Les peuples turcs, parfois appelés peuples turciques, sont un vaste groupe ethno-linguistique de peuples qui a pour particularité d'avoir comme langue originelle une langue de la famille des langues turciques.
De récentes preuves linguistiques, génétiques et archéologiques placent leur origine parmi les communautés agricoles du nord-est de la Chine d'où ces derniers migrent vers la Mongolie orientale au cours du VII millénaire av. J.-C., où ils adoptent un mode de vie pastoral ..... Ils ne seraient devenus des nomades chevauchant (à cheval) qu'à la fin du .
Durant les siècles qui suivent, l'Asie centrale semble s'être turquisée par une succession de vagues migratoires en provenance de Mongolie dont la première a débuté vers le et fut conduite par ce qui semble être les Huns . Ces derniers ont sans doute linguistiquement et culturellement assimilé les populations indo-européennes autochtones (comme les Scythes, les Sogdiens ou les Tokhariens), laissant la voie à la diffusion des langues turques au sein de l'Eurasie.
Les peuples turciques actuels les plus notables sont les Azéris, les Iakoutes, les Kazakhs, les Kirghizes, les Ouïghours, les Ouzbeks, les Tatars, les Touvains, les Turcs et les Turkmènes.
Étymologie vignette|gauche|upright=0.7|Carte du Dīwān Lughāt al-Turk de Kashgari, montrant la dispersion des tribus turques.
Le nom Türk est dérivé du vieux turc 𐱅𐰇𐰼𐰰 Türük/Törük “Türk” in Turkish Etymological Dictionary, Sevan Nişanyan. pouvant signifier « créé, né »Faruk Suümer, Oghuzes (Turkmens): History, Tribal organization, Sagas, Turkish World Research Foundation, 1992, p. 16) ou « fort » American Heritage Dictionary (2000). "The American Heritage Dictionary of the English Language: Fourth Edition – "Turk"". bartleby.com. Retrieved 2006-12-07.. Il est aujourd'hui généralement accepté que le nom est ultimement dérivé de la racine *türi-/töri- « ancêtre (mythique), racine tribale, naître, apparaître, surgir » suivi du suffixe -ik (𐰰), du proto-turc *türi-k « lignée, ancêtre »“türe-” in Turkish Etymological Dictionary, Sevan Nişanyan..
La plus ancienne mention du terme Türk (vieux turc ou , chinois , pinyin: < chinois médiéval *tɦut-kyat < *dwət-kuɑt, tibétain ancien drugu)Kultegin's Memorial Complex, TÜRIK BITIG Inscriptions de l'OrkhonTonyukuk's Memorial Complex, TÜRIK BITIG Inscriptions de Bain Tsokto ne s'appliquait qu'à un seul groupe turcique, les Göktürks , également mentionnés sous le nom de dans les inscriptions de Hüis Tolgoi du . Les textes chinois du Livre de Zhou () mentionnaient les peuples turciques (Göktürk) comme « une race particulière des Hiong-Nou », et considéraient qu'ils tiraient leur nom du mot « fer » dans leur langue natale .
Une lettre de l’Empereur de Chine Sui Wendi au khan köktürk Isbara l’identifie comme le « grand khan turc » en 585 . Les stèles de Bugut et de l'Orkhon, dans l'actuelle Mongolie, font usage des termes , et Moriyasu & Ochir 1999, p. 123.
L'anglais comme le français, utilise respectivement « » pour désigner les Turcs et « » pour désigner l'ensemble des peuples turciques. L'expression est utilisée en français jusqu'à la fin du , à partir de quoi elle est remplacée par l'expression dans la littérature universitaire et scientifique.
Histoire Origines vignette|Jarre en terre cuite issue de la culture néolithique de Xinglongwa. L'origine des peuples turciques est longtemps sujette à de nombreux débats, une apparition entre la steppe transcaspienne en Asie centrale et la Mandchourie en Asie de l'Est (incluant les monts Altaï) ayant souvent été suggérée..
D'après Robbeets, les Turciques descendent de communautés sédentaires transeurasiennes du bassin du fleuve Liao, dans l'actuel nord-est de la Chine, où ils pratiquent l'agriculture et la fabrication de produits textiles. Ces communautés correspondraient aux cultures de Xinglongwa et de Hongshan. droite|sans_cadre|258x258px Cette hypothèse se révèle cohérente avec les données linguistiques, génétiques et archéologiques, et est soutenue par de nombreuses études récentes..
Le refroidissement et la désertification de la région au début du VIIe millénaire auraient entraîné la migration des proto-turciques (ou de leurs ancêtres directs) vers la Mongolie actuelle où les contraintes environnementales les auraient plus tard poussé à adopter un mode de vie de pasteur. Ils ne seraient devenus des cavaliers nomades qu'au cours de la fin du Ve millénaire av. J.-C..
Si l'origine ancestrale du peuple et de la langue proto-turcique est connue, le lieu et la date exactes d'apparition restent encore flous : les résultats des analyses phylogénétiques bayesiennes de Robbeets et Bouckaert en 2018 donnent une date approximative de 7200
D'après l'étude de ces derniers, la langue proto-turcique serait divisée en deux phases : le proto-turcique précoce dont l'économie de subsistance de ses locuteurs était probablement basé sur un mélange entre l'agriculture et la chasse-cueillette; et le proto-turcique tardif qui se caractérise par le développement d'un vocabulaire extensif lié aux champs lexicaux du nomadisme et du pastoralisme — lorsque le nomadisme pastoral est devenu la base de la subsistance des proto-turciques. Cette transition de mode de vie aurait d'ailleurs permis par la même occasion des interactions culturelles et économiques avec les peuples indo-européens nomades d'Asie centrale et des emprunts lexicaux tirés de leurs langues, plus particulièrement des langues iraniennes orientales . Les auteurs indiquent également que la présence d'un mot pour désigner une très grande surface d'eau (probablement la mer) et d'un vocabulaire de base relatif à l'agriculture soutiennent une origine ultime au nord-est de la Chine, non loin des côtes maritimes (sans doute de la mer Jaune).
Les plus anciens peuples turciques identifiables sont les Dingling (丁零), les Gekun (鬲昆) et les Xueyantuo (薛延陀) Edwin G. Pulleyblank, The Peoples of the Steppe Frontier in Early Chinese Sources, ...
Antiquité Xiongnu ( - )
Les Xiongnu sont une confédération nomade mentionnée dans les sources chinoises pour la première fois au , fondée par Touman (ou son fils Modu). Chaque dirigeant portait le titre de « Chanyu ». Ils étaient constamment en conflit contre la Chine.
Aujourd'hui, il est communément admis qu'ils étaient au moins en grande partie turciques et locuteurs d'une langue turciqueSilk-Road:Xiongnu. Une étude publiée en 2018 dans la revue Nature parvient à cette même conclusion et supporte l'idée que le proto-turc ait pu être la langue majoritaire des groupes Xiongnu . L'écriture Xiongnu, plus vieille que l'alphabet turc de l'Orkhon, semble avoir donné naissance à ce dernier, suggérant un lien de parentéMA Li-qing On the new evidence on Xiongnu's writings. [« https://web.archive.org/web/20071019015743/] .
Huns ( - )
Certaines tribus Xiongnu commencent à s'étendre vers l'ouest dès le , se mélangeant aux Scythes et faisant progressivement disparaître la culture et la langue de ces derniers . Ces évènements font basculer l'Asie centrale d'une région dominée par des locuteurs indo-européens d'ascendance ouest-eurasienne à une région turcophone et d'ascendance principalement est-asiatique. À partir du , environ trois siècles après la désintégration de l'empire des Xiongnu, Attila dirige la confédération hunnique, il conquiert et envahit une grande partie de l'Europe.
Beaucoup des noms utilisés par les Huns semblent être d'étymologie turciqueOtto J. Maenchen-Helfen. The World of the Huns: Studies in Their History and Culture. University of California Press, 1973.
Période médiévale jusqu'à nos jours vignette|250px|droite|Hémisphère est vers -500.
Expansion du monde turcique ( - )
Le premier État à avoir porté le nom « turc » est celui des Köktürks (ou Göktürk) au Frantz Grenet, dans son discours inaugural au Collège de France fait une brève allusion au « premier empire turc au » qui se serait écroulé en raison d'une éruption volcanique en 626. : , durée 58 min. Idem sur le site du Collège.
Parmi les peuples turciques postérieurs, on notera les Karlouks (), les Ouïghours, les Kirghizes, les Oghouzes et les Turkmènes. C'est pendant la formation de leurs États que ces peuples sont entrés en contact avec le monde musulman et ont progressivement adopté l'islam. Il subsiste cependant des populations turciques appartenant à d'autres religions, notamment le christianisme, le judaïsme (cf. Khazars), le bouddhisme, et le zoroastrisme.
À partir du , les soldats turciques des califes abbassides s'imposent en dirigeants du Moyen-Orient musulman, à l'exception de la Syrie et de l'Égypte. Les Turciques oghouzes et d'autres tribus s'emparent du contrôle de diverses régions sous l'égide de la dynastie seldjoukide, s'appropriant plus tard les territoires abbassides et byzantins.
Simultanément, les Kirghizes et Ouïghours se battaient entre eux et contre le puissant empire de Chine. Enfin, les Kirghizes s'installèrent définitivement dans la région aujourd'hui appelée Kirghizistan. Les Tatars s'installèrent quant à eux dans le bassin de la Volga, évinçant du pouvoir local les Proto-Bulgares de la Volga. Cette région, qui s'appelle aujourd'hui Tatarstan, est une république autonome de la fédération de Russie ; ses grandes villes, notamment Kazan, sont dotées d'une ou plusieurs mosquées, les Tatars étant traditionnellement musulmans.
Des Ottomans à aujourd'hui ( - )
À la suite de la grande invasion mongole du , l'empire seljoukide est sur le déclin et c'est sur cette base qu'émerge l'Empire ottoman, sans doute le plus connu des empires turciques, pour la richesse de son histoire et sa durée, occupant finalement des régions allant des Balkans à l'Irak et du sud de la Russie à l'Afrique du Nord. Simultanément, d'autres groupes turciques fondèrent des états de moindre envergure, comme les Safavides d'Iran et l'Empire moghol au nord de l'Inde. Des guerres successives contre la Russie et l'Autriche-Hongrie, ainsi que la montée du nationalisme dans les Balkans seront les causes principales du déclin de l'Empire ottoman ; sa chute définitive survient à l'issue de la Première Guerre mondiale et donne naissance à l'état actuel de Turquie.
Quoi qu'il en soit, les ressemblances entre les diverses langues turques contemporaines semblent indiquer que l'éclatement initial du noyau géographique originel turc est un phénomène relativement récent, sauf en ce qui concerne les Tchouvaches et les Iakoutes.
Distribution géographique et divisions Actuellement, l'ethnie turque la plus dense réside en Turquie. Les autres groupes turcs importants se trouvent en Azerbaïdjan, à Chypre, en Iran, au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Russie, au Turkménistan et en Ouzbékistan. On en trouve aussi en Crimée, au Xinjiang (appelé le Turkestan chinois), au nord de l'Irak, en Afghanistan, en Moldavie, en Gagaouzie, en Allemagne, en Pologne, en Ukraine, en Hongrie, en Roumanie, en Grèce, en Bulgarie et en ex-Yougoslavie ; les quatre derniers faisant partie des Balkans. En revanche, il est difficile de séparer précisément les différentes ethnies turques. En voici une liste non exhaustive ; entre parenthèses, leur situation géographique :
Les groupes ethniques ci-dessus sont classés en six branches : Oghouzes, Kipchaks, Karlouks, , Tchouvaches.
Anthropologie et linguistique