Le phare d'Alexandrie (du grec ancien ) était un phare situé à Alexandrie, sur l'île de Pharos, en Égypte. Il était considéré dans l'Antiquité comme la septième des Sept Merveilles du monde. Il a servi de guide aux marins pendant près de dix-sept siècles (du au ). Sa construction aurait débuté entre 299 et 289 avant notre ère (la date exacte est inconnue) et duré une quinzaine d'années. Les travaux ont commencé sous le règne de mais il meurt avant la fin du chantier qui est achevé sous le règne de son fils .
Sources antiques et médiévales sur le phare Pendant l'antiquité et le moyen-âge, plusieurs auteurs évoquent le phare dans leurs ouvrages, certains après l'avoir vu eux-mêmes, fournissant des informations qui se révèleront utiles aux chercheurs :
Strabon Le géographe grec Strabon dans sa Géographie (achevée en 23), présente l'origine du phare et son utilité. Pline l'Ancien Pline l'Ancien en fait autant dans son Histoire naturelle (publiée en 77 ap. J.-C.) raconte une histoire similairePline l'Ancien, Histoire naturelle (lire en ligne) :.
Lucien de Samosate Lucien de Samosate (), raconte dans Comment il faut écrire l'Histoire. Posidippe Le poète du Posidippe rend un hommage poétique au phare dans cette épigrammeFrançois Chamoux, L’Épigramme de Poseidippos de Pella sur le phare d’Alexandrie, dans « Hommages à Claire Préaux » (Bruxelles, 1976), :. Al-Mas'ûdî Al-Mas'ûdî, historien arabe, dans son Livre de l'avertissement (rédigé en 955) raconte que le vizir de Motewekkil, Obéïd Allah fils de Yahya fiis de Khakan, s'est fait exilé par Moustaïn à Barkah en l'année 248 du calendrier hégirien. Passant par Alexandrie, il ne souhaite rompre son jeûne que lorsque le soleil disparait totalement à l'horizon, il demande à un homme de grimper au sommet du phare et de jeter une pierre lorsqu'il verrait que le soleil a totalement disparu. Puis, il présente l'histoire du phareAl-Mas'ûdî, Livre de l'avertissement, p. 71 à 73 (lire en ligne) :. Dans le même ouvrage, il présente le phare comme étant une des quatre merveilles du monde (du point de vue arabe)Al-Mas'ûdî, Livre de l'avertissement, p. 198 (lire en ligne) :.
Al-Mas'ûdî, dans Les prairies d'or, fournit différentes hypothèses sur l'origine du phareAl-Mas'ûdî, Les prairies d'or, (lire en ligne, de la p. 431 ici à la p. 440 ici). Sur les origines du phare :Ensuite, il raconte que sous le règne du calife Al-Walīd Ier (ou el-Walid, 705-715), le roi de Byzance envoya en mission secrète un de ses eunuques favoris, particulièrement malin. Avec ses hommes, il parvient aisément en terre musulmane. Arrivé auprès d'el-Walid, il prétend qu'il était courtisan du roi qui menaçait de l'exécuter sur des soupçons injustes. Déclarant vouloir se convertir à l'islam, il fit sa profession de foi devant le prince. Il finit par en gagner la confiance et lui révéler l'existence de trésors cachés à Damas et ailleurs en Syrie, dont il détenait des indications précises fournies par certains livres qu’il avait apportés et qu'il avait fini par découvrir. Les montrant aux yeux du prince dont il avait suscité la convoitise, il déclara :Poursuivant en parlant des pêcheries près d'Alexandrie remontant des fragments de pierres précieuses, utilisés pour des chatons de bague :Enfin, sur le phare en lui-même :.
Ibn Battûta En 1349, Ibn Battûta, le célèbre voyageur marocain, raconte son séjour en Égypte pendant un de ses nombreux voyages. Emplacement du phare d'Alexandrie vignette|Carte d'Alexandrie au temps de l'Empire romain avec l'île de Pharos. vignette|Restitution de la vue depuis le premier étage du phare d'Alexandrie sur l'entrée du grand port vignette|Phare d'Alexandrie. Mosaïque Basilique Saint Marc (Venise, Italie) détail
Le site choisi pour la construction du phare est probablement la pointe de l'île de Pharos, ou plus certainement un îlot non loin. Il se trouvait ainsi tout près, déclare catégorique Jean-Yves Empereur dans Sciences et Avenir, hors-série , janvier/février 2011, . de l'emplacement de l'actuel fort Qait Bay qui date de la fin du et qui fut construit en partie avec des blocs antiques. Les nombreux séismes qui ont eu lieu dans la région entre le et le , ainsi que le tsunami de 365, ont peu à peu endommagé le célèbre monument qui a été presque entièrement détruit en 1303. En effet, en 1349, Ibn Battûta, le célèbre voyageur marocain, raconte dans son récit de voyage l'état dans lequel il trouve le phareIbn Battûta, al-Rihla (lire en ligne) :.
Ce qui demeurait encore du phare a dû s'effondrer lentement par la suite, puis glisser sous les flots. À la fin du , le sultan Al-Achrâf Sayf ad-Dîn Qait Bay, un des derniers souverains mamelouks burjites de l'Égypte, ordonna la construction d'une citadelle sur ce qui restait de l'esplanade, afin de protéger la ville contre la menace de l'Empire ottoman.
On a longtemps pensé que la construction avait été dirigée par l'architecte Sostrate de Cnide dont le nom est donné par le géographe grec Strabon dans sa GéographieStrabon, Géographie, Livre , Chapitre I, 6 (lire en ligne) :. Il cite une inscription en plomb insérée dans un mur du phare ainsi libellée :
Lucien de Samosate, dans Comment il faut écrire l'HistoireLucien de Samosate, Comment il faut écrire l'Histoire, 62 (lire en ligne) :, évoque aussi la dédicace dans une anecdote, que Jean-Antoine Letronne ne révoquait pasJean-Antoine Letronne, Recueil des inscriptions de l’Égypte, t. 2 (1848), n° , ., considérée comme authentique.
L'égyptologue français André Bernand souligne que Strabon n’a pas lu le nom des rois, pourtant indispensable dans une dédicace de ce genre. Il faut alors estimer que la première ligne de l’inscription primitive avait disparu entre le règne de et la date du voyage du géographe en Égypte (en 24 av. J.-C.). Comme hypothèse expliquant la formulation insolite lue par Strabon, l’anecdote insolite rapportée par Lucien a le mérite d'offrir une explication plausible.
Sostrate semble néanmoins plutôt être le commanditaire des statues dont l'identité est discutée. On pensait au départ que les dieux sauveurs étaient en fait les Dioscures, Castor et Pollux, protecteurs des marins. Finalement, il semblerait que la dédicace s'adresse à qui était connu comme Ptolémée Sôter (ce qui signifie « sauveur » en grec). Jean-Yves Empereur, quant à lui, se base sur une épigramme du poète du , Posidippe, qui appuie son hypothèse selon laquelle Sostrate aurait en fait dédié la statue qui surmontait le phare et non le phare lui-même. À partir de sa restitution du Phare en s'appuyant sur les résultats de fouilles subaquatiques du CEAlex, Isabelle Hairy avance en 2013 que le Phare d'Alexandrie apparaît comme l'archétype des architectures euclidiennes. Rôle du phare Le phare a été construit pour protéger les marins de la côte d'Alexandrie et également comme œuvre de propagande. La ville tout entière a été construite de façon démesurée et le phare devait en être le symbole. Le résultat fut tel que, depuis, le mot phare (du latin pharus, dérivé lui-même par antonomase du nom de l'île de Pharos.), est utilisé pour désigner communément ce type d'édifice. D'ailleurs, bien qu'il existât à Alexandrie d'autres bâtiments tout aussi célèbres que le phare (la grande bibliothèque, le tombeau d'Alexandre), il deviendra emblématique de la ville et l'est encore aujourd'hui. Le phare dominait la côte et permettait aux marins d'avoir un point de repère, la côte étant relativement plate.
On peut lire chez Strabon que le phare était construit en pierre blanche qui serait en fait un calcaire local (pierre blanche du Mex) qui a la particularité de durcir au contact de l'eau. On pense aussi que les parties les plus critiques du phare ont été réalisées en granit d'Assouan. D'ailleurs le fort Qait Bay, édifié sur l'emplacement du phare, a été construit selon le même procédé. Aspect et dimensions vignette|Vue artistique de Maarten van Heemskerck du phare d'Alexandrie s'élevant au-dessus de l'île de Pharos reliée à Alexandrie (dernier plan), par une chaussée. vignette|Le phare d'après deux monnaies émises à Alexandrie sous Antonin le Pieux et Commode. vignette|Le phare de Taposiris Magna, une réplique réduite du phare d'Alexandrie ornant une sépulture antique. vignette|Proposition de restitution du plan au sol du phare d'Alexandrie Jean-Yves Empereur a étudié des représentations du phare plus ou moins fidèles (documents figurés, mosaïques), mais aussi des sources écrites (Strabon, Plutarque, Abu Hamid Al-Andalusi, Ibn Battûta, etc.) et a réussi à en tirer un plan assez précis.
J.-Y. Empereur a notamment étudié des pièces de monnaie frappées à Alexandrie entre le et le . Il s'est aussi appuyé sur une sépulture antique du à Taposiris Magna (actuellement Abousir au bord du lac Mariout, à environ quarante kilomètres d'Alexandrie), au-dessus de laquelle le propriétaire avait fait réaliser une copie réduite du phare.
Il a déduit de ses travaux que le phare devait être un bâtiment à trois étages : une base carrée légèrement pyramidale, une colonne octogonale, une petite tour ronde distaleMot emprunté au vocabulaire médical. . surmontée d'une statue, le tout pour une hauteur d'environ cent-trente-cinq mètres.
Son rayon de visibilité s'étendait sur environ cinquante kilomètres.
La base devait mesurer environ soixante-dix mètres de hauteur sur trente mètres de côté. On y accédait par une rampe à arcades. Une cinquantaine de pièces servant d'habitation au personnel chargé de l'entretien du phare ou d'entrepôt de combustible étaient aménagées tout autour d'une rampe intérieure, ce qui explique les fenêtres asymétriques qui suivaient l'axe de la rampe, assez large pour livrer passage aux bêtes de somme chargées d'acheminer le combustible. Elle donnait accès à une sorte de terrasse munie d'une rambarde de de haut entourée de quatre tritons soufflant dans des cornes, un à chaque coin de la terrasse.
Le deuxième étage était de forme octogonale et mesurait trente-quatre mètres de hauteur et de largeur. Il comportait un escalier intérieur qui menait au troisième étage.
Pharos : Une enquête scientifique hors norme
Trente ans après leurs premiers travaux sur les vestiges du phare d’Alexandrie, une nouvelle campagne de fouilles a été menée en juin 2025 par le Centre d'études alexandrines (CEAlex) sous la responsabilité scientifique d’Isabelle Hairy, archéologue et architecte au CNRS (UMR 8167, Orient & Méditerranée) et avec le soutien de La Fondation Dassault Systèmes et de Gedeon Programmes.
Cette campagne a marqué une étape décisive : dix-neuf des blocs les plus imposants du monument, certains pesant jusqu’à cinquante tonnes, ont été sortis de l’eau. Parmi eux figuraient des éléments de la porte monumentale du phare, son seuil, de grandes dalles du mur appelées orthostates, ainsi que des pièces d’un monument jusqu’alors ignoré : un pylône de style égyptien et de technique grecque.
Cette opération visait à étudier et à numériser ces pièces exceptionnelles, qui font partie des 5000 blocs enregistrés sous l’eau au cours de la dernière décennie.
Parallèlement, une équipe scientifique sous la direction d’Isabelle Hairy a recensé pendant trois ans l’ensemble des sources décrivant le phare : l’iconographie antique (monnaies, lampes en terre cuite, mosaïques, verres historiés) ainsi que les sources textuelles, en particulier la documentation médiévale de langue arabe qui décrit le plus précisément son architecture.
Le phare d’Alexandrie révélé grâce aux univers virtuels
Le défi majeur de cette enquête est de comprendre comment fut construite cette structure de cent-trois mètres de haut, qui a pu résister à dix-huit séismes.