La guerre de Souabe opposa durant l'année 1499 la Confédération suisse et le Saint-Empire avec l'arrivée au trône de Maximilien , issu de la maison de Habsbourg.
Les conflits entre la Confédération et la maison de Habsbourg étaient fréquents durant les siècles passés. Les Habsbourgs voulaient maintenir leur influence dans la région, ce qui fit éclater la révolte des cantons alpins au cours du . La maison de Habsbourg s'épuisa vainement à les combattre et elle se vit enlever la plus grande partie de ses domaines par les Confédérés. Quand Maximilien arriva sur le trône, il voulut retablir la cohérence territoriale et fiscale à son empire via l'instauration, notamment, d'une taxe et d'un tribunal d'Empire et la conquête d'un passage stratégique permettant d'accéder à la Lombardie (col d'Umbrail). Cet objectif était contraire aux intérêts suisses et la guerre éclata avec pour issue la défaite cinglante des troupes de Maximilien et des chevaliers de la ligue de Souabe. Les Confédérés victorieux de cette guerre gagnent leur indépendance vis-à-vis du Saint-Empire grâce au traité de Bâle.
Contexte politique Conflit entre les Habsbourg et les Confédérés Au , la maison princière des Habsbourg avait, à la suite d'une série de défaites contre des villes confédérées, perdu presque toutes ses possessions du plateau suisse jusqu'à la vallée du Fricktal (l'Argovie en 1415, la Thurgovie en 1460). À partir de 1460, plusieurs villes confédérées se liguèrent avec des villes d'Empire d'outre-Rhin comme Rottweil, Mulhouse, Buchhorn et Wangen im Allgäu. Zurich et Berne essayèrent même d'attirer la ville de Constance, qui reconnaissait la suzeraineté des Confédérés sur la Thurgovie et entretenait des relations étroites avec eux, dans la Confédération ; mais les cantons campagnards s'opposèrent à l'entrée d'une grande ville de plus dans la ligue, page 28.. Dès le , date de la signature de la paix avec l'Autriche qui confirme la possession des pays conquis, ceux-ci sont transformés en bailliages communsCf. N. Morard dans .. Si la en 1468 permit aux Confédérés d'étendre leur zone d'influence au Sundgau, leur hégémonie régionale s'imposa avec la guerre de Bourgogne et la chute de Charles le Téméraire. Même le régent du Tyrol et d'Autriche antérieure, le duc Sigismond d'Autriche, dut reconnaître les possessions des Confédérés par lÉdit perpétuel de 1474. Seul le chef de la maison de Habsbourg, l'empereur Frédéric III, leur restait inexorablement opposé, mais à ce moment il ne régnait plus que sur les duchés d'Autriche, de Styrie et de Carinthie. Malgré cela, la Confédération demeurait sous la menace de tentatives de reconquête autrichienne en Argovie et Thurgovie.
Le rétablissement de la situation des Habsbourg et la ligue de Souabe Au cours de la seconde moitié du , la menace pesant sur la maison des Habsbourg était sans précédent : tandis que l'empereur Frédéric III s'enlisait depuis 1477 dans une guerre désastreuse avec le roi de Hongrie Mathias Corvin, les ducs de Bavière de la maison des Wittelsbach montaient en puissance dans l'Allemagne méridionale. Frédéric III finit par perdre tous ses fiefs de Hongrie, et fut contraint de courir le pays en demandant l'hospitalité aux monastères qu'il trouvait sur sa route.. Son neveu, Sigismond d'Autriche, mit en gage le comté de Tyrol auprès des ducs de Bavière et leur vendit en 1487 l'Autriche antérieure à l'exception du Vorarlberg.
Dans ces circonstances dramatiques, Frédéric III fit placer Sigismond sous tutelle et expulsa tous les nobles apparentés aux Wittelsbach de leurs terres. Il y avait parmi eux des seigneurs alliés aux villes et cantons confédérés, comme le comte George von Sargans et le comte , qui dressaient les cantons contre les Habsbourg. Pour contrer les Wittelsbach, les villes d'Empire d'Allemagne méridionale, la confrérie des chevaliers de Saint-George, le comte de Würtemberg, les États de Sigismond, l'Autriche antérieure et le Tyrol s'unirent à leur tour à l'instigation des Habsbourg en 1488 en une ligue de Souabe. Les cantons fédérés déclinèrent l'invitation qui leur fut faite de se joindre à cette union sacrée : il y avait ainsi désormais trois grandes puissances militaires en Allemagne, à savoir la ligue de Souabe, les confédérés et le duché de Bavière.
Frédéric III avait entretemps fait élire en 1486 son fils Maximilien , roi des Romains. Maximilien, par la dot de sa femme Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, avait hérité des Pays-Bas et du duché de Bourgogne. En 1487 les Confédérés obtinrent de Maximilien par la négociation, qu'il garantisse leur indépendance, leurs droits et privilèges par le traité de « politique perpétuelle » signé à Constance. Pour la première fois, un prince Habsbourg reconnaissait formellement des libertés à l'intérieur de ses terres. De leur côté, les citoyens de la Confédération s'engageaient à « agir en tout comme sujets du roi des Romains et du Saint-Empire romain germanique ». Mais la France et la Hongrie se démenèrent pour empêcher le rapprochement des Confédérés et du Saint-Empire, si bien qu'en 1488 les villes de Zurich, Berne, Zoug et Soleure repoussèrent silencieusement la proposition de Maximilien. Cet acte d'union s'anéantit finalement de lui-même lorsqu'en 1491 la Confédération, à l'instigation du roi de France, signa un traité d'amitié et de non-agression avec les ducs de Bavière.
Reislaüfer suisses contre lansquenets allemands La rivalité de la France et de Maximilien sur l'héritage bourguignon se solda par une série de guerres en Flandres et en Bourgogne, prémisses à une opposition séculaire entre les rois de France et la dynastie des Habsbourg. La Confédération, grande pourvoyeuse de mercenaires pour les deux camps, se trouva entraînée involontairement dans le conflit. Dans chaque ville et chaque village de la Confédération, on trouvait un parti pro-français et un parti pro-Habsbourg qui rivalisaient de violence et d'avidité pour les soldes de mercenariat. Les cantons du Centre de la Suisse penchaient plutôt pour la France, cependant que Berne et Zurich étaient du parti Habsbourg. Maximilien s'efforça en vain d'empêcher ses sujets de la Confédération d'aller « courir le riz » (s'engager comme mercenaires) en France. Comme ces « Reisläufer » grossissaient inexorablement les rangs français au détriment de l'armée de Maximilien, ce dernier mit sur pied une arme comparable, les « lansquenets » recrutés en Allemagne méridionale. Aussi s'instaura-t-il une haine mutuelle entre les Confédérés et ces mercenaires souabes, se traduisant par un répertoire fourni d'injures, par des chansons grivoises et des accusations mutuelles de trahison.
Les manigances de Frédéric III pour accroître sans cesse le nombre d'adhérents à sa ligue de Souabe finirent par irriter la Confédération qui considérait la Souabe méridionale comme incluse dans sa sphère d'influence. La noblesse de Souabe, les villes d'Empire et même le petit peuple s'animèrent d'une haine graduelle contre les Confédérés. Cela tenait d'une part à ce qu'au cours du , le Sud de l'Allemagne avait plus d'une fois été ravagé par les coups de main des cantons fédérés, et d'autre part à ce que ces cantons étaient des concurrents objectifs de la Souabe sur le plan commercial et économique. En bref, les cantons républicains s'opposaient à la Souabe aristocratique. La concurrence entre les mercenaires des deux régions (Reislaüfer et lansquenets) se superposait à ce contexte tendu. La formation de la puissante ligue de Souabe, qui se dressait maintenant face à la ligue des Confédérés, remplissait d'aise et de fierté la noblesse et les bourgeois de Souabe, et suscitait une conscience politique nouvelle. Ces circonstances firent que les peuples du nord et du sud du Rhin devinrent de plus en plus étrangers l'un à l'autre ; les sobriquets insultants de « vacher suisse » (Kuhschweizer) et de « cochon de Souabe » (Sauschwabe) datent de cette époque.
La réforme institutionnelle du Saint Empire sous Maximilien L'Autriche des Habsbourg devait se redresser de façon spectaculaire entre 1489 et 1491. La succession problématique de Louis XI en France permit à Maximilien d'entrer enfin en possession de son fief de Bourgogne ; il récupéra en 1490 le Tyrol et l'Autriche antérieure. La mort brutale de Mathias Corvin soulagea la frontière de l'Est, permettant à Frédéric III de récupérer ses possessions. Sa mort, en 1493, permit à Maximilien de réunir pour la première fois dans l'histoire toutes les terres Habsbourg sous une même couronne. La Confédération n'avait plus à présent sur sa frontière nord que des territoires Habsbourg.
Maximilien entreprit, en tant que roi des Romains, de renforcer l'administration centrale. Lors de la Diète de Worms de 1495, il lança une profonde réforme du Saint-Empire. Les électeurs obtinrent du roi de pouvoir se constituer en parlement. En contrepartie, ce Reichstag autorisait la collecte d'un impôt impérial, le , pour permettre à l'empereur de mener la guerre contre la France en Italie, et contre les Turcs en Hongrie. Pour mettre un terme définitif aux tiraillements, Maximilien décréta à Worms une paix impériale, à laquelle le nouveau tribunal d'Empire, le Reichskammer était chargé de veiller. Si la Confédération était toujours formellement membre du Saint-Empire, elle ne reconnut pas les décrets de la Diète de Worms, et, à l'exception de Berne, n'avait pas envoyé de délégation au Reichstag.
Les guerres de Saint-Gall en 1489 – 90 amenèrent le tribunal du Reichskammer à citer en justice les cantons de Saint-Gall et d'Appenzell, et les condamna à la mise au ban de l'Empire. Comme cette condamnation interdisait à Saint-Gall le commerce du drap, les Confédérés intercédèrent à plusieurs reprises auprès du Reichstag et de Maximilien, la dernière fois en 1497 à Innsbruck. Aucun point d'entente ne put être trouvé, les Confédérés se refusant à reconnaître la souveraineté du tribunal impérial. D'autres procès similaires condamnèrent Mulhouse et Rottweil, pour faire pression sur ces alliés de la Confédération et les amener à accepter la réforme de l'Empire.
Déclaration de guerre
La situation politique délabrée des Grisons devait être le prétexte pour la guerre entre Maximilien et la Confédération. Le prince Habsbourg possédait depuis 1496 huit juridictions dans le Prättigau et détenait tous les droits en Basse-Engadine, dans le val Müstair et le Vinschgau ; droits qui étaient toutefois contestés par les évêques de Coire. Deux ligues s'étaient élevées dans ces régions sous influence Habsbourg : la ligue de la Maison-Dieu (Gotteshausbund) animée par les sujets de l'évêché de Coire, et la ligue des Dix-Juridictions (Zehngerichtebund) de l'ancienne seigneurie de Toggenburg dans les Grisons. Les prétentions des Habsbourg poussèrent la Gotteshausbund en 1498 à rallier les Confédérés, mettant l'évêque, Henri de Coire, à la fois électeur d'Empire et membre de la ligue, dans une situation embarrassante.