Zaïko Langa Langa (aussi connu sous le nom de Zaïko Langa Langa Nkolo Mboka) est un groupe musical congolais. Fondé par DV Moanda, Henri Mongombe, Marcellin Delo et André Bita le 24 décembre 1969 à Kinshasa, il est largement considéré comme l'un des groupes les plus influents de la musique congolaise et africaine moderne.
Dès 1973, il est considéré comme le pionnier de la troisième génération de rumba congolaise, en s'éloignant du son orchestral cuivré de ses prédécesseurs. Zaïko Langa Langa a contribué de façon majeure à l'évolution de la rumba congolaise dans les années 1970 en popularisant des éléments distinctifs : rythme cavacha, technique de guitare sebene renouvelée, une formation scénique comprenant l'atalaku (animateur) et un chœur élargi harmonisé.
Le groupe a été une pépinière pour de nombreux artistes devenus célèbres, tels que Papa Wemba, Félix Manuaku Waku, Bozi Boziana, Dindo Yogo et Evoloko Jocker, qui ont ensuite fondé des formations à succès. Plusieurs scissions ont donné naissance à des groupes issus du « Clan Langa Langa », notamment Isifi Lokole, Viva La Musica, Langa Langa Stars, Zaïko Langa Langa Familia Dei, Anti Choc, Choc Stars, Quartier Latin International, Grand Zaïko Wawa et d'autres.
Depuis 1981, le leader du groupe est Jossart N'Yoka Longo, chanteur emblématique de l'orchestre depuis sa création.
Au cours de plus de cinq décennies de carrière, Zaïko Langa Langa a officiellement enregistré environ 30 albums studio et plusieurs maxi-singles. Parmi les albums marquants figurent Zekete Zekete 2e Épisode (1983) et Nippon Banzai (1986, son plus grand succès commercial). Dans les années 1990, le groupe a maintenu sa pertinence avec des albums comme Ici ça va… Fungola motema (1990), Jamais sans nous (1991) et Avis de recherche (1995).
Nom Selon Henri Mongombe, le nom a été choisi le jour de la formation. André Bita proposa Africana, tandis que DV Moanda et Mongombe préféraient Makina Loka. Marcellin Delo avança Zaïco, rapidement adopté pour sa sonorité. Ce nom étant déjà une marque déposée par un autre groupe éphémère de belgicains, Mongombe proposa de le modifier en Zaïko.
Zaïko est une contraction de « Zaïre ya bankoko » (« le fleuve de nos ancêtres »). Le surnom Langa Langa, plante médicinale de la région du Kasaï, fut ensuite ajouté par Papa Wemba, formant le nom complet.
Histoire
1969-1974 : Débuts et premiers succès vignette|Zaïko Langa Langa au bar Le Jardin Fleuri, en mars 1970. Actif depuis 1969, le groupe de jeunes Bel Guide National, fondé par le flûtiste Perzy Nzinga, réunissait Jossart N'Yoka Longo, Baguin et Charles Tchadé en tant que chanteurs, Félix Manuaku Waku en tant que soliste (il avait remplacé Gégé Mangaya parti chez Thu-Zaïna), Athos Sita à la guitare rythmique, Back et Ladji Milandu en tant que bassistes. Dans le comité adimistratif figuraient DV Moanda, Henri Mongombe, Marcellin Delo, André Bita et Teddy Sukami.
Le 23 décembre 1969, Jules Shungu Wembadio, alors connu sous le nom de scène Jules Presley et proche des frères Mitshio, assista à une répétition du groupe. À cette occasion, il interpréta une chanson, accompagné à la guitare par Manuaku Waku. Impressionnés par sa prestation, les responsables de Bel Guide décidèrent de dissoudre le groupe afin de constituer une nouvelle formation avec le jeune chanteur.
Le lendemain, 24 décembre, vers 15 heures, une réunion importante se tint au domicile de la famille Mangaya, situé au 10 avenue Popo Kabaka, dans la commune de Kasa-Vubu, où DV Moanda, Henri Mongombe, Marcellin Delo et André Bita annoncent la dissolution de Bel Guide et officialisèrent la création de Zaïko Langa Langa. Teddy Sukami, alors apprenti guitariste auprès de Manuaku et Gégé Mangaya Dans le cadre de cette réorganisation, Manuaku Waku fut retenu, tandis que Jossart N'Yoka Longo, alors dans un concert de Thu-Zaïna, fut informé de la décision.
Lors de la toute première répétition, le 25 décembre, Manuaku et Jules sont rejoints par Enoch Zamuangana (ancien membre de Bel Guide National), alors de passage. Il prend part à la séance en tant que guitariste et intègre ainsi l'orchestre. Dans les jours qui suivirent, plusieurs musiciens rejoignirent le groupe, dont les bassistes Damien Ndebo et Oncle Bapius (à l'origine guitariste rythmique) le guitariste Matima Mpioso (surnommé Mbuta Matima par Papa Wemba), les chanteurs Charles Tchadé, Mavuela Somo et Evoloko Jocker.
Le 24 mars 1970, Zaïko Langa Langa donna son premier concert au Bar Dancing Hawai et, à la fin du mois, enregistra des titres pour les éditions Polydor et sortit le single « Mosinzo Nganga », avec « Pauline » en face B. Les morceaux furent composés respectivement par Teddy Sukami et Jules Presley Shungu. Jossart sortit également l'une de ses premières compositions, « La Tout Neige », qui devint le premier grand succès du groupe, avec « Francine Keller » en face B. Influencé par le groupe de belgicains Los Nickelos, le style musical de ce dernier était très présent dans les premiers enregistrements de Zaïko Langa Langa.
Le groupe était alors divisé en deux sections distinctes : une section « typique » et une section « pop ». Jules Shungu Wembadio, Jossart N'Yoka Longo, Antoine Evoloko Bitumba, Siméon Mavuela, Alfred Mandala et Dieudonné Tunisien étaient les chanteurs (ces deux derniers étant issus de la section pop). Les instrumentistes comprenaient Félix Manuaku Waku, Enoch Zamuangana, Teddy Sukami, Damien Ndebo, Oncle Bapius et Zéphyrin Matima Mpioso aux guitares (Mpioso appartenant à la section pop), Baudouin Mitshio à la batterie et Ephraim aux congas.
Alfred Mandala et Dieudonné Tunisien quittent rapidement le groupe : le premier part pour l'Europe, tandis que le second s'engage dans l'armée. Ils sont aussitôt remplacés par Samuel-Dieudonné Nzolantima, dit Mbuta Mashakado, et Pierre Nkumu.
Toujours en mars 1970, le batteur Bimi Ombale rejoint la section pop du groupe. Zaïko Langa Langa est restée basée dans la commune Kasa-Vubu durant cette période.
La naissance de la 3è école L'une des innovations majeures de Zaïko Langa Langa fut l'élimination de la section de cuivres de leurs compositions, rompant ainsi avec le format alors en vogue chez des contemporains. Ce changement stylistique contribua à l'émergence de la troisième vague de la rumba congolaise, après la première génération d'artistes tels que Paul Kamba et Wendo Kolosoy et la seconde, qui donna naissance aux écoles Fiesta et Odemba, respectivement par l'African Jazz et le TP OK Jazz.
En 1971, un différend éclata lorsque Bimi Ombale exprima son désir de passer de la batterie au chant. Face à des réticences internes, il quitta temporairement le groupe pour rejoindre Tabou National de Tony Dee Bokito Bokoma, avant de revenir quelques mois plus tard en tant que chanteur. La même année, Meridjo Belobi, ancien élève de l'Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA) de Barumbu, fut recruté comme nouveau percussionniste avant de devenir batteur. Le chanteur Jean-Pierre Efonge Isekofeta, alias Gina wa Gina, rejoignit également le groupe en 1971.
Bapius introduisit un nouveau style de basse qui rompait avec les influences précédentes du groupe. Il expliqua avoir été inspiré par la musique et les danses traditionnelles Kongo. Gina Efonge connut le succès avec sa chanson « Consolation », sortie en 1972.
Création du rythme cavacha Début 1973, lors d'un voyage en train de Brazzaville à Pointe-Noire, première sortie du groupe hors du Zaïre, Meridjo Belobi, armé de ses seules baguettes, accompagna ses camarades musiciens pendant qu'ils chantaient. Encouragé par Evoloko Jocker et Mbuta Mashakado, Belobi s'inspire du bruit des roues du train pour cette cadence rythmique, de retour à Kinshasa, s'inspirant également de la musique traditionnelle, donnant ainsi naissance au rythme cavacha. Ce style, caractérisé par un jeu de caisse claire continu, connut un succès fulgurant dans les deux Congo, en Afrique centrale, orientale et occidentale, et se répandit en Europe et en Amérique latine.
Le nom « cavacha » fut également associé à une danse introduite par Evoloko, qui connut elle aussi un grand succès à travers l'Afrique. Ils lancèrent également des variantes de la danse, telles que le Cavacha tambour, le Cavacha mondial et le Cavacha Wondostock, ce dernier étant un clin d'œil à l'esprit hippie du festival de Woodstock, réinterprété par les musiciens en lingala sous le nom de « Wondostock ».
Au milieu de l'année 1974, Meridjo fut arrêté et incarcéré à la prison d'Ekafela pour une peine de 21 mois. Suite à ce revers, Bakunde Ilo Pablo, batteur de l'orchestre Stukas, fut recruté pour le remplacer temporairement. Peu après son arrivée, Ilo Pablo connut un grand succès avec la sortie de ses compositions « Ndonge » et « Ando », publiées en singles. Durant cette même période, Bozi Boziana rejoignit le groupe, remplaçant Gina Efonge, qui souffrait de dépression.
En septembre 1974, Zaïko Langa Langa participa au festival de musique Zaïre 74, se produisant aux côtés d'artistes tels que TP OK Jazz, James Brown, Fania All-Stars et Tabu Ley Rochereau. Leur prestation, qui ouvrit le festival, dura 45 minutes. La même année sortit leur premier album, Non Stop Dancing, comprenant six titres, dont les tubes « Eluzam » et « Mbeya Mbeya ». « Eluzam », en particulier, fut salué pour la virtuosité du jeu de guitare de Félix Manuaku Waku.
Départ des ISIFI En décembre 1974, Zaïko Langa Langa connaît sa première grande scission. Au-delà des rivalités de leadership qui traversent alors l'orchestre, le conflit porte également sur la gestion et l'exploitation des œuvres de ses membres. Félix Manuaku Waku défend notamment le principe d'une structure commune, les Éditions Langa-Langa, destinée à permettre à l'orchestre de contrôler davantage l'édition et les revenus générés par son répertoire.
Cette orientation ne fait toutefois pas l'unanimité. Certains des futurs dissidents, notamment Evoloko Jocker, Papa Wemba, Mavuela Somo et Bozi Boziana, souhaitent conserver la possibilité de conclure des accords individuels avec des éditeurs phonographiques extérieurs, tels que Parions Mondenge ou Cover, qui éditent alors plusieurs succès issus de Zaïko. Les œuvres d'Evoloko, notamment, connaissent un important succès commercial sous les Éditions Parions Mondenge.
À cette question économique et éditoriale s'ajoutent les tensions liées au pouvoir au sein de l'orchestre. Evoloko, devenu l'une des principales vedettes de Zaïko, occupe une place de plus en plus centrale, tandis que des problèmes d'indiscipline et d'absences aux répétitions contribuent à détériorer ses relations avec la direction.
La scission de 1974 apparaît ainsi comme le résultat d'une combinaison de facteurs : affirmation des egos, rivalité autour du leadership, mais aussi désaccord profond sur le contrôle des œuvres et des revenus qu'elles génèrent.
1975-1981 : Restructure et premières tournées européennes « Mizou » compte parmi les premiers singles enregistrés par Zaïko Langa Langa après le départ des membres d'Isifi Lokole. Paru au début de 1975, il marque une nouvelle étape dans l'évolution du groupe. Afin de renforcer la formation, les chanteurs Likinga Redo et Nsumbu Lengi-Lenga intègrent Zaïko Langa Langa, tandis que Mbuta Mashakado est rejoint à la section typique. Après des mois de répétition intensive au Domaine de la N'sele, ils se produisent au studio de la RENAPEC (Kinshasa) en été 1975 avec leur nouveau répétoire. Au second semestre de 1975, le groupe publie plusieurs singles, parmi lesquels « Eboza », « Yudasi » et « Elo », qui connaissent un important succès.