Catherine d'Aragon (Catalina en espagnol, Caterina en catalan), née le à Alcala de Henares, en Castille, et morte le à Kimbolton, en Angleterre, est une infante de Castille et d'Aragon, et reine consort d'Angleterre en tant qu'épouse d'Henri VIII, dont elle est la première épouse et qui est devenu son second mari : elle avait précédemment épousé le frère aîné de celui-ci, Arthur Tudor, prince de Galles décédé prématurément et sans descendance. Son second mariage est annulé par la volonté de son mari. Les circonstances dans lesquelles se déroule l'événement sont à l'origine de la naissance de l'anglicanisme en .. Elle est la mère de la reine .
Biographie Enfance vignette|Portrait de Catherine d'Aragon par Juan de Flandes vers 1496.|gauche|225x225px Catherine naît dans la nuit du au palais des Archevêques d'Alcalá de Henares. Elle est la fille cadette de Ferdinand II d'Aragon et d', surnommés les Rois catholiques. Elle est décrite comme de petite taille, rousse, avec des yeux bleus, un visage rond et le teint pâle. Catherine passe ses premières années à Santa Fe, puis à l'Alhambra de Grenade dont ses parents se sont emparés après la chute de la ville.
Catherine est éduquée par les religieux Alessandro Geraldini et Hernando de Talavera, et par Aldonza de la Vega, sœur du comte de Feria. Elle étudie l'arithmétique, le droit canonique et civil, la littérature classique, la généalogie et l'héraldique, l'étiquette, l'histoire, la philosophie, la religion et la théologie. Elle reçoit une solide éducation religieuse et développe une forte foi catholique qui jouera un rôle majeur dans sa vie. Elle apprend plusieurs langues, dont le castillan, le latin, le français, le grec, le flamand et l'anglais. Elle développe également des compétences artistiques telles que la danse, le dessin, la musique, la broderie, la couture, le filage et le tissage. Érasme dira plus tard que Catherine « aimait la littérature qu'elle a étudiée avec succès depuis son enfance ».
Premier mariage vignette|gauche|150px|Portrait d'une princesse inconnue, probablement Catherine d'Aragon à l'époque de son premier mariage par Michel Sittow. À un âge précoce, Catherine est considérée comme une épouse appropriée pour Arthur Tudor, héritier du trône d'Angleterre, en raison de son ascendance anglaise. En effet, elle est l'arrière-petite-fille de Catherine de Lancastre, et l'arrière-arrière-petite-fille de Philippa de Lancastre. Cela fait d'elle la cousine au troisième degré d'Henri VII, et la cousine au quatrième degré d'Élisabeth d'York. Théoriquement, Catherine a donc des prétentions au trône d'Angleterre plus fortes qu'Henri VII lui-même par les deux premières épouses de Jean de Gand : Blanche de Lancastre et Constance de Castille. En revanche, Henri VII est le descendant du troisième mariage de Jean de Gand avec Katherine Swynford, dont les enfants sont nés hors mariage et n'ont été légitimés qu'après la mort de Constance et le mariage de Jean avec Katherine. Les enfants du couple, bien que légitimés, n'ont pas été autorisés à hériter du trône anglais, une restriction qui est ignorée par les générations suivantes. En raison de cette ascendance, la maison Tudor n'est pas acceptée par tous les royaumes européens. À l'époque, la maison de Trastamare est la plus prestigieuse d'Europe en raison du règne des Rois catholiques, et l'union de Catherine et Arthur légitime la maison Tudor et renforce ses prétentions. Ils sont officiellement fiancés le et correspondent en latin jusqu'à ce qu'Arthur ait quinze ans, lorsqu'il est décidé qu'ils sont assez mûrs pour se marier.
Catherine quitte La Corogne le , accompagnée des ambassadeurs Diego Fernández de Córdoba y Mendoza, comte de Cabra, Alonso de Fonseca, archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, et Antonio de Rojas Manrique, évêque de Majorque. Elle emmène avec elle un groupe de serviteurs africains, dont le trompettiste John Blanke.. Ils sont les premiers Africains à se rendre à Londres, et font grande impression en soulignant le pouvoir et le prestige de la famille de la princesse.. Sa suite est supervisée par sa gouvernante, Elvira Manuel.
Elle fait la rencontre d'Arthur le à Dogmersfield dans le Hampshire. On sait peu de choses sur leurs premières impressions l'un de l'autre, mais Arthur écrit à ses beaux-parents qu'il sera « un véritable et aimant mari » et affirme à ses parents qu'il est immensément heureux de « voir le visage de sa belle mariée ». Les jeunes gens avaient correspondu en latin, mais constatent qu'ils ne peuvent pas se comprendre, car ils ont appris différentes prononciations latines. Dix jours plus tard, le , ils se marient à la cathédrale Saint-Paul de Londres. Une dot de 200 000 ducats est convenue et la moitié est payée peu de temps après le mariage..
Une fois marié, Arthur est envoyé au château de Ludlow aux frontières du Pays de Galles pour présider le Conseil de Galles et des Marches, et son épouse l'accompagne. Quelques mois plus tard, ils tombent tous les deux malades, peut-être de la suette. Arthur meurt le , et Catherine guérit pour se retrouver veuve.
Veuvage Henri VII tente de contourner l'obligation de restituer la dot de 200 000 ducats, dont il n'a pas encore reçu la moitié, à Ferdinand II, comme l'exige le contrat de mariage si Catherine rentre dans son pays. Après la mort de la reine Élisabeth en , le roi envisage d'abord d'épouser Catherine lui-même, mais l'opposition de son père et les questions potentielles sur la légitimité de l'éventuelle descendance mettent fin à l'idée. Pour régler la question, il est convenu que Catherine épouserait le deuxième fils d'Henri VII, Henri, duc d'York, qui a cinq ans de moins qu'elle. Ce mariage dépend de l'octroi par le pape d'une dispense, le droit canonique interdisant à un homme d'épouser la veuve de son frère « ... le Lévitique, XVIII, 16, interdit à un homme d'épouser la veuve de son frère, laquelle se trouve vis-à-vis de lui dans une relation de parenté analogue » dans Le mariage entre alliés dans l'Angleterre contemporaine » dans Sybil Wolfram « Le mariage entre alliés dans l'Angleterre contemporaine » dans la revue L'Homme, 1961 1-3 pp. 47-71 sur le portail en ligne Persée (consulté le 31 mai 2026). Catherine atteste que son mariage avec Arthur n'a jamais été consommé car, également selon le droit canonique, la validité d'un mariage repose sur le consentement et sa consommation. Pour d'obscures raisons, on sollicite du pape Jules II une dispense du constat de virginité. Par une bulle de , le pape, compréhensif, déclare Henri et Catherine déliés du « lien d'affinité ».
Cependant, la mort de la mère de Catherine signifie que son importance politique diminue. La Castille est un royaume beaucoup plus grand que l'Aragon, et est hérité par la sœur aînée de Catherine, Jeanne. Le mariage est retardé jusqu'à ce qu'Henri soit assez mûr, mais Ferdinand II tergiverse tellement pour le paiement du reste de la dot de Catherine qu'il devient douteux qu'il ait lieu. Elle vit comme une prisonnière à Durham House à Londres. Certaines des lettres qu'elle écrit à son père pour se plaindre de son traitement ont survécu. Dans l'une de ces lettres, elle lui dit : « Je choisis ce que je crois et ne dis rien. Car je ne suis pas aussi simple que j'en ai l'air. ». Elle a peu d'argent et fait face à des difficultés financières, car elle doit subvenir aux besoins de ses dames d'honneur en plus des siens. En 1507, elle devient ambassadrice d'Espagne en Angleterre, ce qui fait d'elle la première femme ambassadrice de l'histoire européenne. Alors qu'Henri VII et ses conseillers s'attendent à ce qu'elle soit facilement manipulable, Catherine leur prouve le contraire.
Second mariage
Le remariage, désormais possible, est célébré le par l'archevêque de Cantorbéry William Warham, lors d'une cérémonie en l'église de l'ordre des Frères mineurs près du palais de Placentia. Pour Henri VIII et Catherine, c'est un mariage d'amour. vignette|Gravure sur bois du du couronnement d'Henri VIII d'Angleterre et de Catherine d'Aragon montrant leurs insignes héraldiques, la rose Tudor et la grenade.|gauche Le samedi , la traditionnelle procession de la veille du couronnement à Westminster est accueillie par une foule nombreuse et enthousiaste. Comme à l'accoutumée, le couple passe la nuit précédant son sacre à la tour de Londres. Le jour de la Saint-Jean, le dimanche , Henri VIII et Catherine sont sacrés et couronnés ensemble par l'archevêque de Cantorbéry lors d'une somptueuse cérémonie à l'abbaye de Westminster. Le couronnement est suivi d'un banquet au palais de Westminster. De nombreux nouveaux chevaliers de l'ordre du Bain sont créés en l'honneur du couronnement. Au cours du mois qui suit, de nombreuses occasions permettent de présenter la nouvelle reine au public. Elle fait bonne impression et est bien accueillie par le peuple anglais.
Sept enfants sont issus de cette union :
en , deux mois après le mariage, la grossesse de Catherine est annoncée. Le , la reine fait une fausse couche, d'une petite fille ; en , quatre mois après la perte de leur premier enfant, Catherine annonce sa seconde grossesse. Elle donne naissance à un fils, Henri, duc de Cornouailles, le . Le , l'enfant est baptisé. C'est le de la même année, après cinquante-deux jours de vie, que le prince meurt ; début 1513, Catherine annonce une troisième grossesse. Le , elle accouche - prématurément - d'un petit garçon, qui meurt peu de temps après la naissance ; en , Catherine annonce sa quatrième grossesse. Le , elle donne naissance à un garçon mort-né ; à l'été 1515, Catherine annonce sa cinquième grossesse. Personne ne fonde d'espoir sur cette grossesse. Pour autant, le , Catherine donne naissance à une petite fille en bonne santé. Nommée Marie, elle est baptisée trois jours plus tard ; en 1517, Catherine subit une fois encore une fausse couche ; en , Catherine annonce sa septième grossesse. Elle donne naissance le à une fille, qui ne survit pas. vignette|270px|Catherine regardant Henri jouter en son honneur après la naissance de leur fils en 1511. Le manteau du cheval d'Henri est orné de l'initiale de Catherine, « K ». Le , Henri nomme Catherine régente avec les titres de « gouverneur du royaume et capitaine général », alors qu'il se rend en France pour une campagne militaire, la bataille de GuinegatteThomas Rymer, Foedera, vol. 13 (London, 1712), p. 370 Catherine was appointed "Rectrix" and "Gubernatrix" of England.. Lorsque le duc est capturé à Thérouanne, Henri l'envoie séjourner auprès de Catherine. Elle écrit à Thomas Wolsey qu'elle et son conseil préféreraient que le duc reste à la tour de Londres car elle est préoccupée par la situation à la frontière écossaise, et elle ajoute qu'elle prie pour que « Dieu nous envoie bonne chance contre les Écossais. ». Les préparations à la guerre avec l'Écosse mobilisent ses sujets, et elle est elle-même « horriblement occupée à fabriquer des étendards, des bannières et des insignes » au palais de Richmond. Les Écossais déclarent la guerre et le , elle ordonne à Thomas Lovell de lever une armée dans les comtés du Midland.
Catherine se rend dans le nord pour s'adresser aux troupes en armure, bien qu'elle soit enceinte. Son discours est rapporté à l'historien Pierre Martyr d'Anghiera à Valladolid en quinze joursLetters & Papers vol. 1 (London, 1920), no. 2299: Catherine was issued with banners at Richmond on 8 September, Letters & Papers, vol. 1 (London, 1920), no. 2243.. Elle se trouve près de Buckingham lorsque la nouvelle de la victoire à la bataille de Flodden Field lui parvientLetters & Papers Henry VIII, vol. 1 (London, 1920) no. 2278: Calendar State Papers Venice, vol. 2, no. 340: Hall, Edward, Chronicle (London, 1809), p. 564.. De l'abbaye de Woburn elle envoie une lettre à Henri avec un morceau du manteau ensanglanté du roi Jacques d'Écosse, mort au combat, pour qu'il l'utilise comme bannière au siège de Tournai.