L’expédition d’Espagne est la campagne menée en par la France afin de mettre fin au régime constitutionnel instauré durant le règne de Ferdinand VII à la suite de la Révolution de 1820.

Connue en Espagne, comme en castillan, littéralement , cette campagne a mis fin au triennat libéral et rétabli l’absolutisme, donnant lieu à la décennie abominable.

Contexte

En 1820, le roi d'Espagne Ferdinand VII doit faire face à un soulèvement populaire conduit par les libéraux. Ce mouvement révolutionnaire lui reproche l'absolutisme de son pouvoir. Ferdinand VII doit alors se soumettre, et remettre en vigueur la Constitution de 1812 et ainsi confier le pouvoir à des ministres libéraux.

Des élections ont lieu en 1822 aux Cortes, qui donnent la victoire à Rafael del Riego, dans une Europe secouée par les mouvements démocrates qui perturbent l'ordre intérieur des États. Le roi Ferdinand VII d'Espagne s'est retiré à Aranjuez, où il se considère comme prisonnier des Cortes. Ses partisans installés à Urgell prennent les armes et remettent en place une régence absolutiste. Ils tentent un soulèvement, avec la garde de Madrid, qui est un échec ; repoussé par la résistance des forces constitutionnelles. Aussi, en 1822, Ferdinand VII, s'appuyant sur les thèses du congrès de Vienne, sollicite-t-il l'aide des monarques européens, rejoignant la Sainte-Alliance formée par la Russie, la Prusse, l'Autriche et la France pour restaurer l'absolutisme.

En France, les ultras pressent le roi Louis XVIII d'intervenir. Pour tempérer leur ardeur contre-révolutionnaire, le duc de Richelieu fait déployer, le long des Pyrénées, des troupes chargées de protéger la France contre la prolifération du libéralisme venant d'Espagne, mais avant tout pour bloquer, par un système de quarantaine, le passage vers la France d'une épidémie de fièvre jaune qui se déclare à Barcelone en La fièvre jaune, ou Les malheurs et les désastres causés par cette effroyable maladie en Catalogne en Andalousie et autres provinces d'Espagne, monographie publiée à Paris par Tiger, probablement fin 1821.. En , ce « cordon sanitaire » devient un corps d'observation, puis se transforme très vite en une expédition militaire.

Après des débats passionnés à Paris, début 1823 un discours du roi Louis XVIII annonce le soutien français au roi d'Espagne. Le cours de l'emprunt public chute de 87 francs à 78 francs dans les cinq jours qui suivent son discours et les financiers sont accusés de manquer de patriotisme. Une ordonnance du préfet de Police interdit les tables du Café Tortoni de Paris..

Accords de commodité droite|vignette|Louis XVIII essayant les bottes de Napoléon et préparant la campagne d'Espagne, caricature francophobe anglaise de George Cruikshank publiée le . Le , un traité secret est signé lors du congrès de Vérone., qui permet à la France d'envahir l'Espagne pour rétablir Ferdinand VII en monarque absolu. Avec cet accord de la part de la Sainte-AllianceEmilio Condado Madera, Les Espagnols et les Cent Mille Fils de Saint Louis à l’époque de l’expédition française de 1823 en Espagne, thèse de doctorat en études romanes, Université d'Aix-Marseille, soutenue le 29 novembre 2021., Louis XVIII annonce le , que . Les Espagnols appelleront l'armée française : los Cien Mil Hijos de San Luis (les Cent Mille Fils de Saint Louis) ; le corps expéditionnaire français comporte en réalité .. Fin , les Chambres votent un crédit extraordinaire pour l'expédition. Chateaubriand et les ultras exultent : l'armée royale va prouver sa valeur et son dévouement face aux libéraux espagnols pour la gloire de la monarchie des Bourbons.

Le nouveau Premier ministre, Joseph de Villèle, s'y oppose. Le coût de l'opération lui paraît excessif, l'organisation de l'armée défectueuse et l'obéissance des troupes incertaine. L'intendance militaire est incapable d'assurer le soutien logistique des concentrés, fin , dans les Basses-Pyrénées et les Landes, avec et 96 pièces d'artillerie. Pour pallier ces carences, il faut recourir aux services du munitionnaire Ouvrard, prompt à conclure en Espagne, au détriment du Trésor public, des marchés aussi favorables à ses propres intérêts qu'à ceux de l'armée.

L'état-major vignette|Louis XVIII confie le commandement de l'expédition à son neveu le duc d'Angoulême, fils aîné du futur Charles X. L'organisation du commandement pose de nombreux problèmes.

Il faut donner aux fidèles des Bourbons l'occasion de montrer leurs grades fraîchement acquis qu'ils doivent au roi, sans compromettre ni la sûreté, ni l'efficacité de l'armée. La solution retenue est habile : aux anciens émigrés et Vendéens les commandements secondaires, aux anciens généraux de la Révolution et de l'Empire les responsabilités principales.

Le duc d'Angoulême, fils de Charles X, est nommé commandant en chef de l'armée des Pyrénées, malgré son manque d'expérience militaire, mais il accepte de n'assurer que les honneurs de son titre et la direction politique de l'expédition, laissant à son major général, Guilleminot, général d'Empire aux compétences reconnues, le soin de prendre les décisions militaires. Sur cinq corps d'armée, quatre sont placés sous les ordres d'anciens serviteurs de Napoléon : le maréchal Oudinot, duc de Reggio, le général Molitor, le maréchal Bon Adrien Jeannot de Moncey, duc de Conegliano, et le général Étienne Tardif de Pommeroux de Bordesoulle. Le prince de Hohenlohe commande le , le plus faible avec deux divisions au lieu de trois ou quatre et au lieu de pour les autres.

Fidélité de la nouvelle armée et composition des forces Il faut maintenant savoir si les régiments, où il y a nombre d'officiers, de sous-officiers et de soldats marqués par les souvenirs des campagnes impériales, sont disposés à marcher gentiment pour les Bourbons de France et d'Espagne. Les libéraux espèrent les dissuader d'aller combattre « pour des moines, contre la liberté ». Villèle s'inquiète de leur propagande dans les cabarets et les chambrées, où se diffuse, en et , une chanson de Béranger incitant les militaires à la désobéissance :

Le , les doutes des uns et les illusions des autres se dissipent. Sur les rives de la Bidassoa, cent cinquante libéraux français et piémontais se présentent face aux avant-postes du léger. Parmi eux se trouvent le colonel Fabvier et une trentaine d'officiers en uniforme. Ils brandissent le drapeau tricolore, chantent La Marseillaise et incitent les soldats à ne pas franchir la frontière. Les fantassins du roi hésitent. Le général Vallin accourt et ordonne d'ouvrir le feu. Plusieurs manifestants sont tués. Les autres se dispersent. Beaucoup forment quelques semaines plus tard, avec les Anglais du colonel Robert Wilson, les Belges de Janssens et d'autres volontaires venus de France ou d'Italie, une légion libérale et un escadron de lanciers de la liberté, qui combattent aux côtés des forces constitutionnelles.

Quoi qu'il en soit, le corps d'observation des Pyrénées avait été successivement renforcé depuis le mois de . Les troupes réunies sur la ligne de Perpignan à Bayonne, devenue désormais l'armée d'Espagne, présentaient, au , un effectif de plus de , sans compter les divisions royalistes espagnoles organisées en deçà de la frontière par les généraux baron d'Eroles, d'Espagna et Quesada. La masse principale de ces troupes, rassemblée autour de Bayonne et destinée à pénétrer dans la péninsule par Irun, premier bourg espagnol sur la grande route de France à Madrid, se composait de 3 corps d'armée et d'une réserve, au total de infanterie et cavalerie. Le corps d'armée, rassemblé aux environs de Perpignan, et qui devait opérer en Catalogne, ne comptait guère alors que , infanterie et cavalerie ; mais il fut renforcé plus tard par 4 régiments d'infanterie qui le portèrent à l'effectif de , non compris le corps espagnol organisé par le baron d'Eroles. On peut évaluer à le total des troupes royalistes qui devaient servir d'auxiliaires à l'armée française.

L'armée constitutionnelle espagnole, y compris les milices actives, ne s'élevait pas à plus de , distribués de la manière suivanteVictoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français ; Guerre d'Espagne de 1823 : ou armée d'opération, en Guipuscoa, Biscaye, Navarre, sous le commandement en chef du lieutenant-général Ballesteros : ; ou armée de Catalogne, commandé par le lieutenant-général Mina : de ; ou armée du Centre ou de armée de Réserve, sous les ordres du lieutenant général comte de l'Abisbal : de ; ou armée des Asturies et de Galice, commandé par le lieutenant général Morillo : Garnisons des places fortes, au commencement de la campagne : .

Préparatifs Le duc d'Angoulême parti de Paris le , dans la soirée, arriva à Perpignan le . Il y trouva le maréchal Moncey, commandant en chef du d'armée, et le général espagnol baron d'Eroles dont le quartier-général était établi à Banyuls-dels-Aspres, entre la frontière et Perpignan. Le , après avoir passé en revue une partie des troupes du , et avoir fait exécuter de grandes manœuvres sur la plage du Canet, le duc d'Angoulême quitta l'ancienne capitale du Roussillon pour se rendre, en longeant la chaîne des Pyrénées, à Bayonne, où il fit son entrée le . Le , le lieutenant général comte Molitor, général en chef du de l'armée installa son quartier-général à Saint-Jean-de-Luz, et le maréchal duc de Reggio commandant le , établit le sien à Urugne. Dans la nuit, un pont de bateaux fut établi à l'endroit appelé le Pas de Béhobie, emplacement de l'ancien pont construit et détruit dans la dernière guerre LES PONTS DE BEHOBIE ET D’HENDAYE.

Le , le régiment espagnol Impérial-Alexandre, posté sur la rive gauche de la rivière, fit mine de vouloir inquiéter les pontonniers dans leurs travaux avant d'aller prendre position sur la hauteur de Saint-Martial qui domine le passage de la Bidassoa.

Déroulement vignette|droite|Escarmouche de soldats espagnols. Gravure de 1823. Dès le , l'armée des Pyrénées pénètre sans bruit en Espagne. Le clergé, les paysans, les absolutistes de « l'armée de la Foi » lui font bon accueil. Les armées constitutionnelles, soutenues surtout par la bourgeoisie et une partie de la population urbaine, se replient. Le gouvernement libéral et les Cortès transfèrent leur siège à Séville, puis, le , à Cadix, emmenant avec eux le roi Ferdinand VII. Le , les troupes françaises entrent dans Madrid, où le duc d'Angoulême installe une régence sous son protectorat. Jusqu'en , elles livrent à travers toute la péninsule une série de combats aux libéraux.

Au nord, les divisions de Hohenlohe, renforcées en par le de Lauriston, obligent le général Pablo Morillo à battre en retraite, puis à se rallier. Elles contrôlent la Navarre, les Asturies, la Galice. Mais faute de matériel de siège, elles ne peuvent que bloquer les villes où les constitutionnels prolongent la résistance durant plusieurs mois. La Corogne ne capitule que le , Pampelune le , Saint-Sébastien le .

vignette|Attaque du par les frégates Guerrière et Galathée, le . À l'est et au sud-est, Molitor repousse Ballesteros en Aragon, le poursuit jusqu'à Murcie et Grenade, le combat victorieusement à Campillo de Arenas le et obtient sa reddition le . Aux abords de Jaén, il défait les dernière colonnes de Riego, lequel est capturé par les absolutistes le et pendu le à Madrid, deux jours avant la chute d'Alicante.

En Catalogne, Moncey parvint difficilement à réduire les unités régulières et les guérilléros du général Mina. Barcelone ne se rend que le .

vignette|Prise des retranchements de Sainte-Marguerite devant La Corogne, le par les généraux Bourke et la Rochejaquelein, peinture d'Hippolyte Lecomte. vignette|Le général Armand Charles Guilleminot. Chef de l'état-major général du duc d'Angoulême, il rédige l'ordonnance d'Andujar qui provoque la colère des royalistes espagnols, car elle est jugée trop clémente pour les libéraux vaincus.