Judas Iscariote (ou Iscariot, ou Iscarioth) est, selon la tradition chrétienne, l'un des douze apôtres de Jésus de Nazareth. Selon les évangiles canoniques, Judas a facilité l'arrestation de Jésus par les grands prêtres de Jérusalem, qui le menèrent ensuite devant Ponce Pilate. Il figure à travers l'histoire l'archétype du traître.

Nom de Judas Iscariote vignette|Les trente deniers de Judas (fresque du ). Comme souvent, Judas est vêtu de jaune “terne”, couleur traditionnelle, au Moyen-Âge, de la trahison (entre autres)À propos de Judas en jaune, dans l'iconographie religieuse, cette valeur symbolique négative et « traîtresse » de ce type de jaune « terne » a perduré au-delà de la période médiévale, notamment pour la couleur du vêtement de Judas. Pour ce qu'il en est des connotations et de la symbolique du jaune, notamment au Moyen-Âge, voir la section « Beaux-arts » ainsi que la section « Symbolique » de l'article consacré à cette couleur. Le jaune « terne », celui de la trahison, tire sur le vert, mais le jaune orangé « brillant » et le jaune or sont plutôt associés à la sainteté. C'est le cas du fameux tableau de Giotto « Le baiser de Judas », vers 1305 (voir la galerie ci-dessous dans la section « Iconographie »)..

« Judas » et « Jude » Dans le Nouveau Testament, le nom de Judas (en grec : Ὶούδας, Ioudas) est la forme habituelle du prénom hébreu Yehudah (hébreu יְהוּדָה), qui est attribué par le Tanakh à Juda, quatrième fils de Jacob et initiateur de la vente de Joseph par ses frères, pour vingt pièces d'argentGenèse 37, 23-28. Ce prénom est extrêmement courant parmi les hommes juifs du premier siècle de notre ère, en hommage au héros Judas Maccabée. De nombreux personnages portant ce nom sont mentionnés au long du Nouveau Testament, dont l'apôtre Judas Thaddée ainsi qu'un Jude ou Judas parmi les frères de Jésus (Mt 13:55)Simon Claude Mimouni, La figure de Judas et les origines du christianisme : entre tradition et histoire quelques remarques et réflexions, in The Gospel of Judas in Context: Proceedings of the First International Conference on the Gospel of judas, publié par Maddalena Scopello, éd. Brill, 2008, Danvers, USA, .Simon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. , publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, ., ou encore , c'est-à-dire l'apôtre Thomas tel qu'il est appelé dans l'Évangile selon ThomasJean-Yves Leloup, L'Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, Paris, 1986. ainsi que dans l'Évangile selon Jean.

Judas Iscariote n'apparaît que six fois dans les évangiles canoniquesSimon Claude Mimouni, La figure de Judas et les origines du christianisme : entre tradition et histoire quelques remarques et réflexions, in The Gospel of Judas in Context: Proceedings of the First International Conference on the Gospel of Judas, publié par Maddalena Scopello, éd. Brill, 2008, Danvers, USA, .. Les autres Judas dans les évangiles sont de préférence nommés « Jude » par les traducteurs afin d'éviter la confusion avec Cipriani, S. (2000). « Judas Tadeo », in Leonardi, C.; Riccardi, A.; Zarri, G., Diccionario de los Santos, Volumen II. España: San Pablo, , JoAnn Ford Watson, Anchor Bible Dictionary, article Thaddeus (person), ..

« Iscariote » La signification du surnom « Iscariote » (Ὶσκάριωθ ou Ὶσκαριώτης) est sujette à débat. L'explication traditionnelle est que ce nom (Iskariôth, transcription grecque de l'hébreu איש־קריות, ’îsh qriyôt) aurait été donné à Judas car il était un homme (îsh) de la ville de Qeriyyot, localité du pays de JudaJewish Encyclopedia Judas Iscariot, dont parle le Livre de Josué 15:25Le site archéologique de cette cité, baptisée aujourd'hui Tel Qeriyyot (ou Tel Creot), se trouve actuellement à mi-chemin entre la ville de Beer-Sheva et la mer Morte, à quelques kilomètres de la Ligne verte, à une vingtaine de kilomètres au sud d'Hébron., soit un Judéen. Toutefois, l'existence de cette ville de Qeriyyot du n'est pas attestée à l'époque de Jésus. D'autre part, la formulation n'est pas la formulation habituelle « Judas de Qeriyyot », mais « Judas de la population de Qeriyyot », formulation dont l'usage n'est attesté nulle part ailleurs. Les étymologistes et les spécialistes de l'onomastique ont donc de sérieux doutes à ce sujet. Simon Claude Mimouni estime d'autant plus difficile de penser qu'« Iscarioth » soit une référence à ce village de Judée que, dans l'Évangile des Ébionites, un texte presque contemporain aux évangiles synoptiques, il est précisé que Judas est d'origine galiléenne comme tous les autres apôtresSimon Claude Mimouni, La Figure de Judas et les origines du christianisme : Entre tradition et histoire. Quelques remarques et réflexions, dans Maddalena Scopello (dir.), The Gospel of Judas in Context. Proceedings of the First International Conference on the Gospel of Judas, Leyde - Boston, Brill, 2008, ..

Une autre hypothèse a été émise. Son nom pourrait être la forme sémitisée de l'épithète latine sicarius, en considérant que le « i » a été placé devant le surnom pour lui donner une forme sémitique. En latin, le mot sicarius signifie le « porteur de dague » par exemple Robert Eisenman (), James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, .. Dans la Peshitta, version araméenne des évangiles, il est appelé Judas sikariot, « Sicaire » étant probablement un nom péjoratif pour désigner les Juifs révoltés contre le pouvoir romain comme les zélotesVoir par exemple André Paul, dans l'Encyclopedia Universalis, les GaliléensXavier Levieils, Contra Christianos. La Critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée (45-325), Berlin, De Gruyter, 2007, . et autres « brigands » ou « bandits »Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, P.U.F., 2012, . (lestai en grecSimon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, P.U.F., 2012, .).

« Sur la trahison de Judas et sur sa mort, les seules informations que l'on ait proviennent de sources chrétiennes ». « L'historicité de ce personnage [...] reste fragile et ne se fonde sur aucune certitude historique » selon Simon Claude Mimouni. C'est également l'avis du théologien Jean-Pierre Lémonon. En effet, les récits de la mort de Jésus dans les évangiles (ou récits de la Passion) « sont destinés à l'édification des fidèles lors des pratiques liturgiques » et n'ont pas été conçus comme des documents historiques.

Éléments biographiques Trahison de Judas vignette|redresse=1|Judas regarde le spectateur dans La Cène de Rubens. Judas est encore vêtu de jaune.

D'après l'évangile selon Matthieu, suivant , Judas, qui assurait le rôle de trésorier, livre Jésus aux grands prêtres de Jérusalem, et obtient pour cela trente pièces d'argent (les « deniers de Judas ») (30 est la valeur numérique de יהודה, Yéhudah, « Judas » en hébreu). Dans les évangiles synoptiques, Jésus se trouvait au jardin de Gethsémani quand Judas le désigne aux gardes en l'embrassant.

Le Sanhédrin, rassemblant les autorités religieuses juives, et favorable au gouvernement colonial romain, condamna Jésus à mort (Matt. 26, 65-66), puis le mena devant Pilate, gouverneur romain de Judée.

Mort de Judas vignette|redresse|Relief de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun. La pendaison de Judas.

Dans l'Évangile selon Matthieu, Judas meurt peu de temps après la condamnation de Jésus : « Pris de remords, il rapporta les pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens, en disant : j'ai péché en livrant un sang innocent [...]. Alors, il se retira en jetant l'argent du côté du sanctuaire et alla se pendre »Matt. 27,5, TOB / Traduction œcuménique de la Bible, éd. Cerf..

Les Actes des Apôtres (1, 18) indiquent : « Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s'est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues ». Le champ acquis par Judas avec les deniers, ou bien acquis par des prêtres ayant récupéré l'argent jeté dans le sanctuaire, se nomme Haqeldemah (« Le Champ du Sang », en araméen).

Ces deux textes se complètent sans se contredire, certains experts affirmant qu’il se serait pendu dans un champ au bord d’un précipice, la corde s’étant par la suite rompue d’où la chute, « Matthieu apportant la méthode, Luc apportant la fin ».

Succession de Judas

Traditions ultérieures vignette|Le « baiser de Judas », symbole de la trahison. C'est par ce baiser que Judas livra Jésus aux Romains.

Gnosticisme

L’Évangile de Judas est un évangile gnostique sensiblement daté du et déclaré apocryphe au par la Grande Église. Il relate une discussion où Jésus demande à Judas de le débarrasser de son enveloppe charnelle. Dans lÉvangile de Judas, Judas est celui qui a été choisi par Jésus pour l'aider à mourir en allant signaler sa présence aux Romains afin que son sacrifice puisse avoir lieu. Cet évangile présente Judas comme le disciple ultime et pose une relation de complicité et d'amitié entre les deux personnages, et non une relation fondée sur la tromperie, comme le font les évangiles canoniques.

Christianisme D'après une scholie d'Apollinaire de Laodicée (qu'on retrouve peut-être dans un texte de Théophylacte), vers 130, Papias d'Hiérapolis connaissait une autre tradition sur la mort de Judas, devenu tellement enflé qu'il ne pouvait plus passer là où une charrette passait aisément et qui finit écrasé par ladite charrette en répandant ses boyaux dans la rue.

La Légende dorée du dominicain Jacques de Voragine (1228-1298) rapporte la même tradition concernant la mort de Judas, relayée par Eusèbe de Césarée qui cite Papias d'Hiérapolis, reprise plus tard par Euthyme Zigabène (mort vers 1120) et Théophylacte d'Ohrid (mort après 1126) : Judas aurait survécu à sa pendaison, mais serait devenu affreusement hydropique et aurait fini écrasé par un charJ. B. M. Roze, in La légende Dorée de Jacques de Voragine, Paris, 1967, , note .Joseph Wheless, Forgery in Christianity, éd. Cosimo, 2007, . pour ensuite, selon ce dernier, « se retrouver au ciel ». Pierre le Chantre (mort en 1197) explique pour sa part que Judas aurait accepté l'argent pour des raisons honorables, sa famille étant dans le besoinPierre-Emmanuel Dauzat, Judas : de l’Évangile à l'Holocauste, éd. Bayard, 2006..

La damnation de Judas est évoquée surtout à partir du , qui voit fleurir les Vitae du traître du Nouveau Testament. Sa condamnation et sa prédestination ont été plutôt rejetées par les Pères de l’Église et les premiers concilesLa « tragédie » de Judas. La légende de Judas d'après le manuscrit 1275 de la bibliothèque municipale de Reims, Anne Lafran, Le Moyen Âge 2013/3-4, Cairn.info.. Toutefois, au cours des trois premiers siècles de l'Église primitive, ceux qui défendaient le salut de Judas étaient déclarés hérétiquesLes Caïnites à l'origine de « l'Évangile de Judas », F. Banchini, « Giuda Iscariota ; tra condanna e assoluzione. Testimonianze letterarie ed epigrafiche dei primi tre secoli di cristianesimo », Vivens homo 16 p.143-155.. De même, le Catéchisme du concile de TrenteCatéchisme du concile de Trente, Bouère, Dominique Martin Morin, 1998, p. 216, 251 et 305., écrit au , contient trois passages enseignant explicitement que Judas n’a pas profité de la Rédemption et qu’il a perdu son âme.

Cela étant, la majeure partie des théologiens considère aujourd'hui que ce n'est pas tant la trahison de Judas qui est en cause, car elle est pardonnable puisque « pour tout péché, miséricorde », pour peu qu'il y ait au moins un début de regret. Mais le problème est surtout le suicide de Judas qui, dans ce cas précis, marque un refus de l'espérance, donc de la miséricorde et du pardon.

Interprétations modernes : réécriture d'épisodes de la Bible hébraïque

Figure controversée dans l'historiographie chrétienne, pour Jean-Pierre Lémonon, Judas .