Toutes les occurrences du nom de lieu « La Haye » dans cet article font référence à La Haye-en-Touraine, aujourd'hui Descartes (Indre-et-Loire) et non à La Haye (Hollande-Méridionale).

René Descartes est un mathématicien, physicien et philosophe français, né le à La Haye-en-Touraine, commune de l'Indre-et-Loire qui porte aujourd'hui son nom, et mort le à Stockholm.

Il est considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie moderne. Il reste célèbre pour avoir exprimé dans son Discours de la méthode le cogito fondant ainsi le système des sciences sur le sujet connaissant face au monde qu'il se représente. En physique, il a apporté une contribution à l’optique et est considéré comme l'un des fondateurs du mécanisme. En mathématiques, il est à l’origine de la géométrie analytique.. Certaines de ses théories ont par la suite été contestées (théorie de l’animal-machine) ou abandonnées (théorie des tourbillons ou des esprits animaux). Sa pensée a pu être rapprochée de la peinture de Nicolas PoussinCf. Nicolas Poussin, Lettres et propos sur l’art, Hermann, 1994. pour son caractère clair et ordonné, rapprochement qui peut sembler contradictoire.. Le cogito marque la naissance de la subjectivité moderne.

Sa méthode scientifique, exposée à partir de 1628 dans les Règles pour la direction de l'esprit, affirme à partir du Discours de la méthode (1637), une rupture par rapport à la scolastique enseignée dans l'Université, qui fait la réconciliation entre la philosophie d'Aristote et le christianisme. Le Discours de la méthode s'ouvre sur une remarque proverbiale : , pour insister davantage sur l'importance d'en bien user au moyen d'une méthode qui nous préserve, autant que faire se peut, de l'erreur. Elle se caractérise par sa simplicité et prétend rompre avec la philosophie scolastique qu'on lui avait enseignée au collège de La Flèche, jugée trop « spéculative ». Elle s’inspire de la méthode mathématique, cherchant à remplacer la syllogistique aristotélicienne utilisée au Moyen Âge depuis le ..

Comme Galilée, il se rallie au système cosmologique copernicien ; mais, par prudence envers la censure, il « avance masqué », en dissimulant partiellement ses idées nouvelles sur l’homme et le monde dans ses pensées métaphysiques, idées qui révolutionneront à leur tour la philosophie et la théologie. L’influence de René Descartes sera déterminante sur tout son siècle : les grands philosophes qui lui succéderont développeront leur propre philosophie par rapport à la sienne, soit en la développant (Arnauld, Malebranche), soit en s’y opposant (Locke, Hobbes, Pascal, Spinoza, Leibniz).

Il affirme un dualisme substantiel entre l'âme et le corps, en rupture avec la tradition aristotélicienne. Il radicalise sa position en refusant d'accorder la pensée à l'animal, le concevant comme une « machine »Georges Chapouthier, Le respect de l’animal dans ses racines historiques : de l’animal-objet à l’animal sensible, Bull. Acad. Vet. France, 2009, 162 (1), , c'est-à-dire un corps entièrement dépourvu d'âme. Cette théorie sera critiquée dès son apparition mais plus encore à l'époque des Lumières, notamment par Voltaire, Diderot ou encore Rousseau.

Biographie thumb|Maison natale de Descartes à Descartes (Indre-et-Loire), bâtisse éclairée de deux fenêtres gothiques en accolade datant en partie du , transformée en musée en 1974.

Enfance thumb|Statue de René Descartes présente dans la ville du même nom depuis 1967. Issu d'une famille de la petite noblesse, il est le troisième enfant de Joachim Descartes (Châtellerault, - Sucé-sur-Erdre, Voir Xavier d'Haucourt, « Une dynastie de « non-originaires » au Parlement de Bretagne : la famille Des Cartes (1585-1736) », Annales de Bretagne, vol. 44-3-4, 1937, 408-432.), conseiller au parlement de Bretagne à Rennes, et de Jeanne Brochard (née probablement à La Haye-en-Touraine, aujourd'hui Descartes (Indre-et-Loire) vers 1566, morte au même endroit). Il naît le probablement à La Haye chez ses grands-parents maternels, où sa mère effectua tous ses accouchements, son père étant de service à Rennes au moment de sa naissance. Il est baptisé le en l'église Saint-Georges (la maison de la grand-mère relevait normalement de la paroisse Notre-Dame, mais elle avait été dévolue au culte protestant). Son premier parrain, René Brochard des Fontaines, parent de sa mère, est juge à Poitiers ; le second, Michel Ferrand (frère de sa grand-mère paternelle), est lieutenant-général du roi à Châtellerault.

Sa mère meurt le , 13 mois et demi après sa naissanceCf. le commentaire d’André Bridoux au sujet de l’imprécision de la durée dans la lettre à Élisabeth de Bohême de mai ou juin 1645, dans « Descartes, Œuvres et lettres » aux éditions « Bibliothèque de la Pléiade »., quelques jours après la naissance d'un autre garçon qui ne survit pas. Descartes est élevé par sa grand-mère maternelle Jeanne Sain (morte en 1610), son père et sa nourrice. Son père l'appelle son petit philosophe, car René ne cesse de poser des questionsAdrien Baillet, Vie de Monsieur Descartes ( éd., 2 tomes, Paris, chez Daniel Horthemels, 1691), réimpressions : Olms, New York, 1972 ; La Table Ronde, collection La Petite Vermillon, 1992.. En 1599 Joachim Descartes se marie avec Jeanne Morin (Nantes, - ), fille de Jean Morin, seigneur de la Marchanderie († 1585), propriétaire du château de Chavagne à Sucé près de Nantes, qui avait été avocat du roi, président de la Chambre des Comptes et maire de Nantes en 1571/72. La signature de Descartes apparaît à plusieurs reprises sur les registres paroissiaux de Sucé (1617, 1622, 1628, 1644)Le Patrimoine des communes de Loire-Atlantique, Flohic Éditions, 1999..

René apprend à lire et à écrire chez sa grand-mère grâce à un précepteur (avec sa sœur aînée Jeanne). À onze ans (tardivement, étant considéré comme fragile), il entre au Collège royal Henri-le-Grand de La Flèche, (devenu Prytanée national militaire) ouvert en 1604, où enseignent les Jésuites dont le père François Fournet, docteur en philosophie issu de l'université de Douai et le père Jean François, qui l'initiera aux mathématiques pendant un an. Il y reste jusqu'en 1614Voir « Descartes, Œuvres et lettres », Bibliothèque de la Pléiade, présenté par A. Bridoux et revu par Charles Adam pour ce détail.. Il y a droit à un traitement de faveur, sans cours le matin en raison de sa santé fragileSteven Shapin Descartes médecin et les thérapies de la raison sur la recherche.fr, de ses dons intellectuels précoces et de son goût pour la réflexion« Le Père Charlet recteur de la maison qui étoit son directeur perpétuel, luy avoit pratiqué entre autres priviléges celuy de demeurer long-têms au lit les matins, tant à cause de sa santé infirme, que parce qu'il remarquoit en luy un esprit porté naturellement à la méditation. » La Vie de M. Descartes, livre 1, chapitre 6.. Il y apprend la physique et la philosophie scolastique et étudie avec intérêt les mathématiques ; il ne cesse de répéter, en particulier dans son Discours de la méthode, combien ces études lui paraissent incohérentes et fort impropres à la bonne conduite de la raison. De cette période, nous ne conservons qu'une lettre d'authenticité douteuse (peut-être est-elle de l'un de ses frères), lettre que Descartes aurait écrite à sa grand-mère.

Jeunesse et études En , il obtient son baccalauréat et sa licenceGeneviève Rodis-Lewis, La formation de Descartes, in Actes du colloque universitaire de La Flèche, 1997, page 27, écrit en droit civil et canonique à l'université de PoitiersStephen Gaukroger, Descartes, an intellectual biography, 1995, p. 62. Après ses études, il part vivre à Paris. Il finit par se retirer en solitaire dans un quartier de la ville pour se consacrer à l'étude pendant deux années de vie cachée : Heureux qui a vécu caché est alors sa devise, il aura coutume d'affirmer, rejetant les artefacts et les prétentions de la reconnaissance sociale ou de la célébrité, qu'il préfère en toute chose avancer masqué. Il a déjà entrepris d'étudier le grand livre du monde.

Il s'engage alors en 1618 en Hollande à l'école de guerre de Maurice de Nassau, prince d'Orange. De cette époque date peut-êtreGiulia Belgioioso, « Éditer ou interpréter ? », dans . la rédaction d'un traité sur L'Art d'escrime, d'épée comme de sabre, pour bien défendre sa vie en chevalier, donnant à chacun son dû, la guerre ou la paix, toujours avec générosité.. Bien que ce possible premier écrit semble déjà perdu en 1673, le résumé qu'en fait en 1691 le biographe Adrien Baillet suffit à indiquer combien, par son contenu , il diffère de tous les traités comparables..

L'année 1618 voit aussi la rencontre de Descartes avec le physicien Isaac Beeckman, pour lequel il va rédiger (en latin) l'Abrégé de musique (Compendium musicæ). Beeckman tenait un journal de ses recherches, et il y relate les idées sur les mathématiques, la physique, la logique, etc., que Descartes lui communiquait ; celui-ci consacrait alors ses heures de loisir à l'étude et aux mathématiques.

vignette|René Descartes.

En 1619, Descartes quitte la Hollande pour le Danemark, puis l'Allemagne, où la guerre de Trente Ans éclate, et assiste au couronnement de l'Empereur Ferdinand à Francfort.

Parenthèse militaire Il s'engage alors dans l'armée du duc .

Cette année-là, Descartes s'intéresse à l'ordre légendaire de la Rose-Croix dont il ne trouvera jamais aucun membre. Son appartenance à cette fraternité, de même que l'existence même de cette fraternité à cette époque, est contestée. Toujours est-il que dans le contexte qui suivit la condamnation des écrits favorables à l'héliocentrisme (1616), en France et en Allemagne, on parlait beaucoup des idées de cette prétendue fraternité. Il nia y avoir appartenu. Il émet un projet, Le trésor mathématique de Polybe le Cosmopolite, dédié « aux érudits du monde entier, et spécialement aux F.R.C. [Frères Rose-Croix], très célèbres en G. [Germanie] »Descartes, Œuvres, édition Charles Adam et Paul Tannery, t. X, . Sophie Jama, La nuit des songes de René Descartes, Aubier, 1998, ..

C'est pendant ses quartiers d'hiver (1619-1620) à Neubourg que, dit-il, se révèle à lui une pensée décisive pour sa vie. Le , il fait en effet trois songes exaltants qui l'éclairent sur sa vocation :

Baillet, premier biographe de Descartes, en a fait le récit, dont voici le début :

Il raconte alors comment il s'enferme dans son poêle et conçoit sa méthode. La légende raconte que, alité, il regarde le plafond au plâtre fissuré et imagine un système de coordonnées, permettant de décrire lignes, courbes et figures géométriques par des couples de nombres arithmétiques, dont il ne reste qu'à analyser les propriétés.

Il fait alors vœu d'un pèlerinage à la sainte Maison de Lorette à Loreto dans les Marches italiennes à la suite de ses trois songes, vœu qu’il accomplit en 1623 et renonce à la vie militaire.

De 1620 à 1622, il voyage en Allemagne et en Hollande, puis revient en France. Ce qu'il a écrit pendant cette période se trouve dans un petit registre mentionné dans l'inventaire fait à Stockholm après sa mort, mais qui est aujourd'hui perdu. Il nous est néanmoins connu par Baillet et par Leibniz qui en avait fait des copies. Ces copies furent retrouvées par Foucher de Careil et publiées en 1859 sous le titre Cogitationes Privatae. Mais il se trouve qu'elles ont depuis de nouveau disparu. De cette époque nous possédons également un De Solidorum elementis.

En 1622, il liquide l'héritage de sa mère et bénéficie alors de de rente, ce qui le dispense de travailler ; il règle ses affaires de famille et recommence à voyager, visitant l'Italie. De l'été 1625 à l'automne 1627, Descartes est de nouveau en France. Il rencontre le père Marin Mersenne à Paris et commence à être connu pour ses inventions en mathématiques. Il fréquente le monde et cherche la compagnie des savants.