Charles Lavigerie (ou Allemand-Lavigerie), né le à Huire à Saint-Esprit (ancienne commune des Landes) et mort le à Alger (Algérie française), est un prêtre français, missionnaire en Afrique du Nord. Archevêque d'Alger en , ministère qu'il conserve en devenant archevêque de Carthage en , il est créé cardinal en . Il est le fondateur de la société des Missionnaires d'Afrique (dits « Pères blancs ») et des Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (les « Sœurs blanches »).
À la fin des années 1880, il se fait le champion de la lutte contre l'esclavage dans le monde. Il est à l'origine de la prise de position ferme du Saint-Siège dans la nouvelle condamnation de cette pratique. Il mène une vaste campagne d'information en Europe sur la réalité du fléau, campagne qui incite le à réunir les représentants de seize puissances. Ils signent en la convention de Bruxelles, qui permet de conjuguer les efforts dans la répression de la traite des êtres humains.
Lavigerie joue un rôle important de négociateur dans la crise de consécutive aux décrets sur les congrégations religieuses, et dans le conflit scolaire de . De connivence avec , il s'expose personnellement en portant en le retentissant « toast d'Alger », destiné à obtenir le ralliement des catholiques français à la République.
Biographie Patronyme Le nom ancien de la famille paternelle de Charles Lavigerie est « Allemand ». Une branche de la famille y accole celui du lieu-dit où elle réside, près de Périgueux : la Vigerie. Le nom de cette branche devient « Allemand-Lavigerie ». « Allemand » disparaît ensuite, mais Charles Lavigerie va bien souvent se nommer lui-même « Allemand-Lavigerie » dans les actes officiels. Une étude sur son ascendance a été réalisée par Emma Rothschild, dans le cadre de son travail sur la famille de Marie Aymard, bisaïeule du cardinal.
Lieu de naissance En , à hauteur de Bayonne, l'Adour sépare le département des Basses-Pyrénées (au sud) de celui des Landes (au nord). Bayonne est sur la rive gauche, dans les Basses-Pyrénées. Huire, sur la rive droite, fait partie de la commune landaise de Saint-Esprit. Et la paroisse Saint-Esprit, où est baptisé Charles Lavigerie, relève non pas du diocèse de Bayonne, mais de celui d'Aire.. Saint-Esprit va devenir en un quartier de Bayonne, et sera incluse dans les Basses-Pyrénées (aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques).
Jeunesse et formation Charles Martial Lavigerie naît le au domicile familial, à Huire., de Léon-Philippe Lavigerie, contrôleur des douanes, et de Louise Laure Latrilhe, fille du directeur de l'Hôtel de la Monnaie de Bayonne. Par cette alliance, Charles deviendra le beau-frère du peintre Bernard-Romain Julien et du graveur Pierre Théophile Junca« Junca Pierre, Théophile », in: Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du siècle, École nationale des chartes.. Le , l'enfant est baptisé dans l'église paroissiale Saint-Esprit, mais sa famille est d'esprit libéral et voltairien. Le père, qui nourrit des idées républicaines et laïques, est peut-être franc-maçon, comme son grand-père. Ce sont deux servantes qui donnent à Charles sa première éducation religieuse.
Ses parents l'inscrivent en à l'institution Saint-Léon de Bayonne, seul collège des environs. Vers cette époque, la famille va habiter un peu plus au nord (toujours dans la commune de Saint-Esprit), à Beaulieu, dans la paroisse de Saint-Étienne-d'Arribe-Labourd. À treize ans, le désir du sacerdoce s'éveille en Charles.. En , il entre au petit séminaire de Larressore, dans le diocèse de Bayonne« Une vie, un itinéraire dans une histoire du », sur peresblancs.org (consulté le 8 juillet 2018).. Un an plus tard, on s'avise que le garçon est du diocèse d'Aire : on entend lui faire payer ses études. Il part alors au petit séminaire parisien de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont le supérieur est l'abbé Dupanloup. Il est admis en au grand séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux pour deux années de philosophie, puis en au séminaire de la place Saint-Sulpice, à Paris, pour trois années de théologie. Il entrecoupe ce cursus d'une année (-) à l'école des Carmes., rue de Vaugirard, où il passe une licence ès lettres. En , il est ordonné prêtre. Il devient docteur ès lettres en et docteur en théologie en .
Professeur et collecteur de fonds vignette|L'abbé Lavigerie en Syrie.|266x266px En , il est nommé professeur d'histoire de l'Église à la Sorbonne. Il va le rester six ans. Mais son tempérament actif s'accommode mal de ce poste sédentaire. Les fondateurs et le conseil d’administration n’arrivent pas à faire connaître leur Œuvre, les illustres nomsVoir le fascicule de l’Œuvre des Écoles d’Orient publié à Paris, le mentionnant la composition de son Général ne suffisent pas à inciter les fidèles à la générosité. Ils sollicitent l’abbé Lavigerie par l’intermédiaire de son confesseur le père jésuite Xavier de Ravignan. Il devient le premier directeurhttps://oeuvre-orient.fr/wp-content/uploads/Les-11-Directeurs-de-l%C5%92uvre-des-Ecoles-dOrient.-22.06.2017.pdf. de l'Œuvre des Écoles d'Orient., qui recueille des fonds pour venir en aide aux écoles chrétiennes ouvertes par diverses congrégations religieusesVoir le Rapport fait au Conseil général de l’Œuvre des Écoles d’Orient par M Henry Wallon, secrétaire général sur les travaux de la société pendant l’année 1856. Paris, 1857 - Imprimerie de W. Remquet et Cie, rue Garancière, 5 / Chez M Aug. Vaton /50 rue du Bac, Paris. dans l'Empire ottoman., de 1856 jusqu'au . On peut constater le dévouement de l’abbé Lavigerie envers l’Œuvre par le nombre de déplacementsVoir le procès-verbal de la séance du du Conseil Général de l’Œuvre des Écoles d’Orient et suivants. effectués en province à partir de pour la faire connaitre et organiser ses structures locales. En , après le massacre des chrétiens. par les druzes, l'abbé Lavigerie se rend au Liban et en Syrie pour porter le fruit de sa collecte, et en superviser la distribution.. À Damas, il va saluer Abd el-Kader, qui s'est révélé protecteur des chrétiens. Il découvre l'islam, la culture arabe et les Églises d'Orient..
Auditeur de Rote
Cette action de grande ampleur lui vaut d'être nommé en auditeur de Rote. La « question romaine » le place dans une situation inconfortable : les rapports sont très compliqués entre la France et le Saint-Siège. Lavigerie participe aux tractations. S'il ne voit pas d'avenir au pouvoir temporel du pape, il estime qu'il ne faut pas toucher pour autant à son pouvoir spirituel« Une vie, un itinéraire dans une histoire du », sur peresblancs.org (consulté le 8 juillet 2018).. Il noue des relations de confiance avec .
Évêque vignette|Le jour de sa consécration épiscopale, en 1863.|218x218px
L'abbé Lavigerie est nommé évêque de Nancy en et est consacré le 22 mars de la même année par l'évêque émérite de La Rochelle et Saintes Clément Villecourt avec comme co-consécrateurs l'archevêque titulaire d'Édesse-en-Osroène Gustave-Adolphe de Hohenlohe-Schillingsfürst et l'archevêque titulaire de François Marinelli. Plus jeune évêque de France, il met en œuvre son idée maîtresse, qui est de chercher à concilier Église et monde moderne. Un trait dominant de son tempérament se manifeste, celui de réformer et de lancer de grands projets. :
Durant cette période, il est un des trois conseillers officieux du gouvernement pour ce qui concerne la nomination des évêques en France, tâche délicate en période pré-conciliaire. Le gouvernement tend vers le gallicanisme, afin de mieux contrôler l'Église de France. Lavigerie quant à lui n'est pas véritablement favorable au gallicanisme. Il verrait d'un bon œil un pouvoir renforcé du pape sur l'Église universelle, mais il s'oppose aux ultramontains dans leur intransigeance doctrinale et dans leur rejet de la société moderne.
En , il est pressenti pour devenir coadjuteur de l'archevêque de Lyon, primat des Gaules. Il craint que l'attribution du siège prestigieux ne soit interprétée comme une récompense du gouvernement pour son rôle dans la nomination d'évêques opposés à l'ultramontanisme. En novembre, le maréchal de Mac Mahon, gouverneur général de l'Algérie, lui propose le diocèse d'Alger, siège bien moins proéminent que celui de Nancy ou de Lyon. Lavigerie accepte pourtant. Cela lui permet de , comme il le dit, une situation où il paraît compromis avec le gouvernement. Par ailleurs, sa vocation de missionnaire s'est affirmée. Il veut faire revivre l'antique Église d'Afrique du Nord (du ). Et il voit l'Algérie comme une sur tout le continent africain.
Missionnaire
En , le gouvernement fait ériger l'évêché d'Alger en archevêché. Il nomme Lavigerie archevêque avec l'accord du Saint-Siège. Celui-ci arrive à Alger le .
Contexte
a retiré à l'autorité civile le gouvernement du territoire algérien pour le rendre aux militaires, comme avant . Les Européens n'ont plus le droit d'élire des députés. Les préfets sont subordonnés aux généraux commandant les trois départements. Les officiers des bureaux arabes interdisent aux Européens de s'établir dans les zones rurales éloignées des trois chefs-lieux .
Les deux prédécesseurs de Lavigerie, Antoine-Adolphe Dupuch et Louis Pavy, tentent de faire revivre l'Église d'Afrique du Nord, nourrissant même l'espoir de convertir des musulmans. Ils n'ont pas conscience que les Algériens voient dans l'islam un moyen de sauvegarder leur identité, face au colonisateur. Les deux évêques se heurtent en outre à l'intransigeance de l'autorité militaire. Celle-ci entend empêcher toute action de l'Église (tout prosélytisme, et même tout contact avec la population musulmane), l'interprétant comme une dangereuse provocation vis-à-vis de ce qu'elle appelle le . D'après eux, en Algérie, l'Église n'est là que pour les Européens.
Heurts avec Mac Mahon vignette|Alexandre Falguière, Monument au cardinal Lavigerie à Bayonne (détail).|226x226px
Dès son arrivée, Lavigerie projette de fonder deux instituts religieux, l'un d'hommes, l'autre de femmes. Ils se partageraient entre prière et travail agricole. Ils accueilleraient aussi les pauvres et les malades. En l'état actuel des choses, l'archevêque serait bien entendu contraint de limiter leurs interventions pastorales aux seuls Européens. Mais la volonté qui l'anime est d'obtenir la liberté d'apostolat, la liberté d'approcher les tribus administrées par les militaires des bureaux arabes.
Un grave événement lui fournit alors l'occasion d'étendre le champ de son action aux musulmans. Choléra et famine s'abattent sur l'Algérie. Ils vont faire en . L'archevêque lance un cri d'alarme, il en appelle par voie de presse à l'opinion publique française, dénonce les carences de l'administration militaire, notamment celles des bureaux arabes. Il entre ainsi en conflit, en , avec Mac Mahon. L'affaire dégénère, et concerne bientôt le problème de fond du système de gouvernement en Algérie, qui est la préoccupation essentielle de Lavigerie. Après une entrevue avec l'empereur en , l'archevêque obtient l'autorisation de mener des actions humanitaires là où la population musulmane les acceptera, mais sans prosélytisme, et avec accord du gouverneur général. En revanche, le système de gouvernement est laissé en place, et les militaires des bureaux arabes restent maîtres sur leurs terres . Dans tout le cours de cette lutte, l'archevêque reçoit un soutien affirmé de . Il ouvre des orphelinats accueillant un millier d'enfants.
Fondation des Pères blancs et des Sœurs blanches
vignette|Sœurs de Notre-Dame d'Afrique, fondées par Lavigerie.|262x262px Voyant plus loin que l'Algérie, Lavigerie obtient du Saint-Siège le d'être nommé nonce apostolique pour les missions du Sahara et du Soudan. Il fonde en la société des Missionnaires d'Afrique, communément appelés « Pères blancs »., et en les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, ou « Sœurs blanches » (chargées notamment de l'orphelinat de Kouba)..