Act Up-Paris (AUP) est une association militante de lutte contre le sida, issue de la communauté homosexuelle, créée le . par Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavin, suivant le modèle américain, né deux ans plus tôt. Ce modèle a essaimé essentiellement dans le monde occidental (New York., Philadelphie., Bâle.. , en France : Paris et Toulouse.), chaque association bénéficiant d'une totale autonomie ; il se caractérise par un certain nombre de techniques activistes relatives tant à la visibilité de la lutte engagée qu'au mode de fonctionnement interne du collectif (prise de décision à partir d'un consensus par exemple.).

Origines et objectifs

Les objectifs d'Act Up consistent à alerter les médias sur l'épidémie de sida, faire pression sur les personnalités politiques pour améliorer l'image et la prise en charge des malades quels que soient leur genre, leur sexualité ou leur inclusion dans la société française (toxicomanes, prisonniers, étrangers en situation irrégulière, personnes prostituées) ; suivant le modèle américain des principes de DenverPrincipes de Denver (déclaration fondatrice de la coalition des personnes atteintes du sida) (1985), à partager, transmettre, reprendre et réinvestir dans la vie concrète, le savoir des maladesVoir Mouvements de malades, et la position d'Act Up aux États généraux de la recherche en 2004 : « Les malades acteurs de la recherche » ; et, sur ce positionnement, Vincent Bonnet, « Puissance du groupe. Ce que fait un collectif de malades (Act Up) », Cosmopolitiques, : « Comment rendre la santé publique ? », 2007 ..

Act Up est, en outre, un groupe avec une forte identité collective et ouverte à des identités multiplesSur la question de l'identité : « Communautés » et « communautarisme ». La rhétorique « anti-communautariste » à l’épreuve des « communautés homosexuelles » par Philippe Mangeot ; ses militants viennent de toutes les catégories de la population touchées par l'épidémie ., ce qui fait de ce groupe un mouvement politique que l'on peut vraiment désigner comme queer, dans la mesure où il se définit seulement par son caractère oppositionnel. :

Positionnement politique La lutte contre le sida est en lien avec la résistance gay et la politique sexuelle, à une mobilisation sociale autour de questions multiples : la « race », le genre (pour l'égalité des droits des personnes LGBT), l’homophobie, la pauvreté, la prison, la toxicomanie, les représentations journalistiques, la réforme du système de santé, les lois sur l'immigration, la recherche médicale, le pouvoir et la responsabilité des experts ou/et de l'industrie pharmaceutique..

Pour Act Up-Paris, l’épidémie de VIH est une épidémie profondément politique puisque les discriminations, les politiques de prohibition sur les drogues, la pénalisation des clients de travailleurs du sexe, les difficultés d’accès à la santé, la précarité et les tabous sur la sexualité font le nid de l’épidémie.

Priorités et axes stratégiques de l'association Entre 1989 et 1996, Act Up-Paris travaille essentiellement dans l'urgence, pour le développement et la mise sur le marché de traitements contre le VIH en France, ainsi que sur la prévention et les droits des minorités.

Après l'arrivée des premières trithérapies, l'association adapte son travail à la nouvelle donne : si les traitements sont désormais disponibles en France, l'accès aux soins n'est pas équitable et effectif partout. Quant à la prévention, les minorités continuent à faire les frais du peu de campagnes ciblées, notamment pour les migrants, les prisonniers, les personnes prostituées, les usagers de drogue, etc. Le travail autour des enjeux de prévention s'intensifie.

Act Up-Paris réagit aux manifestations contre le PACS ou contre les droits des personnes LGBT..... En 1999, Act Up menace publiquement d'« outing » un député de droite ouvertement hostile au PACS.. Dans les années 2000, l'association milite pour le mariage pour tous, ce qui conduit en 2006 le Parti socialiste à s'engager, par l'intermédiaire de François Hollande, pour la première fois et publiquement, en faveur du mariage pour tous et du droit des personnes trans.

En 2010, Act Up participe à la mise en place de salles de consommation à moindre risque pour les usagers de drogues, aux côtés des associations d'usagers...

L'association agit en faveur de médicaments génériques, le coût des traitements contre le VIH étant élevé. Cette question est portée notamment par Marie De Cenival., Gaëlle Krikorian, puis Pauline Londeix.. Khalil Elouardighi, alors coordinateur de la commission internationale d'Act Up-Paris est nommé administrateur d'Unitaid en 2006.

En , Arlindo Constantino remporte l’élection à la présidence. Les conditions de cette élection sont, selon Le Point, dénoncées par plusieurs membres. Celui-ci figurait sur la liste « Bagnolet en commun », soutenue par la militante « indigéniste » Fatima Ouassak, ex-membre du Parti des Indigènes de la République. Pour le magazine, Arlindo Constantino au lieu de se concentrer sur les défis sanitaires, consacre son énergie au soutien à La France insoumise et à la dénonciation d’Israël, qu’il accuse notamment de « pinkwashing ». L’association de lutte contre le VIH traverserait de ce fait « une crise sans précédent » depuis l’élection de son nouveau présidentNora Bussigny, Act Up Paris : la dérive antisémite ?, lepoint.fr, 29 juin 2025.

Techniques activistes Visibilité vignette|Act Up à Paris, .|alt= Act Up-Paris fonctionne essentiellement en opérant la mise en scène d'événements soigneusement choisis et en travaillant à la construction de symboles et à leur communication : le triangle roseLionel Le Corre, « Une anthropologie psychanalytique des couleurs est-elle possible ? L'exemple du triangle rose d'Act Up », Coloris corpus, CNRS éditions, 2008, ., la pose d'un préservatif géant sur l'obélisque de la place de la ConcordeVoir le témoignage d'Emmanuelle Cosse sur Civis Memoria : « Le jour où l'obélisque de la Concorde fut recouvert d'un préservatif géant »., le patchwork à la mémoire de Cleews VellayPhilippe Artières, « Mémoires vives » in Sept images d'amour, Les Prairies ordinaires, 2006., etc. Ces théâtralisations font partie d'un processus continu, visant à forger dans l'action une « identité gay », tout en contestant la façon dont celle-ci a été élaborée, à un moment où les stigmates de la maladie étaient liés à ceux d'une sexualité considérée comme déviante.

Une « énergie organique » Ses interpellations de l'opinion publique consistent en des coups d'éclat, qu'ils appellent « zaps »Victoire Patouillard, « Une colère politique. L'usage du corps dans une situation exceptionnelle : le zap d'Act Up », Sociétés contemporaines, : « Le corps protestataire », 1998 (version abrégée :Le corps comme outil militant à Act Up). et dont le but est de dénoncer ce que l'association considère comme une injustice. On y trouve des motifs récurrents, comme l'utilisation de faux sang, symbolisant pour Act Up la dénonciation de la responsabilité d'une organisation ou d'une personnalité « zapée », selon ses termes, . Act Up utilise aussi le « » (en s'allongeant sur le sol) pour figurer les morts du sida..

Controverses Son mode d'expression, le recours à l'illégalité et à la désobéissance civile, fait régulièrement l'objet de controverses, notamment lors du Sidaction 1996 où son président Christophe Martet apostrophe frontalement le ministre de la Culture Philippe Douste-Blazy pour s'être opposé aux expulsions de malades étrangers, traitant la France de « pays de merde » ; mais aussi le , lors d'une action suivie d'une vive altercation, quand ses militants investissent la cathédrale Notre-Dame de Paris pour célébrer un simulacre de mariage entre personnes de même sexe, après la messe du dimanche matin ; ou en 2005, la campagne d'affiches dont Nicolas Sarkozy a été la cible. Act Up-Paris a, par ailleurs, été mise en cause pour avoir dégradé la façade de l'Élysée le .

Après l'incident de Notre-Dame de Paris en 2005, vécu comme une provocation de plus, ont adressé une tribune au Premier ministre, Dominique de Villepin, pour interdire le versement de subventions à des associations troublant ostensiblement l'ordre public.

Début , Act Up-Paris jette du faux sang sur la façade abritant les locaux de la Fondation Jérôme-Lejeune, employeur de la présidente de La Manif pour tous (LMPT), fondation engagée dans la recherche sur la trisomie 21, opposée à l'avortement.. La Fondation Lejeune et LMPT annoncent leur intention de porter plainte contre Act Up-Paris pour « dégradations de biens ». et « injures publiques ».. Act Up-Paris sera relaxée. Les Hommen réagissent deux jours plus tard en collant des affiches et en éclaboussant de liquide rose les locaux d'Act Up-Paris..

En 2018, Act Up lance une campagne contre la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, dénonçant la suppression de l'aide aux transports pour les étrangers en situation irrégulière bénéficiaires de l'Aide médicale d'État, via des affiches avec la mention « avis de recherche » et le mot-dièse « #pecressedélinquante ». En conséquence, Valérie Pécresse porte plainte en diffamation contre l'association. Il s'ensuit un conflit larvé : ainsi, en 2019, Act Up n'est pas invitée aux Solidays. Une polémique naît également la même année sur la prise en charge par le contribuable des frais judiciaires après un vote sur la « protection fonctionnelle » pour Valérie Pécresse. Le , la justice déboute Valérie Pécresse de la plainte en diffamation.. La plainte est finalement retirée le pendant la campagne présidentielle de la candidate Les Républicains..

En 2024, des membres d'Act Up-Paris se déchirent autour du conflit au Proche-Orient : certains veulent soutenir publiquement les Palestiniens. A contrario, d'autres membres, juifs, dénoncent des .

Scission et création de l'association « Les ActupienNEs » Le ., l'équipe dirigeante d'Act Up-Paris démissionne, déplorant que la depuis le succès du film 120 Battements par minute, avec notamment des (en particulier issus des Indigènes de la République.) , estimant que le travail d’expertise est au profit .

Les nouveaux dénoncent la de l’équipe sortante, veulent renouer avec des méthodes d’actions publiques spécifiques d’Act-Up (méthodes que les sortants jugent dépassées.) et revendiquent la dimension politique de leur action en insistant sur la nécessité de la « convergence des luttes »..

Les membres de la désormais ex-équipe dirigeante se disent par les et les et créent une nouvelle association « Les ActupienNEs » déclarée à la préfecture de Police dès le .. après avoir élu son bureau le .. L'association .. Dans la plateforme de revendications publiée à sa création, la nouvelle association acte la rupture avec le projet associatif porté par Act Up-Paris, estimant que les besoins militants ont changé et s'assignant un rôle de « garde-fous des autorités ».. Cette nouvelle association se manifeste notamment pendant les Gay Games 2018..

Act-up réagit le en étendant à la Polynésie française la marque « ACT UP PARIS » qu'elle avait déposée en métropole auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi)Dépôt de la marque « ACT UP PARIS »., puis poursuit en justice l'association les ActupienNEs pour , , et , demandant de dédommagements. Une première audience de procédure aura lieu le .. Act Up Paris est déboutée de toutes ses demandes et est condamnée à verser des dommages et intérêts à l'association Les ActupienNEs. Cette dernière, ne voulant pas nuire à Act Up Paris décide de ne pas recouvrer l'argent dû en raison de cette condamnation. Le tribunal considère et que la création de nouveaux groupes Act Up est l'essence même de la philosophie d'Act Up et qu'Act Up Paris n'est en rien propriétaire de cette « marque »..

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