Les Marolles sont un quartier populaire, historique et touristique de la ville de Bruxelles (Belgique) au sud du centre-ville (Pentagone). Il comprend notamment le palais de justice (place Poelaert), la place du Jeu de Balle, l'église de la Chapelle, ainsi que les rues avoisinantes.

Toponyme Le quartier des Marolles devrait son nom à la congrégation des sœurs Apostolines, qui avaient pour vocation de secourir les prostituées, nombreuses dans le quartier au . Elles étaient également connues sous le nom latin de « Mariam Colentes » (celles qui honorent la Vierge Marie). Cette dernière expression sera successivement déformée en « Maricolles », puis « Marolles »Collectif, Les Marolles. 800 ans de luttes. Vie d'un quartier bruxellois, Éditions du Perron, 1988, .. Lorsque les sœurs quittèrent le quartier en 1715 pour aller s'établir au quai au Foin, leur nom resta attaché au quartier : l'actuelle rue de Montserrat s'appelait rue des Marolles (Op de Marollen en bruxellois)Jacques Dubreucq, Bruxelles 1000. Une histoire capitale, édité par l'auteur, 1996, volume 1, ..

Limites du quartier vignette|gauche|Monument aux vivants, rue du Faucon.

Les limites du quartier dit « Les Marolles » ne sont pas unanimement définies ni constantes. Le nom trouve son origine dans le quartier au tour de la rue de Montserrat, derrière le palais de Justice et qui s'appelle « La Marolle ». Ce n'est qu'à partir de la fin du qu'on parle des « Marolles » englobant en dehors de « La Marolle » encore cinq autres quartiersErik Baptist, cité par . Ce qui fait unanimité, c'est que Les Marolles sont délimitées au nord-est par la première enceinte et au sud-est par la seconde, aujourd'hui petite ceinture. Historiquement la limite occidentale était formée par les marécages de la Senne, et la limite est parfois encore placée au niveau des rues qui ont remplacé la rivière, entre-temps enfouie et déviée, mais la construction de la jonction Nord-Midi à travers le quartier a créé une barrière si importante que les rues entre jonction et ancien lit de la Senne ne sont plus toujours considérées comme faisant part du même quartier. Coté est, c'est une limite sociale qui s'opère, le quartier du Sablon n'en faisant pas partie, l'ancien quartier royal non plus, par contre la rue Samaritaine et la rue des Minimes sont généralement intégrées dans le quartier. Le palais de Justice est considéré comme faisant partie ou non des Marolles, mais par contre l'ancien quartier sur lequel il a été construit faisait bien partie de celles-ci. Enfin, le quartier peut aussi être défini culturellement comme le quartier du parler brusseleer et de la zwanze.

Histoire

Moyen Âge Historiquement, il s'agit donc d'un faubourg, celui devant la . Il existait déjà et était surtout habité par des tisserands, quand la ville construit la première enceinte, entre 1190 et 1250, choisissant donc d'en exclure ces gens. La chapelle qui leur servait depuis 1134 comme lieu de culte, est levé au rang de la paroisse de Notre-Dame de la Chapelle en 1210. Ce premier noyau d'habitation s'appelle donc quartier de la Chapelle. Ensuite, c'est le long de la rue Haute que des maisons se construisent, se rapprochant de la léprosérie, attestée depuis 1174, ce qui devrait devenir l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles beaucoup plus tard. À cette époque qu'elle faisait encore partie de l'échevinat d'Obbrussel (le Saint-Gilles d'aujourd'hui, qui fut attaché à la ville de Bruxelles par Jean II, duc de Brabant en 1296. Suite à la construction de la Seconde enceinte de Bruxelles entre 1357 et 1383, les Marolles se trouvent ainsi à l'intérieur.

L'ancien mur n'est pourtant pas démoli, il sert toujours à contrôler la population, permettant même de fermer l'accès à l'ancien centre-ville. Quand, par exemple, le , une revolte des bouchers et tisserands éclate, grâce à la possibilité de fermer la Steenpoort, les patriciens empêchent les deux groupes de se réunir. Ils massacrent d'abord les bouchers à l'intérieur, ensuite les tisserands du quartier de la Chapelle.

En 1405, un incendie ravage le quartier de la Chapelle et anéantit et 1 400 métiers à tisserAlexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, Éditions Libro-Sciences, 1968, tome 1, . Selon certains, l'incendie était déclenché par des patriciens pour mettre la population à leur place. Le territoire actuel des Marolles ne se remplit que lentement des habitations. Sur les plans de Deventer (1550) et de de Tailly (1640, édition de 1748) on voit qu'on traçe des rues longtemps avant d'y construire. Elles donnent accès aux champs des maraîchers et les prairies des blanchisseries.

La colline surplombant les Marolles, par contre, ne portait pas pour rien son nom de Mont aux Potences, étant un de deux endroits, ensemble avec l'Altitude Cent d'aujourd'hui, où la ville use de son droit, obtenu au , d'exécuter la peine de mort. C'était aussi là, où étaient brûlé les juifs lors du massacre de Bruxelles du .

Les Marolles étaient aussi un quartier des ordres religieux, la léproserie Saint-Pierre, déjà mentionnée, était organisée comme couvent (d'au moins 1174 à 1783). C'était aux moines bénédictins de l'abbaye du Saint-Sépulcre de Cambrai que les ducs avaient donné, en 1134, la chapelle devant la Steenpoort pour y installer un prieuré. Des concurrents devant la porte, ça ne plaisait pas du tout aux chanoines de Sainte-Gudule, qui se lançaient donc dans une guerre d'usure. Ces derniers obtiennent une partage en deux, le prieuré de ceux de Cambrai d'un coté, et la paroisse avec un curé à eux de l'autre coté. Sans église à eux seuls et combattu par Sainte Gudule, les bénédictins furent vite réduits au nombre de deux. Ils occupaient le grand bâtiment encore au , qui fut abattu pour la construction de la jonction Nord-Midi. De 1343 à 1595, le couvent des Riches-Claires se trouve près de la porte de Hal avant de déménager au centre-ville, où leur église persiste. De 1368 à 1796, des alexiens résident dans la rue du même nom. Des nombreux hospices s'y ajoutent: l'Hôtel Dieu Saint-Ghislain, Saint-Laurent, Saint-Corneille, les Douze Apôtres, Sainte-Élisabeth et Saint-Christophe, Saint-Aubert, l'hospice des Tanneurs...

Temps modernes Les religieux continuent à s'installer dans le quartier durant les temps modernes. De 1586 à 1773, les jésuites résident dans la rue de Ruysbroeck. Entre 1587 et 1796, les capucins occupaient un vaste complexe entre les rues des Capucins, de Saint-Ghislain, Haute et des Tanneurs. De 1620 au 1784 les brigittines occupent un couvent à droite et à l'arrière de l'église qui est encore debout aujourd'hui. De 1621 à 1796, les minimes occupent un vaste terrain en flanc de colline, dont reste toujours la rue et l'église qui portent leur nom. Dans le bas, à côté des brigittines, où une rue porte toujours leur nom, les visitandines occupaient un couvent de 1648 (demande d'installation) à 1802. Les apostolines, ou maricolles ne restent qu'entre 1660 et 1715 à l'endroit de la rue de Montserrat actuelle, mais laissent leur nom au quartier. De 1662 à 1798, des ursulines étaient installées dans la rue qui porte leur nom.

À la fin du , la partie des Marolles traversée par la rue des Minimes appelée à cette époque Bovendael, était fréquentée par des prostituées. En 1597, les rues de l'Épée et de l'Éventail qui reliaient la rue des Minimes à la rue Haute furent fermées la nuit par des guichets « afin de chasser de la rue Haute les femmes de mauvaise vie et leur suite demeurant au Bovendael et aux alentours »cité par Alexandre Henne et Alphonse Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, Éditions Libro-Sciences, 1968, tome 3, .

Au , quand Charles Quint gouverne son empire depuis Bruxelles, le quartier de la cour dans le haut de la ville s'étend rapidement vers ce qui est la place Poelaert aujourd'hui. Ça donnait de l'allure aussi au quartier campagnard en contre-bas... Contrairement à un cliché répandu, la rue Haute n'a pas toujours été une artère populaire : au , la noblesse et la bourgeoisie y firent construire de beaux hôtels de maîtreLe patrimoine monumental de la Belgique, Bruxelles, Pentagone E-M, Bruxelles, Pierre Mardaga, 1993, volume 1B, ..

vignette|Les Marolles en 1835 (plan de W.B. Craan). vignette|Divertissements populaires dans les Marolles, 1876.

La révolution industrielle change le visage de Bruxelles et des Marolles pour toujours. Les prairies des blanchisseries cèdent la place aux usines, dans les Marolles surtout les potagers derrière les maisons aux impasses à taudis pour en loger les ouvriers. Au , la rue Haute à elle toute seule compte 35 impasses insalubres. Quand Adolphe Quetelet dresse une carte de l'indigence au sein du pentagone, ce sont les Marolles qui constituent la zone la plus concentrée. Famine, émeutes ouvriers et épidémies de choléra font le quotidien des habitants.

Côté industrie et commerce, on peut citer le café Jacqmotte, les brasseries Vossen (Mort subite), le palais du vin, les grands Magasins Merchie-Pède, Waucquez textiles, et les locomotives Renard.

La bourgeoisie voit principalement deux problèmes dans des quartiers comme les Marolles : Le danger de révolte ou même révolution par la concentration croissante des gens pauvres en ville et le danger d'épidémies causé par le manque d'hygiène dans leurs quartiers. Le percement de la rue Blaes rectiligne à travers tout le quartier et l'aménagement de la place du Jeu de Balle, de 1853 à 1858, doit aider à aérer mieux le quartier et en même temps, mieux contrôler ces habitants. Avec le même but, on y installe la nouvelle caserne des PompiersErik Baptist, cité par . En 1873, la ville y déménage le marché aux puces, jusqu'alors à la place Anneessens où il est dans le chemin du voûtement de la Senne. Depuis, le marché a lieu chaque jour, toute l'année, de 6 à 14 heures. Il change son caractère selon le public, attirant le weekend une clientèle plus aisée et donc aussi plus d'antiquairesCollectif, Les Marolles. 800 ans de luttes. Vie d'un quartier bruxellois, Éditions du Perron, 1988, ...

Afin de construire le palais de justice, 75 propriétaires de cette partie des Marolles dont beaucoup habitaient leurs maisonsPhilippe-Christian Popp, Atlas cadastral parcellaire de la Belgique, Bruxelles, 1842. Et : AVB, Liste des expropriations, publiée dans Poelaert et son temps, : Plan du géomètre Van Keerbergen indiquant les propriétés nécessaires à l'érection du palais de justice de Poelaert, 9 février 1863 (A.V.B.,T.P., 26.242). bruxelloises furent expropriés en 1863 et ensuite largement indemnisés. Quant aux habitants, environ une centaine, ils furent relogés dans une cité-jardin construite par Poelaert dans le quartier du Chat à UccleLouis Quiévreux, Bruxelles, notre capitale: histoire, folklore, archéologie, Bruxelles, 1951, : "Ceux qui lui donnèrent ce sobriquet, ce furent les expulsés de la «partie» des Marolles démolie afin que puisse être érigé le colosse de la place Poelaert. La rue des Sabots, celle de l’Artifice et d’autres encore étant condamnées, on transplanta leurs habitants dans un quartier riant et campagnard; celui du Chat, à Uccle, à la limite de Forest.. Poelaert lui-même habitait au cœur des Marolles rue des Minimes dans une maison attenante à ses vastes bureaux et ateliers et qui communiquait avec ceux-ciPoelaert et son temps, Bruxelles, (catalogue exposition), 1980, : « Il habitait une maison rue des Minimes, voisine de ses bureaux et qui communiquait avec ceux-ci. » Ainsi que: Pierre Loze, Eduardo Colombo, Paul Vercheval, Le Palais de justice de Bruxelles : monument , 1983 : Il habitait une maison rue des Minimes, voisine des bureaux et qui communiquait avec ceux-ci.. L'expulsion de tout un quartier fait qu'"architecte" devient un insulte dans les MarollesCollectif, Les Marolles. 800 ans de luttes. Vie d'un quartier bruxellois, Éditions du Perron, 1988, .