La révolte des Boxers (), ou révolte des Boxeurs, ou guerre des Boxers, est un conflit armé ayant eu lieu en Chine entre 1899 et 1901. Elle est organisée par les Poings de la justice et de la concorde, société secrète dont le symbole est un poing fermé, d'où le surnom de Boxers. donné à ses membres en Occident.
Ce mouvement, initialement opposé à la fois aux réformes, aux étrangers occidentaux et au pouvoir féodal de la dynastie mandchoue des Qing, fut utilisé par l'impératrice douairière Cixi contre l'occupation étrangère, conduisant à partir du au siège des légations présentes à Pékin, l'épisode des « 55 jours de Pékin », qui s'acheva par la victoire des huit nations alliées contre la Chine (Autriche-Hongrie, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et États-Unis).
Venant après la guerre sino-japonaise de 1894-1895, perdue par la Chine, cette nouvelle défaite constitue un jalon supplémentaire dans le combat qui oppose conservatisme et colonialisme à réformisme et indépendance, dans la Chine du . En dépit d'importantes réformes visant à moderniser le pays, l'antagonisme se clôt par la chute de la dynastie Qing en 1912 et la création de la république de Chine.
Le contexte historique
Une Chine humiliée Les premiers Européens arrivent en Chine avec les jésuites et les Portugais de Macao, et au avec les lazaristes. Mais c’est surtout au début du qu’ils commencent à arriver, malgré le décret impérial de l’interdiction de la religion chrétienne en 1724.
À la fin du , les catholiques (avec les Missions étrangères de ParisGilles van Grasdorff, La Belle histoire des Missions étrangères, Paris, Perrin, 2007 .) et les lazaristes ont déjà plusieurs maisons en Mandchourie ; du côté protestant, Robert Morrison se fait passer pour un membre de la compagnie des Indes en 1807, suivi de quelques autres Britanniques. Les Américains arrivent dans les ports ouverts à partir de 1830. Le fameux père Huc accomplit son voyage en Chine, en Mongolie et au Tibet en 1844-1846. Puis à partir de 1860, les missionnaires apportent la base de la médecine moderne, ainsi que des écoles de type européen, combattant ainsi le confucianisme. Vers 1900, on compte plus d'un million de convertis. Pour convertir les populations locales, les missionnaires adaptaient la Bible en la traduisant en langue vernaculaire. Mais les imprécisions de ces traductions contribuent à diffuser une doctrine confuse. Un problème supplémentaire était que la conversion d'un homme entraînait la mise au ban de la société des membres de sa famille non convertisPropos tenu par le missionnaire protestant Hudson Taylor., les Chinois les appelaient les « chrétiens du riz »Ils soupçonnaient qu'ils en recevaient en échange de leur baptême, dans Gilles van Grasdorff, op. cit., . (convertis pour manger).
L'activité missionnaire d'Occidentaux implantés sur le territoire chinois provoque des réactions d’hostilité et de persécution. Les révoltes anti-occidentales se traduisent par des attaques contre les missions étrangères, les « chrétiens du riz », ainsi que contre toutes les technologies importées d’Occident (lignes de télégraphe et voies de chemin de fer), essentiellement dans le nord-est du pays, où les puissances européennes et japonaise avaient commencé à étendre leurs concessions. gauche|vignette|Caricature politique française de1898. Une galette des Rois représentant la Chine est partagée par Victoria du Royaume-Uni, Guillaume II d'Allemagne, Nicolas II de Russie, la Marianne française et l’Empereur Meiji du Japon. Un mandarin chinois caricatural, représentant la Dynastie Qing, figure en arrière-plan. Les grandes nations impérialistes occidentales, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Russie, la France, la Belgique, puis les États-Unis, sont toutes désireuses d’ouvrir la Chine à leurs marchandises (opium compris, dans le cas de la Grande-Bretagne) et aspirent toutes à se créer une sphère d’influence, leur garantissant un accès privilégié au territoire chinois. L'envoi de corps expéditionnaires entraîne deux conflits entre les Occidentaux et le pouvoir impérial chinois, les guerres de l’opium. Ces guerres sont menées par la Grande-Bretagne, secondée en 1860 par la France. Le traité de Nankin constitue le premier des « traités inégaux », cédant des ports, des quartiers, comme à Shanghaï, l'administration de régions aux puissances coloniales européennes et aux AméricainsLes puissances occidentales y affirmaient un droit d'« extra-territorialité », selon lequel ils n'étaient soumis qu'à la loi de leur pays, et non à celle de la Chine..
Enfin, la défaite contre les Japonais en 1895, face à une petite nation asiatique perçue jusque-là par les Chinois comme secondaire, se solde par le traité de Shimonoseki, aux termes duquel la Chine perd les îles Pescadores, Taïwan, et la région de Port-Arthur, ainsi que sa suzeraineté sur la Corée. À ces pertes territoriales s’ajoutent de lourds dommages de guerre à payer au JaponLe montant de ces dommages de guerre a été évalué à 21 millions de dollars (de l'époque), soit un tiers environ du budget annuel de l'État Qing..
Le meurtre de deux missionnaires allemands en dans le Shandong par une société secrète chinoise donne un prétexte à l'Empire allemand pour prendre le port de Qingdao (Tsingtao en notation EFEO). Ceci lui permet de concurrencer Hong Kong et d'établir une base pour son escadre d'Asie (Ostasiengeschwader).
La Chine est contrainte par ailleurs d'octroyer d'autres concessions : aux Russes Port-Arthur (aujourd'hui Lüshun), aux Français Fort-Bayard (aujourd'hui Zhanjiang), et aux Britanniques Port-Edward (aujourd'hui Weihai).
La multiplication de ces humiliations accélère la crise sociale et économique de la Chine, et renforce les velléités réformatrices des élites lorsqu’elles prennent conscience de l’archaïsme militaire, économique et politique de la Chine. Au sein de la population, ces défaites renforcent le sentiment de frustration, de xénophobie et l'anti-impérialisme.
La dualité des courants de pensée modernistes en Chine Avec les multiples humiliations que subit la Chine dans la seconde moitié du , deux courants de pensée moderniste apparaissent : le premier est anarchiste, révolutionnaire, rejetant la dynastie mandchoue, et n'adhérant pas à l'idéologie de Confucius. Le principal groupe est la Société pour la régénération de la Chine, animé par Sun Yat-sen ; le deuxième courant, le plus important, est libéral, et souhaite s'associer au pouvoir pour appliquer un programme de modernisation. Son idéologie se base sur le syncrétisme intellectuel Chine-Occident. Les membres étudient alors les textes confucéens légitimant leurs choix. Kang Youwei est le chef de file du groupe, avec l'aide de son disciple Liang Qichao, il permet au mouvement de s'étendre dans la sphère publique grâce aux nombreuses associations et au dynamisme des notables ayant de l'influence sur la population.
Réformateurs et conservateurs Les premiers effets de la modernisation se font sentir à partir de 1890, lorsque les ports s'ouvrent de plus en plus, la bureaucratie commence à se spécialiser comme en Occident, et les lettrés du mouvement réformiste forment un système de références intellectuelles et idéologiques. Le mouvement de 1889 est influencé par l'école de Hanxue qui met l'accent sur les de la pensée confucéenne et invite à un regard critique sur l'ordre établi.vignette|gauche|L'impératrice douairière Cixi.Le porte-parole du mouvement, Kang Youwei (1858 – 1927) s'intéressait en même temps à la pensée de l'OccidentIl est même l'auteur d'une vie de Pierre le Grand.. Quelques semaines après la signature du traité de Shimonoseki, profitant de l'émotion générale il présente directement à la cour une pétition demandant des réformes profondes, signée par des milliers de lettrés. D'ailleurs ces intellectuels arrivent à atteindre les sphères du pouvoir avec la bénédiction de l'empereur Guangxu qui apprécie les propositions de Kang Youwei visant à réformer et à rénover l'armée, l'économie avec le capitalisme, l'éducation en envoyant des étudiants à l'étranger, la justice avec la création d'un code civil se différenciant de la coutume, à créer une constitution et une assemblée nationale de lettrés.
Au printemps 1898 alors que les pays étrangers augmentent leur pression politique sur la Chine, Kang Youwei est appelé par le jeune empereur qui s'entourait d'une équipe de brillants novateurs chinois notamment Liang Qichao, fondateur de la presse moderne chinoise. Ils s'attirent les foudres des ultra-conservateurs, qui entourent l'impératrice douairière Cixi, et celle des réformateurs modérés.
Trois mois après l'arrivée de Kang Youwei à la cour, l'impératrice Cixi (Tseu-Hi selon la notation EFEO) réalise un coup d'État avec la complicité de Yuan Shikai, le commandant de la Nouvelle Armée. Ce coup d'Etat marque la fin des 100 jours de 1898. Les réformateurs sont arrêtés, certains exécutés« Le mouvement de 1898 », article Chine-Histoire jusqu'à 1949, Encyclopædia universalis..
Les origines du mouvement La naissance du mouvement des Boxers
Les Boxers est le nom donné par les Occidentaux à la secte du Yìhéquán (義和拳), « Les Poings de la justice et de la concorde », plus tard appelée Yìhétuán (義和團), « Union de la justice et de la concorde » car, pour faire face aux forces de police des concessions étrangères, elle entraînait ses adhérents aux arts martiaux, à la boxe chinoise tout particulièrement, et à des pratiques mystiques, leur permettant — croyaient-ils — d'être invulnérables aux ballesRay Huang, China: a macro history, 1997, .. Leur but initial était la lutte contre la dynastie mandchoue des QingXiaobing Li, A history of the modern Chinese Army, 2007, ..vignette|Un Boxer, photographié en 1900 durant la révolte.Le mouvement des Boxers, qui s'inscrit aussi dans la tradition des sociétés secrètes en Chine, est créé au début des années 1890 et semble sortir tout droit du passé de la Chine : il descend sans doute de la rébellion des Paumes des huit trigrammes, ayant eu lieu en 1813.. Celle-ci avait également pris ses sources dans le désespoir de la masse paysanne, touchée par la crise économique provoquée par la croissance démographique.
La composition de ce mouvement est populaire, les membres de ce groupe, dans une Chine majoritairement rurale, étant essentiellement des ouvriers agricoles, mais au fur et à mesure s'ajoutent des bateliers, des porteurs, des artisans ruinés. Souvent issus des classes les plus pauvres de la société chinoise, les Boxers sont enclins à des actions radicales. Ce mouvement est également opposé aux agissements des colons et aux passe-droits qu'ils s'octroient.
En , l'explorateur français Charles-Eudes Bonin, qui venait de rendre visite au roi de Dzoungar (ancien Khanat dzoungar, rattaché à l'Empire toungouse des Qing vers 1756, situé en Dzoungarie) sur le territoire mongol du plateau d'Ordos, adresse à Stephen Pichon, ministre plénipotentiaire de France à Pékin, un courrier l'informant . Cette lettre de Bonin du est un document précurseur, le premier d'un épais registre intitulé Le livre jaune de la Chine remis aux parlementaires français le Stéphane Malsagne, Au cœur du Grand Jeu, La France en Orient, Charles-Eudes Bonin (1865-1929), explorateur-diplomate, Geuthner, 2015, ..
Déroulement de la révolte des Boxers Le début d'un conflit ouvert vignette|Une compagnie de Boxers à Tianjin (alors orthographié Tien-Tsin en notation EFEO). Les Boxers sortent de l'ombre en , prêchant ouvertement dans les rues sous le slogan « Renversons les Qing, détruisons les étrangers ».