James Connors, dit Jimmy Connors, né le à East Saint Louis dans l'Illinois, est un joueur de tennis américain professionnel.
Numéro un mondial à l'ATP pendant 268 semaines, dont 160 consécutives entre 1974 et 1977, il a remporté, au cours d'une carrière exceptionnellement longue (1972-1996), huit tournois du Grand Chelem en simple, dont l'US Open à cinq reprises, un record qu'il co-détient avec Pete Sampras et Roger Federer, et deux fois Wimbledon. Comptant au total 149 titres à son palmarès, dont 109 en simple recensés par l'ATP, ce qui constitue le record absolu sous l'ère Open, il est considéré comme l'un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps.
Un de ses records phares, certainement un des plus sous-estimés et pourtant un des plus significatifs, est sa présence dans le Top 3 du classement mondial de fin de saison en simple, et ce, durant 12 années consécutives (de 1973 à 1984), dont cinq d’affilée à la première place (de 1974 à 1978). Un record toujours inégalé à ce jour.
Gaucher au tempérament bien trempé, il a, parmi les premiers, fait un usage immodéré de son revers à deux mains qu'il aimait à frapper le plus fort possible du fond du court, dès le retour de service.
Jugé trop arrogant par le monde du tennis dans les années 1970, sa combativité sans faille, son charisme et son humour lui ont finalement valu, les années passant, de devenir l'un des joueurs les plus appréciés du public.
Jimmy Connors a épousé la Playmate Patti McGuire, Miss et Playmate de l'Année 1977, avec qui il a eu deux enfants.
Style de jeu Jimmy Connors peut être considéré comme l'un des plus grands joueurs de l'ère Open. Sa carrière a été exceptionnellement longue : seuls chronologiquement Bill Tilden, Pancho Gonzales et Ken Rosewall, sa victime quadragénaire en finale de Wimbledon et de l'US Open 1974, ont fait mieux. Outre une intense combativité, le jeu de ce gaucher s'est construit autour de son revers à deux mains, joué à plat, ainsi que sur ses retours de service d'une rare qualité ; Jimmy Connors est considéré comme un des meilleurs relanceurs de tous les temps. Ses autres points forts étaient les coups de défense : lobs et passing-shots, le tout allié à un jeu de jambe exceptionnel. Son coup droit, en revanche, était jugé comme son point faible, parfois flottant et imprécis, notamment sur balle basse, molle et sans angle. Mais pour avoir l'occasion de le viser, il fallait déjà parvenir à contenir l'immense agressivité de fond de court de son revers à deux mains.
Ce revers à deux mains était dans les années 1970 encore peu répandu et assez « mal vu » alors qu'il est aujourd'hui le coup le plus commun.. C'est Connors qui, avec Björn Borg, contribua à le populariser et à lui donner ses lettres de noblesse. La longueur exceptionnelle de sa carrière en fit un joueur extrêmement populaire aux États-Unis. Cependant, Connors passa par plusieurs phases auprès du public américain. Peu apprécié dans les années 1970 jusqu’à l'arrivée de John McEnroe, qui monopolisera les rancunes du public au tournant des années 1980, Connors gagna du respect en même temps qu'il gagnait en âge.
L'arrogance de sa jeunesse devint une combativité respectée puis admirée par les Américains, mais aussi par les Européens : un de ses derniers matchs marqua les esprits du public français. En seizième de finale de Roland-Garros le , face à Michael Chang, Connors lutta durant , ne cédant que par abandon au cinquième set, à bout de forces, non sans avoir remporté la quatrième manche et le premier point de la cinquième sur une attaque de revers. Jimmy Connors expliqua qu'il avait eu des problèmes avec son dos et que c'était son deuxième match de longue durée en quelques jours, après celui qu'il avait disputé contre Ronald Agénor, qui avait duré le Connors contre Chang à Roland Garros, Institut national de l'audiovisuel, 31.05.1991Jimmy, tu es une légende, Le Matin (page 19), 30.05.1991, Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne).Jimmy Connors, du requin au menu, Le Matin (page 19), 01.06.1991, Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne)..
Carrière Les débuts Connors débute sur le circuit en 1970 avec en septembre une première victoire sur un joueur du Top 20, Roy Emerson, au premier tour du tournoi de Los Angeles. En , il bat Stan Smith, meilleur joueur du monde du moment, en demi-finale du même tournoi de Los Angeles. Il passe professionnel en 1972. Rapidement, il s'impose comme l'un des grands espoirs américains avec Solomon et Tanner. Durant deux saisons, il parvient à s'emparer de 17 titres professionnels et en particulier celui de l'U.S. Pro 1973 en battant au premier tour Stan Smith et en finale Arthur Ashe. En 1972, Connors se qualifie pour le Masters du Grand prix réservé aux professionnels indépendants (par opposition aux professionnels sous contrat avec l'organisation WCT), démontrant ainsi qu'il fait désormais partie du Top 20 voire du Top 15 des meilleurs joueurs du monde. En 1973, il atteint les quarts de finale de l'US Open, tournoi qui attire le plus beau plateau de l'année devant Roland-Garros. Il joue aussi les quarts de finale à Wimbledon, tournoi dévalué en 1972 (interdit aux pros sous contrat de la WCT) et 1973 (tournoi boycotté par l'ATP avec seulement 4 des 20 meilleurs joueurs du monde du moment, Ilie Năstase, Jan Kodeš, Roger Taylor et Connors lui-même). Fin 1973, tous les experts le classent entre la et la mondiale (l'ordinateur de l'ATP le plaçant même à une quelque peu surestimée).
Le Petit Chelem de 1974 : Connors sur le toit du monde
Alors qu'il commence à faire sa place dans le paysage du tennis mondial en 1973, il franchit un cap l'année suivante, triomphant de la génération précédente (dont Ilie Năstase et Stan Smith) en réalisant le Petit Chelem, exploit rare durant l'ère open (réalisé ensuite par Mats Wilander en 1988, Roger Federer en 2004, 2006 et 2007, Rafael Nadal en 2010 et Novak Djokovic en 2011, 2015 , 2021 et 2023). Il emporte d'abord l'Open d'Australie en battant Phil Dent, le père de l'actuel joueur américain Taylor Dent.
Il est privé des Internationaux de France de tennis, les professionnels américains préférant alors jouer des exhibitions lucratives (un championnat intervilles américain notamment) peu avant le tournoi et hésitant parfois à faire le déplacement parisien. En réaction, Philippe Chatrier, alors président de la FFT bannit du tournoi l'ensemble des joueurs de ces intervilles, dont Connors. Pour lui, c'est une cruelle désillusion car à l'époque il est tout simplement irrésistible, même sur terre battue. En effet à Indianapolis le seul tournoi sur terre battue qu'il joue cette année-là, il bat Björn Borg et Manuel Orantes les vainqueur et finaliste du dernier Roland-Garros. Il enchaîne des victoires à Wimbledon et à l'US Open, écrasant à deux reprises en finale l'Australien Ken Rosewall.
L'interdiction de disputer Roland-Garros l'a très probablement privé d'un Grand Chelem (que seuls deux joueurs masculins ont réalisés en simple : Donald Budge en 1938, et Rod Laver en 1962 et 1969). Jimmy Connors a porté l'affaire devant la justice en attaquant la Fédération française de tennis. Il prit comme avocat Robert Badinter, mais fut débouté. Il réalisa cette année-là un ratio victoire/rencontre sur une saison de 95,7 % de victoire soit 89 victoires pour quatre défaites seulement contre Karl Meiler à Omaha sur dur indoor, Stan Smith à Nottingham sur herbe, Juan Gisbert à Montréal sur dur et Onny Parun à San Francisco sur moquette indoor, seul John McEnroe fit mieux dix ans plus tard en 1984 avec un ratio de 96,5 %.
1975-1978 : le duel face à Borg (une rivalité entre deux légendes) Désormais numéro un mondial, Connors va passer les prochaines années à lutter contre le Suédois Björn Borg, vainqueur de Roland-Garros en 1974 à l'âge de .
En 1975, il réalise un petit chelem de finales perdues, le quatrième de l'histoire du tennis et le seul de l'ère Open. Il perd ses 3 titres contre John Newcombe en Australie (il ne rejouera plus jamais ce tournoi) puis contre le champion américain Arthur Ashe, 33 ans, en finale de Wimbledon, et contre l'Espagnol Manuel Orantes en finale d'un US Open joué pour trois éditions (1975, 1976 et 1977) sur har-tru, nom de la terre battue verte américaine.
Il demeure néanmoins numéro 1 mondial, ne disputant l'année suivante ni l'Open d'Australie, ni Roland-Garros. Battu en 1/4 de finale à Wimbledon par son compatriote et redoutable serveur, Roscoe Tanner, il remporte la finale de l'US Open face à Borg (6-4, 3-6, 7-6, 6-4). Les deux hommes se partagent les titres : Borg l'emporte à Wimbledon, Connors à l'US Open, et les deux hommes s'affrontent souvent en finale des autres tournois prestigieux.
Ces années, deux personnes lui apportent un soutien technique, l'une l'ayant propulsé dans le tennis avec une volonté titanesque, sa mère, Gloria Connors (décédée en ), elle-même ancienne joueuse de haut niveau et enseignant le tennis professionnellement, mais aussi un joueur lui aussi atypique, Pancho Segura.
En 1977, toujours numéro 1 mondial, il cède lors de deux finales majeures, d'abord à Wimbledon face à Borg lors d'une homérique lutte de 5 sets (6-3, 2-6, 1-6, 7-5, 4-6), revenant de 0-4 à 4-4 (15/0) dans le cinquième set, puis commettant une double faute et multipliant dès lors les fautes directes face à un Borg imperturbable. Puis à l'US Open, il échoue face à l'Argentin Guillermo Vilas, récent vainqueur des Internationaux de France de tennis, dans un match qu'il croit avoir à sa main avec de multiples occasions de mener deux sets à un, craquant complètement par la suite face à un Vilas aussi solide et impitoyable que l'avait été Borg deux mois plus tôt. À cette occasion, le public assiste à un déroulement de fin de match inédit. Sur une balle de match, après en avoir sauvé plusieurs, une approche de coup droit de Connors est jugée ligne, puis faute. Le public envahit alors le central et rend impossible toute contestation, portant bientôt l'Argentin en triomphe ; un des spectateurs ayant envahi le terrain allant même jusqu'à provoquer Connors qui l'accueillit en retour d'un coup de poing. Ces émotions passées, l'Américain remporte son unique Masters en , à New York, battant Borg en finale (6-4, 1-6, 6-4), lui-même ayant battu Vilas (6-3, 6-3) en demi-finale, adversaire qu'il s'était choisi en déclarant forfait dans son dernier match de poule, afin d'éviter d'affronter l'Américain à ce stade de la compétition, là où Vilas avait lui battu Connors en poule (6-4, 3-6, 7-5). thumb|Jimmy Connors en 1978 à Rotterdam.