Ouserkaf (connu en grec sous le nom d'Ousercherês, Ούσερχέρης) est le premier souverain de la sous l'Ancien Empire, régnant pendant sept ou huit ans entre la fin du et le début du avant notre ère, il a succédé à Chepseskaf (ou à l'éphémère Djédefptah (Tamphthis), si tant est qu'il ait existé) et a précédé son fils Sahourê. Ouserkaf appartenait peut-être à une branche de la famille royale de la , bien que sa filiation reste incertaine.

Son règne annonce l'ascension du culte de Rê, qui devient effectivement le dieu de l'État égyptien sous la . Ouserkaf était peut-être un grand prêtre de Rê avant d'accéder au trône, et en tout cas, fut le premier roi de la a construire un temple solaire, appelé le Nékhenrê, signifiant « l'Enclos de Rê », peut-être conçu sur le modèle du grand temple du dieu à Héliopolis, entre Abousir et Abou Ghorab. Ce faisant, il a institué une tradition suivie par ses successeurs sur une période de quatre-vingts ans. Le Nékhenrê servait essentiellement de temple mortuaire pour le soleil couchant. Les rites pratiqués dans le temple concernaient principalement la fonction créatrice de Rê ainsi que son rôle de père du roi. Avec la réduction de la taille du complexe funéraire royal, cela suggère une séparation plus concrète entre le dieu soleil et le roi que sous la dynastie précédente. Le temple d'Ouserkaf a fait l'objet de quatre phases de construction après la mort du roi, au cours desquelles il a acquis son obélisque si particulier.

Ouserkaf a construit une pyramide à Saqqarah près de celle de Djéser, un endroit qui a forcé les architectes à placer le temple mortuaire associé dans une position inhabituelle, au sud de la pyramide. Cette dernière était beaucoup plus petite que celles de la , mais l'ensemble mortuaire était richement et abondamment décoré de beaux reliefs peints. En plus de sa propre pyramide et temple, Ouserkaf a construit une pyramide plus petite près de la sienne pour sa reine Néferhétepès, mère de son successeur Sahourê. Peu de représentations du roi sont connues à ce jour. On citera notamment une tête d'un colosse, portant le némès, qui était autrefois érigé dans la cour cérémonielle de son complexe funéraire ainsi qu'une autre tête d'une statue du roi, cette fois portant la couronne rouge, découverte dans son temple solaire à Abousir.

Bien qu'Ouserkaf ait fait l'objet d'un culte funéraire après sa mort comme les autres rois de la , le sien était relativement insignifiant, et a été abandonné à la fin de la dynastie. Peu de ses activités sont connues au-delà de la construction de sa pyramide et de son temple solaire. Les annales royales de l'Ancien Empire enregistrent des offrandes de bière, de pain et de terres à divers dieux, dont certaines peuvent correspondre à des projets de construction au nom d'Ouserkaf, y compris le temple de Montou à El-Tod, où il est le plus ancien pharaon attesté. Au-delà des frontières de l'Égypte, une expédition militaire à Canaan ou dans le désert Arabique aurait pu avoir lieu, et des contacts commerciaux avec la mer Égée semblent avoir existé à cette époque.

Généalogie

Une origine mythique

Selon les Égyptiens des époques postérieures à l’Ancien Empire, comme écrit dans le papyrus Westcar, conte du Moyen Empire, Ouserkaf serait le premier né de l’union du dieu Rê et de Rêdjedet, l'épouse du grand prêtre d'Atoum-Rê de Sakhebou, localité que l'on situe dans les environs du Caire. Il aurait ainsi comme frères ses successeurs Sahourê et Néferirkarê.

Ascendance

L’ascendance d’Ouserkaf n’est pas connue avec certitude. Il est possible qu’il ait un lien familial avec la dynastie précédente mais, si ce lien existe, il reste pour l’heure incertain.

L'élément principal est la présence d'une « mère de deux rois de Haute et Basse-Égypte » nommée a été enterrée près de la pyramide de Mykérinos, dans son propre monument dont les dimensions sont relativement importantes pour une tombe d'épouse ou de mère royale ; divers éléments retouvés dans ou à proximité de son complexe la relient au roi Khéphren, tandis que la localisation de ce complexe la relie au roi Mykérinos. Ce qui semble certain, c'est qu'elle n'est la mère ni de Mykérinos, ni d'aucun de ses prédécesseurs, car elle semble être de la génération de Mykérinos au plus tôt. Il est ainsi supposé qu'elle pourrait être la fille ou la sœur de Mykérinos. Ainsi, les deux rois dont elle serait la mère pourraient être Chepseskaf et Ouserkaf, mais aussi Djédefptah, si tant est qu'il ait existé.

Hypothèse abandonnée

Une ancienne hypothèse, aujourd’hui complètement abandonnée, est celle de l'égyptologue allemand Ludwig Borchardt selon laquelle il aurait été le fils d'un prêtre d'Héliopolis, Néferhétep et de la princesse Néferhétepès.. Il aurait alors épousé , fille de Menkaourê et veuve de Chepseskaf, légitimant ainsi son accession au trône. Dans cette hypothèse elle lui aurait donné deux fils, Sahourê et Néferirkarê, qui tous deux règneront à sa suite.

Épouse

La seule épouse assurée du roi Ouserkaf est la reine Néferhétepès, enterrée dans une petite pyramide près de celle du roi à Saqqarah.

Descendance

Le successeur d’Ouserkaf, le roi Sahourê, était le fils de ce dernier et de la reine Néferhétepès. En effet, un relief de la chaussée de Sahourê représente ce roi et sa reine avec la mère du roi, identifiée comme étant Néferhétepès, permettant de confirmer au passage qu’Ouserkaf était bien le père de Sahourê.

Un second fils nommé Ouserefrê, qui était « gouverneur de Bouto et de Nekheb, scribe royal, vizir, juge et prêtre-lecteur », est également attesté ; la seule attestation de ce fils royal est sa tombe découverte en 2025 à Saqqarah« Une tombe de la V dynastie pharaonique découverte dans la région de Saqqarah », ahraminfo, 18 avril 2025« Égypte, importante découverte à Saqqara : la tombe du prince Userefra a été trouvée », finestresullarte.info, 19 avril 2025.

La princesse Khâmaât, longtemps identifiée par erreur comme étant la fille du roi Chepseskaf, est en fait une fille du roi Ouserkaf. Elle n'est connue que par la stèle fausse porte du grand prêtre de Ptah , dont elle est l'épouse.

Un dernier fils possible est le prince Sétjou, attesté par un mastaba situé non loin de la pyramide d'Ouserkaf. La localisation et la datation du mastaba ont conduit Alan Jeffrey Spencer et Michel Baud à faire de ce prince le fils d'Ouserkaf.

Règne

Durée du règne

La durée exacte du règne d'Ouserkaf n'est pas connue. Compte tenu des preuves historiques et archéologiques, le consensus parmi les égyptologues est qu'il a régné pendant sept à huit ans au début de la . Tout d'abord, une analyse des annales royales de l'Ancien Empire presque contemporaines montre que le règne d'Ouserkaf a été enregistré sur huit cases correspondant à au moins sept années complètes mais pas beaucoup plus. La dernière année lisible enregistrée dans les annales d'Ouserkaf est celle de son troisième recensement de bovins. Le recensement du bétail était un événement important qui permettait d'évaluer le montant des impôts à prélever sur la population. Cet événement est censé avoir été bisannuel pendant cette période de l'Ancien Empire, ce qui signifie que le troisième recensement du bétail représente sa sixième année de règne. Le même recensement de bovins est également attesté par une inscription de maçon trouvée sur une pierre du temple solaire d'Ouserkaf. Deuxièmement, le Canon royal de Turin sur la troisième colonne, ligne 17, donne à Ouserkaf un règne de sept ans.

La seule source favorisant un règne plus long est l'Ægyptiaca (Αἰγυπτιακά), document écrit au avant notre ère par Manéthon. Aucune version originale de l'Ægyptiaca n'a survécu jusqu'à ce jour et il n'est maintenant connu que par des écrits ultérieurs. Ainsi, Africanus, citant Manéthon, estime qu'Ouserkaf a régné pendant vingt-huit ans, un total beaucoup plus élevé que le consensus moderne et les autres sources citées ci-dessus.

Fondateur d'une nouvelle période

La division des rois égyptiens anciens en dynasties est une invention de l'Ægyptiaca de Manéthon, destinée à adhérer plus étroitement aux attentes des mécènes de Manéthon, les dirigeants grecs de l'Égypte ptolémaïque. Une distinction entre la et la peut néanmoins avoir été reconnue par les anciens Égyptiens, comme en témoigne une tradition beaucoup plus ancienne qui se manifeste dans le conte du papyrus Westcar. Dans ce conte, le roi Khoufou de la prédit la fin de sa lignée et l'avènement d'une nouvelle dynastie par l'accession de trois frères, fils de Rê, au trône d'Égypte. L'histoire du papyrus Westcar remonte à la Deuxième Période intermédiaire ou peut-être à la au Moyen Empire.

Au-delà de ces preuves historiques, la division entre les et s semble refléter les changements réels qui ont eu lieu à l'époque, en particulier dans la religion égyptienne, ainsi que les changements dans le rôle du roi. La primauté de Rê sur le reste du panthéon égyptien, en plus d'être l'objet de beaucoup de dévotion royale, a effectivement fait de Rê une sorte de dieu d'État, une nouveauté par rapport à la pendant laquelle l'accent était plutôt mis sur le roi.

La position d'Ouserkaf avant de monter sur le trône est inconnue. Nicolas Grimal affirme qu'il aurait pu être un grand prêtre de Rê à Héliopolis ou à Sakhebou, un centre du culte de Rê mentionné dans le papyrus Westcar. L'hypothèse d'une relation entre les origines de la et le Sakhebou a été proposée pour la première fois par l'égyptologue Flinders Petrie, qui a noté que dans les hiéroglyphes égyptiens, le nom du Sakhebou ressemble à celui d'Éléphantine, la ville que Manéthon donne comme berceau de la . Posant que le papyrus Westcar enregistre une tradition qui rappelle les origines de la , cette observation pourrait, selon Petrie, expliquer les documents de Manéthon d'autant plus qu'il n'y a par ailleurs aucun lien particulier entre les pharaons de la et Éléphantine.

Activités en Égypte

Au-delà des constructions de son complexe mortuaire et de son temple solaire, on sait peu de choses sur Ouserkaf. Jaromír Málek suggère que son court règne indique qu'il était âgé en devenant pharaon. Miroslav Verner voit le règne d'Ouserkaf comme significatif en ce qu'il marque le sommet du culte solaire, le titre pharaonique de « Fils de Rê » devenant systématique dès son règne.

En Haute-Égypte, Ouserkaf a commandé ou agrandi le temple de Montou à Tôd, près d'Hermonthis, où il est le plus ancien pharaon attesté. En raison des modifications du temple, en particulier pendant les périodes du Moyen Empire, du Nouvel Empire et Ptolémaïque, peu de choses du temple d'origine d'Ouserkaf ont survécu. Il semble qu'il s'agissait d'une petite chapelle en briques de terre comprenant un pilier en granit, inscrit au nom du roi.

D'autres activités domestiques peuvent être déduites des annales de l'Ancien Empire, écrites sous le règne de Niouserrê. Elles rapportent qu'Ouserkaf a donné des dotations pour les dieux d'Héliopolis dans ses deuxième et sixième années de règne ainsi qu'aux dieux de Bouto dans sa sixième année, les deux pouvant avoir été destinés à la construction de projets pour le compte d'Ouserkaf. Dans le même ordre d'idées, les annales rapportent un don de terre à Horus au cours de la sixième année du règne d'Ouserkaf, mentionnant cette fois explicitement le temple d'Horus.