Le Datura officinal, Stramoine ou Stramoine commune (Datura stramonium L.) est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Solanaceae.

Ses nombreux noms vernaculaires (herbe aux fous, pomme-épineuse, herbe-aux-taupes, chasse-taupe, herbe du diable, herbe aux sorciers endormeuse, pomme poison, trompette des anges, herbe Jimson ou trompette de la mort) évoquent la forme de la fleur ou la toxicité de la plante. Son absorption (ingestion ou inhalation) est source d'hallucinations, de comportements anormaux, de confusion mentale, d'amnésie, de délires conduisant parfois au coma puis à un arrêt cardiaque et respiratoire (Maheshwari et al. 2013).

On la rencontre dans les friches, les champs, sur le bord des routes et parfois jusque dans les jardins publics.

Taxonomie Liste des formes et variétés Selon : Datura stramonium f. tatula

Selon (Attention liste brute contenant possiblement des synonymes) : Datura stramonium var. canescens Roxb. Datura stramonium var. chalybaea W.D.J. Koch Datura stramonium var. godronii Danert Datura stramonium var. inermis (Juss. ex Jacq.) C.E. Lundstr., fruit inerme, Corse, Essonne Datura stramonium var. stramonium Datura stramonium var. tatula (L.) Torr. , tiges violettes, fleur blanche ou lilas, à cœur pourpre profond.

Histoire Le Datura stramonium était considéré depuis des temps reculés comme une plante magique associée à la sorcellerie ou magie noire.La pomme épineuse, utilisée en onguent, en philtre ou en fumée provoque la déconnexion du réel, hallucinations et sommeil. Ses effets délétères l'ont fait surnommer « herbe aux fous »guide de visite, les plantes magiques, du jardin des neuf carrés de l'abbaye de Royaumont.

Description thumb|Fleur violacée de D. stramonium var. tatula. C'est une plante annuelle de à de haut, à odeur fétide, et à racine pivotante.

Les feuilles sont relativement grandes, jusqu'à , ovales, fortement sinuées, portant des dents aiguës et à base asymétrique.

Les fleurs, solitaires, généralement blanches ou jaunâtres, de 7 à de longnettement plus petites que celles de Datura metel, qui font plus que à corolle soudée en tube s'ouvrant en entonnoir à cinq lobes peu marqués, et à calice formant tube 5-angulairec'est-à-dire formant un prisme droit à base pentagonale, à la différence de celui du D. metel qui est cylindrique vert pâle, plus court que la corolle et terminé par cinq petits lobes. Une variété porte des fleurs violacées.

Le fruit de forme ovoïde de la taille d'une noix, qui mûrit de juillet à octobre, est dressé, couvert d'épines longues et robustes mais peut aussi en être parfaitement dépourvu (var. inermis et tatula). C'est une capsule septicide s'ouvrant à maturité par quatre grandes valves qui découvrent une colonne placentaire centrale portant les graines.

Les graines réniformes, à surface réticulée, longues de 3 à , sont noires et contiennent un embryon spiralé.

Écologie thumb|Fleur blanche, calice pentagonal. thumb|Fruits et graines - MHNT. La distribution d'origine reste obscure.

Linné distinguait le D. stramonium du D. tatula et donnait le premier d'origine américaine sans se prononcer sur l'origine du second. Les botanistes ont ensuite beaucoup hésité sur la terre d'origine du D. stramonium: pour les uns c'était le sud de l'Europe (Bertoloni), pour d'autres c'était l'Asie (Darlington), ou les bords de la mer Caspienne (Alphonse de Candolle); le D. tatula maintenant traité comme une variété de D. stramonium, était considéré comme originaire d'Amérique par de Candolle.

Cette opinion d'origine eurasiatique est restée commune jusque dans les années 1990, bien que quelques auteurs se soient prononcés pour une origine américaine. Les études taxonomiques de Symon et Haegi (1991) en concluant sans ambiguïté pour une origine américaine de tous les daturas semblent avoir mis fin aux controverses entre botanistes. Pour eux, l'identification du Struchnon manicon du médecin grec Dioscoride () avec un datura est erronée.

Aujourd'hui, on considère que le stramonium est probablement originaire du Mexique et qu'il a été introduit dans l'Ancien Monde par les Européens après la conquête de l'Amérique. Il s'est naturalisé un peu partout dans le monde.

Des historiens continuent malgré tout à s'opposer à cette hypothèse. Selon une note publiée récemment par une historienne, Suzanne Amigues, cette plante serait celle que Théophraste dénomme Strychnos manicos dans son Histoire des plantes () : le dit Srychnos manicos est tout à fait similaire au D. stramonium tant par sa description que par ses effets sur l'organisme humain. Témoignage complété par Dioscoride dans sa « Matière médicale » bien que ce dernier auteur fasse un amalgame partiel avec certains traits de la belladone. Enfin deux auteurs du , Diodore de Sicile et Strabon, rapportent que les Celtes empoisonnaient leurs pointes de flèches avec du suc de datura, la description du fruit ne laissant aucun doute quant à l'identité de la planteSuzanne Amigues, Études de botanique antique, Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, tome XXV, chez De Boccard, Paris, 2002, . Rappelons que les botanistes Symon et Haegi sont tout à fait opposés à cette manière d'interpréter les textes. C'est une plante commune en Europe.

Elle pousse dans les champs cultivés et les terres incultes : friches, décombres, sables des cours d'eau, et aime les terres fraîchement retournées où elle est considérée comme une mauvaise herbe qui peut être localement très envahissante. C'est une plante nitrophile, qui préfère les sols frais, limoneux et argilo-siliceux (zones alluvionnaires, épandage d'effluents). Elle concurrence les cultures estivales notamment le maïs et le soja ainsi que les cultures maraîchères..

Composition Le datura officinal (D. stramonium) est riche en substances minérales (15-18 %) et en alcaloïdes tropaniques.

La teneur en alcaloïdes totaux varie entre 0,2 et 0,5 % dont un tiers de scopolamine et les deux tiers restants de l'hyoscyamine et de l'atropine. Il y a grosso modo deux fois plus d'hyoscyamine que de scopolamine dans la stramoine alors qu'il y en a 20 fois plus chez la belladone. L'atropine se forme par racémisation à partir de l'hyoscyamine lors du processus d'extraction.

Pas moins de 64 alcaloïdes tropaniques ont été détectés dont 48 ont pu être identifiés par Berkov et coll. (2005). thumb|left|110px|Noyau de tropane. La biosynthèse de ces composés alcaloïdes se fait en grande partie dans les racines. Ils sont ensuite transportés dans les parties aériennes par les vaisseaux du xylème.

La teneur la plus élevée en alcaloïdes se situe dans les racines au moment où la plante émerge. Elle chute ensuite rapidement jusqu'à la première fleur et après un petit rebond au moment de la formation des fruits, elle chute à nouveau jusqu'à pratiquement disparaître des racines de la plante sénile. Par contre, la teneur en alcaloïdes des tiges restent à peu près constante durant toute la vie de la plante.

Les alcaloïdes tropaniques peuvent être classés suivant la position de substitution sur le noyau tropane : 3-monosubstitué-tropanes, les 3,6-bisubstitués-tropanes, les 3,6,7-trisubstitués tropanes et les 3-substitués-6,7-epoxytropanes.

Les racines ont un profil en alcaloïdes plus complexe que les parties aériennes. Elles possèdent des bi-, tri-, et 3-substitué-6,7-epoxytropanes. Dans les parties aériennes (tiges, feuilles et fruits), la part des mono- et des 6,7-epoxytropanes est beaucoup plus importante alors que celle des bi- et trisubstitués est assez basse.

L'étude de Berkov et coll. porte sur 48 alcaloïdes de différentes parties du D. stramonium, mesurés à différents stages de développement,

notés E : plante émergente, O : première fleur ouverte, I : fruit immature, S : plante sénile.

+ Alcaloïdes identifiés dans différentes parties de D. stramonium à différents stades de développement en % du courant ionique total (d'après Berkof et coll. 2005) AlcaloïdesFormules Racines % Tiges % Feuilles % Graines % EOISEIOIIS3-monosubstitués-tropanes3α-apotropoyloxytropane(apoatropine)90px2.111.01.113.312.515.523.726.53-phénylacétoxytropane100px1.10.40.14.43.04.18.15.13α-tigloyloxytropane100px2.20.60.5hyoscyamine100px55.75.735.219.34.462.942.558.548.243.53,6-bisubstitués-tropane3α,6β-ditigloyloxytropane100px12.44.732.76-hydroxyapotropine(3-apotropoyloxy-6-hydroxytropane)100px1.02.00.80.71.11.33-substitué-6,7-époxytropanescopolamine100px9.72.952.58.224.010.816.24.6aposcopolamine(3-apotropoyloxy-6,7-epoxytropane)100px3.42.32.115.82.86.63.45.53,6,7-trisubstitués-tropane3-tigloyloxy-6-propionyloxy-7-hydroxytropane100px6.93.51.55.00.30.2

Propriétés Les alcaloïdes tropaniques principaux du stramonium sont l'hyoscyamine et la scopolamine. L'hyoscyamine a des effets parasympatholytique (c'est-à-dire qui s'opposent à l'action du système nerveux parasympathique) se traduisant par une tachycardie, une mydriase, une diminution des sécrétions (salive, sueur) et un ralentissement du transit intestinal. La scopolamine est aussi un parasympathicolytique provoquant en outre d'intenses hallucinations délirantes, de l'amnésie (amnésie lacunaire antérograde) et des pertes de conscience.

L'activité anticholinergique des alcaloïdes de la plante produit un délire hallucinatoire de plusieurs heures.

Le stramoine est très vénéneux, c'est la plante la plus toxique de toutes les solanacées, ce qui la rend potentiellement dangereuse même pour un usage chamanique.

C'est à partir de Datura stramoine que le chimiste allemand Albert Ladenburg isole en 1881 la scopolamine.

Toxicité L'intoxication à la stramoine se manifeste d'abord par une soif intense, une vision floue et la phobie de la lumière. La peau devient rouge et brûlante, la température monte, le coeur bat plus vite et la pression augmente. Suivent le délire et des mouvements violents qui rendent le sujet dangereux ; des convulsions précèdent un sommeil narcotique profond ou un coma mortel. Une intoxication non fatale dure entre 12 et 48 h, provoquant une dilatation de la pupille qui se prolonge pendant deux semaines ; une poignée de feuilles fraîches (5 g) peut tuer un enfant.

Fréquence des cas Intoxications accidentelles Il arrive parfois que l'intoxication soit accidentelle : contamination de conserve de haricots verts par le datura, miel élaboré par des abeilles butinant cette plante, consommation de graines par de très jeunes enfants, consommation de salade sauvage La plante est très vigoureuse et peut être considérée comme une mauvaise herbe par les jardiniers. Si ceux-ci l'arrachent et brûlent le tas de mauvaises herbes contenant majoritairement du datura, l'inhalation accidentelle de la fumée peut largement suffire à provoquer des hallucinations pendant plusieurs heures.

On rapporte un cas d'intoxication collective survenu à Jamestown (États-Unis) en 1676, quand les soldats britanniques envoyés pour mater la rébellion de Nathaniel Bacon ont consommé accidentellement une salade contenant des jeunes feuilles de datura. Beaucoup ont présenté des troubles neurologiques plusieurs jours durant .

En France, la DGCCRF a récemment (plusieurs fois en 2019) fait rappeler plusieurs lots de farine et de spécialités de sarrasin contaminés, et en 2012, cause de sachets de poêlée campagnarde contaminés par du datura et (exclusivement) vendus à des professionnels de la restauration collective et de la restauration hors-foyer ; , ce qui a motivé plusieurs avis de rappel.

Intoxications volontaires La fréquence des intoxications volontaires n'est pas du tout négligeable. Par exemple, 14 cas ont été enregistrés dans les hôpitaux de Rennes et Brest entre 1974 et 1989, et à Poitiers entre 1990 et 1992, 10 cas ont été colligés.

Le datura est la plupart du temps absorbé sous forme d'infusion, plus rarement il est fumé sous forme de joint.