, né le à Yahata (qui fait aujourd'hui partie de Kitakyūshū, dans la préfecture de Fukuoka), est un politologue, universitaire, écrivain et homme politique japonais, membre du Parti libéral-démocrate jusqu'au , président du Nouveau parti de la réforme d' à et gouverneur de Tokyo de à .

Il est élu à la proportionnelle nationale à la Chambre des conseillers du Japon, chambre haute de la Diète, de 2001 à 2013 et est ministre de la Santé, du Travail et des Affaires sociales du au , reconduit à ce poste dans le cabinet de Yasuo Fukuda le et dans celui de Tarō Asō le .

Formation et carrière professionnelle Originaire de Kyūshū, il fait toute sa scolarité dans sa ville natale de Yahata puis entre à la faculté de droit et de sciences politiques de l'université de Tokyo dont il sort diplômé en histoire des systèmes politiques et du droit européen en 1971. Il part ensuite parfaire sa formation en Europe, tout d'abord à l'Institut d'histoire des relations internationales contemporaines de l'université Panthéon-Sorbonne de 1973 à 1975 puis à l'Institut de hautes études internationales (HEI) de l'Université de Genève de 1976 à 1978. Il se spécialise alors dans l'étude des relations internationales et tout particulièrement sur le système politique et diplomatique français. Une fois rentré au Japon, il retourne à l'université de Tokyo où il sera professeur associé en sciences politiques et en histoire de 1979 à 1989.

Le scientifique reconnu Parlant 7 langues (japonais, anglais, français, allemand, espagnol, russe et italien), auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la France et sur l'étude de ses relations avec le Japon ou encore de la comparaison entre les systèmes politiques des deux pays dans les années 1980, il est alors considéré comme un des experts japonais sur ces questions et plus généralement sur les dossiers internationaux et est donc sollicité tout aussi bien par les médias et par les milieux politiques.

La médiatisation Tout d'abord, dans un contexte de grands bouleversements dans les relations internationales (du fait du délitement du bloc soviétique) mais aussi de la crise de plus en plus marquée du système politique japonais (notamment par la multiplication des scandales politico-financiers), il est régulièrement invité dans les débats d'experts qui se multiplient alors à la télévision, et le restera jusqu'à aujourd'hui encore, acquérant ainsi une certaine notoriété auprès du public.

Il devient notamment un habitué de l'émission de la chaîne TV Asahi qui consiste à faire débattre, parfois de manière assez vive, des experts, des journalistes, des intellectuels et des hommes politiques sur des sujets divers allant de la politique intérieure à des questions d'actualité internationale ou de société et qui a lieu tard après minuit une fois par mois depuis le . Ainsi, sur les 229 éditions du programme qui ont été diffusées entre et , Masuzoe y est apparu 95 fois.

Sur la même chaîne, il est aussi régulièrement l'invité du , là aussi une émission débat mais diffusée toutes les semaines en prime time dans une atmosphère plus décontractée et présentée par le célèbre Beat Takeshi (plus connu, en tant que réalisateur et acteur, sous le nom de Takeshi Kitano). Ses relations avec les médias portant sur l'actualité politique et les questions de société le poussent à entrer en 1989 au sein du comité éditorial du magazine en langue anglaise Japan Echo, qui reprend tous les trimestres une sélection d'articles japonais qu'il traduit en anglais et publie ainsi pour les diffuser dans le monde anglophone, et il est d'ailleurs, de 1998 à 2001, rédacteur en chef des Cahiers du Japon, l'équivalent francophone de cette publication.

Un expert gouvernemental Mais il est également très tôt approché par le monde politique. Il est en effet conseiller du Comité des sages Japon-France du ministère des Affaires étrangères de 1981 à 1984, puis du Comité pour les études internationales du bureau du Premier ministre à partir de 1984, il en devient membre de 1997 à 2001. De plus en plus critique vis-à-vis de l'organisation de l'université de Tokyo, il en démissionne en pour créer son propre think tank en économie politique et en relations internationales, le Masuzoe Institute.

Tout en restant un expert reconnu pour la diplomatie du Japon et son système politique, il s'exprime de plus en plus dans les années 1990 en faveur du renforcement de la sécurité éthique et de la réglementation concernant les technologies à risque, et en tout premier lieu l'énergie nucléaire, afin d'éviter au maximum les erreurs humaines, notamment en renforçant la coopération internationale dans ce domaine et dans le même temps rassurer les populations quant au développement de telles industries « Atoms in Japan », Décembre 2000, Toward making nuclear power in the 21st century safe and trustworthy, séminaire de la Nuclear Security NSnet, 13/09/2001. Il est ainsi membre de 1987 à 2007 du Comité pour la promotion de la politique énergétique (CEPP), un think tank portant sur la recherche énergétique et plus particulièrement sur le développement du nucléaire au Japon, ainsi que de la Commission gouvernementale sur le nucléaire. Il est alors l'un des tout premiers à mettre l'accident nucléaire de Tokaimura du sur le compte de la négligence humaine, et à défendre le renforcement de la législation en matière de sécurité des centrales ainsi que la réforme de la formation des ingénieurs nucléaires Débat sur l'incident de Tokaimura organisé par la Global Communications Platform (GLOCOM) le 25 novembre 1999.

Carrière politique La candidature au poste de gouverneur de Tokyo Il est une première fois sollicité par le PLD en 1991 pour tenter de prendre le poste de gouverneur d'Hokkaidō au socialiste Takahiro Yokomichi, mais il refuse.

C'est finalement un évènement marquant de sa vie qui le pousse à s'investir en politique. En effet, à partir de 1997, il s'occupe pendant plusieurs années de sa mère, touchée par la maladie d'Alzheimer. Cette expérience, relatée dans un livre, When I Put a Diaper on My Mother (« Lorsque j'ai mis une couche à ma mère ») paru en 1998 et devenu un best seller « A Son's Solution : How one man showed his love », Asiaweek, 24/07/1998, l'a poussé à porter un regard critique sur le système de sécurité et d'assistance sociale, notamment de l'aide, des soins et du soutien aux personnes âgées.

C'est dans ce contexte que la fédération locale du PLD lui propose de se présenter à l'élection au poste de gouverneur de Tōkyō « LDP eyes Masuzoe to run in Tokyo gubernatorial race », Kyodo News International, 18/01/1999. Toutefois, critiquant le mode de désignation interne des candidats du parti, il refuse toute étiquette politique et se présente comme indépendant.

Il déclare vouloir reconstruire le « réseau de sécurité sociale » qui selon lui fait défaut « Masuzoe vows to rebuild 'social safety net' in Tokyo », Kyodo News International, 05/04/1999 et fait campagne sur les thèmes du bien-être, de l'assistance sociale, de la décentralisation et de la dérégulation, proposant notamment d'augmenter le nombre de vice-gouverneurs de 3 à 6 afin de mieux répartir les tâches « Hatoyama, Masuzoe formally announce Tokyo governor bid », Kyodo News International, 15/02/1999.

Lors du scrutin le , il arrive en troisième position, derrière l'écrivain et ancien ministre, lui aussi proche du PLD qui a fait campagne sans affiliation partisane, Shintarō Ishihara qui est élu (avec près d'1,7 million des voix et 30,5 % des suffrages), et derrière le candidat du Parti démocrate du Japon (et désormais ministre de la Justice dans le gouvernement Fukuda) Kunio Hatoyama (850 000 voix environ et 15,6 % des suffrages). Il obtient toutefois un score honorable, étant devancé de peu par Hatoyama avec 836 104 voix et 15,3 % des suffrages. De plus, il devance le candidat finalement soutenu par le PLD et ancien secrétaire général adjoint pour les Affaires humanitaires et coordinateur des secours d'urgence de l'ONU Yasushi Akashi (690 000 voix, 12,6 %).

Élu à la Chambre haute Le décès de sa mère en 2000 l'amène à pousser encore plus loin son engagement politique.

Il est élu à la Chambre des conseillers, la chambre haute de la Diète, sur la liste nationale du PLD, grâce surtout au soutien personnel de Jun'ichirō Koizumi, en , et est réélu en 2007. Il adhère ainsi totalement à ce parti mais refuse de s'inscrire dans une des factions partisanes qui le composent. Spécialiste des questions de relations internationales, notamment partisan du renforcement des liens avec l'Europe (et plus particulièrement avec la France) et la Corée du Sud ou la Chine, il siège au sein de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense et en est successivement le directeur de 2003 à 2004 puis le président de 2005 à 2006.

Mais surtout, il conserve une image médiatique d'expert franc et compétent hérité de son passé de scientifique, et continue à arpenter les plateaux de télévision pour exposer ses positions. Il partage alors la plupart des positions phares défendues par Jun'ichirō Koizumi, comme son mépris du jeu des factions, l'appel à la reconnaissance des forces d'autodéfense comme une armée de plein droit ou encore le soutien à une réforme de l'administration « Japan financial crisis certain in 2002: LDP's Masuzoe », Kyodo News International, 14/01/2002 et de la constitution « The Constitutional Amendment Arguments made by Mr.Masuzoe of Liberal Democratic Party of Japan's New Constitutional Amendment Drafting Committee and its Issues. », Japan institute of Constitutional Law, 26/06/2006. Il devient d'ailleurs président du Conseil de recherche politique du PLD et président par intérim par intérim de la Commission de la Chambre haute sur la Constitution à partir d'octobre 2006.

Souvent considéré comme un électron libre au sein de la majorité, et malgré le soutien (bien qu'il n'ait jamais tu ses critiques à son égard) dont il a fait preuve vis-à-vis de Jun'ichirō Koizumi, il se montre en revanche très critique envers son successeur Shinzō Abe. Il lui reproche surtout son manque de contrôle sur ses ministres qui sont touchés tour à tour par des scandales Profil par Japan Times et de renforcer par ses réformes la fracture sociale. À la suite de l'échec du PLD à l'élection à la Chambre des Conseillers en 2007, Abe, fortement critiqué dans son propre camp et très impopulaire, est forcé d'ouvrir son Cabinet à certains de ses opposants au sein du parti, comme Masuzoe, lors d'un remaniement ministériel le . Il est reconduit ensuite dans le gouvernement de Yasuo Fukuda le et dans celui de Tarō Asō le .

Le ministre et la réforme de la sécurité sociale Le jour de sa nomination le , Yōichi Masuzoe déclare « mettre en jeu sa carrière politique » sur l'identification des de dossiers que l'administration a admis en mai avoir perdu et représentant des cotisations et des droits à la retraite, résultat de décennies de mauvaise gestion de l'Agence d'assurance sociale qui a amené à ce que beaucoup de retraités reçoivent moins que ce qu'ils auraient dû S. Kamiya, « Masuzoe stakes political life on fixing pension mess », The Japan Times, 31/08/2007. Ce scandale avait été l'une des causes majeures de la défaite du PLD aux élections à la chambre haute, tandis que Yōichi Masuzoe a toujours fait des questions de sécurité sociale et d'aides aux personnes âgées plus particulièrement l'un de ses principaux chevaux de bataille en politique.