Le sarde (en sarde : sardu, prononcé ) est une langue appartenant à la branche romane méridionale de la famille des langues indo-européennes. Il est parlé par les Sardes en Sardaigne et chez nombre de travailleurs émigrés sardes répartis dans tous les continents : la Sardaigne a recensé quelque 145 (« Cercles sardes ») qui sont soutenus et aidés financièrement afin que la culture et la langue soient préservées.).

La langue sarde ne couvre pas toute l'île, d'autres variétés romanes y étant présentes : sassarese, gallurais (dialecte du corse sartenais), tabarquin (dialecte ligure) et l'alguérois (dialecte catalan).

En 1997, le sarde, ainsi que d'autres langues parlées sur l'île, a été reconnu par la loi régionale de Sardaigne.. En 1999, la langue sarde a également été reconnue par la législation italienne sur les minorités linguistiques historiques.. Parmi les douze groupes ethnolinguistiques reconnus, le sarde a le plus grand nombre de locuteurs .. De Concini, Wolftraud (2003). Gli altri d'Italia : minoranze linguistiche allo specchio, Pergine Valsugana : Comune, ..., bien qu'en diminution continue. Manuale Di Linguistica Italiana, De Gruyter, Manuals of Romance linguistics, .. Presque tous les locuteurs sont bilingues sarde-italien.

La langue sarde ne doit pas être confondue avec le paléosarde pré-romain et vraisemblablement non indo-européen ; alors que cette dernière a disparu depuis longtemps, la première est aujourd'hui classée par l'UNESCO comme une langue en grave danger d'extinction dans ses principaux dialectes.

Bien que la communauté des locuteurs puisse être définie comme ayant une « conscience linguistique élevée. », le sarde est sérieusement menacé par le processus de conversion linguistique vers l'italien, dont le taux d'assimilation, engendré à partir du , parmi la population sarde est aujourd'hui assez avancé. L'état plutôt fragile et précaire dans lequel se trouve aujourd'hui la langue sarde, exclue même de la sphère familiale, est illustré par le rapport Euromosaic, dans lequel, comme le rapporte Roberto Bolognesi, ..

La population adulte sarde ne serait plus capable d'entretenir une seule conversation dans la langue ethniqueAndrea Costale, Giovanni Sistu, Surrounded by Water: Landscapes, Seascapes and Cityscapes of Sardinia, Cambridge Scholars Publishing, 2016, ., celle-ci n'étant utilisée exclusivement que par 0,6 pour cent du total, et moins de quinze pour cent, au sein de la population juvénile, auraient hérité de compétences entièrement résiduellesLa Nuova Sardegna, 04/11/10, Per salvare i segni dell'identità – di Paolo Coretti sous la forme décrite par Bolognesi comme "un argot non grammatical"..

L'avenir proche de la langue sarde étant loin d'être certain., Martin Harris affirme que, si la tendance ne peut être inversée, elle ne fera que laisser des traces dans l'idiome qui prévaut actuellement en Sardaigne, à savoir l'italien dans sa variante spécifiquement régionale, sous la forme d'un substrat ..

Classification linguistique

Le sarde est considéré par de nombreux spécialistes comme la langue romane qui est restée la plus proche du latin vulgaireRebecca Posner, John N. Green (1982). Language and Philology in Romance. Mouton Publishers. L'Aja, Parigi, New York. pp. 171 ss.cfr. Mario Pei, Story of Language, 1949cfr. Ti Alkire, Carol Rosen, Romance Languages: A Historical Introduction, 2010, Cambridge University Press«L'aspetto che più risulta evidente è la grande conservatività, il mantenimento di suoni che altrove hanno subito notevoli modificazioni, per cui si può dire che anche foneticamente il sardo è fra tutti i parlari romanzi quello che è rimasto più vicino al latino, ne è il continuatore più genuino.» Francesco Mameli, Il logudorese e il gallurese, 1998, p. 11, Soter. ; à titre d'exemple, l'historien Manlio Brigaglia note que la phrase latine prononcée par un Romain en poste au Forum Traiani Pone mihi tres panes in bertula (" Mets trois pains dans ma sacoche ") correspondrait à sa traduction en sarde actuel Ponemi tres panes in bèrtula.. En effet, l’isolement insulaire précoce a coupé l'île du centre linguistique moteur qu'était Rome. Pendant un certain temps, ceci lui a évité un grand nombre de contacts avec d’autres langues (interférence linguistique), qui auraient pu être facteur d’évolution linguistique ; à cet égard on peut comparer sa situation à celle de l’islandais, langue scandinave restée la plus proche du vieux norrois. Le sarde est donc resté assez archaïque et conservateur.

Bien que la base lexicale soit donc majoritairement d'origine latine, le sarde conserve néanmoins plusieurs indices du substrat linguistique des anciens Sardes avant la conquête romaine : on trouve des racines proto-sardes et, dans une moindre mesure, phénico-puniques dans plusieurs mots et surtout dans les noms de lieux, qui seraient conservés en Sardaigne dans un pourcentage plus important que dans le reste de l'Europe latine. Leur origine indique un substrat paléo-méditerranéen qui révélerait des relations étroites avec le basqueA.A., Atti del VI [i.e. Sesto] Congresso internazionale di studi sardi, 1962, p. 5Giovanni Lilliu, La civiltà dei Sardi. Dal Paleolitico all'età dei nuraghi, 1988, , Nuova ERIYakov Malkiel (1947). Romance Philology, v.1, p. 199. Aux époques médiévale, moderne et contemporaine, la langue sarde a reçu des influences suprêmes du grec-byzantin, du ligure, du vulgaire toscan, du catalan, du castillan et enfin de l'italien.

Caractérisé par une physionomie distincte qui émerge des sources les plus anciennes disponibles«Il Sardo ha una sua speciale fisionomia ed individualità che lo rende, in certo qual modo, il più caratteristico degli idiomi neolatini; e questa speciale individualità del Sardo, come lingua di tipo arcaico e con una fisionomia inconfondibile, traspare già fin dai più antichi testi.» Carlo Tagliavini (1982). Le origini delle lingue neolatine. Bologna: Patron. ., le sarde est considéré comme faisant partie d'un groupe autonome au sein du roman«Il sardo rappresenta un insieme dialettale fortemente originale nel contesto delle varietà neolatine e nettamente differenziato rispetto alla tipologia italoromanza, e la sua originalità come gruppo a sé stante nell’ambito romanzo è fuori discussione.».«La nozione di alloglossia viene comunemente estesa in Italia anche al sistema dei dialetti sardi, che si considerano come un gruppo romanzo autonomo rispetto a quello dei dialetti italiani.» . et a été comparé par des linguistes comme Max Leopold Wagner et Benvenuto Aronne Terracini au roman africain, aujourd'hui disparu, avec les variétés dont il partage plusieurs parallèles et un certain archaïsme linguistique, ainsi qu'un détachement précoce de la matrice latine communeWagner, M. (1952). Il Nome Sardo del Mese di Giugno (Lámpadas) e i Rapporti del Latino d'Africa con quello della Sardegna. Italica, 29(3), . ; le sarde est classé par certains comme le seul représentant survivant d'une branche qui autrefois comprenait également la Corse«In earlier times Sardinian probably was spoken in Corsica, where Corsican (Corsu), a Tuscan dialect of Italian, is now used (although French has been Corsica’s official language for two centuries).» Sardinian language, Encyclopedia Britannica«Evidence from early manuscripts suggests that the language spoken throughout Sardinia, and indeed Corsica, at the end of the Dark Ages was fairly uniform and not very different from the dialects spoken today in the central (Nuorese) areas.» Martin Harris, Nigel Vincent (2000). The Romance languages. London and New York: Routledge. . et la rive sud de la Méditerranée susmentionnée«Sardinian is the only surviving Southern Romance language which was also spoken in former times on the island of Corsica and the Roman province of North Africa.» .

Phonétique 250px|vignette|droite|Église du Pater Noster, Jérusalem. Notre Père () en sarde. Voyelles : les ĭ et les ŭ (brefs) du latin ont conservé leurs timbres originels ( et ) : siccus devient sikku (et non comme en français, sec ou en italien, secco). Une autre caractéristique est l’absence de diphtongaison romane. Exemple : devient (prononcé parfois poðet), et non comme en italien , en espagnol ou en français peut, où apparaît une diphtongue (qui a disparu dans le cas du français).

Très archaïsant est également le maintien de et de devant et : kentu pour cent en français, ou encore en italien. 450px|vignette|gauche|Classification des langues romanes (Koryakov, 2001)Koryakov Y.B. Atlas of Romance languages. Moscow, 2001. Le sarde (avec un hypothétique ancien corse) est inscrit dans un groupe distinct formé des langues romanes insulaires (Island Romance). Un caractère original du sarde est l’évolution de en . C'est un phonème cacuminal, souvent transcrit par (d pointé) : pour (« corail »). Ces traits seraient dus au substrat d'une hypothétique langue paléosarde, mal connue et parfois désignée comme langue nouragique (des nuraghe)Il sostrato paleosardo, Centro di Studi Filologici Sardi. ou romaines et se retrouve notamment en Corse-du-Sud et en Sicile. D'autres particularités existent dans certaines régions de la Sardaigne comme la prothèse vocalique devant /r/ (arrana « grenouille » pour rana) ou la lénition du /f/ initial, traits phonétiques qui rappellent fortement le basque, le castillan ou le gascon.

Morphologie et syntaxe

L’article défini sarde est original car il est issu de ipse (alors que dans les langues romanes, l'origine est le plus souvent ille, illu), d’où su, sa au singulier et sos, sas au pluriel. On retrouve cette caractéristique en catalan des Îles Baléares et de façon résiduelle en occitan, notamment dans le dialecte provençal des Alpes-Maritimes (hors le niçois)Frédéric Mistral, Trésor du Félibrige, T2, P904 et, à l'état de résidu (dans la toponymie, remplacé par "eth" dans la langue moderne), en gascon aranaisBernat Arrous. "Es Aranés anc no an agud nulh seior que Deus. A qué s’assemblaua era lengua que parlauen eth Araneses deth temps dera Crotzada?". in Era Batalha de Murèth, 1213; Era Querimònia, 1313; Era Grana Patzeria, 1513 (en ligne)..

La marque du pluriel est -s, comme dans toute l'Europe latine occidentale (français, occitan, catalan, espagnol, portugais) : sardu, sardus - pudda, puddas (poule) - margiani, margianis (renard).

Le futur est construit avec la forme latine habeo ad : app’a istàre (je resterai).

L'interdiction se construit avec une négation (no) suivie du verbe. Ce verbe peut être conjugué ou à l'infinitif. Par contre, il ne peut pas être à l'impératif. Pour donner un ordre négatif, on utilise 'non' suivi de la deuxième personne singulier ou pluriel du subjonctif présent, comme dans les langues romanes de la péninsule Ibérique : no bengias ! (ne viens pas !). Ainsi, lorsque le marqueur négatif 'no' accompagne un autre mot négatif, les deux négations ne s'annulent pas pour donner un sens positif à la phrase, contrairement à d'autres langages. En sarde, 'Je n'ai pas acheté rien' signifie 'Je n'ai rien acheté' et non 'J'ai acheté quelque chose' : la double négation n'existe pas.

Lexique Le lexique présente également des traits conservateurs : par exemple, le latin albus « blanc » a été conservé, comme en roumain alb, alors que presque toutes les autres langues romanes l'ont remplacé par un mot d'origine germanique.

Histoire et influences linguistiques