thumb|250px|Les articles défini et indéfini dans les langues d’Europe
En grammaire traditionnelle, l’article a plusieurs définitions. Selon l’une d’elles, c’est une partie du discours à fonction grammaticale qui accompagne le nom dans certaines langues, indiquant dans quelle mesure ce que celui-ci dénomme est connu des participants à une situation de communication donnéeConstantinescu-Dobridor 1998, article articol.. Du point de vue syntaxique, il fait partie de la classe des déterminants au sens large (c’est-à-dire les termes subordonnés au nom), sous-classe des déterminants abstraitsConstantinescu-Dobridor 1998, article determinant..
D’après une autre définition, l’article est « le déterminant minimal, le mot qui permet au nom de s’actualiser, de se réaliser dans une phrase, si le sens ne rend pas nécessaire le choix d’un autre déterminant »Grevisse et Goosse 2007, ..
Conformément à une autre définition encore, l’article est un mot qui, du point de vue logique, individualise ou généralise le nom qu’il accompagneBokor 2007, ..
D’un autre point de vue, l’article fait partie de la catégorie des clitiques, c’est-à-dire des éléments qui ne sont pas des mots à part du point de vue prosodique, étant généralement dépourvus d’accentKálmán et Trón 2007, ..
Toutes les langues ne possèdent pas d’articles. Telles sont, par exemple, le latin et la plupart des langues slavesBussmann 1998, . Voir aussi la carte ci-contre.. Dans les langues qui en ont, le nombre de leurs types dépend de la langue en question.
Dans la plupart des langues d’Europe, du moins, tous les articles sont proclitiques, c’est-à-dire des mots placés devant le mot déterminé, mais dans certaines, comme le roumain, le bulgare ou l’albanais, l’article défini est enclitique, c’est-à-dire ajouté à la fin du mot déterminé, tel un suffixeKálmán et Trón 2007, . Voir aussi la carte ci-contre..
Les langues sont différentes selon que les articles s’accordent ou non avec le nom déterminé. Dans les langues romanes occidentales, par exemple, ils s’accordent en genre et en nombre, et en roumain en cas également, mais en anglais ou en hongrois, ils ne s’accordent pas. Par l’accord, l’article peut avoir la fonction secondaire d’indiquer les catégories grammaticales du nom lorsque celui-ci ne le fait pas. En espagnol, par exemple, le nom problema a une terminaison spécifique pour le féminin, mais, grâce à un article (un/el problema), on peut savoir qu’en fait il est masculinKattán-Ibarra et Pountain 2005, .. En français, on ne distingue pas à l’oral, dans la plupart des cas, le nombre du mot isolé, mais avec un article il devient évident : un/le mur [my:ʁ], des/les murs [my:ʁ]Grevisse et Goosse 2007, ..
Une autre fonction secondaire de l’article est de substantiver des mots appartenant à d’autres classes lexico-grammaticales, ou des syntagmes : trois mâts (syntagme à déterminant numéral) → un trois-mâts « navire ayant trois mâts »Grevisse et Goosse 2007, ; smell « sentir » (verbe) → a smell « une odeur »Crystal 2008, . ; bine « bien » (adverbe) → binele « le bien » (notion éthique)Constantinescu-Dobridor 1998, article substantivare « substantivation ». ; jaj « aïe », allelúja « alléluia » (interjections) → Hát nem segít a jaj s az allelúja « L’”aïe” et l’”alléluia” ne sont d’aucun secours » (Attila József)P. Lakatos 2006, ..
En fonction de la langue, les articles peuvent ou non être employés avec un autre déterminant pour accompagner un même nom. En français et en anglais, par exemple, l’article, le déterminant possessif et le déterminant démonstratif s’excluent les uns les autresGrevisse et Goosse 2007, .Eastwood 1994, ., mais en roumain, lorsque le nom est utilisé avec le déterminant possessif postposé, il doit avoir en même temps l’article défini : fiul meu « mon fils »Cojocaru 2003, .. Il en est de même lors de l’emploi du déterminant démonstratif postposé (studenta aceasta « cette étudiante »), bien que ce soit différent quand le démonstratif est antéposé : această studentă « cette étudiante »Cojocaru 2003, ..
Comme l’article est un clitique, dans certaines langues sa forme dépend du phone (son) initial du mot qui le suit, adaptée à ce phone. C’est pourquoi, en français, les voyelles des articles le et la sont élidées devant un mot commençant par une voyelle, ce qui mène à la non-distinction des genres : le chien (masculin), la clé (féminin), mais l’été (masc.), l’heure (fém.)Grevisse et Goosse 2007, .. En espagnol, il y a un phénomène analogue. L’article défini féminin singulier est la (ex. : la carta « la lettre ») mais, si le nom féminin commence par un /a/ (écrit a- ou ha-) accentué, il reçoit la forme du masculin de l’article défini : el agua (fém.) « l’eau », comme el árbol (masc.) « l’arbre ». En anglais, l’article indéfini a deux formes, ex. : a visitor « un visiteur » vs an exhibition « une exposition »Eastwood 1994, ., parce que la forme an forme plus facilement un mot phonétique (groupe de mots avec un seul accent) avec le mot à initiale vocalique. En hongrois, le cas de l’article défini est analogue au précédent : a tanár « le professeur » vs az újság « le journal »P. Lakatos 2006, ..
L’article défini
L’article défini indique le fait que le nom auquel il est associé est connu des participants à la situation de communication, qu’il est individualisé à un haut degré, qu’il est exactement défini, qu’il dénomme une certaine chose ou un certain être. La connaissance du nom peut découler du contexte oral ou écrit [ A könyvet elolvastam « Le livre, je l’ai lu »], ou bien des connaissances que les participants ont du monde en général : Az autó gépjármű « L’automobile est un véhicule à moteur ».
Dans plusieurs langues, l’origine de l’article défini se trouve dans le pronom démonstratif. Dans les langues romanes, il provient du démonstratif latin : ILLE (masc.) > le, el, il, o, -l(e) ; ILLA (fém.) > la, la, la, a, -a ; IPSE (masc.) > su, IPSA (fém.) > saTLFi, article LE1, LA1, LES1.. En anglais, le seul article défini a pour étymon la forme du masculin singulier nominatif (þe) du pronom démonstratif du vieil anglaisEtymonline, article the.. En hongrois, parmi les deux formes, a et az, la dernière continue d’être, au , identique à celle du pronom démonstratif d’éloignement dont elle provient par conversionZaicz 2006, article az..
En français, la forme du masculin singulier (le) et celle, unique, de pluriel (les) se contractent avec deux prépositions : appeler au secours (à + le), parler aux voisins (à + les), le repas du soir (de + le), la veille des vacances (de + les)Grevisse et Goosse 2007, .. Ce sont des cas particuliers de présence de deux parties du discours dans un même mot.
La particularité de l’article défini roumain est qu’il se décline, c’est-à-dire qu’il a des formes différentes selon qu’il est ajouté, d’une part, à un nom en fonction de sujet ou de complément d’objet direct (nominatif-accusatif), d’autre part, à un nom exprimant un possesseur ou en fonction de complément d’objet indirect d’attribution (génitif-datif) : pomul (N-A) « l’arbre », pomului (G-D) « de/à l’arbre » ; pomii (N-A) « les arbres », pomilor (G-D) « des/aux arbres » ; casa (N-A) « la maison », casei (G-D) « de/à la maison »Cojocaru 2003, .. L’utilisation de l’article défini avec des noms propres de personnes au singulier, au génitif-datif, est la seule situation où il devient proclitique : lui Alexandru « d’/à Alexandru », lui Ionescu « de/à Ionescu »Cojocaru 2003, ..
L’article indéfini
L’article indéfini exprime le fait que le nom auquel il est associé dénomme un animé ou un inanimé inconnu des participants à la communication, au sens qu’il n’en a pas encore été question au cours de celle-ci. Il indique également que ce qui est dénommé n’est pas individualisé par rapport à la classe dont il fait partie, et l’article ne fait qu’orienter l’attention sur ce qui est dénommé, sans le déterminer exactementGrevisse et Goosse 2007, .Crystal 2008, ..
Au singulier, cet article provient du nom du chiffre un, dans certaines langues gardant la même forme, comme en français (un, une) ou en hongrois (egy). En anglais, la forme an a pour origine le nombre an du vieil anglais, qui a perdu le n devant les mots commençant par une consonne. Dans la langue actuelle, le nom du chiffre a une tout autre forme, oneEtymonline, article an.. En espagnol, l’article masculin est de forme identique à celle de l’adjectif numéral cardinal (un vs uno – le nom du chiffre), et le féminin est identique au nom du chiffre et à l’adjectif numéral : un niño « un enfant », una mesa « une table »Kattán-Ibarra et Pountain 2005, .. En roumain, l’article indéfini est identique à l’adjectif numéral, mais diffère du nom du chiffre : un pom « un arbre », o casă « une maison » vs unu, una « un, une ». Cet article aussi a une forme de génitif-datif : unui pom « d’/à un arbre », unei case « d’/à une maison »Cojocaru 2003, ..
En anglais ou en hongrois, il n’y a pas d’article indéfini pluriel, mais dans d’autres langues, il y en a. En français, il s’est formé par la contraction de la préposition de et de l’article défini pluriel les, ayant une seule forme : Des gens demandent à vous voir. Cet article est considéré comme d’un autre type aussi par certaines grammaires (voir plus bas). En espagnol aussi, il y a des articles indéfinis pluriels. Dans cette langue, ils se forment par le procédé habituel de formation du pluriel des parties du discours nominales : unos libros (masc.) « des livres », unas mujeres « des femmes ». Ces mots sont également considérés comme adjectifs indéfinisKattán-Ibarra et Pountain 2005, .. En roumain également, il y a des articles indéfinis pluriels. L’un a une forme invariable selon les genres (niște pomi « des arbres », niște case « des maisons »), l’autre a seulement la forme de génitif-datif, étant le pluriel de l’article indéfini au même cas, mais de forme unique pour les genres : unor pomi « d’/à des arbres », unor case « de/à des maisons ». Cette forme existe en tant qu’adjectif indéfini aussi. La particularité de niște est d’être parfois employé avec des noms non nombrables au singulier, ex. : niște carne « de la viande »Dexonline, article niște..
Autres articles
Traditionnellement, dans les grammaires du français, l’article partitif est considéré à part, bien qu’il ne soit, « pour la valeur, qu’un article indéfini employé devant un nom pour indiquer qu’il s’agit d’une quantité indéfinie d’une réalité non nombrable » (une matière, une notion abstraite). Exemples : avoir du courage, boire de l’alcool, boire de la bière. Selon certaines grammaires, des est non seulement un article indéfini, mais aussi partitif, quand il est utilisé avec des noms non nombrables sans singulier : manger des rillettesGrevisse et Goosse 2007, ..
Dans cette perspective, le roumain niște aussi peut être considéré comme un article partitif lorsqu’il est employé avec des noms non nombrables, mais ce type d’article est ignoré des grammaires roumaines. En revanche, elles prennent en compte deux autres types d’articles.
L’article démonstratif a un sens proche de celui de l’adjectif démonstratif, ayant des formes identiques à celles de la variante brève de cet adjectif. Comme l’article défini, l’article démonstratif détermine le nom de façon définie. Exemples Cojocaru 2003, . : dans l’expression du degré superlatif relatif : cel mai frumos « le plus beau » ; comme substitut d’un nom devant l’épithète ou le complément qui s’y réfère : – Unde mi-e rochia? – Care, cea neagră? « – Où est ma robe ? – Laquelle, la noire ? » ; devant un adjectif numéral : Cei trei mușchetari « Les trois mousquetaires » ; dans des unités phraséologiques : Cele rele să se spele, cele bune să se-adune (vœu) littéralement « Que les mauvaises (choses) se lavent, que les bonnes s’ammassent » ; dans des noms de monarques : Petru cel Mare « Pierre le Grand » ;