Gino Bartali, né le à Ponte a Ema, près de Florence, et mort le dans la même ville, est un coureur cycliste italien. Professionnel de 1935 à 1954, il est considéré comme l'un des meilleurs coureurs de tous les temps.

Excellent grimpeur, mais aussi capable de s'imposer au sprint, il remporte notamment trois Tours d'Italie, en 1936, 1937 et 1946, ainsi que deux Tours de France à dix ans d'intervalle, une performance jamais égalée, en 1938 et 1948, rejoignant alors Ottavio Bottecchia, seul Italien à avoir remporté le Tour (en 1924 et en 1925) jusqu'alors. Il fait partie des rares coureurs de l'histoire à avoir terminé plus de sur un podium final de grand tour. Il s'est adjugé sept fois le titre de meilleur grimpeur dans le Tour d'Italie et deux fois sur le Tour de France. Il compte également quatre victoires sur Milan-San Remo et trois sur le Tour de Lombardie, ainsi que des succès au classement général de courses à étapes renommées comme le Tour du Pays basque, le Tour de Romandie et le Tour de Suisse à deux reprises. Sa carrière a été marquée par sa rivalité avec Fausto Coppi, qui fut comme lui surnommé le « campionissimo ».

Profondément croyant, membre de l'Action catholique, « Gino le Pieux » a toujours refusé d'être un ambassadeur du fascisme. Proche du cardinal florentin Elia Dalla Costa, son activité de messager clandestin pendant la Seconde Guerre mondiale, sous couvert de sorties d'entraînement au cours desquelles il acheminait des faux papiers cachés dans le guidon ou la selle de son vélo, a permis de sauver plusieurs centaines de Juifs. Il fut à ce titre reconnu comme « Juste parmi les nations » en et son nom figure au mémorial de Yad Vashem.

Biographie Jeunesse et carrière amateur vignette|upright|alt=Photographie d'un immeuble aux murs jaunes et volets verts faisant l'angle d'une rue.|Maison natale de Gino Bartali à Ponte a Ema. Gino Bartali naît le dans une petite maison de la via Chiantigiana de Ponte a Ema, un petit village près de Florence, où son père, Torello, exerce la profession de terrassier.. Sa mère, Giulia, élève les quatre enfants de la famille : Gino Bartali a deux sœurs aînées, Anita et Natalina, et un frère cadet, Giulio.. Enfant, au cours d'un jeu avec ses camarades, il reste enseveli sous un tas de neige pendant quelques minutes. Lorsque sa mère le retrouve, il est fiévreux et sans voix. Il reste muet pendant près de six mois et conservera sa voix rauque comme séquelle de cet accident..

Son père lui achète une première bicyclette afin qu'il se rende à l'école Peruzzi, sur la piazza Santa Croce de Florence, pour compléter son cycle d'études élémentaires. À partir de l'âge de , Gino Bartali est réparateur de bicyclettes à la boutique de cycles d'Oscar Casamonti, à Florence. Ce dernier est également coureur cycliste indépendant. Il découvre les prédispositions du jeune Gino pour ce sport, alors que celui-ci ne possède pas encore de vélo de course, son père y étant réticent. Grâce à ses économies et avec l'aide d'Oscar Casamonti, il parvient à en acheter un. Il est déjà considéré comme un bon espoir dans la région lorsqu'en il dispute et remporte sa première course. Cette victoire lui est aussitôt retirée : ayant fêté ses la veille, il n'aurait pas dû participer à cette course..

Son père finit par céder devant l'insistance d'Oscar Casamonti, et Gino Bartali dispute ses premières courses officielles en catégorie débutants. Il rejoint « L'Aquila di Ponte a Ema », le club du village, et obtient de nouvelles victoires. Il devient une , si bien que le club lui adjoint un secrétaire. En 1932, il est troisième du championnat d'Italie des débutants et une rivalité s'installe avec Aldo Bini, considéré alors comme le meilleur Italien dans cette catégorie.. Au championnat d'Italie juniors en 1933, Gino Bartali bat Aldo Bini au sprint pour la deuxième place. En , une chute lors d'une course à Grosseto lui cause une commotion cérébrale et une fracture du nez. Il reste un jour dans le coma. Cet accident le rendra réticent à disputer les sprints à l'avenir et l'amènera à subir une opération chirurgicale du nez en 1937. Durant l'automne 1934, il revient à Grosseto et y accomplit un exploit en terminant deuxième d'une course dont il a pris le départ après les autres coureurs.. Il gagne la course de montagne Bassano-Monte Grappa puis le championnat de Toscane. Désirant se mesurer aux professionnels, il s'inscrit au Grand Prix Fiume à Turin. Il arrive dans le groupe de tête au vélodrome, accélère, se retrouve seul et gagne la course sans s'en rendre compte, croyant qu'il lui reste encore un tour. Cette victoire, comme la première trois ans plus tôt, lui est retirée, cette fois car il n'est pas Piémontais. Il s'est néanmoins montré au niveau des professionnels. Il gagne sa dernière course chez les amateurs à Ponte a Ema avec d'avance. Il s'agit alors de sa en disputées chez les amateurs.. Il passe ensuite dans la catégorie des indépendants en décembre, avant d'être recruté par la société Frejus..

Début de carrière professionnelle (1935) vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme posant de trois-quart face et portant un pull tricolore fermé par des boutons sur l'épaule.|Learco Guerra. L'équipe Frejus dans laquelle Gino Bartali devient coureur professionnel a pour leader Giuseppe Martano, deuxième du Tour de France 1934. La première course importante à laquelle participe Bartali est Milan-San Remo. Il compte deux minutes de retard sur la tête de la course à Voltri et parvient à revenir sur celle-ci en suivant Learco Guerra, retardé par une chute. Gino Bartali se porte en tête de la course au Capo Mele et compte jusqu'à deux minutes d'avance sur ses concurrents.. Alors que son dérailleur Vittoria est bloqué, l'empêchant de changer de vitesse, son avance se réduit peu à peu. Il est rejoint à huit kilomètres de l'arrivée par un trio composé de Learco Guerra, Mario Cipriani et Giuseppe Olmo. Ce dernier remporte le sprint à l'arrivée devant Guerra et Cipriani. Gino Bartali ne dispute pas le sprint et prend la quatrième place. Il gagne le prix du plus bel animateur de la course et reçoit les éloges de La Gazzetta dello Sport. Le journaliste Giuseppe Ambrosini, de La Stampa, le salue comme la révélation de l'épreuve :

Il est sélectionné pour disputer en mai le Tour d'Italie, avec le rôle de « porteur d'eau » de son leader Giuseppe Martano. Dans la , entre Portocivitanova et L'Aquila, Gino Bartali porte une attaque dans le col des Campanelle. Seul Ezio Cecchi, de l'équipe Gloria, parvient à le suivre, avant de lâcher prise dans une portion plane, au terme de la descente. Gino Bartali franchit seul la ligne d'arrivée et remporte sa première victoire d'étape dans le Tour d'Italie.. Il continue de s'illustrer en montagne, malgré l'insistance de son directeur d'équipe pour lui rappeler son rôle d'équipier en faveur de Giuseppe Martano. Dans la entre Rome et Florence, il attaque dans le passo di Radicofani et remporte des points pour le grand prix de la montagne avant d'être victime d'une fringale en fin d'étape. Gino Bartali perd beaucoup de temps lors des contre-la-montre, comme entre Lucques et Viareggio, dont il se classe à plus de neuf minutes du vainqueur français Maurice Archambaud.. Il termine son premier Tour d'Italie à la septième place du classement général et s'adjuge le Grand Prix de la montagne. Peu après sa participation au Giro, il gagne le Critérium des Nations à Turin, puis la course Reus-Barcelone-Reus en Espagne. Il termine troisième du Critérium du Midi, en France, en aidant son coéquipier Antonio Negrini à s'imposer. En août, il triomphe à nouveau en Espagne au Circuit de Montjuïc et au Tour du Pays basque, lors duquel il remporte trois des cinq étapes..

En fin de saison, il remporte le titre de champion d'Italie, décerné sur la base d'un classement par points sur plusieurs épreuves d'un jour. Parmi elles, Bartali est notamment vainqueur de la Coppa Bernocchi, deuxième du Tour de Lombardie et du Tour de Romagne. Lors de cette course, Learco Guerra, lauréat des cinq derniers titres de champion d'Italie, reconnaît en Bartali le nouveau champion national et lui fait cette proposition : Bartali accepte et rejoint Guerra en 1936 dans l'équipe Legnano, dirigée par Eberardo Pavesi.

Première victoire au Tour d'Italie (1936) En 1936, Gino Bartali obtient un premier résultat probant en avril, en terminant quatrième du Tour de Toscane. Le mois suivant, il est aligné sur le Tour d'Italie en tant que leader de son équipe Legnano. Il bénéficie du travail de ses équipiers dès la première étape, lors de laquelle il casse une roue, pour faire face à l'équipe Bianchi de Giuseppe Olmo. Ce dernier et Aldo Bini portent le maillot rose durant les huit premières étapes. Lors de la entre Campobasso et L'Aquila, première étape de montagne de ce Giro à travers les Apennins, Gino Bartali assomme ses adversaires. Il place une première attaque dans la côte de Macerone, puis accélère à nouveau dans la côte de Roccaraso et dans la montée de Svolte di Popoli, à de l'arrivée. Il s'impose avec sur son premier poursuivant, Cesare Del Cancia et endosse le maillot rose pour la première fois de sa carrière.. Il possède alors plus de six minutes d'avance sur Severino Canavesi et près de neuf sur Giuseppe Olmo. Celui-ci refait une partie de son retard en gagnant six des neuf étapes suivantes. Gino Bartali perd notamment du temps en contre-la-montre, mais gagne deux autres étapes en fin de Giro : il s'impose coup sur coup à Gardone Riviera et Salsomaggiore Terme.. Il remporte ainsi son premier Tour d'Italie devant ses rivaux Olmo et Canavesi, et s'adjuge également le classement de la montagne, comme l'année précédente.

Quelques jours après ce succès, le , son frère Giulio, coureur amateur prometteur, est victime d'un accident. Il heurte une voiture dans la descente rendue glissante par la pluie d'une course régionale. Deux jours plus tard, il meurt des suites de ses blessures. Envahi par le chagrin, Gino Bartali décide dans un premier temps d'arrêter le cyclisme.. Il ne reprend la compétition qu'à la fin du mois de juillet. En septembre, il dispute le championnat du monde sur route. Le comportement de Gino Bartali et d'Aldo Bini, respectivement septième et deuxième de cette course, est fustigé par la presse italienne, qui leur reproche de s'être contrés et empêchés mutuellement de remporter le titre. Après avoir remporté avec Learco Guerra le Tour de la province de Milan, un contre-la-montre disputé en binôme, Gino Bartali termine sa saison en gagnant le Tour de Lombardie. Il attaque dans la montée du Ghisallo avant de battre au sprint ses deux compagnons d'échappée, Diego Marabelli et Luigi Barral..

Deuxième victoire au Giro et première participation au Tour de France (1937) vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste souriant, tenant dans sa main gauche une coupe et donnant une poignée de main à un homme hors champ, la foule entourant ces deux hommes.|Roger Lapébie remporte le Tour de France 1937 tandis que Gino Bartali abandonne à la suite de ses blessures.