La littérature érotique est un genre littéraire qui explore la sexualité humaine, de manière plus ou moins explicite, tout en intégrant des motifs évoquant l'amour, le désir, la sensualité, la passion, le plaisir et l'intimité.
La sexualité et l'amour sont pris ici comme sujet central, et comptent parmi les thèmes les plus intemporels de l'expression humaine, manifestes bien avant l'apparition des systèmes d'écriture, comme le montre l'art rupestreGeorges Bataille, La Peinture préhistorique. Lascaux ou la naissance de l'art, publié en 1955. L'érotique de l’art préhistorique, tissant un fil à travers les siècles et toutes les civilisations, dans les plus anciens textes littéraires préservés, comme le Cantique des Cantiques, le Kamasutra, le Banquet de Platon, les chants de Sappho, L'Art d'aimer d'Ovide, le Satyricon de Pétrone…
Évoluant à travers les époques et les cultures, la littérature érotique a toujours oscillé entre la tolérance et la censure, entre liberté et répression, reflétant les normes sociales et les tabous d'une époque, un genre qui, avec l'invention de l'imprimerie, a été, d'abord en Occident, à la fois célébré, et aussi souvent condamné, marginalisé et même interdit, au point qu'elle fut longtemps clandestine.
Cependant, les manifestations de la sexualité, ici transcrites avant tout avec des mots et quand ces textes ne sont pas illustrés — enluminure, gravure, photographie —, convoquent des métaphores, des euphémismes, des allusions, une stylistique et une symbolique propre à l'érotisme, à l'amour, aux rapports de nature sexuelle. C'est dire que la sexualité s’immisce entre les pages des œuvres littéraires sans distinction de genre : essai, théâtre, roman, poésie, etc. Elle fait donc partie intégrante de la littérature.
Les frontières entre érotisme et pornographie, entre implicite et explicite, soulevant les questions de l'obscène, des mœurs, de la morale, sont mouvantes, floues, et sujettes à de nombreuses polémiques de nature politique et sociale, mettant en jeu la liberté d'expression, quant au rapport au livre, à l'écriture, et aux publics.
Quelle littérature ? Formes et limites Une brève histoire de l'évolution des formes vignette|droite|Seul portrait authentique (1760) de Donatien-Alphonse-François de Sade, par Charles Amédée Philippe van Loo. Historiquement, les formes littéraires ici concernées sont d'abord le poème, récité oralement, sans doute chanté, puis transcrit ; cette forme va perdurer bien entendu jusqu'à nos jours, mais les lointains poèmes babyloniens, égyptiens ou indiens possèdent, force est de le constater, une signification pleine et entière qui nous échappeJean-Jacques Pauvert, « La littérature érotique », in: Encyclopedia Universalis, vol. 8, EA-ES, 2009, .. Viennent ensuite des textes didactiques, des essais, des traités, qui regardent l'« art d'aimer », ou, dit de façon plus prosaïque, de manuels érotologiques pour apprendre à faire l'amour, qu'il faut voir comme des guides destinés aux amants ; les premiers nous viennent d'abord des Shastra indiens et de la Chine des Hans. Et que ce soit d'Orient ou d'Occident, de tels écrits sont arrivés jusqu'à nous, après plusieurs dizaines de siècles.
Plus accessibles, les textes occidentaux gréco-latins d'intention érotique connaissent une période d'intense diffusion parce qu'il existe à cette époque un commerce du manuscrit, d'importantes librairies, de vastes bibliothèques comme celle d'Alexandrie, ou privées. Une période très libérale prend place un siècle avant l'arrivée d'Auguste au pouvoir ; celui-ci organise les premières lois de censure. De nombreux textes furent ainsi mutilés, voire perdus.
L'Empire romain se christianisant au début du , la nouvelle religion monothéiste a progressivement imposé des interdits. Mais aux marches de l'Empire, à l'Occident comme à l'Orient, des textes érotiques surgissent avec une ambition politique, celle de décrier, par la satire, le pouvoir en place.
C'est en Iran, à partir du , qu'apparait une forme de poésie à la fois licencieuse et contestataire. Par la suite, Bagdad et Le Caire deviennent pour les poètes et les conteurs des centres libéraux d'une production qui s'achève au milieu du .
Le Moyen Âge européen, inventant l'amour courtois, voit le conte devenir le support principal de récits érotiques, que ce soit en Angleterre, en Aquitaine ou en Italie, des textes véhiculées par les troubadoursCharles Baladier, Érôs au Moyen Âge. Amour, désir et « delectatio morosa », Paris, Éditions du Cerf, 1999 — lire à ce sujet la lecture croisée de Monique David-Menard, Dominique Iogna-Prat, Christopher Lucken sur Persée (in: Médiévales, janvier 2001).. On sait par ailleurs peu de chose sur les goliards, sorte de moines itinérants et très grivois, qui harcelaient l'Église à l'aube du premier millénaire.
L'invention de l'imprimerie va entraîner en Occident la publication de l'« Index » (1545), listes de livres prohibés, les genres ici incriminés sont divers. Un autre fait important est que ces textes, non seulement peuvent se multiplier à grande vitesse, mais être accompagnés d'images, de gravures — l'exemple le plus célèbre est l'affaire I Modi. Ces ouvrages sont alors interdits, et on entre dans une période de révoltes, de résistance, de clandestinité et l'apparition de romans, plus ou moins bien écrits, et placés sous le couvert de la morale (), et de la description des mœurs déréglées (« Voyez comme ces gens sont pervertis »), avec la syphilis comme trame de fond. Surnagent des farces, d'une portée universelle, et c'est l'œuvre de Rabelais. Dès le , au cours d'un épisode libertin, apparaissent des ouvrages , se diffusant grâce à un trafic, un réseau souterrain de libraires, d'imprimeurs et d'acheteurs, qui disparaît à la fin du , dessinant une véritable subculture, mais qui n'exclut pas encore de nos jours des formes de censure. Le français se caractérise, dès ses débuts, par une profusion d'ouvrages érotiques illustrés, avec une très brève période libérale au début de la Révolution. C'est précisément à cette époque qu'en français, les mots « érotisme » et « pornographe » apparaissent, le premier sous la plume de Chamfort, le second sous celle de Restif de La Bretonne.
Édicté sous un régime qui rétablit la censure, le Code Napoléon (1804) introduit, par une loi spécifique (renforcée en 1819), la notion d'outrage aux bonnes mœurs, subtilement floue et permettant de condamner à de lourdes peines de prison les acteurs du livre. En 1833, l'Allemand Carolus Rambach publie le Thesaurus eroticus linguae latinaæ, une tentative consistant à répertorier les ouvrages érotiques publiés sous l'Empire romain, démarche louable mais qui ne fera qu'exciter le lecteur curieux — le mot curiosa fait ainsi son apparition pour qualifier par euphémisme ce genre de productionGlenn Tavennec, « Littérature porno », in: Philippe Di Folco (dir.), Dictionnaire de la pornographie, Paris, Presses universitaires de France, 2005, .. Le Royaume-Uni développe un arsenal répressif consistant à d'une part lister et confiner ces ouvrages dans un département spécial appelé Private Case, situé dans la British Library ; et d'autre part de placer sous surveillance tous les envois postaux, de façon à freiner la circulation clandestine de tels ouvrages. La France dispose d'un tel département appelé l'« Enfer » — en réalité une série de cotes réservés à des ouvrages Ce département a été supprimé en 1972 — cf. Pascal Pia [réédition], Les Livres de l'Enfer, du siècle à nos jours, Paris, Fayard, 1999 — introduction.. Le trafic de tels ouvrages devient intense entre 1880 et 1914, au point que des congrès internationaux s'organisent pour en limiter la production, non sans puritanisme, au nom de la morale, production qui inclut des formes nouvelles comme les périodiques illustrés en couleurs, l'image lithographiée, la photographie, la carte postale… qui sont qualifiées de « pornographiques »Annie Stora-Lamarre, « Le livre en question. La censure au Congrès international contre la pornographie (Paris, 1908) », in: Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 1989, , — lire sur Persée.. C'est dire ici que le réalisme des représentations, tant sous la forme écrite, que graphique, perturbent et les juges et les critiques. Des procès retentissant frappent certains ouvrages contenant des passages considérés comme lestes et outrageants : Flaubert, Baudelaire, Oscar Wilde, D. H. Lawrence, Colette, James Joyce, Boris Vian, Henry Miller, Nabokov, par exemple, en sont les victimes directes ou indirectes, et c'est sans compter des milliers de , romans explicites mettant en scène de nombreuses paraphilies, publiés par des éditeurs qui sont eux aussi régulièrement condamnés.
Les années 1960 voient l'émergence de la révolution sexuelle. Elle touche surtout les pays industrialisés — l'URSS mise à part. Les écrits du Marquis de Sade entrent en collection de poche (1969)Pascal Fouché, moteur de recherche, sur Chronologie de l'édition française de 1900 à nos jours.. Enfin, un phénomène littéraire advient à la fin du : l'autofiction, et la liberté de dire et de vivre au grand jour son érotisme particulier. Victoire ? Pas si sûr : en termes de protection des mineurs, des États de droit s'autorisent à limiter la diffusion et la publicité sur ces ouvrages quand ils sont interpelés par des associations qui s'estiment outragées, et quand d'autres pays, eux, au nom d'une religion, d'un régime politique, les interdisent purement et simplement.
Érotisme ou pornographie : une frontière encore floue et matière à débats La distinction en littérature entre érotisme ou pornographie n'est pas toujours nette car, elle fait souvent entrer en jeu le contexte culturel et social et géographique de l'écriture ainsi que celui de la réception.
Le Dictionnaire du littéraire (2014) définit l'érotisme comme , tout en soulignant que la limite entre érotisme et pornographie est encore source de débat. La plupart des notices de dictionnaire mentionne aussi que le concept d'obscénité joue un rôle important dans la définition des termes, bien que son attachement à la moralité rende aussi la définition plutôt subjective. Il y est dit par ailleurs que l'érotisme et la pornographie partageraient un même objectif : représenter la jouissance personnelle. Toutefois, l'érotisme en littérature se serait distingué de la pornographie par une esthétisation de la représentation de la sexualité.
Antiquité vignette|redresse| Le plus ancien poème d'amour (tablette d'argile, cote L.2461), Istanbul, musée des Œuvres de l'Orient ancien. vignette|redresse| Assise, Sappho lisant entourée de ses disciples (vers , musée national archéologique d'Athènes.). Les plus anciens textes remontent aux temps de la Mésopotamie. On trouve un poème d'amour, qualifié de chant, inscrit sur une tablette d'argile, rédigé sans doute par une femme et dédié à son souverain, le roi Shu-Sîn (troisième dynastie d'Ur, entre 2037 et ) « Oldest love poem », notice du Guinness World Reacords..
La littérature de l'Égypte antique contient un certain nombre de chants d'amours, à partir du Nouvel Empire ( à ).
Grèce antique La théogonie grecque antique convoque les dieux Éros, Aphrodite et Apollon : cette trinité guide et conditionne le quotidien de cette civilisation quant à son rapport à l'amour. La langue grecque ancienne nous donne d'ailleurs trois mots bien distincts : éros (amour charnel), agapé (amour absolu) et philia (camaraderie).
Les textes sont empreint d'idéalisme et de passion, et inclut l'homosexualité (féminine et masculine), celle-ci ne devant pas être surinterprétée : le corpus est largement dominé par des récits de nature hétérosexuelle. Les figures héroïques comme Héraclès et Ulysse (Odyssée) nous disent en une forme épique leur profond amour pour la femme.