thumb|right|Lawrence Lessig, à l'origine des licences Creative Commons.
La culture libre est un mouvement social et une sous-culture qui promeut la liberté de distribuer et de modifier des œuvres de l'esprit sous la forme d'œuvres libres « What does a free culture look like? », wiki.freeculture.org, 6 juillet 2011. par l'utilisation d'internet ou, plus rarement, d'autres formes de médias. Il puise sa philosophie dans celle du logiciel libre en l'appliquant à la culture et à l'information, dans des domaines aussi variés que les arts, l'éducation, les sciences, etc. « This is Larry Lessig… », fsf.org, 24 décembre 2009..
La culture libre défend notamment l'idée que les droits d'auteurs ne doivent pas porter atteinte aux libertés fondamentales du public. La gestion des droits numériques (DRM) est, par exemple, dénoncée comme une entrave à la liberté d'usage du produit légalement acquis, alors que la protection du fonctionnement du produit (code source du programme, partition de musique, etc.) empêche l'utilisateur de modifier l'œuvre pour en faire sa propre version. Les mécanismes juridiques des licences libres attachées à la culture sont inspirés du logiciel libre : l'utilisation des licences art libre ou Creative Commons a ainsi permis l'émergence de la musique libre et de l'art libre.
Les défenseurs de la culture libre, appelés libristes, utilisent de façon détournée les monopoles accordés par les droits d'auteur en créant leurs propres licences libres, cela afin d'autoriser précisément les usages que les lois sur les droits d'auteur interdisent par défaut. L'immense majorité des défenseurs de la culture libre prennent également position pour le droit à la vie privée, l'accès libre à l'information et la liberté d'expression sur Internet. Certains militants ont aussi pu commettre des actes illégaux au cours de leur combat, comme l'infraction au copyright (The Pirate Bay, Aaron Swartz) ou bien la divulgation de données confidentielles qu'ils considèrent comme d'intérêt public (Edward Snowden, Alexandra Elbakyan avec Sci-Hub).
Histoire
La culture libre avant l'informatique Les débats et controverses sur les licences et la protection légale des créations n'ont vraiment éclaté qu'au moment où les coûts et le temps de reproduction d'une œuvre chutèrent subitement dans les années 1980 en même temps qu'augmentait la puissance des processeurs. Si La Joconde de Léonard de Vinci est une œuvre de commande, unique puisqu'elle ne peut être admirée qu'à un seul endroit, le musée du Louvre, il suffit au de moins d'une seconde pour répandre un morceau de musique ou une photographie à travers le monde via internet et chacun peut en posséder sa copie.
Cependant, « un morceau de musique » ou une représentation théâtrale ne sont pas tout à fait comparables à une œuvre littéraire, un logiciel, un moteur d’automobile... sauf si, pour la musique, il s'agit d'une œuvre créée par ordinateur sur un support informatique (on peut imaginer l’équivalent pour une pièce de théâtre).
Quand les compositions musicales et les supports littéraires de spectacles sont interprétés en présence du public, il s'agit de « ré-création » ou bien « d'interprétations de création » d'un compositeur et d'un auteur dramatique, destinées à ce public précis, et non d'une reproduction mécanique. Car un musicien et un acteur jouant devant un public sont influencés par ce dernier et chaque représentation est uniquePeter Brook, L'Espace vide, 1968, première phrase: "Pour qu'il y ait théâtre, il suffit d'avoir un lieu, un temps, un acte et un public". Ne serait-ce plutôt: "Pour qu'il y ait théâtre, il suffit d'avoir un lieu, un temps, un acteUR et un public"? Cf Peter Bu in Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Paris, Bordas, 1995. (pour d'autres raisons, la Joconde est unique, elle aussi, au moins jusqu'à présent, elle ne peut pas être reproduite à l'identique, elle ne le sera sans doute jamais).
Comme le précise Richard Stallman,
Naissance de l'informatique (1952-1984)
Le logiciel libre à l'ère des premiers ordinateurs (1952-1969) Les premiers conflits de propriété (1969-1984) thumb|257x257px|Expansion de la durée moyenne du droit d'auteur aux États-Unis.À la fin des années 1960, alors que les systèmes d'exploitation et les compileurs de langage de programmation évoluent et se complexifient, les coûts de production des logiciels croissent rapidement. L'industrie du logiciel, en pleine croissance, affronte alors les constructeurs de matériels qui vendent des ordinateurs déjà équipés. Au terme du procès United States vs. IBM, le gouvernement américain décrète en que les ordinateurs vendus avec le système d'exploitation sont une concurrence déloyale. De plus en plus de logiciels deviennent ainsi payants avec des licences contraignantes pour l'utilisateur.
Fragmentation de la culture hacker À partir de la fin des années 1970, les vendeurs d'ordinateurs et les éditeurs de logiciels commencent à facturer à leurs clients les licences des programmes. Ils imposent des restrictions légales sur les nouveaux développements de logiciels au moyen du droit d’auteur, de marques déposées et de contrats de leasing
En 1976, Bill Gates écrit une lettre dans laquelle il exprime sa frustration de voir se répandre son programme Altair BASIC dans la communauté des hobbyistes, alors même qu'ils ne payaient pas de licence d'exploitation. Dès cette époque, la culture hacker commence à se diviser entre les partisans d'un échange libre du code source et les défenseurs des droits d'auteur. En 1979, AT&T décide de vendre le système UNIX, jusqu'alors gratuit mais interdit de redistribution, et renforce ses licences de logiciels.. La même année, le programmeur Brian Reid place une , c’est-à-dire qu’après un certain temps le logiciel ne fonctionne plus, dans le pour restreindre l'accès du logiciel à une certaine durée. Richard Stallman proclame qu'il s'agit là d'un « crime contre l'humanité. » Il décide alors d'écrire un programme concurrent, mais cette fois libre, qu'il achève en 1986 : Texinfo.
En 1980, Stallman se voit refuser l'accès au code source du logiciel de l'imprimante laser Xerox 9700 du AI Lab. Le même avait auparavant modifié le programme de l'ancienne imprimante (une imprimante xérographique XPG), qui possédait un logiciel ouvert, afin qu'elle envoie automatiquement un message à l'utilisateur lorsque son document était imprimé. En effet, l'imprimante est située à l'étage des machines différent de celui la majorité de ses utilisateurs. Stallman comprend alors que le fait de ne pas pouvoir modifier librement le code source d'un logiciel peut constituer un inconvénient pour tout le monde. De fait, en , il quitte son emploi au MIT pour se consacrer au développement d'un système d'exploitation entièrement libre, le projet GNU.
La naissance du projet GNU et de la culture libre (1984-1991)
Le point de départ de la culture libre, telle qu'on la connaît aujourd'hui, est la création du mouvement du logiciel libre et du projet GNU par Richard Stallman en 1984. Une véritable communauté se crée autour du logiciel libre dans laquelle commence à se développer un ensemble de références culturelles. Le manifeste GNU est écrit par Richard Stallman en 1985 pour demander un soutien au développement du système d'exploitation GNU.
L'essor d'internet et la naissance des logiciels libres (1991-2004) GNU/Linux : naissance du premier système d'exploitation libre (1991-1999)
Les premiers projets collaboratifs à distance (1999-2004)
Confrontation avec Microsoft durant l'hégémonie de Windows XP (début des années 2000)
Apparition du terme "open source" (promu par les entreprises) face à "logiciel libre"
Essor des logiciels libres dans l'industrie (années 2000) Ubuntu (2004) et Android (2008), les premiers systèmes grand public
À partir des années 2000, des logiciels libres comme HandBrake, VLC, OpenOffice, GIMP ou Firefox connaissent progressivement une grande popularité auprès du grand public.
Adoption du logiciel libre par les multinationales
Collaboration entre les multinationales et la communauté du libre Google : Chromium, Android, Chromium OS, Google Developers, Projet Ara, Google Summer of Code Fondation Linux
Opposition à l'appellation "Linux" par les promoteurs de "GNU/Linux"
La musique, la photographie et la connaissance Au vu du succès du logiciel libre, les licences libres ont été appliquées à d'autres domaines, avec la création de l'encyclopédie Wikipédia en 2001, puis avec la naissance de l'art libre, et notamment de la musique libre avec la création du site musique-libre.org en 2004, puis Jamendo en 2005. En parallèle, une partie de la communauté du libre s'attache à défendre un internet libre, avec notamment la création du collectif La Quadrature du Net en 2008. WPLOS (2000), OpenMap (2004), Encyclopedia of Life (2008)
Protection de la vie privée, surveillance globale et neutralité du net Les logiciels libres sont souvent un outil pour protéger la vie privée, car ils sont transparents quant à la collecte des données personnelles.
Il existe une branche complète de logiciels libres spécialement conçus pour protéger la vie privée. On y retrouve des systèmes d’exploitation comme Tails, des réseaux informatiques comme TOR, des outils de chiffrement comme TrueCrypt et des plateformes conçues pour protéger la vie privée de ses utilisateurs, telles que SecureDrop, qui est conçu pour les lanceurs d’alerte. Pour la plupart, ces logiciels visent à fournir aux utilisateurs des alternatives respectueuses de leurs droits fondamentaux tels que décrits par la culture libre. Wikileaks DuckDuckGo (2008) Redécentralisation d'Internet Systèmes d'exploitation libres
Émergence du matériel libre (années 2010)
En recherche d'une viabilité économique (hors industries) et d'une adoption par le grand public (2020-)
Acteurs de la culture libre Philosophes
Développeurs
Jason Rohrer
Associations ADULLACT AFUL APRIL Chatons Creative Commons Electronic Frontier Foundation Framasoft Free Software Foundation Free Software Foundation Europe La Quadrature du Net Linuxfr Software Freedom Law Center Wikimedia
Hacktivistes et libristes
Hackers
Crackers Les Cracker (informatique)sont des pirates informatiques spécialisés dans le cassage de logiciel.
Journalistes
Consommateurs
Communauté scientifique
Entreprises
Société de services en logiciels libres
Services publics
Culture libre et Internet libre
Le réseau internet est le vecteur privilégié de propagation de la culture libre. Inversement l’existence d'internet repose sur les logiciels libres. Ainsi selon Benjamin Bayart, Internet et logiciels libres « sont deux facettes d'un même objet » Rencontres mondiales du logiciel libre.
Communautés Communauté du logiciel libre diaspora* Fédivers, notamment via Mastodon Groupe d'utilisateurs de logiciels libres Suckless.org
Vocabulaire hacker Warez
Éthique hacker (voir les livres L'Éthique hacker et L'Éthique des hackers) Cracking blobs
Collaboration et entraide
Culture populaire libre
Free Software Song
Médias et audiovisuel TPB AFK Citizenfour
Revolution OS The Internet's Own Boy: The Story of Aaron Swartz Internet ou la révolution du partage Nothing to Hide Big Buck Bunny
Économie de la création libre L'œuvre est libre, le service payant
Le logiciel libre