Auguste Lumière, né le à Besançon et mort le à Lyon., est un ingénieur, industriel, biologiste français, pionnier de la médecine humorale et illusionniste.. Au cours des années 1894-1895, il participa avec son frère Louis à l'invention d'un appareil de prise de vues photographiques animées et de projection, le Cinématographe, qui rencontra un succès mondial.

Biographie Jeunesse Auguste Marie Louis Nicolas Lumière est fils de l'industriel, peintre et photographe Antoine Lumière, né le à Ormoy (Haute-Saône), et de Jeanne Joséphine Costille, née le à Paris. Il eut deux frères et trois sœurs : Louis (1864-1948), Jeanne (1870-1926), Juliette (1874-1924), France (1883-1924) et Édouard (1884-1917)Auguste et Louis Lumière, Correspondances 1890-1953, rassemblées par Jacques Rittaud-Hutinet, Cahiers du cinéma, Seuil, 1994, .. Formation Après huit années passées à Besançon, Auguste déménage avec toute sa famille à Lyon. Il commence sa scolarité comme interne à l'institution Franklin puis entre en 1876 à La Martinière, école hautement réputée à l'époque pour former des scientifiques. Au sortir de La Martinière, Auguste envisagea très sérieusement d'entrer à l'École polytechnique mais la formation qu'il avait reçue ne comportait pas certaines matières dont la connaissance était obligatoire pour passer son baccalauréat et y postuler, telles le latin, la philosophie ou la littérature. Il prépara donc son baccalauréat tout seul, qu'il obtint en , grâce à un précepteur, un certain Perronet, étudiant en médecine. Il suivit ensuite un cycle de mathématiques spéciales au Lycée de Lyon (sic).

Des problèmes de santé obligèrent Auguste à interrompre ses études en 1881.

Armée Ainsi libéré de ses études supérieures, Auguste Lumière devance son appel au service militaire et fut incorporé le au d'infanterie de Chambéry, qu'il quitta un an plus tard, le avec le grade de sergent. Année sous les drapeaux pendant laquelle il faisait - dit-il - des croquis au crayon entre deux exercices. Ayant accepté de suivre une formation pour devenir officier de réserve, il fut nommé sous-lieutenant, affecté au de chasseurs alpins, puis gravit quelques échelons pour devenir capitaine honoraire dans l'armée territoriale en 1912. Au titre de la réserve, le capitaine Auguste Lumière eut l'occasion d'organiser pour l'état-major de Lyon un service photographique, ancêtre du service cinématographique des armées (SCA, aujourd'hui ECPAD).

Dès l'entrée en guerre de la France en , Auguste Lumière demande aussitôt à reprendre du service. À la suite de son expérience de clinicien et de chercheur, et en tant qu'ancien administrateur des Hospices civils de Lyon, il est affecté au Service de Santé de l'Hôtel-Dieu, chargé de la gestion du service radiographique, car il en connaissait déjà les équipements. De 1914 à 1918 plus de dix-huit mille radios ont été effectuées, et leurs développements et tirages furent offerts par la Société Lumière.. C'est pendant ces années passées à l'Hôtel-Dieu qu'Auguste Lumière énonça les lois de la cicatrisation, qui le conduisirent à inventer un pansement pour le traitement des brûlures qui eut un succès mondial considérable, le Tulle gras Lumière, encore commercialisé aujourd'huipar les Laboratoires Solvay, sous le nom de Tulle gras Solvay.. À partir de 1932, il apporta son aide aux différentes recherches menées par son confrère le docteur Jos Jullien de Joyeuse en ArdècheLaurent Jullien, « Le médecin ardéchois Jos Jullien (1877-1956), un savant à la carrière hors norme », Revue d’histoire de la pharmacie, no 403, septembre 2019, p. 381-398.

Mariage et descendance Auguste Lumière épousa Marguerite Winckler (1874-1963) le , dont la sœur Rose (1868-1925) avait épousé son frère Louis en février de la même année. Ils eurent deux enfants, Andrée (1894-1918), que son père filma enfant, et décédée de la grippe espagnole lors de la célèbre pandémie qui fit trente millions de morts de par le monde selon l'Institut Pasteur, et Henri (1897-1971), aviateur et industriel, qui prit la succession de son père et de son oncle peu avant la Seconde Guerre mondiale.

Carrière Loi des développateurs 1883, c'est l'année de l'entrée dans la vie active, et Auguste Lumière commence tout naturellement à travailler dans la boutique de photographe de son père, avec son frère Louis. De son expérience et de ses recherches, il tirera en 1892 un énoncé de la Loi des développateurs (révélateur photo) :

Invention du Cinématographe thumb|upright=1.5| , qu'Auguste et Louis se lancent dans la recherche d'un mécanisme permettant de projeter des images photographiques animées devant un public. Lors d'un voyage à Paris en 1894, leur père Antoine avait assisté sur les grands boulevards à une démonstration de l'appareil de visionnement inventé par William Kennedy Laurie Dickson, l'assistant de Thomas Edison pour voir individuellement les premiers films réalisés par Dickson avec la première caméra de cinéma, le kinétographe, utilisant un support souple et résistant inventé par John Carbutt et commercialisée par George Eastman, qu'Edison avait eu l'idée de débiter en bobineaux de de large, perforés sur les bords pour assurer l'entraînement intermittent par des rouleaux dentés. Antoine Lumière avait aussi eu l'occasion d'assister à une projection des premiers dessins animés du cinéma, peints directement par Émile Reynaud sur une pellicule de de large. Les Lumière étaient persuadés qu'il leur fallait inventer une machine qui couplerait la pellicule photographique perforée du type Edison avec une projection sur grand écran devant un public assemblé, à la manière de Reynaud. Le , un article du Lyon républicain rapporte que . Comme on le constate, le kinétographe Edison est encore la référence, puisque, d'un point de vue historique, il est le premier appareil de prise de vues cinématographiques. Mais l'invention des frères lyonnais va le supplanter. Auguste est le premier à développer leur projet avec un mécanicien des usines Lumière, Charles Moisson, et cet essai aboutit à un échec.

Son frère Louis reprend alors les recherches et, avec l'aide de l'ingénieur parisien Jules Carpentier, qui apporte de nombreuses transformations, il produit une première machine qu'Antoine Lumière veut baptiser « Domitor », mais qui sera finalement désignée sous l'appellation déposée de Cinématographe. Le choix de Jules Carpentier et des deux frères a été de réunir en une seule machine plusieurs fonctions, moyennant quelques accessoires : la prise de vues, la projection sur écran, le tirage des copies. Un triple dispositif que toute personne aisée peut acheter, contrairement au kinétographe, utilisé en exclusivité par Dickson et les opérateurs d'Edison, dont seuls les films déjà tournés sont à vendre avec une machine spécifique pour les visionner individuellement, le kinétoscope (l'utilisation du mot anglais , qui signifie couche, voile, pour désigner les bobineaux de pellicule impressionnés est due à Edison). Louis va mettre son talent de photographe, hérité de son père, pour réaliser les premiers films Lumière qu'il baptise vues photographiques animées. Auguste apparaît dans plusieurs d'entre elles comme comédien amateur, ou plutôt comme sujet de ces petits reportages en un seul plan d'une cinquantaine de secondes chacun.

Au cours de l'année 1895, des projections privées sont organisées par la famille Lumière pour consulter le monde scientifique, puis c'est la célèbre première projection publique du au Salon indien du Grand Café à Paris, qui ne réunit qu'une poignée de spectateurs, et ensuite c'est le succès phénoménal du cinématographe qui provoque dans le monde l'émergence de nombreuses autres caméras déjà en gestation.

Vocation de biologiste Comme il le dit lui-même dans son autobiographie, Auguste se désintéresse alors du cinéma (« j'abandonnais le problème à mon frère ») et continue à se poser des questions sur les caractéristiques chimiques des « développateurs », ce qui l'amena à créer un laboratoire de physiologie expérimentale et de pharmacodynamique pour orienter ses découvertes vers la médecine expérimentale. Ce seront les Laboratoires Lumière, construits 45 rue Villon à LyonLes bâtiments existent toujours et abritent aujourd'hui la Direction technique des Hospices civils., dirigés par lui-même jusqu'au , date à laquelle il passe la présidence de son entreprise à son fils Henri.

Auguste continuera à travailler avec passion jusqu'à sa mort en 1954, recherchant sans cesse des réponses aux Pourquoi de la Science.

Années de guerre et de collaboration « Sympathisant du régime de Vichy » selon Alexandre Moatti, « Auguste Lumière, comme son frère, adhère aux idées de la Révolution nationale. C'est pour lui une véritable bouffée d'oxygène : la remise en cause des pouvoirs traditionnels qu'elle implique (?) le séduit. Depuis vingt ans, lui aussi se bat contre le pouvoir établi, celui des académiciens [...] Auguste Lumière, alors âgé de 79 ans, reprend son antienne sur le "martyrologe des novateurs" qui pave l’histoire des grandes découvertes.. » C'est alors qu'il publie en particulier Les Fossoyeurs du progrès, les mandarins contre les pionniers de la science, dans lequel il propose une réforme de l'Académie des sciences, sinon sa suppression, qu'il s'agirait de remplacer par un organisme chargé de « soutenir les artisans du progrès et de les protéger contre l’incompréhension et les bassesses de leurs concitoyensAuguste Lumière, Les Fossoyeurs du progrès, les mandarins contre les pionniers de la science, Léon Sézanne, 1941, 332 pages, cité par .. » Moatti s'interroge à ce propos : « [la reconnaissance] que l’Académie d’avant 1940 ne lui a pas accordée, la révolution nationale de Vichy la lui apportera-t-elle ? En ce sens, les dérives idéologiques d’hommes ayant cherché vainement la reconnaissance de leurs travaux scientifiques ne peut-elle s’expliquer par un transfert vers le domaine de l’idéologie politique de leur envahissant besoin de reconnaissance – par exemple à la faveur d’une révolution qui peut favoriser un tel transfert, chez ces esprits déjà échauffés ? »

Nommé en 1941 au conseil municipal de LyonAlexandre Moatti, Einstein, un siècle contre lui, Odile Jacob, 2007, 304 pages, ., il est décoré de l'ordre de la Francisque comme son frère LouisPhilippe Alméras, Vichy, Londres, Paris, Dualpha, 2002, 265 pages, . Philippe Randa, L'Ordre de la Francisque et la Révolution nationale, Déterna, 2011, 172 pages, . et fait partie du comité d'honneur de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, aux côtés de Fernand de Brinon, d'Abel Bonnard et d'Alphonse de ChateaubriantL'Émancipation nationale, 2 août 1941, Ibid., 26 juillet 1941. Son nom est encore cité par la presse en 1942 lorsque la Légion se réorganise : Le Temps, 30 juin 1942, La France socialiste, 11 août 1942. Son nom est aussi cité dans une publication officielle du régime : Informations générales, 30 juin 1942Krisztián Bene, La collaboration militaire française dans la Seconde guerre mondiale, Codex, 2012, 587 pages, . Un lapsus calami de cet auteur confond par ailleurs dans cette même page les deux frères Lumière à propos d'un autre comité de la LVF, le comité d'action en zone sud : c'est Louis et non Auguste qui en fut membre. Voir également Brigitte Delluc, Gilles Delluc, Jean Filliol: Du Périgord à la Cagoule, de la milice à Oradour, Pilote 24, 2005, 171 pages, . C'est pourtant Auguste Lumière qui est cité dans la presse de l'époque en ce qui concerne ce sous-comité, chargé du recrutement et de la propagande en zone libre et installé à Marseille : Le Petit Marseillais, 5 août 1941. Même communiqué issu d'une agence de presse dans Le Journal du 5 août 1941, Le Petit Journal, Le Matin, le Journal des débats, Le Jour du 6 août 1941, La Croix du 7 août. L'Ouest-Eclair du 5 août, publiant ce même communiqué, cite en revanche Louis Lumière. Le communiqué semble confondre en fait le comité d'honneur ou de patronage de la zone sud et le sous-comité..