Romain Gary, né Roman Kacew le à Vilnius (alors dans l’Empire russe) et mort le à Paris, est un écrivain français d'origine russe et de culture juive, de langues française et anglaise.
Il a exercé plusieurs activités, notamment comme aviateur et résistant (fait compagnon de la Libération), ainsi que comme romancier, diplomate, scénariste et réalisateur.
Écrivain français de la seconde moitié du , il est notamment connu dans les années 1970 pour la mystification littéraire qui le conduit à signer plusieurs romans sous le nom d'emprunt Émile Ajar, tout en masquant son identité réelle : il est ainsi le seul auteur à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, grâce à un roman écrit sous pseudonyme.
Biographie Origines vignette|redresse|Plaque sur la maison de Romain Gary à Vilnius où il vécut de 1917 à 1923. Durant toute sa vie d'adulte Myriam Anissimov, Romain Gary, 2004, , qui donne une liste (non exhaustive) des divers états civils de Romain Gary., dans ses œuvres, dont la relecture montre le « jeu picaresque de ses multiples identités »Alain Bosquet, « Romain Gary picaresque », dans Combat, , 7 septembre 1967., mais aussi dans des déclarations aux médias, ainsi que dans des déclarations officielles, Romain Gary donne des versions diverses de ses origines, faisant varier : son nom (Kacew, de Kacew, prononcé ) ; son lieu de naissance (région de Koursk en Russie, Vilno en Lituanie) ; la nationalité de son père (russe, géorgien, tatar, mongol) ; celle de sa mère (russe, française) ; informations elles-mêmes souvent déformées par les médias (« Kiev »Femmes d'aujourd'hui, 2 mai 1957., « en Russie près de la frontière polonaise »Le Soir, 30 janvier 1957.). Il va jusqu'à renier son père — se présentant comme un « bâtard juif russe, mâtiné de Tartar ». — ou encore laisse entendre, et courir la légende, dans divers écrits et entretiens, qu'il est le fils du comédien russe Ivan Mosjoukine.. On lui a également prêté comme père celui d'Édouard Corniglion-Molinier, avec lequel il partage une indéniable ressemblanceDominique Bona, Romain Gary, Mercure de France, 1987, p.35 : "À Nice, la rumeur veut que Gary soit le frère, par la main gauche, du général Édouard Corniglion-Molinier, ce chevalier du ciel qu'il va retrouver un jour dans les Forces françaises libres, et dont il peut tenir, en cherchant bien, comme un air de famille. Nina a connu Nice avant-guerre, et Paris aussi. Elle a dansé chez Maxim's. Gary a pu être conçu en France, tout autant qu'à Moscou.".
En réalité, Roman Kacew (« boucher » en yiddish, de l'hébreu katsav, prononcé en polonais « Kacew » étant un nom polonais où le « c » se prononce « ts » ; en , correspondant aussi à la prononciation katsef.), issu de deux lignées juives ashkénazes, est né, suivant le calendrier julien, le 8 mai : dans le calendrier julien utilisé en Russie jusqu'en 1917 ; le 21 mai dans le calendrier grégorien. à Vilna (Bильнa), chef-lieu du gouvernement de Vilna dans l'Empire russe — ville devenue pendant l'entre-deux-guerres Wilno en Pologne, puis l'actuelle Vilnius, capitale de la Lituanie. Ceci est attesté par un certificat.Ce certificat, conservé aux Archives de l'État de Lituanie ( ) a été traduit en russe, puis en français par l'ambassade de France à Moscou en 1963 ( Anissimov, , 2004, ). du « rabbinat du gouvernement de Vilnius » rédigé en hébreu et en russe en date du (calendrier julien), établissant qu'il est le fils d'Arieh-Leïb Kacew (1883-1942) et de Mina Owczyńska (1879-1941), mariés à Wilno le .
Son père, Arieh-Leïb (« lion » en hébreu et en yiddish, d'où la francisation en « Léon ») Kacew, est né en 1883 à Vilnius ; en 1912, il est associé dans l'atelier et magasin de fourrures familial (rue Niemecka / Daïtsche Gas = ruelle allemande) et fait partie de la Deuxième Guilde des marchands. Il est aussi administrateur de la synagogue de la rue Zawalna. Il fait donc partie de la moyenne bourgeoisie de Vilnius.
Sa mère, Mina Owczyńska, fille de Josel (Joseph) Owczyński, est née en 1879 à Święciany ou Švenčionys en lituanien, petite ville à de Vilnius, où elle a fait des études secondaires en yiddish et en russe dans un établissement de la communauté juive et où elle a participé à un groupe de jeunesse d'orientation socialiste, le « cercle Yehoash ». Elle est d'abord mariée à Reouven Bregstein, originaire de Kaunas comme sa propre mère, dont elle divorce à une date indéterminée. Il existe peu d'informations quant à ce premier mariage sinon qu'en est issu un fils du nom de Joseph Bregstein, né en 1902, qui semble avoir habité avec le jeune Roman de à avant de mourir de maladie peu après..
Parmi les frères de la mère de Roman Kacew, le plus important pour la vie du romancier est Eliasz. Il a émigré en France et il est le père de Dinah (1906), qui épouse Paul Pavlowitch (1893-1953) et donne naissance à Paul-Alex Pavlowitch (1942-).
Enfance et adolescence
De Vilnius à la Russie (1914-1921) Gary naît sous le nom de Roman Kacew (yiddish : רומן קצב Roman Katsev ; russe : Рома́н Ле́йбович Ка́цев, Roman Leibovich Katsev) à Vilna (actuelle Vilnius, faisant alors partie de l'Empire russe)...
Dans ses livres et interviews, Gary offre de nombreuses versions différentes de l'origine de ses parents, leurs ancêtres, leurs occupations et son enfance. Sa mère, Mina Owczyńska (1879—1941), est une actrice juive de Švenčionys (Svintsyán). et son père, Arieh-Leib Kacew (1883—1942), un homme d'affaires de Trakai (Trok).., aussi d'origine lituanienne juive. Romain Gary affirme être le fils biologique de la star du cinéma Ivan Mosjoukine, avec qui sa mère a travaillé et à qui Gary ressemble physiquement. Mosjoukine apparaît d'ailleurs dans son roman autobiographique La Promesse de l'aube..
En 1915, la famille est déportée en Russie, après la mise en place d'une mesure générale d'expulsion des Juifs de la zone du front. Ils y passent plusieurs années et les informations sur ce séjour sont obscures. Dans ses livres, Romain Gary évoque des séjours à Koursk et à Moscou, un voyage à travers la Russie en traîneau et en train, la rencontre de matelots révolutionnaires dans un port non précisé ; durant cette période, Mina aurait été comédienne, participant aussi à l'agitprop révolutionnaire.. Aucune source indépendante ne confirme ces assertions.
Retour à Vilnius, puis départ en Pologne (1921-1928) En , la présence de Mina et de son fils est attestée à Vilnius, grâce au registre des locataires d'un immeuble au 16 de la rue Wielka-Pohulanka (appelée aujourd'hui rue Jonas Basanavičius). Leur retour est sans doute rendu possible par la paix de Riga () qui met fin à la guerre entre la Russie soviétique et la jeune république de Pologne. Ils vivent quelques années à Vilnius, où le père de Gary, démobilisé, les rejoint à une date inconnue.
En 1925, le couple se sépare. Leïb Kacew fonde un nouveau foyer avec Frida Bojarska, avec qui il a deux enfants, Walentyna (1925) et Pawel (1926). Le divorce est prononcé en .. Leïb Kacew se remarie presque aussitôt avec Frida (les quatre membres de cette famille mourront durant la Seconde Guerre mondiale). Romain Gary n'a pratiquement rien dit ni écrit de la période où son père vit avec eux à Vilnius, ni sur la séparation ni sur le divorce. Il a revu son père en 1933 à VarsoviePhotographie de Leïb et Roman Kacew, avec Sigurd Norberg, dans une rue de Varsovie, dans Anissimov, 2010, .. Il évoque des cours particuliers (violon, escrime, tir au pistolet, danse), sans mentionner les écoles qu'il a fréquentées. En mars ou , peu avant la séparation, sa mère l'emmène à Bordighera où il voit la mer pour la première fois..
Gary est élevé par sa mère, qu'il présente comme une actrice de théâtre.. Après la séparation, elle connaît des difficultés financières, car elle ne dispose plus des revenus du magasin de fourrures de son mari et son petit atelier de chapeaux lui rapporte peu. En , elle quitte Vilnius avec son fils pour Švenčionys, puis ils s'installent en 1926 à Varsovie, où sont déjà présents d'autres membres de la famille Owczynski, notamment un frère de Mina, Boris (1890-1949), avocat, chez qui ils sont hébergés.. Gary semble avoir été scolarisé dans un collège polonais (le collège Górskiego.), où il est en butte à un antisémitisme verbal. Il suit aussi des cours particuliers de français.
En , ils obtiennent un visa touristique pour la France. Sa mère est persuadée que, dans ce pays, son fils pourra s’accomplir pleinement en tant que diplomate ou artiste..
En France Mina Owczynska et son fils, âgé de , arrivent à Menton le . Ils s'installent à Nice, où se trouvent déjà Eliasz, le frère de Mina, et sa famille. Le , Romain commence sa scolarité au lycée Masséna et est intégré directement en classe de .. Mina entame les démarches pour obtenir une autorisation de séjour, laquelle est accordée sous réserve qu'elle n'occupe aucun emploi dossier de Mina Kacew, centre des archives de Fontainebleau, dossier , cité par Anissimov, chapitre 11, 2004, .. Obligée de gagner sa vie, elle vend d’abord « au noir » des articles de luxe dans les grands hôtels de Nice ou Cannes, puis elle s'occupe de vente immobilière.. L'un de ses clients lui confie alors la direction d'un petit hôtel, la pension Mermonts, au François-GrossoLe Point, Laurence Guidicelli, le 16 juin 2011..
Utilisant désormais son prénom francisé (Romain), son fils se distingue au lycée en classe de français, obtenant en 1929 le premier prix de récitation et en 1931, puis en 1932, celui de composition française. « Dans les autres matières, excepté l'allemand qu'il parle et écrit très correctement, il est médiocre ; dans son roman La Promesse de l'aube, il reconnaît lui-même les difficultés qu'il a rencontrées lors de ses études secondaires et le manque d'intérêt qu'il éprouve pour les études supérieures, auxquelles il s'astreint essentiellement pour répondre aux désirs de sa mère. ». Ses amis de l'époque sont comme lui des élèves étrangers ou issus de familles d'origine étrangère : François BondyFrançois Bondy est le père du dramaturge Luc Bondy (né en 1948) ; le fils de Fritz Bondy (Anissimov, chapitre 19, 2004, ), né à Prague, écrivain (sous le pseudonyme de N.O. Scarpi) et cinéaste suisse de langue allemande. Voir : Wikipédia anglaise : et allemande : . (1915-2003) ; Alexandre Kardo SissoeffNé en 1914 à Moscou, de parents russes nés à Tiflis et à Gori. ; Sigurd NorbergRomain voyage avec lui en Pologne en 1933 et en Suède en 1939. ; René et Roger Agid, dont les parents dirigent plusieurs grands hôtels de Nice (et un à Royat, Puy-de-Dôme), principalement L'Hermitage à CimiezSur la famille Agid : Anissimov, chapitre 14, 2004, . René Agid est le père d'Yves Agid. ; à ce titre, ils connaissent directement la mère de Romain.
Il est reçu au baccalauréat en philosophie en avec la mention « passable »..
Études supérieures et débuts littéraires Romain Kacew commence des études de droit à Aix-en-Provence en , puis part l'année suivante les poursuivre à Paris, probablement grâce à l'aide financière que lui apporte son père peu après leur rencontre à Varsovie durant l'été 1934.. Il obtient une licence de droit en , tout en suivant en parallèle une préparation militaire supérieure au fort de Montrouge : « En attendant son incorporation dans l'armée française, Gary, au terme de médiocres études, bûchait sa procédure.. » Il révise au petit jour et passe l'essentiel de son temps à écrire.