LOrne est un fleuve côtier du nord-ouest de la France, dans les deux départements de l'Orne et du Calvados. C'est le deuxième plus important des cours d'eau normands, après la Seine, par sa longueur de . et son débit. Après s'être frayé un chemin à travers les hauteurs de la Suisse normande, l'Orne arrose la ville de Caen, puis, canalisée, débouche dans la Manche par un estuaire d'une grande richesse écologique.

Géographie Cours du fleuve thumb|left|L'Orne à Putanges-Pont-Écrepin thumb|right|L'Orne au Pont-de-la-Mousse à Saint-Rémy-sur-Orne thumb|right|upright=0.8|La Noë, bras de l'Orne traversant la Prairie à Caen

L'Orne prend sa source aux environs d'Aunou-sur-Orne, au nord-est de la forêt d'Écouves, près de Sées, à 190 mètres d'altitude Sur la carte, on note que la source est temporairement alimentée par deux rus dont un venant de la commune voisine de Trémont. Cette commune ne figure pas sur la fiche du Sandre., dans le département de l'Orne. Elle coule, en direction du nord-ouest, dans la plaine d'Argentan, puis surimpose sa vallée sinueuse et escarpée dans les granites d'Athis et les schistes et grès de la Suisse normande formant des gorges pittoresquesArticle de Max-André Brier, Guide des merveilles naturelles de la France, Sélection du Reader's Digest, 1973, p. 366.. De Putanges à la forêt de Grimbosq, l'Orne parcourt sa trouée héroïque dans un environnement de buttes élevées et sauvages (mont d'Ancre, mont Cerisy), traçant un sillon profond encadré de parois rocheuses impressionnantes (rochers des Parcs, rochers de la Houlle, Pain de Sucre) près de Clécy. De nombreux moulins et sites de gué égayent le fond de la vallée.

Juste en aval de Putanges, à l'entrée des gorges, le barrage de Rabodanges a été édifié, en 1960, pour régulariser le débit de l'Orne et produire de l'électricité (puissance de ), créant un lac artificiel d'une longueur de Le barrage et le lac de Rabodanges sur valdorne.com.. Dans la dernière partie de son cours, après avoir franchi, près de Thury-Harcourt, la boucle du Hom et ses schistes, témoins de la chaîne cadomienne vieille de d'annéesDe Laize-la-Ville à Feuguerolles, le flanc sud du synclinal de May, synthèse géologique, Bibliothèque de Normandie Lire en ligne., l'Orne contourne le Cinglais, traverse la plaine de Caen avant de rejoindre la Manche à Ouistreham, dans le département du Calvados.

vignette|gauche|Caen, le long de l'Orne , cours Caffarelli, effet de luneStanislas Lépine, vers 1876Collection privée, Vente 2004 À Caen, un petit bras d'eau, la Noë, se détache du fleuve en amont de Vaucelles, vers Montaigu, et traverse la Prairie. Il est ensuite rejoint par l'Odon et se jette dans le bras principal de l'Orne à l'extrémité du cours Montalivet. Depuis 1845, le cours aval de l'Odon a été canalisé pour former le bassin Saint-Pierre. Depuis 1860, la Noë est recouverte entre la Cité Grusse et la place Courtonne. Depuis les années 1930, le Grand Odon rejoint la Noë en longeant les boulevards de ceinture au nord de la Prairie.

Entre Caen et l'estuaire, le cours de l'Orne est doublé, sur une quinzaine de kilomètres, par le canal de Caen à la mer que peuvent emprunter des navires de haute mer. Le port de Caen-Ouistreham, composé de plusieurs bassins situés à proximité du centre-ville (bassin Saint-Pierre, nouveau bassin, bassin de Calix), est administré par les Ports normands associés (PNA) ; le trafic transmanche est concentré dans l'avant-port d'Ouistreham, alors que les autres trafics (bois, recyclages, céréales, engrais…) sont traités le long du canalSite du port de Caen..

Départements et principales villes traversés Dans deux départements, l'Orne traverse quatre-vingt-trois (83) communes dont : Orne : Sées, Argentan, Écouché, Putanges-Pont-Écrepin Calvados : Pont-d'Ouilly, Clécy, Saint-Rémy, Thury-Harcourt, Caen, Ouistreham

Bassin versant L'Orne traverse trente-deux zones hydrographiques.

Organisme gestionnaire L'organisme gestionnaire est le SYMOA ou Syndicat Mixte de l'Orne et ses Affluents, situé à Argentan (uniquement pour la partie amont du bassin versant).

Affluents Les principaux affluents et sous-affluents de l'Orne (de l'aval vers l'amont) sont : le Dan (rgrd pour rive droite et rg pour rive gauche), à Blainville-sur-Orne, le Biez (rd), à Mondeville, l'Odon (rg), à Caen l'Ajon, la Laize (rd), à Laize-Clinchamps, la Guigne (rg), à Amayé-sur-Orne, le Noireau (rg), à Pont-d'Ouilly, la Vère, la Visance la Diane, la Rouvre (rg), au Mesnil-Villement, la Gine la Rouvrette la Baize (rd), ) aux Isles-Bardel, la Maire (rg), à Écouché-les-Vallées, l'Udon (rg), à Écouché-les-Vallées, la Cance (rg), à Écouché-les-Vallées, l'Houay (rd), à Monts-sur-Orne, la Baize (rg), à Argentan, l'Ure (rd), à Argentan, la Dieuge le Don (rd), à Médavy, la Senelle la Thouanne (rg), à Mortrée, la Sennevière (rg), à Mortrée.

Rang de Strahler

Hydrologie L'Orne draine un important bassin de dans le cadre d'un climat océanique marqué par la topographie. La vallée du fleuve est moins arrosée que les plateaux dont sont issus ses affluents. Le débit de /s à l'embouchure est supérieur à celui des autres fleuves côtiers bas-normands, la Touques et la Vire, mais il se montre irrégulier. Globalement, les étiages sont bas.

Climat

L'Orne à May-sur-Orne L'Orne a été observée à la station I3621010, L'Orne à May-sur-Orne, depuis le , à et pour un bassin versant de

L'écart entre les basses et les hautes eaux est considérable dans un tel milieu, avec ( en août contre en janvier pour un débit moyen de à May-sur-Orne, quelques kilomètres en amont de Caen).

Étiage ou basses eaux À l'étiage, c'est-à-dire aux basses eaux, le VCN3, ou débit minimal du cours d'eau enregistré pendant trois jours consécutifs sur un mois, en cas de quinquennale sèche s'établit à , ce qui est peu mais reste très convenableprès de 6 % du module à .

Crues

Sur cette période d'observation, le débit journalier maximal a été observé le pour . Le débit instantané maximal a été observé le même à avec en même temps que la hauteur maximale instantanée de soit .

Le QIX 2 est de , le QIX 5 est , le QIX 10 est de , le QIX 20 est de et le QIX 50 est de . Le QIX 100 n'a pas pu être calculé vu la période d'observation de 37 ans.

Lame d'eau et débit spécifique La lame d'eau écoulée dans cette partie du bassin versant de la rivière est de , ce qui est légèrement au-dessus de la moyenne en France, à . Le débit spécifique (Qsp) atteint de bassin. Histoire Hydronymie Attestations anciennes Olina au chez Ptolémée, Olnus en 1020 dans une charte du duc de Normandie Richard II, Olna en 1060 - 1070 dans le cartulaire de Saint-Martin de Sées, Olena en 1077 dans le cartulaire de Saint-Étienne de Caen, Olna fluvius en 1138 chez Orderic Vital, Ougne en 1150 chez Wace, Ogna et Ulna en 1197, Olna en 1216, Ouna en 1227 dans le cartulaire de l'abbaye d'Ardenne Oingne en 1280 Urna en 1454 OlneRevue générale d'administration, Paris, Berger-Levrault et , janvier-avril 1904, 387–388 .

Étymologie Certains spécialistes ont proposé un thème hydronymique *ol- Gaston Deslandes, Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, 1978, p. 70 - 71. L'astérisque signifie que cet élément n'est attesté dans aucune langue connue, donc il s'agit d'une hypothèse ad hoc de ces auteurs. En outre, ils ne lui donnent aucune signification précise.

En revanche, la cohérence des attestations anciennes et la comparaison avec le nom d'autres rivières Orne impliquent l'existence d'un type hydronymique Olina, bien attesté, et dont l'évolution régulière en Orne est conforme aux règles de la phonétique historique. L'hydronyme Olina a été rapproché du nom indo-européen du « coude », stipulé par la similarité du terme signifiant « coude » dans différentes langues indo-européennes : vieil irlandais uilen, gallois, breton, vieux cornique elin, latin ulna, grec ōlénē, gotique aleina, etc. En réalité, Olina remonterait à un gaulois *olina signifiant « coude » postulé par le vieil irlandais uilen, les gallois, breton et vieux cornique elin qui remontent au celtique commun *olīnā. D'un point de vue topographique, l'Orne dessine en effet un vaste coude.

Aménagements : la basse vallée de l'Orne thumb|left|L'Orne canalisée à Caen.

Un port est attesté sur le petit bras de l'Orne, appelé NoëVoir la partie sur le cours du fleuve., depuis le Christophe Collet, Pascal Leroux, Jean-Yves Marin, Caen cité médiévale : bilan d'archéologie et d'histoire, Calvados, Service Département d'archéologie du Calvados, 1996 . De ce fait, le cours inférieur de l'Orne, naturellement marqué par de nombreux méandres, a fait l'objet de l'attention des hommes et le lieu d'aménagements nombreux destinés à relier efficacement Caen à la merL'activité principale était l'exportation de la pierre de Caen. Des chantiers navals étaient également présents au niveau de cet estuaire, le bois, nécessaire à la construction des bateaux, était coupé dans les forêts de l’arrière-pays et acheminé par flottage sur l’Orne.. Comme dans la plupart des estuaires d'Europe, l'envasement rend la navigation difficile à partir du -.

En 1679, l'Orne est redressée entre les carrières de Ranville et Clopée à MondevilleJournal d'un bourgeois de Caen 1652-1733 .

À la fin du , les habitants de la région doivent à la fois lutter contre l’ensablement de l’estuaire qui menace le débouché maritime de la grande cité normande et protéger cet espace d’éventuelles attaques de la marine britannique (de nombreux ouvrages défensifs – redoutes, comme celle de Merville, corps de garde – sont ainsi édifiés). En 1762, le tirant d'eau du port n'est que de Yves Lemarec, « Le port de Caen et les mines de chemin de fer de Basse-Normandie » dans les Annales de géographie, année 1912, volume 21, n°117, 213-229 .. En 1780, le canal de redressement de l'Orne commencé en 1764 entre Clopée (Mondeville) et Caen est ouvert à la navigation.

L'Orne, toujours soumis aux marées, reste toutefois un port d'échouage. Les travaux réalisés au et sont jugés insuffisants et un projet de canalisation, ayant pour objectif de supprimer l’influence des marées dans la basse vallée de l’Orne, est proposé par l’ingénieur Cachin dès 1798Yves Petit-Berghem, Géographie historique d’un espace côtier:l’exemple de la basse vallée de l’Orne (Basse-Normandie), Mappemonde, n° 80, 2005 Lire en ligne.. Cette étude minutieuse proposait de redresser le cours du fleuve, évitant les sinuosités multiples, avec un accès direct pour les navires de moyen tonnage au bassin sis au pied des remparts de CaenAu-delà de , les navires devaient relâcher au niveau de l’estuaire et décharger une partie de leur cargaison., et la construction d’un avant-port à Ouistreham.

La construction du canal de Caen à la mer et l’aménagement de ses abords ne sont entrepris que sous le Second Empire et l'ouvrage est inauguré le Voir dictionnaire des rivières et canaux de France.. La nouvelle voie d’eau mesure et avait à l'origine une largeur de et une profondeur dépassant les (depuis le canal a été élargi et approfondi plusieurs fois). L'Orne est alors redressée entre Ranville et le corps de garde de Sallenelles ; l'ancien lit du fleuve est en partie repris par le canal (entre Pegasus Bridge et le déversoir du Maresquier)L'ancien cours du fleuve se retrouve dans les limites administratives entre les communes de Ranville, Bénouville et Ouistreham..