vignette|Le site archéologique d'Olympie, un des principaux sanctuaires du monde grec antique, célèbre pour ses concours athlétiques.
La religion grecque antique est l'ensemble des croyances, pratiques et rites religieux polythéistes de l'Antiquité grecque.
La religion grecque est un système polythéiste, qui ne repose pas sur un ensemble de croyances fixes exposées dans des textes sacrés, mais plutôt sur des traditions rituelles s'appuyant plus ou moins sur des récits mythologiques, présentant de nombreuses déclinaisons à partir de caractéristiques communes. La piété grecque s'exprime avant tout par l'accomplissement de rites suivant des principes qui se veulent ancestraux, inscrits dans une relation d'échange avec le monde divin, les humains effectuant des offrandes en espérant bénéficier de la bienveillance et des faveurs des divinités. Ils vénèrent un ensemble de dieux et déesses identifiés en bonne partie par leurs fonctions ou des puissances. Les plus répandus sont le groupe des divinités « olympiennes », dirigé par le grand dieu souverain Zeus, qui dispose de sanctuaires dans tout le monde grec et se présente sous des formes diverses, chaque variante d'une divinité pouvant être considérée comme une divinité à part entière. Une foule de divinités secondaires et d'autres figures supra-humaines complète ce tableau. Les Grecs vouent notamment un culte aux héros et héroïnes, des défunts légendaires, qui jouent un rôle important dans les rites locaux. Au fil du temps se développent également des cultes des humains éminents, de leur vivant ou à titre posthume, avant tout des monarques (rois hellénistiques et empereurs romains).
Les rituels pratiqués par les anciens Grecs forment un ensemble complexe de pratiques répondant à diverses finalités, mais avant tout motivées par l'entretien de la relation d'échanges avec le monde divin. Ils ont en général lieu dans des sanctuaires, espaces sacrés où se trouvent les éléments essentiels à la conduite du culte, en premier lieu l'autel sacrificiel. Des temples sont souvent érigés dans les sanctuaires pour servir de résidence à la divinité, dont la présence est marquée par une statue de culte. D'autres constructions liées au culte divin peuvent s'y ajouter. Le sacrifice animal est le plus important des rites des cités grecques, aboutissant au partage des restes de l'animal entre hommes et dieux, et aussi entre ceux qui participent au rituel, affirmant ainsi la cohésion des communautés des cités. Il s'accompagne de rites de purification, de prières formulant les demandes adressées aux dieux, et d'autres offrandes, non sanglantes, qui peuvent être pratiquées de façon isolée ou conjointement aux autres, alimentaires ou non, comme les ex-voto, parmi lesquels se trouvent des œuvres d'art de premier ordre.
Les fêtes religieuses, qui sont un temps fort de la vie des communautés, combinent plusieurs de ces rites, souvent sous un aspect plus spectaculaire que d'ordinaire. Les concours, qu'ils soient athlétiques, poétiques, théâtraux ou autres, ont lieu lors de ces festivités. La divination, notamment l'oracle, est un élément majeur de communication avec le monde divin. Les Grecs pratiquent également des cultes électifs, plus personnels, à caractère initiatique, notamment les mystères, qui servent notamment à répondre à leur espérance en un meilleur sort après la mort. Cette finalité se retrouve également lors des rites funéraires.
Développée pendant environ un millénaire dans tout le monde grec, la religion grecque antique se présente sous des traits divers suivant les lieux et les époques. Elle se déroule en général dans le contexte de la cité grecque (polis), qui détermine plusieurs de ses aspects : les particularités locales sont très affirmées, chaque cité ayant son panthéon de divinités, ses sanctuaires et rites, parfois sa propre mythologie. On peut donc parler d'une religion athénienne, d'une religion spartiate, etc. La religion est très imbriquée dans le cadre politique et social de la cité qui l'organise et en fait un élément fort de son identité, et c'est pour cela qu'il est souvent difficile de tracer les contours du fait religieux dans le monde grec.
Néanmoins, au-delà de ces particularismes, la religion grecque antique présente des éléments d'unité, puisque les divinités vénérées par les cités sont généralement issues d'un fond commun à tout le monde grec, les rituels répondent à des croyances, gestes et principes similaires, les sanctuaires sont organisés de la même manière. Des sanctuaires et cultes panhelléniques (Olympie et Delphes notamment) constituent dès les temps archaïques des éléments d'unité du monde grec dont le fondement est religieux. Les cultes sont donc un élément marquant de la culture grecque antique, et de l'identité des Grecs, que ce soit au niveau de leurs différentes communautés ou pour les distinguer des autres peuples.
Contours et études Les termes du sujet
La religion
Il n'y a pas de mot pour désigner la « religion » en grec ancien. Le terme qui a le sens de « religion » en grec moderne, threskeia, désigne durant l'Antiquité le culte des dieux, ou les rites, la piété, et il est surtout diffusé à l'époque romaine impériale.. L'expression antique la plus proche du sens moderne de « religion » est, selon W. Burkert, theon timai, , qui se rencontre dans des textes poétiques. Cette absence a pu être expliquée par le fait que la religion (J. Bremmer) ou que reposant sur une figure fondatrice, un livre sacré, une orthodoxie et une orthopraxie (A. Motte). Pour J. Rudhardt, Cela a pu être résumé en employant la notion d'« encastrement ».
La religion grecque antique est donc un objet d'études qui est une reconstitution moderne ayant émergé dans le milieu scientifique à partir de la fin du . La définition de ce qu'est la « religion » est en général considérée comme impossible, ou du moins qu'il n'existe pas de consensus à son sujet. Ce qui est considéré comme « religieux » peut donc varier d'un spécialiste à l'autre.. Par exemple, V. Pirenne-Delforge définit la religion en tant que concept comme et J. Larson comme P. Veyne y voit de son côté un , , lequel peut potentiellement comprendre une très grande variété d'éléments.
Le monde grec antique
thumb|Localisation des principales régions et cités de la Grèce antique (périodes archaïque, classique et hellénistique).
La Grèce antique correspond à la civilisation qui s'est épanouie en Grèce continentale, dans et autour de la mer Égée, durant l'Antiquité. Les Grecs antiques ayant fondé des cités et royaumes au-delà de leur région d'origine, en Asie Mineure, en Sicile et en Italie, sur le pourtour de la mer Noire, en Afrique du Nord et en Asie occidentale, les historiens préfèrent souvent parler de « monde grec » pour désigner cet ensemble et ne pas mettre à l'écart ces régions participant souvent activement à la civilisation grecque. Le cadre chronologique est potentiellement très vaste : il peut remonter aussi loin que l'âge du Bronze, le début de la civilisation minoenne au début du , et se prolonger jusqu'à l'époque romaine et l'apparition de l'Empire byzantin durant l'Antiquité tardive.
En pratique, les études sur la religion grecque se concentrent essentiellement sur les époques archaïque et classique, en gros de 700 à 300 av. J.-C. Cela est expliqué par le fait que la religion de cette période se présente comme relativement cohérente dans le monde grec, du moins celui des cités (c'est la période de la « religion de la polis »), sur cette période, malgré les éléments de diversité. Il y a de plus dans ces études un fort tropisme athénien, en raison du poids prépondérant de cette cité dans les sources. L'époque hellénistique présente de nombreux éléments de continuité avec les phases antérieures, mais est souvent vue comme présentant trop de spécificités, nécessitant un traitement à part. Au plus loin, la religion grecque antique se prolonge jusqu'au triomphe du christianisme qui marque la fin des cultes polythéistes.
Unité et diversité
La grande diversité du monde grec antique fait que, par bien des aspects, il est difficile de parler d'une religion grecque générale. En particulier les rituels, les panthéons, les mythes connaissent des variations d'un lieu à un autre. Les spécificités locales (les caractères « topiques » des dieux et des cultes) sont une donnée majeure de l'univers religieux de la Grèce antique, qui disparaît pourtant derrière les généralisations. D'un autre côté, les anciens Grecs semblent avoir reconnu le fait que les cultes étaient un élément qui les liait malgré les nombreuses divisions qui les traversaient. Cela ressort en particulier d'un passage d'Hérodote souvent cité comme révélateur du sentiment d'appartenance à une culture grecque : En effet, malgré leur diversité, les traditions religieuses des anciens Grecs avaient , et tout cela atteste du fait que (V. Pirenne-Delforge). F. Graf propose de comprendre cette problématique à la lumière de l'exemple des rapports entre la langue « commune » et les dialectes grecs antiques : il y a une unité de base (une religion « panhellénique »), qui connaît une multiplicité d'expressions selon les lieux (des religions « locales ») : Fritz Graf, « Gods in Greek Inscriptions: Some Methodological Questions », dans ..
Si on ajoute au tableau les évolutions temporelles affectant la religion grecque, il existe un risque d'occulter la diversité de celle-ci en raison d'une tendance à (M. Flower) : Michael A. Flower, « Religious Expertise », dans ..
Un polythéisme antique
Quant au caractère « antique » de cette religion, il implique que les réalités des anciens Grecs (et des autres peuples antiques) soient difficiles à approcher pour un esprit moderne, et cela se ressent particulièrement dans le domaine du religieux. Les différences, tant dans les mentalités que dans les pratiques par rapport aux religions modernes, ou du moins celles des périodes suivantes, surtout à partir du triomphe du monothéisme, sont souvent vues comme un obstacle à la compréhension et à la reconstitution de la religion grecque antique. Les études récentes ont en particulier mis en avant la nécessité de se pencher plus précisément sur le fait que cette religion est un polythéisme, notion difficile à appréhender pour les esprits modernes, et également d'identifier les spécificités du polythéisme des anciens Grecs Albert Henrichs, « What is a Greek God? », dans ..
Parmi les spécificités du polythéisme antique des Grecs et des Romains se trouvent : l'absence de révélation, de livre sacré, de dogme, d'orthodoxie, qui offre une liberté de penser le divin, le monde, et des spéculations libres ; l'aspect ritualiste et traditionaliste qui met plus l'accent sur la bonne exécution des rites ancestraux, et transmet principalement ses croyances et sa spiritualité par les rites et attitudes rituelles ; l'apprentissage des devoirs religieux se fait sans initiation et enseignement spécifique, il est déterminé par le statut social d'un individu, les groupes auxquels il appartient (cité, circonscription, famille, etc.) ; l'absence de code moral religieux différent de celui régissant les relations sociales ; cette religion recherche prioritairement le bien terrestre d'une communauté, le salut des individus est une question au mieux secondaire ; cette religion a en conséquence un aspect communautaire très prononcé, donc politique, et tout acte réalisé dans le cadre communautaire a un aspect religieux ; le cadre de la cité est en particulier très important ; l'absence d'autorité religieuse unique, de fondateur et d'envoyé de Dieu ; les divinités vénérées changent selon la communauté concernée.
Selon les conclusions de R. Parker :
Cette religion a en fin de compte , un « dépaysement » est nécessaire pour l'approcher. Selon J. Kindt :
Historiographie