La place des Victoires est une place de Paris dédiée lors de sa création à Louis XIV. Elle est située au cœur du centre historique de la capitale, à cheval sur les et .
Troisième place Royale édifiée à Paris, après la place Dauphine et la place des Vosges, avant la place Vendôme et la place de la Concorde, elle est la première à être construite :
autour d'une statue royale alors que place Dauphine la statue de Henri IV n'est pas au centre de la place et que place des Vosges la statue de Louis XIII n'a été érigée que 30 ans après la construction des maisons ; avec un ordre architectural, ici une belle ordonnance de pilastres ioniques, alors que les maisons des deux places précédentes sont d'allure plus simple, presque bourgeoise.
Situation et accès La place des Victoires est située à cheval sur les 1 et 2 arrondissements de Paris. Il s'agit d'une place circulaire, d'environ de diamètre.
En partant du nord, et dans le sens des aiguilles d'une montre, la place donne accès aux voies suivantes : nord : rue Vide-Gousset, la seule rue qui ne parte pas de la place dans l'axe de son rayon ; nord-est : rue d'Aboukir ; est-sud-est : rue Étienne-Marcel ; sud-sud-ouest : rue Croix-des-Petits-Champs ; sud-ouest : rue Catinat ; ouest-nord-ouest : rue La Feuillade.
Origine du nom La place est consacrée aux victoires militaires de Louis XIV, à l'extérieur face à la quadruple Alliance conclue par les traités de Nimègue, et à l'intérieur face à la minorité protestante, avec la révocation de l'édit de Nantes signée à Fontainebleau en 1685, un an avant l’inauguration de la place. Elle est située à proximité de la basilique Notre-Dame-des-Victoires, élevée à la suite d'un vœu de Louis XIII lors du siège de La Rochelle (1627-1628) pour écraser la place de sûreté protestante.
La rue de la Victoire, dans le , quant à elle, rend hommage à la campagne d’Italie du général Bonaparte.
Historique Projet et création Au début du , le quartier est occupé par des champs et des moulins et par les fortifications de l'enceinte de Charles V. Lors de fouilles effectuées en 1895, les substructions d’un moulin à vent ont été découverts. Il aurait été édifié, au , sur l’enceinte de Charles V délabrée. Le cardinal de Richelieu fait détruire l'enceinte entre 1634 et 1639 pour la déplacer sur la ligne de nos Grands Boulevards et agrandir ses jardins du palais cardinal légué à sa mort à Louis XIII et devenu palais Royal. Un nouveau quartier est créé et des personnages importants construisent des hôtels : hôtel de la Vrillière, hôtel de Senneterre. En 1679, après la paix de Nimègue (1678), le maréchal de La Feuillade fait exécuter par Martin Desjardins une statue en marbre du Roi vêtu à l'antique qu'il offre à son maître, lequel la fait placer au centre de l'orangerie du château de Versailles où elle se trouve encore. En 1682, le maréchal commande au même sculpteur un groupe en bronze représentant le Roi revêtu du costume de sacre, couronné de lauriers par une Victoire et foulant aux pieds un cerbère symbole de ses ennemis. Au pied de la statue, quatre esclaves en bronze représentent l'Allemagne, le Piémont, l'Espagne et la Hollande. En 1683, le maréchal achète l'hôtel de Senneterre, très étendu et situé entre quatre rues, dont la démolition permet, avec quelques démolitions supplémentaires la construction de bâtiments formant une place autour d'une statue royale (place royale).
thumb|Médaille gravée pour l'inauguration de la place en 1686. Le projet prend alors forme avec les Bâtiments du roi. et, par arrêt de son conseil du , la Ville de Paris ordonne la création d'une place pour poser la statue du Roi et les emprunts nécessaires pour l'expropriation des maisons et terrains nécessaires.
Les caractéristiques de la place sont consignées dans un arrêt du Conseil du Roi de 1685. Son urbanisme est confié à Jules Hardouin-Mansart. Le projet de l'architecte n'est cependant pas une place parfaitement circulaire. Sur un cinquième environ, le cercle était interrompu par la corde d'un arc, au milieu de laquelle aboutissait la rue des Fossés-Montmartre, actuelle rue d'Aboukir. Une voie de circulation empruntait cette quasi-tangente, formée par la rue Vide-Gousset et la rue du Reposoir. Deux autres rues aboutissaient à la place : la rue La Feuillade au nord-ouest et la rue Croix-des-Petits-Champs au sud-ouest. Aucune de ces trois rues n'étant dans le prolongement l'une de l'autre, toutes les perspectives aboutissaient à la statue du roi, dans un espace fermé par les constructions.
La place est inaugurée le en grande pompe par le dauphin, le Roi étant souffrant. Un feu d'artifice est tiré pour l'occasion place de Grève.
Sous la Révolution, le conseil municipal fait détruire la statue le . Les quatre esclaves en bronze au pied de la statue sont démontés et transportés au dépôt du Roule. La place est temporairement renommée « place des Victoires-Nationales »..
Évolutions thumb|left|La place des Victoires en 1728.
La rue de la Vrillière (aujourd'hui rue Catinat) est ouverte dans l'axe de la rue des Fossés-Montmartre neuf ans plus tard, anéantissant le parti initial, pour mener à l'hôtel de la Vrillière (aujourd'hui hôtel de Toulouse)Michaël Darin, « Formation, transformations », Places de Paris. s, Action artistique de la Ville de Paris, Géraldine Texier-Rideau et Michaël Darin (dir.), 2003, , ..
L'ordonnancement des façades est alors strictement encadré : des arcades pleines au rez-de-chaussée, un étage noble particulièrement haut de plafond, un deuxième étage relié au premier par des pilastres ioniques, puis un troisième mansardé, dont l'amortissement des chiens-assis est alternativement semi-circulaire et horizontal. Les arcades ont aujourd'hui été remplacées par des boutiques, pour l'essentiel de prêt-à-porter de luxe.
Durant les Trois Glorieuses, la voie est le théâtre d'affrontement entre les insurgés et la troupe.
Le percement de la rue Étienne-Marcel au milieu du modifie le plan de la place : elle est désormais traversée de part en part dans l'axe nord-ouest/sud-est et la rue du Reposoir ne prolonge plus la rue Vide-Gousset. Aucune symétrie ni logique géométrique ne régit plus le dessin de la place des Victoires. En 1946, un projet de réaménagement est présenté par R. Danis, mais il n'est pas été mis en œuvrePierre Lavedan, « Un projet de remise en état de la place des Victoires à Paris », La Vie urbaine, 1968, ..
Monuments
Monument central De sa création à nos jours, le centre de la place accueille quatre monuments successifs, dont trois statues : 1686-1792 : statue de bronze en pied de Louis XIV ; 1792-1810 : pyramide en bois ; 1810-1822 : statue du général Desaix ; Depuis 1822 : statue équestre de Louis XIV.
Ancien Régime thumb|left|upright=0.8|Un des quatre fanaux sur une gravure de 1686. vignette|Cérémonie d'inauguration devant la statue en pied de Louis XIV, le 22 mars 1686. La statue originelle est une réalisation du sculpteur Martin Desjardins et représente Louis XIV en pied. Le roi est figuré en costume de sacre, piétinant un cerbère, représentant la Quadruple Alliance vaincue. Son socle comporte quatre personnages en bronze, représentant allégoriquement chacun une nation vaincue par Louis XIV et un sentiment différent (la Résignation, l’Abattement, la Colère et l’Espérance), des bas-reliefs et des inscriptions dithyrambiques sur la gloire militaire du roi après la signature du traité de Nimègue. Ces éléments de décoration sont aujourd'hui exposés dans la cour Puget du musée du LouvreLes esclaves sont conservés sous les numéros d'inventaire RF 4407, RF 4408, RF 4409 et RF 4410. Les bas-reliefs portent les numéros MR 3379, MR 3380, MR 3381, MR 3382, LP 571 et LP 572.. L'inauguration a eu lieu le ; l'ensemble, piédestal compris, fait alors de haut.
Quatre fanaux, situés aux quatre « coins » de la place, permettent d'éclairer la nuit la statue. Les constructions sont formées de trois colonnes de marbre jaspé, sur un piédestal de marbre veiné, soutenant un gros fanal de marine posé sur un socle de marbre rouge. Entre les colonnes, six médaillons en bronze d'un diamètre de sont suspendus. L'architecture est l'œuvre de Jérôme Derbais, Dezaige et Jesseaume, sur un dessin de Jean Bérain et les 24 médaillons du sculpteur Jean Arnould. Un arrêt de 1717 signale que s'y assemble toujours « quantité de savoyards et de libertins qui volent et pillent les marbres et dégradent les environs (...) et que les propriétaires et locataires des maisons voisines souffrent continuellement du bruit et des querelles ». En 1699 les fanaux sont éteints et en 1718 l'ensemble est démonté. On retrouve quatre des colonnes au maître-autel de la cathédrale de Sens. Les médaillons sont alors dispersés, seuls quelques-uns nous sont parvenusSept médaillons répertoriés sur la base Joconde, www.culture.gouv.fr. et sont aujourd'hui présentés au musée du LouvreMusée du Louvre, nouvelles acquisitions du département des sculptures 1980-1983. Cet éclairage somptueux pour l'époque suscita une épigramme « Cap de Dios d'Aubusson, je crois que tu me bernes de mettre ce soleil entre quatre lanternes »..
Révolution, Consulat et Empire vignette|Le 11 août 1792, la statue de Louis XIV abattue par les révolutionnaires. En 1790, l'Assemblée nationale fait enlever les quatre esclaves enchaînés au pied de la statue de Louis XIV, jugés « offensants pour les provinces réunies au Royaume ». Sauvées de la fonte, transportées au dépôt du Roule, ces quatre statues seront installées en 1804 aux angles de la façade de l'hôtel des Invalides, en 1962 au parc de Sceaux et aujourd'hui au musée du LouvreSaskia Hanselaar, « Les quatre nations vaincues », histoire-image.org, septembre 2015..
En 1792, la statue de Louis XIV est abattue par les révolutionnaires. Elle est fondue pour produire des canons et remplacée par une pyramide ou un obélisque. en bois portant les noms des citoyens morts lors de la journée du 10 août 1792. En 1798 « la chaleur du soleil a[vait] desséché & déjoint les planches clouées qui form[ai]ent ce monument, & il tomb[ait] par morceaux »., et il fut démoli en 1800Marie-Noëlle Bourguet, « Fantômes d'Égypte », dans Sylvain Venayre (dir.), Paris, théâtre des opérations – 30 promenades à travers l’histoire, Paris, Seuil, 2018 , . Selon la légende, donne le bois de la pyramide à un corps de garde, lequel l'aurait utilisé pour se chauffer..
vignette|Monument érigé en l'honneur du général Desaix en 1810.
Ériger une nouvelle statue place des Victoires est l'une des premières décisions du Consulat le . Le premier projet, présenté en 1800 à la suite des morts concomitantes de Jean-Baptiste Kléber et Louis Charles Antoine Desaix consiste en un groupe glorifiant les deux héros militaires. Le , le premier consul Bonaparte pose la première pierre d'un édicule en forme de temple égyptien répondant à la décision d'honorer les deux hommes, mais les travaux ne se font finalement pasArthur de Boislisle, La Place des Victoires et la Place de Vendôme. Notice historique sur les monuments élevés à la gloire de Louis XIV, Société de l'histoire de Paris, 1889, et 92. Consultable en ligne..