Sébastien Le Prestre de Vauban, marquis de Vauban, dit Vauban, né le à Saint-Léger-de-Foucheret et mort le à Paris, est un ingénieur, architecte militaire, urbaniste, hydraulicien et essayiste français. Il est nommé maréchal de France par Louis .

Vauban préfigure les philosophes du siècle des Lumières. D'après Fontenelle, dans l'éloge funèbre prononcé devant l'Académie, Vauban a une vision scientifique et mathématique de la réalité et en fait un large usage dans ses activités.

Expert en poliorcétique, il donne au royaume une « ceinture de fer » pour faire de la France un pré carré protégé par une ceinture de citadelles. Il conçoit ou améliore une centaine de places fortes. L'ingénieur n'a pas l'ambition de construire des forteresses inexpugnables : la stratégie consiste plutôt à gagner du temps en obligeant l'assaillant à mobiliser des effectifs dix fois supérieurs à ceux de l'assiégé. Il dote la France d'un glacis qui la rend inviolée durant tout le règne de Louis jusqu'à la fin du , période où les forteresses sont rendues obsolètes par les progrès de l'artillerie.

La fin de sa vie est marquée par l'affaire de La Dîme royale. Dans cet essai, distribué sous le manteau malgré l'interdiction qui le frappe, Vauban propose un audacieux programme de réforme fiscale pour tenter de résoudre les injustices sociales et les difficultés économiques des « années de misère » de la fin du règne du Roi Soleil : la grande famine de 1693-1694 fait de morts, soit un vingtième de la population française.

Douze ouvrages de Vauban, regroupés au sein du réseau des sites majeurs de Vauban, sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO le « Douze fortifications de Vauban au Patrimoine mondial de l'Unesco » dans Le Monde du 7 juillet 2008.« Douze sites de Vauban classés au Patrimoine mondial de l'humanité » dans Le Figaro du 8 juillet 2008..

Le musée des Plans-reliefs aux Invalides à Paris et le musée des Beaux-Arts de Lille accueillent l'essentiel des maquettes et des plans-reliefs des places ou des ouvrages construits ou remaniés par Vauban.

Biographie

Enfance et jeunesse vignette|Bazoches. vignette|Le château de Bazoches.

Sébastien Le Prestre de Vauban, né le , est baptisé le 15 du même mois dans l'église de Saint-Léger-de-Foucheret, dans le Morvan (un décret impérial transforma son nom en Saint-Léger-Vauban en 1867). Il est issu d'une famille du nivernais qui porte des qualifications de noblesse (quatrième génération pour l'ascendance paternelle). : les origines lointaines sont mal connues et les « brûlements » et les pillages des guerres de Religion permettent, quand il faut répondre aux enquêtes de noblesse ordonnées par Colbert, de justifier l'absence de documents plus anciens..

Les Le Prestre sont probablement d'anciens marchands. : ils s'installent dans la commune de Saint-Saulge, puis à Bazoches d'où ils dirigent un flottage de bois vers Paris par la Cure, l'Yonne et la Seine.

Emery Le Prestre, l'arrière-grand-père paternel de Vauban, acquiert, en 1555, le bailliage de Bazoches, situé à une lieue du château de Bazoches, château que Vauban rachètera… D'Hozier, examinant en 1705 les preuves de noblesse de Vauban, dit : ..

Sa maison, son emplacement, en quoi consistait son aménagement intérieur ne sont pas connus. Saint-Simon, qui lui reconnaît des qualités, en dessine les contours :

Son père âgé de trente ans à sa naissance, Albin ou Urbain Le Prestre, suivant les généalogistes, qualifié d'« écuyer » sur le registre de baptême de son fils, , mais cousinait par sa mère, Françoise de La Perrière (fille de Gabriel de la Perrière, seigneur de Billy et de Dumphlun), avec des maisons d'ancienne chevalerie, les Montmorillon et les Chastellux.. C'est un homme discret, peu causant, dont la passion principale semble être la greffe des arbres fruitiers (il a laissé à la postérité les pommes et les poires Vauban)…

La mère de Vauban, , âgée de vingt-deux ans à sa naissance, elle sort d'une famille de marchands et de paysans enrichis, des « principaux du village », . C'est elle qui apporte en dot une demeure paysanne à Saint-Léger-de-Foucherets.

Les périodes de l'enfance et de l'adolescence de Vauban sont peu documentées. Il reçoit probablement une éducation sévère. Très tôt, il apprend à monter à cheval pour devenir un parfait cavalier. Il vit son enfance dans une ambiance de guerre (c'est en 1635 que la France entre dans la guerre de Trente Ans), avec les violences et les maladies (les troupes provoquent dans leur sillage des épidémies de peste) : en 1636, plus de cent villages sont détruits dans la vallée de la Saône.

Entre 1643 et 1650, Sébastien Le Prestre a sans doute fréquenté le collège de Semur-en-Auxois, tenu par les carmes. Il y fait ses « humanités » : il y apprend le latin, la grammaire, les auteurs antiques, notamment Cicéron et Virgile. Il dit de lui dans son Abrégé des services du maréchal de Vauban, qu'il a reçu, à l'orée de sa carrière, . Son enfance devait être plutôt pauvre, au contact des campagnards, (Description de l’élection de Vézelay, 1696). Il prend conscience de l'âpreté de la vie parmi eux, ils lui transmettent le goût de la terre : toute sa vie, il s'appliquera à se constituer un domaine, lopin par lopin.

1651 : Vauban chez Condé Les troubles de la Fronde surviennent entre 1648 et 1653. Durant cette période, Vauban est présenté au prince de Condé par un oncle maternel qui est dans son état-major. Cette rencontre engage Vauban dans la rébellion. Au début de l'année 1651, probablement vers le mois d'avril, alors qu'il a , il entre comme cadet dans le régiment d'infanterie du prince de Condé. Il suit le chef du parti frondeur, selon l'exemple de nombreux parents et voisins, qui le font par fidélité quasi féodale : les Condé sont gouverneurs de Bourgogne depuis 1631.

En Vauban expérimente, sur le terrain, ses talents d'ingénieur militaire ; il se trouve impliqué dans le siège de Sainte-Menehould prise le par le prince de Condé. Il se distingue au cours de cette bataille par sa bravoure. Dans son Abrégé des services faisant le récit de sa carrière, Vauban signale qu'il a été félicité par les officiers du prince pour avoir traversé l'Aisne à la nage sous le feu des ennemis. La place est finalement prise par les frondeurs. Et Vauban est promu maistre (sous-officier) dans le régiment de Condé cavalerie.

Au début de 1653, le prince de Condé est passé au service de l'Espagne ; le jeune Vauban, lors d'une patrouille, face aux armées royales « fit sa capitulation » mais avec les honneurs (il n'est pas démonté, on l'autorise à garder ses armes). Il est alors conduit au camp de Mazarin, qui le fait comparaître, l'interroge et est séduit par ce Morvandais râblé et trapu, vigoureux, plein de vie, de vivacité d'esprit et de répartie. Le cardinal-ministre le « convertit » : Vauban change de camp ; il passe de la clientèle de Monsieur le Prince à celle de Mazarin, c'est-à-dire à celle du roi.

Au service du roi Il est volontaire auprès de Louis Nicolas de Clerville, ingénieur et professeur de mathématiques, chargé du siège de Sainte-Menehould. Dans cette ville, Vauban s'était distingué auparavant dans l'armée rebelle. La ville capitule le , et Vauban, chargé de réparer cette place forte, est nommé lieutenant au régiment d’infanterie de Bourgogne. Ce régiment sera bientôt surnommé le régiment des repentis, car il recueille beaucoup d'anciens frondeurs de la province.

Placé sous la tutelle du chevalier de Clerville (Colbert créa pour lui la charge de Commissaire général des fortifications) ; il sert en Champagne et participe à de nombreux sièges : notamment Stenay (siège dirigé par le marquis Abraham de Fabert d'Esternay), une place forte lorraine que le prince de Condé a obtenue, en 1648, en contrepartie de l'aide qu'il a apportée à l'État royal, .

Pour le jeune roi, qui vient d'être sacré à Reims, le , prendre Stenay, c'est achever la Fronde : cette ville est au centre du territoire contrôlé par le prince de Condé. Le siège dure trente-deux jours et Vauban est assez sérieusement blessé au neuvième jour du siège. Rétabli, il est chargé de marquer l'emplacement où le mineur placera sa mine et il est à nouveau blessé, cette fois-ci par un coup de pierre, alors que . La ville est prise en présence de Louis XIV, le .

Au lendemain de ce siège, il est promu capitaine (ce qui lui vaut une solde de , que lui verse chaque mois le trésorier des fortifications au titre de sa fonction d'« ingénieur ordinaire »). Il participe ensuite au secours d'Arras (), au siège de Clermont-en-Argonne (), à la prise de Landrecies (juin-) — il est fait alors « Ingénieur ordinaire » du roi par brevet du , alors qu'il a vingt-deux ans..

L'année suivante, en 1656, il participe au siège de Valenciennes (juin-juillet), affrontement des troupes de Turenne (pour le roi) et de Condé (pour les Espagnols). Vauban, blessé au début du siège, jugera sévèrement cette opération (la ville est obligée de se rendre, faute de vivres), dans son Mémoire pour servir d’instruction à la conduite des sièges. C'est, pour lui, une des opérations les plus mal dirigées (par Monsieur de la Ferté) auxquelles il ait participé :

En juin-, au siège de Montmédy, en présence du roi, Vauban est de nouveau blessé : siège long particulièrement coûteux en vies humaines. Il en parle dans son Traité de l'attaque des places de 1704 :

Il critique la manière dont ce siège a été mené : . Désormais, il fera tout pour épargner les hommes :

Il est à Mardyck en , à Gravelines dans l'été 1658, puis à Audenarde, où il est fait prisonnier, libéré sur parole, puis échangé. Il est à Ypres, en octobre, sous les ordres de Turenne. La ville est rapidement enlevée. Il a un nouvel entretien avec Mazarin : .

Cette promotion se fera attendre : il sera nommé lieutenant aux gardes dix ans plus tard, en 1668. À vingt-cinq ans, il a le corps couturé de cicatrices, sa bravoure et sa compétence sont reconnues, notamment par Mazarin.

Vie familiale La paix des Pyrénées est signée le . Un congé d'un an lui permet de rentrer au pays pour épouser le , une parente, demi-sœur de cousins germains, Jeanne d'Osnay ou d'Aunay, fille de Claude d'Osnay, baron d'Epiry. Elle a et est orpheline de mère.

Le jeune couple s'installe dans le château d'Epiry. Deux mois plus tard, Vauban est rappelé par le service du roi pour procéder au démantèlement de la place forte de Nancy rendue au duc de Lorraine. Il ne reverra sa femme, que pour de brefs séjours (en tout, pas plus de trois ans et demi soit sur 449La voix du combattant de mars 2008.). Lorsque Jeanne en met au monde une petite fille, Charlotte, son mari est à Nancy.

Mais il tient à ces rares séjours dans ses terres morvandelles ; il dira au printemps 1680 :

Un de ses plus longs séjours à Bazoches a lieu en 1690 : le roi l'autorise à y rester presque toute l'année pour soigner une fièvre et une toux opiniâtres. Mais même à Bazoches, il ne cesse de travailler : tout au long de l'année 1690, Louvois lui adressa de multiples mémoires.

Sa femme lui donne deux filles (la progéniture mâle a prématurément disparu, ce qui est un drame intime pour Vauban).

Sa fille aînée, Charlotte, née en , épousera le , en l'église d'Epiry, en Morvan, Jacques-Louis de Mesgrigny, neveu de Jean de Mesgrigny. Mesgrigny était un grand ami de Vauban, compagnon de siège, ingénieur, lieutenant général et gouverneur de la citadelle de Tournai.

Leur fils, Jean-Charles de Mesgrigny, comte d'Aunay (1680–1763), recevra les papiers de Vauban en héritage (dont les manuscrits des OisivetésRecueil d'observations et de réflexions.).

Ces papiers passeront ensuite dans la famille de Louis Le Peletier de Rosambo, président à mortier au parlement de Paris et héritier de Charlotte de Mesgrigny. Ils sont aujourd'hui conservés dans le château familial de Rosanbo dans les Côtes-d'Armor et microfilmés aux Archives nationales.

Le couple de sa fille aînée a , mais un seul, Jean-Charles, eut une descendance avec deux filles et un garçon.