Auguste Piccard , né le à Bâle et mort le à Chexbres, est un physicien, aéronaute et océanaute suisse.

Frère jumeau de l'aéronaute Jean Piccard (1884-1963), il est le père de l'océanaute Jacques Piccard (1922-2008), le grand-père de l'aéronaute Bertrand Piccard (né en 1958) et l'époux de Marianne Denis (1895-1980), petite-fille du minéralogiste et chimiste Charles Friedel et de sa première épouse née Emilie Koechlin..

Bien qu'il ait produit de nombreuses publications scientifiques dans divers domaines, son nom reste attaché à l'exploration de la verticalité par des moyens hydrostatiques : le ballon à hydrogène pour la stratosphère et le bathyscaphe pour les fosses marines. Dans les deux cas, un habitacle sphérique étanche, un élément de sustentation (hydrogène ou essence) et du lest (grenaille de plomb) sont présents pour contrôler l'altitude ou la profondeur.

Son parcours scientifique et son physique inspirent à Hergé le personnage du Professeur Tournesol dans les aventures de Tintin. C'est également en son hommage et celui de son frère Jean qu'a été nommé le personnage de Jean-Luc Picard de la série Star Trek.

Biographie vignette|redresse|gauche|« Le magnifique exploit du professeur Piccard », une du Petit Journal illustré, le . Le à Augsbourg, il s'élève en ballon libre dans la stratosphère avec son assistant, l'ingénieur suisse Paul Kipfer, devenu pour ce fait citoyen d'honneur de Bienne. Il atteint l'altitude de , qui fut homologuée comme record du mondeDes merveilleux fous volants.

C'est l'ingénieur belge Max Cosyns, de l'université libre de Bruxelles, qui accompagne le professeur Piccard lors de sa seconde ascension stratosphérique le .

Éclectique, Auguste Piccard conçoit aussi des engins pour plongées profondes, les bathyscaphes. En 1960, l'un d'eux, le Trieste, atteint la profondeur de dans le Pacifique (son quatrième record du monde, obtenu à 76 ans). Enseignant à l'université libre de Bruxelles, il bénéficie de l'aide du FNRS, Fonds national de la recherche scientifique de Belgique, pour la construction de ses ballons et du bathyscaphe qui portent les initiales du FNRS. Dans la suite, la marine française, avec les ingénieurs Georges Houot et Pierre Willm, s'associa au FNRS pour les expériences du premier bathyscaphe en haute mer. Plus tard, c'est la marine italienne qui prit le relais pour les expériences d'un nouveau bathyscaphe, le Trieste.

Historique En 1903, étudiant à la faculté de Philosophie II (sciences naturelles) à l’université de Bâle. Il y publie en 1904 son premier travail scientifique Nouveaux essais sur la sensibilité géotropique des extrémités des racines. En 1910, ingénieur diplômé, il obtient son doctorat, à la veille de la Première Guerre mondiale. thumb|Auguste Piccard (dans les suspentes du ballon à droite), avec son frère Jean (à gauche), auxiliaires dans la troupe aéronautique suisse, 1914-1918Gruppenbild der Montagemannschaft, 1914.01.01-1918.12.31, Archives fédérales suisses.. En 1922, nommé professeur de physique à l'université libre de Bruxelles (Faculté des sciences appliquées/École polytechnique de Bruxelles), il y réalise les premiers essais de vols stratosphériques en ballon libre. À cette occasion, il est le premier à utiliser un aéronef pressurisé. Le , il participe à la coupe Gordon Bennett à Bruxelles à bord du Zürich avec le E. Staheli. Les conditions étant très mauvaises (il y a eu plusieurs tués), ils se posent à Hapert aux Pays-Bas, à du point de départ (Solbosch).. Les 20 et , il refait l'expérience de Michelson-Morley à d'altitude à bord de lHelvetia (avec Ernst Stahel au-dessus de Bruxelles). En octobre 1927, il participe au cinquième Congrès international Solvay. vignette|droite|512px| congrès international de physique Solvay, Bruxelles 1927 (17 sur les 29 sont ou seront prix Nobel). Piccard, debout à gauche, se reconnaît à sa haute taille. Le , il tente de battre un nouveau record et réussit le en partant de Hour en Belgique pour atterrir à Ljubljana en Yougoslavie, ayant parcouru une distance de après avoir atteint une altitude de .

Ces ascensions furent l'occasion de nombreuses expériences scientifiques. Auguste Piccard retourne en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, puis reprend son poste à Bruxelles. Dès 1945, il conçoit le premier vaisseau des profondeurs, le bathyscaphe, et, en 1948, il réalise la première descente en profondeur, au large de Dakar, en compagnie de Théodore Monod. En , avec son troisième bathyscaphe, le Trieste, piloté par son fils Jacques Piccard, il bat le premier record de plongée en profondeur : , au large de l'Italie.

Le Trieste est un petit sous-marin sous lequel se trouve fixée une sphère détachable, en acier très épais, de deux mètres de diamètre, munie d'un hublot et de deux projecteurs : le bathyscaphe, alimenté par batteries. En 1954, Auguste Piccard s’installe à Chexbres, où il meurt en 1962 à l'hôtel PrealpinaArticle du Regional. Incinéré, ses cendres sont dispersées en LausanneFind a grave.

Premier vol stratosphérique En 1929, Auguste Piccard (qui a fait son service militaire en Suisse dans une unité d'aérostiers), alors professeur de physique à l'université libre de Bruxelles (ULB), remet un projet au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) récemment créé à l'initiative du roi Albert. Il consiste à explorer la stratosphère en ballon à gaz. Le projet, qui nécessite belges, reçoit un accueil favorable. L'engin est immédiatement mis en chantier. Il consiste en un ballon sphérique de rempli d'hydrogène et une cabine sphérique de de diamètre. L'enveloppe du ballon est en coton peint en jaune (Chloramine FF d'IG Farben) pour absorber le rayonnement solaire. Complètement gonflé, à l'altitude maximum, c'est une sphère de de diamètre. La capsule sphérique, en aluminium de trois millimètres d'épaisseur, est munie de huit hublots de dix centimètres de diamètre et percée de deux trous d'homme de quarante-six centimètres de diamètre. Étanche, sa pression interne sera celle d'une altitude de . Elle est peinte en noir d'un côté, en blanc de l'autre afin de pouvoir réguler la température en changeant son orientation par rapport au Soleil grâce à une hélice externe. Elle est prévue pour deux aéronautes, l'équipement scientifique pour mesurer la pression, la température et le rayonnement cosmique, et le lest nécessaire à la navigation. Le ballon fut fabriqué par la société A. Riedinger, Ballon-Fabrik AG d'Augsbourg ; la nacelle par les Établissements Georges L'Hoir à Liège. Afin de survivre dans cette nacelle étanche, le dioxyde de carbone était absorbé par un appareil de type Dräger à chaux sodée, et l'équipage répandait régulièrement de l'oxygène liquide sur le sol de l'habitacle pour compenser son absorption (sous forme de CO2 par l'appareil).

Une première tentative de décollage est effectuée le , mais la météo se gâte pendant les préparatifs et le projet doit être reporté.

vignette|gauche|Auguste Piccard et Paul Kipfer arborant leur « casque » en osier (1930). thumb|Caricature de Piccard par Van Schaik. La seconde tentative a lieu à Augsbourg, le . Le départ est prévu pour 5 heures 30, juste avant le lever du Soleil, mais, à la suite d'une erreur, le ballon part un peu avant 4 heures, peu de temps après l'embarquement d'Auguste Piccard et de son coéquipier, Paul Kipfer. Rapidement, les ennuis s'accumulent : ils doivent réparer l'appareil à oxygène qui a été endommagé lorsque le vent s'est levé pendant la nuit. De même, ils éprouvent des difficultés à fermer un orifice qui a été déformé lorsque la cabine a été chahutée. Celle-ci n'est plus étanche et perd l'oxygène nécessaire à leur survie dans la stratosphère. À 4 heures 25, moins d'une demi-heure après le décollage, ils ont atteint l'altitude de . Ils sont montés à par minute, par heure ; avec les ennuis qu'ils ont rencontrés, ils n'ont pas eu le temps de faire beaucoup de mesures durant l'ascension. Mais ils sont les premiers êtres vivants qui ont accédé à la stratosphère. Les études scientifiques commencent. Il fait calme, l'air est limpide, le ciel est bleu foncé, tirant vers le violet. Ils lâchent encore un peu de lest et approchent les (le record sera homologué à ). À 6 h 35, ils s'aperçoivent que la commande de la soupape qui devait leur permettre de redescendre en libérant de l'hydrogène s'est coincée à cause d'un cordage qui aurait dû être libéré au décollage, ils vont devoir attendre la baisse de température de la nuit pour redescendre. Plus tard, c'est le système qui devait permettre de réguler la température à l'intérieur de l'habitacle en présentant le côté sombre ou le côté clair au Soleil qui tombe en panne, et la température monte dangereusement ; ayant emporté trop peu d'eau, ils risquent la déshydratation. C'est finalement à 21 h, après 17 heures de vol, qu'ils atterrissent sains et saufs, à d'altitude, sur le glacier de Gurgl, près de Sölden au Tyrol (environ ). Après une nuit passée près de la nacelle, ils rejoindront les habitants du village partis à leur recherche. Leur retour à la civilisation est triomphal et Auguste Piccard recevra la Légion d'honneur. vignette|Préparations d'un vol stratosphérique en 1932. vignette|Préparations d'un vol stratosphérique en 1932. vignette|Préparations d'un vol stratosphérique en 1932.

Second vol stratosphérique Une nouvelle cabine légèrement modifiée est construite chez le même Georges L'Hoir à Liège ; le ballon est le même. Cette fois-ci, la cabine est entièrement peinte en blanc, ils préfèrent avoir trop froid que trop chaud. Afin de bénéficier de meilleures conditions atmosphériques, le décollage a lieu dans une cuvette, à Dübendorf, près de Zurich. Les Suisses organisent le départ. Ils embarquent de lest. Le décollage s'effectue sans problème, le , à 5 h 07, emportant Auguste Piccard et son assistant Max Cosyns... L'altitude maximum ( au baromètre, mètres selon des théodolites au solJ. Ganz, F. W. Götz et Pr. A. Kreis suivent le ballon de Thusis, Arosa et Coire.) est atteinte à 10 h 40 du côté du lac des Quatre-Cantons. À midi, ils amorcent la descente au-dessus de la Bernina. Ils se posent en Italie près de Monzambano, près de Desenzano, un peu avant 17 heures. La mission a été « nominale ». thumb|La pénible arrivée d'Auguste Piccard à Monzambano, le , après son second vol stratosphérique.

Le ballon sert une troisième fois le , avec à son bord Max Cosyns et Nérée Van Der Elst. Il part de Hour en Belgique et se pose dans la région de Ljubljana, à , près de Murska Sobota en Yougoslavie (aujourd'hui Slovénie), après un vol record de , atteignant une altitude de .. L'enveloppe, devenue trop poreuse et dont la toile commence à se craqueler, ne sera plus utilisée ; elle prendra feu lors d'une tentative de conversion en montgolfière (avec Max Cosyns, le ).

Premier bathyscaphe

Baptisé FNRS 2, sa sphère fut construite par les Usines Émile Henricot à Court-Saint-Étienne (Belgique). Max Cosyns était codirecteur de l'expédition, ce qui provoqua quelques tensions. Auguste Piccard ne fit qu'une plongée à -, le , avec Théodore Monod près de l'île de Boa Vista au Cap-Vert (où il rencontra Jacques-Yves Cousteau). Les flotteurs sont endommagés lors d'un essai inhabité à - mètres le (profondeur atteinte, mètres). La mer étant devenue houleuse, ils ne peuvent vider les réservoirs et embarquer le submersible à bord du Scaldis. Ils tentent de le remorquer, mais il n'est pas prévu pour cela.