tarawa-Sud, se situe à de Nauru. Le pays n'a pas de capitale officielle ; toutefois, Yaren est désigné comme capitale car le district abrite le Parlement.
thumb|Image satellite de Nauru en 2002.
L'île, alors peuplée de quelques centaines de Nauruans aux origines micronésiennes et mélanésiennes, est approchée par le navigateur britannique John Fearn en . Elle accède à l'indépendance le . Entre ces deux dates, elle est successivement colonie allemande de à puis australienne de 1914 à 1968 avec une période d'occupation japonaise entre 1942 et 1945. Son histoire économique est centrée sur le phosphate. Son extraction et son exportation débutent en 1906. Cette ressource, d'abord exploitée au bénéfice des nations colonisatrices de l'île, permet à la population de Nauru d'accéder à un très haut niveau de vie à partir de l'indépendance en 1968. En 1974, son produit intérieur brut par habitant est le deuxième le plus élevé au monde, ce qui a permis d'y créer . Cependant, dès les années 1990, l'épuisement des réserves minières, une mauvaise gestion des finances publiques et la dégradation de la santé publique caractérisée par l'apparition de maladies liées à une mauvaise hygiène de vie entraînent une paupérisation de la population et de l'État, aboutissant à une faillite générale.
La population de Nauru est très fortement marquée dans sa structure et sa culture par la colonisation : majoritairement de religion protestante, elle est principalement composée de Nauruans, mais comporte une minorité chinoise et quelques Européens et Océaniens. Le nauruan, bien que seule langue officielle de l'île Université de Laval - Aménagement linguistique dans le monde., est supplanté par l'anglais dans les relations formelles, largement employé dans le commerce, l'administration et les études supérieures. Le dollar australien est resté la monnaie du pays à son indépendance, et le sport national est le football australien.
Étymologie
L'étymologie de « Nauru » est incertaine.. L'Allemand Paul Hambruch, qui visite l'île au début du , indique que Naoero peut être interprété comme la contraction de la phrase a-nuau-a-a-ororo, qui s'écrirait aujourd'hui A nuaw ea arourõ, signifiant . Anáoero entre en 1920 dans le dictionnaire colonial allemand..
L'Alsacien Alois Kayser, qui séjourne plus de trente ans sur Nauru au début du et étudie le nauruan, rejette l'explication de Paul Hambruch pour le motif qu'il manque le verbe de mouvement rodu, associé au mot « plage ». En effet, les Nauruans considèrent la plage comme le lieu le plus bas géographiquement aussi bien en ce qui concerne la terre que la mer. Ainsi, selon lui, l'absence de ce verbe dans la traduction de Paul Hambruch l'invalide, de même que l'étymologie de Naoero et par la même occasion de « Nauru ».
L'île a pris différents noms suivant les époques et les empires coloniaux en possession de ce territoire : les premiers colons britanniques l'ont appelée Pleasant Island (« Île Agréable ») ou encore Shank Island, tandis que les colons allemands l'ont nommée Nawodo ou Onawero. Finalement, le nom actuel « Nauru » est créé afin qu'Européens et Nord-Américains aient une appellation commune, tandis qu'en nauruan, la langue parlée par les Nauruans, le pays est nommé Naoero..
À partir de janvier 2026, un projet de loi constitutionnelle est discuté pour changer la dénomination de Nauru en Naoero. Le 12 mai, après l'approbation du parlement, le président du parlement Marcus Stephen valide ce projet de loi constitutionnelle. Un référendum est alors annoncé sur la question. Invoquant le fait que le nom Naoero n'a pas disparu des usages, et qu'après délibération du Parlement, cette étape n'était pas nécessaire, le gouvernement renonce à organiser un référendum sur la question. Il informe l'ONU du processus le 26 juin et le changement est annoncé comme effectif par le gouvernement, dans la nuit du 29 juillet...
Histoire
Période précoloniale Les événements antérieurs à la colonisation de Nauru à la fin du sont peu connus faute de sources scripturales et en la quasi-absence de données archéologiques.
Possiblement peuplée à l'origine de Mélanésiens et de Micronésiens, il existe des preuves d'une éventuelle influence polynésienne..
L'île connaît l'arrivée d'une seconde vague de migration venant des littoraux chinois via les Philippines, aux alentours de . La société nauruane s'organise alors en douze tribus. (qui sont représentées par l'étoile à douze branches sur le drapeau du pays), parlant chacune un dialecte différent du nauruan, la langue originaire de l'île. Ces douze tribus initiales sont : Deiboe, Eamwidara, Eamwit, Eamwitmwit, Eano, Eaoru, Emangum, Emea, Irutsi, Iruwa, Iwi, et Ranibok..
La population cultive des noix de cocos, bananes, pandanus et takamakas., et pratique la pisciculture des poissons-lait dans deux lagunes de l'île., notamment la lagune Buada.
Période coloniale, occupations et mandats thumb|left|Guerrier nauruan en 1880. thumb|left|Travailleurs chinois exploitant le phosphate. Nauru est approchée par les Européens le par le capitaine britannique John Fearn.. L'île sert alors de refuge à des déserteurs et des contrebandiers... À partir de 1872, des commerçants allemands ainsi que des missionnaires protestants de Brême s'installent à Nauru.. Des missionnaires catholiques de Hambourg arrivent en 1875. En 1878, une guerre civile tribale se déclenche chez les Nauruans au cours de laquelle un tiers de la population disparaît.. Le conflit prend fin le lorsque l'Empire allemand annexe Nauru sous prétexte de rétablir la paix.
Les Allemands développent tout d'abord la culture du cocotier dont ils exportent le coprah mais la véritable mise en valeur de l'île prend ses sources en 1900 lorsque d'énormes gisements de phosphate sont découverts. L'extraction commence en 1906 ; différentes compagnies minières se succèdent au fil du temps sur l'île. Elles y font venir de nombreux ouvriers étrangers, chinois et océaniens. Dans le même temps, des missionnaires s'installent sur l'île, évangélisent, instruisent et occidentalisent la population.
L'ingénieur chef de la British Phosphate Commission accueilli par des Chinois de Nauru en 1938.|thumb En 1914, Nauru est confisquée par les Alliés, comme le reste des colonies allemandes, lorsque l'Australie prend possession de l'île le ..
Le statut de Nauru sera un point d'achoppement entre négociateurs de l'Empire britannique. Nauru est revendiquée avec véhémence tant par le gouvernement australien que par celui de Nouvelle-Zélande, au point que l'on sera forcé en mai 1919 de trouver une solution de compromis, faisant du mandat sur cette petite île le seul directement attribué à l'Empire britannique dans le Pacifique par le traité de Versailles.. Dans les faits, seule l'Australie administre la colonie. L'extraction du phosphate se poursuit tout au long de la Première Guerre mondiale mais c'est durant l'entre-deux-guerres que la production décolle, la demande des agriculteurs australiens et néo-zélandais s'accroissant.
thumb|Bombardement allié sur Nauru.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, en , Nauru subit des attaques de la marine allemande.. Les infrastructures servant à l'exportation du phosphate sont bombardées et cinq minéraliers sont coulés.. À partir d', l'île, partiellement évacuée par les Occidentaux, est occupée par les Japonais après le succès de l'opération RY.. Ils la fortifient et font construire par des travailleurs forcés une piste d'atterrissage qui sera la base de l'actuel aéroport international de Nauru.. Courant 1943, les Américains bombardent l'île dans le cadre de leur reconquête des îles du Pacifique, mais n'y débarquent pas. Les habitants et occupants de Nauru, coupés des lignes d'approvisionnement japonaises, commencent alors à manquer de ravitaillement. Les Japonais décident en conséquence de déporter dans les îles Truk où ils sont astreints à des travaux forcés. Ceux qui restent sur l'île survivent dans des conditions très précaires. Le , onze jours après la signature des actes de capitulation du Japon, la garnison de Nauru signe sa reddition. L'île repasse alors dans le giron australien. Les derniers déportés des îles Truk, qui ne sont plus que 737, sont rapatriés sur Nauru le .
Les Nations unies réattribuent en 1947 Nauru à l'Empire britannique et son administration à l'Australie.. Les exportations de phosphate reprennent mais les Nauruans ne profitent que très peu des retombées économiques. Hammer DeRoburt, à la tête d'un groupe de jeunes gens éduqués en Australie, devient le porte-parole des revendications des Nauruans, qui consistent à demander plus d'autonomie et une meilleure répartition des bénéfices du phosphate. Un Conseil de gouvernement local est créé fin 1951 avec à sa tête Hammer DeRoburt, futur premier président de Nauru. En 1964, un projet australien de déplacement de la population nauruane sur l'île Fraser puis sur l'île Curtis est abandonné car les Nauruans désirent à terme l'indépendance, ce que leur refuse l'Australie.
Indépendance thumb|Hammer DeRoburt le père de l'indépendance entouré de deux hommes politiques nauruans en 1968 Nauru devient indépendante sous la forme d'une république le au terme d'une période de transition durant laquelle les organismes économiques et politiques sont peu à peu transférés aux Nauruans. Aux commandes de l'île et de son économie, alors que le cours du phosphate atteint son plus haut niveau dans les années 1970, les Nauruans s'enrichissent considérablement. La population atteint très vite un des plus hauts niveaux de vie du monde et adopte les pratiques d'une société de consommation. Soucieux de préparer l'avenir du pays une fois les réserves de phosphate épuisées, le gouvernement effectue des acquisitions immobilières et foncières à l'étranger.. Le mode de vie occidental se révèlera par la suite néfaste pour la santé des Nauruans avec une hausse des cas de certaines maladies (notamment l'obésité et le diabète). se traduisant par une baisse de l'espérance de vie.. Les taux de mortalité infantile, juvénile et adulte ont grimpé et l'espérance de vie a chuté à en moyenne ( pour les hommes) au début des années 2020.
Après avoir exploité le gisement en surface, on a opté pour un traitement du gisement par dissolution in situ, puis par traitement de la solution pompée ; cette technique a réduit les dommages paysagers visibles, mais a généré de nouveaux problèmes de déchets toxiques chimiques, de pollution des sols et des eaux souterraines, toujours au détriment de la santé environnementale. En , la plupart des ne bénéficient plus d'un environnement sain permettant de s’adonner normalement à des activités physiques et d'avoir un mode de vie favorisant la santé.