Mustapha Zitouni, né le à Alger et mort le . à Nice, est un footballeur international français puis algérien, devenu entraîneur.
Grand nom de l’histoire du football français et surtout du football algérien, Zitouni a évolué sous les couleurs françaises entre 1957 et 1958, avant de rejoindre l'équipe du FLN. Après l’indépendance de l’Algérie, il reste en Algérie et devient entraîneur joueur du RC Kouba, tout en jouant encore avec la sélection de l’Algérie indépendante. Après sa retraite footballistique, il mène une vie discrète jusqu'à son décès à 85 ans.
Il compte 4 sélections en équipe de France entre 1957 et 1958, environ 80 sélections en équipe du FLN entre 1958 et 1962 et 7 sélections en équipe d'Algérie de football entre 1963 et 1964.
Il est considéré à l’instar de son coéquipier et ami Rachid Mekhloufi comme l’un des meilleurs joueurs algériens ayant évolué dans le championnat français. Son action de quitter la France, pour rejoindre le FLN, fait de lui un héros de l’indépendance algérienne.
Biographie Jeunesse et débuts footballistiques Mustapha Zitouni voit le jour au sein d'une modeste famille algéroise, le , à Bologhine (anciennement Saint-Eugène lors de la colonisation française), commune de la Wilaya d'Alger, située dans la proche banlieue Nord d'Alger. Sa mère est infirmière et éduque seule ses six enfants, à la suite de la mort de son époux. Entre elle et Mustapha Zitouni, le conflit est perpétuel, c'est pourquoi le jeune garçon multiplie les fugues dans les rues d'Alger avec sa bande d'amis, même si sa mère finit toujours par le retrouver. vignette|Bologhine.
A l'âge de 17 ans, il prend une licence à l'Olympique Musulman Saint-Eugénois (OMSE). Mais à cette époque, il n'a rien d'un futur phénomène. Il prend le foot comme un moyen d'évasion et d'occupation au quotidien. Mais pour fuir définitivement le milieu familial, il s'engage pour trois ans au sein du Régiment du train français. Et c'est à travers l'armée, que ses talents de footballeur vont voir le jour. Au sein de la sélection militaire, il remporte lors de la saison 1950-1951, le doublé Coupe et Championnat militaire d'Algérie. Ainsi, ses responsables à l'armée, décident de l'envoyer à l'Institut National du Sport (INS) à Paris. À la fin de son service militaire, il réintègre l'OMSE, mais c'est un autre joueur et une autre personne. Il est devenu quelqu'un de responsable et respecté. Il est sélectionné dans l'équipe de France amateurs de football qui participe aux Jeux olympiques d'été de 1952 à Helsinki. Ils sont éliminés au tour préliminaire par la Pologne (défaite 2 à 1). C'est à partir de là qu'il tape à l'œil des recruteurs de l'Hexagone.
Carrière de footballeur en France En 1953, Il fait le choix de rejoindre l’AS Cannes à l'âge de 25 ans, ce qui est tardif pour rentrer dans le monde professionnel. Ainsi lors de la saison 1953-1954, il évolue à 34 reprises, pour quatre buts sous le maillot de Cannes en deuxième division.
Sa rigueur et puissance sur le terrain lui permettent d’attirer le voisin monégasque, qu'il rejoint l'année suivante, avec à la clé un contrat royal. Mieux armé et ayant un potentiel financier plus important que l’AS Cannes, l'AS Monaco arrive à attirer le défenseur. Il arrive dans la principauté avec son compatriote algérien, lui aussi formé au club de Saint-Eugène, le gardien de but Abderrahmane Boubekeur. Dès ses débuts à Monaco, Zitouni est décrit comme un des précurseurs de la défense moderne « en zone », possédant une lecture du jeu et un placement au-dessus de la moyenne. Des caractéristiques qui vont faire de lui l’un des meilleurs défenseurs centraux de son temps. Avec Raymond Kaelbel, il forme l'une des plus performantes charnières défensives de Première Division. Il reste quatre ans à Monaco, mais ses débuts sur le Rocher sont compliqués. Il faut attendre la journée du championnat pour voir Monaco et Zitouni remporter leur premier match contre l'AS Saint-Etienne. Mais dès la journée suivante, Mustapha Zitouni marque l’un de ses treize buts en 136 apparitions sous les couleurs monégasques. Il marque son deuxième but, à la minute dans le derby azuréen contre l'OGC Nice, de quoi gonfler sa popularité auprès des supporteurs monégasques.
Petit à petit, Zitouni devient incontournable, plus les matchs passent plus son talent ne fait aucun doute. Il termine sa première saison à l'AS Monaco à une insignifiante place, mais l'arrivée la saison suivante d’un troisième joueur algérien au sein de l'effectif change la donne. En effet, l'attaquant Abdelaziz Ben Tifour, 28 ans et déjà double champion de France avec l'OGC Nice (1951-1952), vient apporter le plus pour bonifier l'AS Monaco. Les trois algériens réussissent une très belle saison et permettent à l'AS Monaco, de finir pour la première fois de son histoire sur le podium de Division 1 au terme de la saison 1955-1956, et enchaîner sur une cinquième place en 1556-1557.
Devant ses performances exemplaires, Zitouni est devenu incontestablement le patron de la défense monégasque. C'est pour cela, qu'à presque 30 ans, il est logiquement récompensé par une sélection en équipe de France, qu'il rejoint avec ses compatriotes Rachid Mekhloufi, Saïd Brahimi et Abdelaziz Ben Tifour. Ainsi, le , il enfile pour la première fois le maillot bleu, lors de la défaite 2 à 0 de la France, à Budapest contre la Hongrie. Aux côtés de Just Fontaine, ou encore Raymond Kopa, l'avenir en équipe de France semble radieux pour Zitouni, alors que se profile la Coupe du monde de football de 1958, en Suède. L'entraîneur de l'équipe de France, Albert Batteux, souhaite faire de lui, l'une des pièces maîtresses de son équipe. Zitouni parvient même à reléguer sur le banc de touche, le capitaine et pilier de l'équipe de France, mais aussi joueur de la grande équipe du Stade de Reims, Robert Jonquet. Selon les experts il possède les mêmes qualités que le Rémois (une bonne assise défensive, un sens du placement et de l'anticipation, une excellente vision du jeu). Mais il a pour lui une meilleure technique individuelle, une relance plus précise et surtout une qualité exceptionnelle de contre-attaquant. Zitouni a tout pour être heureux, il touche notamment un salaire de francs, en comparaison du salaire moyen qui est d'environ francs à cette époque. De plus il a épousé sa femme Ghislaine, avec qui il a eu pour le moment deux filles. vignette|Robert Jonquet.
Trois autres convocations sous le maillot bleu viendront par la suite, contre respectivement la Belgique (0 à 0) le , l'Angleterre (défaite 4 à 0) le et contre l'Espagne (2 à 2) le . C'est lors de ce match contre l'Espagne, au Parc des Princes, que le talent de Zitouni, éclate aux yeux du monde entier. En effet, lors de cette rencontre, il muselle alors le joueur du Réal Madrid, considéré comme le meilleur attaquant du monde, le grand Alfredo Di Stefano. En plus, durant ce match, il réussit à écarter, au dernier moment un ballon espagnol filant dans le but du gardien français François Remetter. Le quotidien L'Equipe saluera sa performance XXL au terme d'un match mémorable. À la suite de cela, il reçoit les félicitations d'Alfredo Di Stefano et la légende raconte que le président à l'époque du Real Madrid, Santiago Bernabeu, stupéfait qu’un joueur puisse étouffer son meilleur joueur, serait venu le voir à la sortie des vestiaires pour lui proposer de signer au Real Madrid. Une proposition de cinquante millions de francs (anciens). Proposition que Zitouni aurait refusé, préférant défendre la cause de l'Algérie combattante. Rachid Mekhloufi, coéquipier en équipe de France et ami de Zitouni, raconte pour l'anecdote, que Santiago Bernabeu pour tenter de le convaincre, lui répétait que venir au Real, c'était « jouer dans la meilleure équipe du monde », Zitouni répliqua « Ne vous en faites pas, je vais bientôt jouer dans la meilleure équipe au monde », en référence à l'équipe du FLN. Pour l'anecdote, en novembre 1958, alors que Zitouni, avec l'équipe du FLN est à l'aéroport de Rome pour se rendre au Maroc, ils rencontrent l'équipe du Real Madrid, en partance pour un match de Coupe d'Europe. A cette occasion, Di Stefano montre à nouveau son admiration envers Zitouni. Le meneur de jeu madrilène, après avoir salué Zitouni, interpelle son entraîneur Luis Carniglia, en lui disant qu'il faut prendre Zitouni avec eux. Zitouni est touché par ce nouvel hommage, ce qui réveillera en lui quelques regrets. vignette|Alfredo Di Stefano.
Mais la belle histoire entre l'équipe de France, l'AS Monaco, la France et Mustapha Zitouni va se terminer aussi soudainement que brutalement en avril 1958. En effet, depuis quatre ans le conflit franco-algérien s'aggravant, la politique va prendre le dessus sur le sport et va décider du destin de la « colonie » algérienne de l'équipe de France et de l'AS Monaco.
Pour l'AS Monaco, en quatre saisons : Mustapha Zitouni, apparaît à 136 reprises, pour 2 buts (120 matchs de championnat, 12 en Coupe de France et 4 en Coupe Drago). Ainsi que 4 sélections en équipe de France.
En 2022, le magazine So Foot le classe dans le top 1000 des meilleurs joueurs du championnat de France, à la ..
Départ pour Tunis et l'équipe du FLN
Alors que la Coupe du Monde en Suède approche à grands pas, Zitouni et neuf de ses partenaires algériens évoluant dans le championnat de France décident de fuir clandestinement la France pour répondre à l'appel des dirigeants du FLN, et ainsi former ce « Onze de l'indépendance », qui se rassemble à Tunis. Parmi ces joueurs, trois d'entre eux étaient susceptibles de représenter la France en juin 1958 lors de la Coupe du Monde en Suède : Abdelaziz Ben Tifour (Milieu de l'AS Monaco), Rachid Mekhloufi (attaquant de Saint-Etienne) et Mustapha Zitouni. On peut citer aussi le coéquipier de Zitouni à Monaco, Abderrahmane Boubekeur et Kaddour Bekhloufi, l'Angevin Amar Rouaï, les Toulousains Saïd Bouchouk et Saïd Brahimi. Au total, 33 joueurs algériens évoluant en D1 ou D2 française décident de rejoindre le GPRA et cette équipe.
En attirant dans son sein des joueurs de renommée internationale, le FLN veut frapper l'opinion publique française et montrer que ce qui se passe sur le sol algérien est une véritable guerre d'indépendance. Mohamed Boumezrag et Abdelaziz Ben Tifour, qui ont pour but de convaincre Zitouni, disent que sans son accord, le projet ne peut voir le jour, mais ils ont conscience de l'immense sacrifice que ceci entraîne pour Zitouni. Après un entraînement, Abdelaziz Ben Tifour invite son coéquipier Zitouni, à prendre un verre dans un bar de Monaco. C'est à ce moment que Zitouni fait la rencontre de Mohamed Boumezrag. Ce dernier lui fait part du projet du FLN. Cette information est reçue comme un choc pour Zitouni. Comme Abdelaziz Ben Tifour et Abderrahmane Boubekeur, Zitouni a fait partie de l'équipe d'Afrique du Nord qui a battu la France en 1954. Il aime son pays natal et mesure ce qu'il se passe en Algérie, mais laisser derrière lui une telle carrière, au moment où celle-ci atteint son apogée, est aussi quelque chose d'extrêmement compliqué. Après quelques minutes d'hésitations, il finit par prendre sa décision de rejoindre l'équipe. Mais il essaye de retarder le moment du rassemblement, en espérant pouvoir faire la Coupe du Monde en Suède avec la France. Abdelaziz Ben Tifour et Mohamed Boumezrag avaient prévu cette réponse. Mais Mohamed Boumezrag lui explique, que justement la date choisie pour le départ juste avant la Coupe du Monde a été choisie pour créer une bombe dans l'opinion médiatique française et dans le monde du football, afin d'ouvrir les yeux au monde entier, sur la guerre d'indépendance algérienne. Mohamed Boumezrag explique à Zitouni, que s'il donne son accord, tous les autres joueurs le suivront et que sans lui cette victoire n'est pas possible. Zitouni comprend que son destin personnel n'est rien, face à une cause de cette ampleur et décide de donner son accord aux deux hommes.