L'État du Tchad dans ses frontières actuelles est une création de la colonisation européenne. Ses frontières sont la résultante de négociations entre Français, Anglais et Allemands dans les années 1880. Mais l'espace tchadien possède une histoire riche et relativement bien connue. Il est sans doute l'un des berceaux de l'Humanité comme l'indique la découverte du fossile de Sahelanthropus tchadensis surnommé « Toumaï ». Il a été par la suite le siège de trois grands royaumes sahéliens, le Kanem-Bornou, le Baguirmi et le Ouaddaï.
Considéré comme protectorat français à partir de 1900, le Tchad fut érigé en colonie en 1920 dans le cadre de l'AEF (Afrique-Équatoriale française). Sous l'impulsion du gouverneur Félix Éboué, il fut la première colonie française à se rallier à la France libre en 1940.
Devenue république autonome en 1958, le Tchad accéda à l'indépendance le sous la présidence de François Tombalbaye. Celui-ci dut bientôt faire face à la révolte des populations du Nord, en majorité musulmanes, ce qui l'amena à solliciter l'aide des troupes françaises en 1968. Après l'assassinat de Tombalbaye en 1975, le pouvoir échut au général Félix Malloum, qui dut céder la place en 1979 au nordiste Goukouni Oueddei, à la suite de la première bataille de N'Djaména. En 1980, la seconde bataille de N'Djaména permit à Goukouni Oueddei d'évincer son rival, Hissène Habré, avec l'aide décisive des troupes de la Jamahiriya arabe libyenne de Mouammar Kadhafi.
Après l'échec d'un projet de fusion entre le Tchad et la Libye en 1981, les troupes libyennes se retirèrent dans le cadre d'un accord conclu avec le gouvernement français. En 1982, Goukouni Oueddei fut renversé à son tour par Hissène Habré, qui dut faire appel l'année suivante aux troupes françaises pour contenir une nouvelle invasion libyenne. En 1987, une contre-offensive des forces tchadiennes contraignit finalement les troupes libyennes à évacuer le pays, à l'exception de la bande d'Aozou, qui ne fut restituée au Tchad qu'en 1994.
En 1990, Hissène Habré fut chassé du pouvoir par Idriss Déby, qui meurt en 2021. Ce dernier semble bénéficier du soutien de la France et de la Libye, face aux divers mouvements de rébellion qui seraient plus ou moins encouragés par le Soudan voisin, en liaison avec le conflit du Darfour.
Préhistoire thumb|Moulage du crâne holotype de Sahelanthropus tchadensis. « Abel » est le surnom donné au premier spécimen de l'hominidé fossile Australopithecus bahrelghazali, découvert en 1995 au Tchad par une équipe conduite par Michel BrunetM. Brunet, A. Beauvilain, Coppens, Y., É. Heintz, A.H.E. Moutaye et D. Pilbeam, « The first australopithecine 2,500 kilometres west of the Rift Valley (Chad) », Nature 378, 1995, .Brunet, M., Beauvilain, A., Coppens, Y., Heintz, É., Moutaye, A.H.E et Pilbeam, D. (1996) - Australopithecus bahrelghazali, une nouvelle espèce d'Hominidé ancien de la région de Koro Toro (Tchad), Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, vol. 322, pp. 907-913.. Il aurait vécu entre 3,5 et 3,0 millions d'années BP et serait contemporain dAustralopithecus afarensis.
« Toumaï » est le surnom donné à un crâne de primate fossile découvert en 2001 au Tchad. Il a conduit à la définition d'une nouvelle espèce, Sahelanthropus tchadensis, que certains paléoanthropologues considèrent comme l'une des premières espèces de la lignée humaineBrunet M., Guy F., Pilbeam D., Mackaye H. T., Likius A., Djimdoumalbaye A., Beauvilain A., Blondel C., Bocherens H., Boisserie J.-R., de Bonis L., Coppens Y., Dejax J., Denys C., Duringer P., Eisenmann V., Fanone G., Fronty P., Geraads D., Lehmann T., Lihoreau F., Louchart A., Mahamat A., Merceron G., Mouchelin G., Otero O., Pelaez Campomanes P., Ponce De Leon M., Rage J.-C., Sapanet M., Schuster M., Sudre J., Tassy P., Valentin X., Vignaud P., Viriot L., Zazzo A. et Zollikofer C. P. E., 2002. A new hominid from the Upper Miocene of Chad, Central Africa. Nature, 418 (6894), 145-151..
Abel, Australopithecus bahrelghazali Toumaï, Sahelanthropus tchadensis
Antiquité et Moyen-Âge La région du lac Tchad est habitée essentiellement par des populations agricoles et pastorales. Des populations sédentaires s’installent principalement au sud, près des cours d’eau, des groupes nomades occupent les zones plus arides du nord, où subsistent des oasis habitées. La désertification progressive du Sahara et la baisse du niveau du lac Tchad entraînent des mouvements de populations vers cette zone, favorisant des dynamiques d’adaptation et de concentration humaine.
Les données climatiques suggèrent que la période entre le est marquée par un climat relativement plus humide qu’aujourd’hui, comme l’indique le déversement prolongé du lac Tchad dans le Bahr el-Ghazal. Toutefois, une phase d’aridification semble s’amorcer au .
La diffusion des techniques du fer dans la région est inégale. Alors que le fer est utilisé dès le dans la région de Termit, il n’apparaît que plus tard dans le sud du lac Tchad, notamment sur le site de Daïma. Ces décalages traduisent des clivages régionaux, davantage marqués entre l’est et l’ouest qu’entre le nord et le sud. La culture haddadienne, centrée sur la métallurgie du fer, se développe entre les dans le nord-est du Tchad.
L’introduction du chameau au favorise l’ouverture de voies caravanières transsahariennes. Des routes reliant le Fezzan, le Kaouar et la région du lac Tchad permettent l’établissement progressif de réseaux commerciaux. La présence du royaume des Garamantes dans le Fezzan joue probablement un rôle structurant dans ce commerce. À partir du , la route centrale du Sahara devient progressivement une voie majeure des échanges, renforcée par les contacts avec l’Afrique du Nord islamisée.
Anciens royaumes
thumb|Garde du cheikh du Bornou (gravure de E.F. Finden publiée en 1826).
Plusieurs entités politiques ont existé dans l'espace tchadien actuel. Elles ont souvent coexisté, entretenant entre elles des rapports de rivalité, de domination, de suzeraineté ou d'alliance. Chacune a son histoire et ses caractéristiques. La nature du pouvoir et du chef n'est pas la même partout et à toutes les époques : chef religieux, chef politique et militaire. Certaines de ces formations sont très anciennes et ont un prolongement dans le Tchad d'aujourd'hui par les autorités traditionnelles (sultans, chefs traditionnels) qui coexistent avec les autorités administratives.
Origine du Kanem (Kanem-Bornou) thumb|150px|Territoire du royaume de Kanem-Bornou. Le royaume du Kanem apparait au , sous domination des Zaghawa. Il s'affirme indépendamment au à l'arrivée d'une dynastie musulmane Maguimi, les Sefuwa. Ils ont pour capitale la ville de Njimi. Musulman à partir du règne d'Oumé (vers 1085), il atteint son apogée avec Dounama Dibalami (1220/1259), qui l’étend vers le Fezzan et le Nil, et lie des relations avec les royaumes berbères, en particulier avec les Almohades.
Après la mort de Dounama, le Royaume se morcelle rapidement. Au , il est menacé par les Sao et les Boulala venus de l'est. Pour échapper à ces attaques extérieures, les souverains du Kanem doivent se réfugier sur la rive ouest du lac Tchad où ils fondent le royaume de Bornou en 1395.
Le Bornou reconquiert le Kanem et devint le Kanem-Bornou au . L'Empire atteint son apogée sous le règne d'Idriss III Alaoma (1580-1603). À la fin du , le Bornou a retrouvé une puissance certaine et étend son influence jusque sur les peuplades de la Bénoué moyenne. Sa prospérité est essentiellement basée sur le trafic des esclaves. À la fin du , la région est ravagée par le négrier soudanais Rabah qui s'impose comme le dernier sultan du royaume ; puis ce dernier est écrasé par les troupes coloniales françaises en 1900.
Le royaume du Ouaddaï
Le royaume du Ouaddaï émergea au . Au début du siècle suivant, des clans de la région se rallièrent au sultan AbdelKarim ben Djameh, qui renversa les Tunjur et fit de Ouaddaï un sultanat islamique. Au cours du , le pays résista aux tentatives d'annexion du Darfour et vers 1800, le sultan commença à étendre son pouvoir. Une nouvelle route commerciale vers le nord fut ouverte et Sabun se mit à frapper sa propre monnaie. Il importa des armes et fit venir des conseillers militaires d'Afrique du Nord. Ses successeurs furent moins habiles que lui, et le Darfour tira parti d'une dispute successorale en 1838 pour placer son propre candidat au pouvoir, Mohammed Sharif. Ce dernier se retourna cependant contre le Darfour et instaura son propre règne, ce qui lui permit de se faire accepter par les différents clans de Ouaddaï. Il étendit l'hégémonie du sultanat sur le royaume de Baguirmi et jusqu'au fleuve Chari, et résista aux colons français jusqu'en 1912.
Ouaddaï subsiste comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.
Le royaume du Baguirmi Le royaume du Baguirmi émergea au sud-est de Kanem-Bornou au . Il adopta rapidement l'islam et devint un sultanat. Absorbé par le Kanem-Bornou, il recouvra son indépendance au cours du , pour être à nouveau annexé au milieu du . Il tomba en déclin au cours des années 1900 et se trouva sous la menace militaire du royaume du Ouaddaï. Il résista, mais accepta la tutelle de son voisin dans l'espoir de mettre fin à des dissensions internes. Lorsque sa capitale brûla en 1893, le sultan demanda et obtint le statut de protectorat auprès des autorités françaises.
Baguirmi subsiste comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.
Royaume Arna Wadi-Marou Le royaume après l'arrivée de l'Allemagne est divisé en trois parties : la chefferie traditionnelle du Tibesti l'ancien dirdé-kodé et maintenant Handjir Yosko ; la chefferie traditionnelle du Mourdi maintenant Barkahaï ; la chefferie traditionnelle du Niger.
Les principautés kotoko Peuple kotoko : Mani ; Douguia ; Mandelia ; Logone Birni ; Gaoui ; Logone Gana.
Le royaume moundang de Léré
Le royaume moundang de Léré est un ancien état localisé dans le Sud-Ouest du territoire actuel du Tchad. Il n'existe plus aujourd'hui en tant qu'entité politique indépendante, mais seulement comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.
Le royaume toupouri de Doré Le royaume toupouri de Doré est un ancien État localisé sur les territoires actuels du Tchad (principalement) et du Cameroun. Il n'existe plus aujourd'hui en tant qu'entité politique indépendante, mais seulement comme chefferie traditionnelle en relation avec les autorités administratives tchadiennes modernes.
Le royaume Kenga d'Abtouyour vignette|upright|Le Mont Abtouyour.
1900-1960 : période coloniale française
vignette|Mort du Commandant Lamy à la bataille de Kousséri en 1900. thumb|Charles de Gaulle et le gouverneur Félix Éboué en octobre 1940.
La France entre au Tchad en 1891 et y lance des expéditions militaires contre les royaumes musulmans. En 1898, la France lance trois expéditions en direction du Tchad : la mission Voulet-Chanoine depuis Dakar et le fleuve Niger, la mission Foureau-Lamy depuis Alger et le Sahara algérien et la mission d'Émile Gentil depuis le Moyen-Congo. La décisive bataille de Kousséri met aux prises le près de l'actuelle N'Djaména les forces du commandant François Joseph Amédée Lamy et celles du seigneur de guerre soudanais Rabah — tous deux morts durant le combat. Émile Gentil fonde alors Fort-Lamy sur la rive droite du Chari et devient le premier administrateur du Tchad.
En 1905, l'administration du Tchad est confiée à un gouverneur général sis à Brazzaville, capitale de l'Afrique-Équatoriale française (AEF) dont le Tchad fut partie intégrante avant d'être placé sous l'autorité d'un lieutenant-gouverneur à Fort-Lamy, aujourd'hui N'Djaména.