Lapo Saltarelli (?-1320), poète italien, juriste de renom et homme politique de Florence, fut un ami puis adversaire de Dante Alighieri. Lapo est le fils aîné de Guidone Saltarelli de Monte di CrocePetite biographie de Lapo Saltarelli ou Montedicroce, fief florentin, sur une colline de Pontassieve, dans la basse vallée du Sieve. Le château, lui-même, avait été quasiment détruit par les Florentins, en 1154, lors de la guerre contre le comte Guidi, seigneur du haut CasentinoLe château de Monte di Croce. Devenu propriété des évêques de Florence à partir de 1227, Guido, qui en eut la châtellenie, porta ce nom puis, avec sa famille, vint s'installer à Florence dans le quartier de San Piero ScheraggioLes quartiers de Florence.

Biographie Lapo« Ego Guidonis Lapus Salterelli de Monte Croci », ASF, Arte des juges et des notaires 5, f° 22r°. naquit en Toscane, à Pontassieve, dans la résidence familiale de Torre a DecimaLa Torre a Decima fut le berceau de la famille Saltarelli dès le . L’antique tour de ces riches notaires florentins fut transformée en château fortifié au cours du .. Il était l’aîné d’au moins deux frères : Simone Saltarelli« Fr. Frère Symon Guidonis de Salterellis », SMN n° Cr 320 (1261-1342), procurateur général de l’Ordre des Dominicains, évêque de Parme et archevêque de Pise, et Cerbino dit Bino, né le « Cerbínus qui Binus dicitur filius Guidi Saltetelli », ASF, NA 995, f° 31 v°. Cette noble famille possédait à Florence, à côté de la place de la Seigneurie, une maison-tour, la Torre dei Salterellipage sur la wiki italienne, sise à l'emplacement de l'actuelle Piazza dei Salterelli.

Un des premiers poètes italiens Lapo fut très lié dans sa jeunesse à Dante Alighieri. Ils admiraient ensemble un poète de langue occitane bien oublié, Dante da Maiano. Ces jeunes gens, férus de poésie, couvraient de louanges leur vieux maître d’amour et sa muse, la Nina, que le barbon célébrait comme sa noble PanthèreM. Charpentier, Guido Cavalcanti in Revue Nationale, T. 1, Paris, 1860..

On sait aussi que Saltarelli et Guido Cavalcanti (1250-1300) correspondaient sur des questions de droit et rimaient leurs demandes et leurs réponses.

Un juge controversé Lapo, homme puissant et brillant, de vaste influence et aux relations importantes, ne sut pas garder ses meilleurs amis. Dino Compagni (1255-1324), poète et gonfalonier de justice, qui avait écrit en son honneur une Canzone a Lapo Saltarelli, le traita ensuite de corrompu et de fraudeur dans sa Cronica delle cose occorrenti ne’ tempi suoiLapo Saltarelli, in Cronica delle cose occorrenti ne’ tempi suoi, pp. 33, 37, 39, 55, 71 et 75..

Quant à Dante, il l’apostropha en ces termes dans sa Divine Comédie : Paradiso, XV, 127-129 (Wikisource en italien). (Traduction Lamennais sur Wikisource).. Que reprochait-il à ce membre fort représentatif de la gente nuova ? Une seule chose et d'importance, d'avoir perverti par ses pratiques l'ancienne classe dirigeanteM. Marchetti, Chroniques italiennes, p. 4.

L'homme politique En mars 1300, Lapo Saltarelli, le gonfalonier Lippo Rinucci-Becca et ser Bondone Gherardi découvrirent et déjouèrent le complot que trois citoyens de Florence, Noffo di Quintavalle, Simone di Gerardo et ser Cambio da Sesto, tramaient à Rome contre l’indépendance de leur cité avec la bénédiction de Boniface VIII.

Leur condamnation, le , provoqua l’indignation du pape qui prétendit annuler la sentence. Le , il donna des ordres en ce sens à , l'évêque de Florence.

Les conseillers de la commune non seulement récusèrent nettement la prétention pontificale, mais défièrent le pontife en appelant Lapo à la charge priorale (la charge municipale la plus haute à Florence) pendant un bimestre du au . Ce qui lui valut d'être mis en accusation par ses adversaires.

Les thèmes politiques et philosophiques développés par Dante dans De Monarchia ont muri pendant la lutte menée contre Florence par Boniface VIII, avec le procès intenté à Lapo Saltarelli, et son conflit contre Philippe Le Bel qui lui fit commettre les bulles pontificales Ausculta fili et Unam SanctamPio Gaja, Introduzione in Monarchia di Dante, Turin, 1986.

L’exil en Sardaigne

Lapo, Guelfe Blanc tout comme Dante, fut condamné à mort le , par la faction noire. Sa peine fut commuée en exil, sans doute parce qu'il était apparenté aux Cherci<ref>[https://books.google.fr/books?id=nYPGHLkAWyEC&pg=PA149&lpg=PA149&dq=Franco+Franceschi+villes+Italie+milieu+saltarelli&source=bl&ots=p005nppNKK&sig=h8Ifp8nJ7hRqg_1nXnn549W909A&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=1&ct=result Franco Franceschi et Ilaria Taddei, Les villes d'Italie du milieu du XII au milieu du XIV siècle, Éd. Bréal, Rosny sous Bois, 2005]</ref> et dans la sentence de Cante Gabrielibus le bannissant, il est désigné comme Dominum Lapum Saltarelli judicemGiuseppe Pelli Bencivenni, Memorie per servire alla vita di Dante Alighieri, Ed. Guglielmo Piatti, Florence, 1828.

Il se réfugia en Sardaigne dans le couvent des franciscains de Cagliari et resta dans l’île jusqu’à sa mort. En 1320, il fut inhumé dans l’église San Francesco de Stampace. Sa pierre tombale sur laquelle est gravé son blason a été retrouvée et identifiéeCf. Sergio Serra, L’araldica nella Sardegna mediovale, Milites, atti del convegno, Cagliari, 1997..

En 1326, ses biens confisqués furent restitués à ses héritiers grâce à l'intervention de Jean XXII sollicité par Simone, l'archevêque de PiseCf. Scipione Ammirato, Istorie fiorentine, T. I, L. VI, p. 331, Florence, 1600..

La descendance des Saltarelli Bien que marié à une des filles des CerchiJohn M. Najemy, A History of Florence (1200-1575) in The Elites families, Ed. Wiley-Blackwell, Oxford, 2006, pp. 26-27, on ne connaît pas d’enfants de Lapo issus de cette union. Son frère Bino eut deux fils Andrea († 1333) et Michele († 1373), les archives de Santa Maria Novella indiquent qu'ils furent enterrés dans le prieuré florentin de frère SimoneLivre des morts : MD 1980, 105, 175. Quant à Michele, il eut au moins quatre fils, Andrea, Lapo, Donato et Simone Saltarelli. Ce dernier entra chez les dominicains et devint évêque de Trieste (1396-1408).

Une partie de la famille de Michele di Bino resta sur le fief familial. Dans le seconde moitié du , près de Pontassieve, un moulin sur les rives de la Sieci, affluent de l'Arno, appartenait par héritage, à Scholaio SalterelliC'est la première mutation graphique connue en langue vernaculaire du patronyme Saltarelli en Salterelli, qui se retrouve de nos jours avec la Torre dei Salterelli qui le loua, en 1487 à Bartolo di Giovanni di Pagolo, un cultivateur et meunier, contre une rente de 90 boisseaux de bléLe moulin de la Sieci ASF, Cadastre 1163, c. 2 r°.. L'historien Lucien Paul Victor Febvre, dans la revue des Annales de 1972, cite ce même Scholaio Salterelli qui avait placé ses filles dans des monastères« Les filles de Scholaio Salterelli se trouvaient à Rosano et à S. Giusto », p. 1341, ref. A Si, Catasto 184, f° 60-61 v°; 183, f 275. 56. ASF, Catasto 184, f 16 v°-18 v°.. La première se trouvait à celui de RosanoIl monasterio de Rosano, la seconde à San GiustoAbbazia de San-Giusto.

C’est de la branche de Michele que sont aussi issus au , l’orfèvre Giovanni, qui tenait boutique sur la via Vacchereccia à Florence, et son frère Jacopo Saltarelli, qui défraya la chronique, en 1476, par ses relations avec Léonard de Vinci. Un siècle plus tard, la divine Maddalena SaltarelliMaddalena Saltarelli fut la muse de Niccolò Martelli (1498-1555) qui composa pour elle un Canzoniere Domenico Zanrè, Cultural Non-conformity in Early Modern Florence, une courtisane, et ses amies Tullia d'Aragon et la Tortora, affolèrent Florence par leurs frasques amoureuses et leurs tenues vestimentairesGeorgina Masson, Courtesans of the Italian Renaissance, Éd. Martin Secker & Warburg Limited, Londres, 1975, pp. 26-30 et 113-114..

Œuvres Il nous reste quelques sonnets de Lapo dont :

Contr’aggio di grand’ira benvollenza,

Chi se medesmo inganna per negghienza Vostra quistione è di sottil matera

Contr’aggio di grand’ira benvollenza

Ce fut au cours de son exil en Sardaigne qu’il composa ce poème. Par l’élégance et le rythme de sa langue, le grand pétrarquien, Pietro Petteruti PellegrinoPietro Petteruti Pellegrino : La “gloria della lingua” e la “fixa tramontana” dell’imitazione. Petrarca nella teoria cortigiana romana e nel canone critico dell’Equicola fra polemiche e parodie., le considère comme un précurseur de Pétrarque.

Notes et références

Bibliographie G. Levi, Lapo Saltarelli, in Bonifacio VIII e le sue relazioni col commune di Firenze, Rome, 1882, 90-92 et 95-98. Filippo Nissardi, Lapo Saltarelli a Cagliari : contributo alla storia fiorentina dei tempi di Dante, Cagliari, Tipografia G. Dessì, 1905. R. Davidsohn, Lapo Saltarelli, in Firenze ai tempi di Dante, Ed. Firenze, Florence, 1929, T. IV, 138-144, 160, 167-168 et 185-186. A. d’Addario, Lapo Saltarelli, in Enciclopedia dantesca'', T. IV, Ed. Umberto Bosco, Rome, 1973, 1084-1086.

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