Le campus Pierre-et-Marie-Curie, dénommé de sa création jusqu'en 2019 campus de Jussieu, situé dans le quartier Saint-Victor du de Paris, est le campus principal de la faculté des sciences et ingénierie de Sorbonne Université.
Il était jusqu'en 2017, le campus principal de l'université Pierre-et-Marie-Curie. Il est aussi surnommé « Grand campus Curie » pour le différencier du « Petit campus Curie » qui était seul à porter ce nom avant 2019Sabine Delanes, « Le campus de Jussieu », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris : les palais de la science, Paris 1999 ..
Le campus est un ensemble de bâtiments universitaires construit sur le site de l'ancienne Halle aux vins de Paris pour accueillir à partir de 1964 des activités d'enseignement de recherche universitaires scientifiques avec la création de l'université Paris-VI en 1970, puis pluridisciplinaires avec l'installation de l’université Paris-VII de 1971 à 2007.
Le projet initial de l’architecte Édouard Albert ne fut jamais mené à son terme et le scandale de l'amiante a obligé l’État à procéder, de 1996 à 2016, au désamiantage et à la remise aux normes des bâtiments.
Histoire
Le campus Pierre-et-Marie-Curie se situe sur l'ancienne terre d'Alez, à l'extérieur de l'enceinte de Philippe-Auguste, entre la montagne Sainte-Geneviève et la Seine.
Les prédécesseurs thumb|Plan de l'abbaye Saint-Victor de Paris (plan Civitates Orbis Terrarum, 1572).
Ce lieu, bien que dévolu à de nombreux usages différents, a depuis longtemps une tradition intellectuelle, avec l’abbaye Saint-Victor de Paris, les cours d’herboristerie mais aussi de culture générale de Nicolas Houël, et l’ancien hôpital de la Pitié (1612).
En 1109, Guillaume de Champeaux, en réaction à son rival Abélard, fonde l’abbaye Saint-Victor, haut lieu d’une renaissance intellectuelle, bibliothèque célèbre et centre renommé de formation des clercs. Pendant plusieurs siècles, ce lieu d’apprentissage a joué un rôle majeur dans l’effervescence intellectuelle du Quartier latin. On y enseignait plusieurs disciplines, telles que la rhétorique, la musique, la grammaire, la dialectique, l’astronomie, la géométrie et la technologie. Comme pour toutes les abbayes, le régime de la commende la fait péricliter à la Renaissance (où humanités et sciences fleurissent dans des écoles spécialisés). Fermée en 1790, elle est démolie en 1810 et divers entrepôts s’établissent à sa place, suivis par la Halle aux vins. Celle-ci n’occupe toutefois pas tous les terrains de l’ancienne abbaye car au de la rue Cuvier, sont construits des locaux de la faculté des sciences de Paris, ouverts en 1894, où Marie Curie a effectué ses recherches de 1906 à 1913.
Création
Le campus de Jussieu est l’un des trois sites pressentis pour accueillir la faculté des sciences de Paris que le manque de place empêchait de maintenir à la SorbonneSabine Delanes, « Le campus de Jussieu », dans Christian Hottin (dir.), Universités et grandes écoles à Paris : les palais de la science, Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1999 , , spécialement .. L’argument de la continuité scientifique est mis en avant et le choix est entériné en 1946. Les travaux ne commencent que plus de dix ans plus tard, alors que le campus d'Orsay a été ouvert et que celui de Villetaneuse est déjà en projet : le retard étant en grande partie dû au refus des marchands de vin de déménager à Bercy. La première tranche de travaux commence en 1958 pour s’achever en 1961 ; le campus est inauguré dès 1959.
En 1964 André Malraux, alors ministre de la Culture, confie à Édouard Albert le soin de dessiner l’université qui devra accueillir le grand nombre de nouveaux étudiants issus du « baby boom ». Les bâtiments de cinq étages entourent des patios, servant de couverture à des locaux techniques, des amphithéâtres et des parkings « Historique du campus Jussieu » sur diderotp7.jussieu.fr, 6 février 2001. C’est l’architecte Édouard Albert qui eut l’idée d’une construction modulaire entièrement métallique, dont les plans en « gril » seraient, selon la légende du campus, inspirés du palais de l’Escurial près de Madrid.
La deuxième partie du campus thumb|Vue générale du campus en construction en 1970.
La deuxième tranche est réalisée entre 1964 et 1968Sabine Delanes, « Le campus de Jussieu », ., mais l’ensemble, tel qu’il est aujourd’hui rénové et achevé, est resté incomplet en regard des plans initiaux.
Cette deuxième tranche est réalisée et devait être inaugurée à la mi-, mais les étudiants des résidences universitaires organisent ce mois-là une série de grandes manifestations nationales partout en France"L'Express, 18 mars 1968 : la révolte des étudiants", par Jacqueline Giraud, dans L'Express du 19/03/2018 et le ministre de l'Éducation nationale, Alain Peyrefitte, préfère renoncer à la cérémonie pour ne pas affronter les manifestants parisiens.
Le projet initial fut en effet abandonné en 1972, faute de financements, d’où l’apparition de bâtiments préfabriqués pour pallier le manque de locaux. Le nombre d’étudiants était alors de , alors que le projet initial était conçu pour .
À la suite de la loi Faure, la faculté des sciences laisse sa place à deux nouvelles universités en 1971 : Paris-VI, pour sa partie scientifique, et Paris-VII, seule université interdisciplinaire intégrant disciplines littéraires et scientifiques. La bibliothèque scientifique, issue du transfert des collections récentes en sciences de la bibliothèque de la Sorbonne, prend le nom de bibliothèque interuniversitaire scientifique de Jussieu.
La dalle du campus surplombe les rues environnantes. Le « gril » est surplombé en son centre par la tour Zamansky, et est bordé sur deux côtés par les bâtiments un peu antérieurs de l’architecte Urbain Cassan, construits entre 1958 et 1961, à l'aplomb du quai Saint-Bernard et de la rue Cuvier. Ces bâtiments sont appelés « barres de Cassan » et comptent de laboratoires, salles de cours et services.
Désamiantage thumb|Campus de Jussieu (entrée) en 2005, pendant les travaux de désamiantage de la tour Zamansky. Le campus de Jussieu abrite à partir de 1977 le « Comité anti-amiante », animé par le chercheur Henri Pézerat qui se heurte au lobbying pro-industrie de l'amiante de Marcel Valtat, article de publié le 19 février 2009 dans L'Humanité. Après trente ans de controverses, dans lesquelles Claude Allègre tente de discréditer les lanceurs d'alerte, le ministère doit finalement reconnaître en 1996 la nécessité de désamianter les bâtiments. L’université Paris-VII décide alors de quitter le campus pour s’installer à Paris Rive Gauche. Il est alors envisagé une opération rapide de 37 mois, avec un déménagement partiel des locaux. Les études préliminaires ayant été compliquées, les travaux débutent sans réelle stratégie. Un « établissement public du campus de Jussieu » est spécialement créé pour la maîtrise d’ouvrage.
En 1998, les normes de sécurité étant devenues plus exigeantes, on ajoute au désamiantage la remise aux normes des bâtiments ainsi que leur rénovation. L’opération devient alors particulièrement complexe : il faut trouver des locaux provisoires afin de vider le campus pour pouvoir commencer les travaux. De plus le mobilier doit être dépoussiéré avant d’être déplacé et les locaux de recherche doivent être traités différemment de ceux d’enseignement. Enfin les relations tendues entre les instances dirigeantes des deux universités compliquent aussi les choses. Parallèlement la construction des nouveaux locaux de Paris-VII (inscrite au plan « Université du millénaire ») prend du retard, l’inauguration ne se fera qu’en 2007. Dans le but de maintenir les étudiants à Jussieu, de nouveaux bâtiments sont construits sur le campus, certains provisoires, d’autres comme « Esclangon » ou « l’Atrium » (bâtiment des ), définitifs.
Dans le même temps, des opérations de radioprotection (prospection en rayonnement gamma), et l’assainissement radioactif de l’« îlot Cuvier » dans l’objectif de sa restructuration, ont été effectuées par des entreprises spécialisées à la suite de la contamination en radium-226 constatée lors du contrôle radiologique.
L’ilot Cuvier est ensuite démoli (à l’exception du pavillon de la faculté des sciences de Paris où a travaillé Marie Curie) puis reconstruit pour y installer l’institut de physique du globe de Paris, qui occupait auparavant le site de Jussieu.
Le désamiantage impose, en raison de la toxicité des fibres d’amiante, des travaux spécialisés et coûteux. En 1995, une première estimation fait état d’un coût de 700 millions de francs (105 millions d’euros) ; mais celle-ci augmente vite et, en 2009, les chiffres sont estimés entre 800 millions et plus d’un milliard d’euros. Les travaux commencèrent sous le mandat de ministre de l’Éducation nationale de François Bayrou, furent arrêtés sous celui de Claude Allègre (qui affirmait que l’amiante n’était pas dangereux, du moins pour quelques années, si on l’enrobait dans un enduit à base de plâtre) et repris par la suite.
En 2008, l’UPMC réclame à l’État la propriété du site, transfert rendu possible par la loi LRU de 2007. Mais à la fin 2012, le gouvernement décide d’arrêter les procédures de dévolution, et les campus restent la propriété de l’État.
En « Tour Zamansky : les clés d'une nouvelle ère » sur le site officiel de l'université Pierre-et-Marie-Curie, consulté le 30 septembre 2009., après cinq années de travaux, ponctuées d’aléas politiques et administratifs, la tour Zamansky est finalement réhabilitée et réinvestie par les différents services administratifs de l’université Pierre-et-Marie-Curie. Partout sur ses façades, est désormais inscrite une citation de Jean Perrin (reprise et popularisée par André Malraux) : .
En , la gestion des travaux est reprise par un nouvel établissement : l’Établissement public d'aménagement universitaire de la région Île-de-France.
Après la fin des travaux, le campus est inauguré le , après une visite du président de la République (alors François Hollande) le jeudi .
La Cour des comptes a consacré plusieurs de ses rapports au campus de Jussieu. Dans le rapport public thématique de , elle pointe le manque de pilotage des opérations. Les travaux ont commencé avec des études préalables insuffisantes et sans plan directeur. Les différentes parties prenantes (État, EPCJ et universités) ont entretenu de mauvaises relations entre elles, les travaux ont été interrompus par un ministre minimisant les risques de l’amiante, et ces faits ont aggravé le manque de coordination. Finalement les travaux devront s’achever en 2015, soit 20 ans après son lancement et le coût final, annoncé à en 1996 puis ajusté à en 2001, est estimé en 2011 à .
Réhabilitations des barres de Cassan Les « barres de Cassan », édifiées entre 1958 et 1961, n’avaient pas été amiantées, et à ce titre ne sont pas concernées par les opérations de désamiantage. Des travaux importants de réhabilitation sont néanmoins nécessaires, envisagés entre 2015 et 2025, incluant la démolition de la barre F. Mais en 2015, ces travaux ne sont pas financés.
Architecture thumb|350px|right|Étapes de la construction du campus.
Le campus d’origine Les laboratoires Esclangon Les laboratoires « Félix-Esclangon » sont inaugurés par René Billères, ministre d’État chargé de l’Éducation nationale le jeudi : ils comptent . Situés à l’angle des rues Jussieu () et Cuvier (), ils sont voués aux travaux pratiques de physique en propédeutique. Les laboratoires sont baptisés à la mémoire de Félix Esclangon, professeur titulaire de la chaire d’énergétique appliquée (ancienne « chaire des hautes températures »), mort accidentellement en 1956 durant une manipulation lors d’une conférence sur les rayons X pour les étudiants du PCB, dans l’amphithéâtre de physique du local de la faculté des sciences, rue Cuvier"Qui est Félix Esclangon ?", sur le site du collège éponyme à Viry-Châtillon.
Les barres de Cassan