Paul Lafargue, né le à Santiago de Cuba et mort le à Draveil, est un journaliste, économiste, écrivain et homme politique socialiste français.

Militant de l'opposition socialiste au Second Empire et membre de l'Association internationale des travailleurs (AIT), il fréquente Karl Marx et marie sa fille Laura en 1868. Après avoir participé à la Commune de Paris, il s'exile à l'étranger. De retour en France après l'amnistie, il fonde avec Jules Guesde le Parti ouvrier français (POF) et mène sous la Troisième République une intense activité militante au sein des milieux socialistes, publiant de nombreuses brochures dont Le Droit à la paresse en 1880.

Biographie

Opposition de jeunesse au Second Empire Paul Lafargue est né d'une mère ayant des origines juive et indigène jamaïcaine et d'un père chrétien bordelais dont la propre mère était une mulâtre de Saint-Domingue. Les Lafargue regagnent la France en 1851 ; le jeune Paul est alors âgé de neuf ans. Il suit des études secondaires à Bordeaux, dont est originaire son père François Lafargue, puis des études de médecine à la faculté de médecine de ParisPaul Lafargue : philosophe, propagandiste et homme d’action, Pascal Bavencove et Pierre Outteryck, L'Humanité.fr, 2 mars 2012., où il fait connaissance avec Proudhon. Il collabore alors au journal La Rive gauche, favorable aux idées de Proudhon« Paul Lafargue » Encyclopédie Universalis..

À la suite d'une déclaration au Congrès international des étudiants de Liège, en octobre 1865, et dans laquelle il émet le souhait de voir disparaître les rubans tricolores au profit de la seule couleur rouge, il est exclu à vie de l'université de Paris. En 1865, il vient présenter l'état du mouvement socialiste français au conseil général de l'Association internationale des travailleurs à Londres. Il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx (en ), dont il épouse la seconde fille, Laura, en avril 1868... Après son exclusion de l'université en France, il retourne à Londres finir ses études. Il est élu au conseil général de l'Internationale et fréquente régulièrement les Marx.thumb|Laura Marx, épouse de Paul Lafargue.|290x290px Il rentre alors en France où il devient membre de la Première Internationale. Dès 1866, il est élu au conseil général de l'Internationale où il représente l'Espagne jusqu'au congrès de Bruxelles en 1868.

La Commune de Paris Il participe à la Commune de Paris en 1871. Il est alors envoyé à Bordeaux pour y organiser un soutien pour le mouvement parisien. En , alors que la section bordelaise est dissoute, il la reconstitue aussitôt, avec le bottier Vezinaud. En avril, quelque 300 personnes descendent dans les rues de Bordeaux, descellent les pavés et bombardent la caserne de la Garde nationale en criant « vive la Commune »Alain Anziani, Cent ans de socialisme en Gironde, 1999; p. 18. Paul Lafargue est rejoint à Bordeaux par son épouse, ses enfants et ses belles-sœurs.

En exil à l'étranger Après la semaine sanglante de , pour éviter d'être arrêtés, ils trouvent refuge à Luchon. Le dernier né, Marc-Laurent, meurt à Luchon le à l'âge de cinq moisActe du registre d'état-civil de Bagnères-de-Luchon.. Finalement, Lafargue doit passer secrètement en Espagne à Bossòst le . Le lendemain, le , les femmes et l'enfant survivant, Charles-Étienne, le rejoignent à Bossòst. Le soir, Jenny et Eléanor rentrent en France pour poursuivre leur cure à Luchon. Elles sont arrêtées à la frontière et ramenées sous escorte à Luchon. Leurs chambres sont fouillées, à la recherche d'explosifs et de documents compromettants, sans succès (le seul document qui aurait pu les incriminer, une lettre de Gustave Flourens, avait été mise dans un vieux livre de comptes poussiéreux par Jenny, juste avant une fouille au corps au poste frontière de Fos.). Après une nuit d'interrogatoire à la gendarmerie, les deux sœurs Marx sont libérées, mais leurs passeports ne leur seront remis qu'une dizaine de jours plus tardJenny Marx dans 'Woodhull & Claflin Weekly', édition du 21 octobre 1871..

Lafargue fonde, à Madrid, une section marxiste (1871) de la Internationale. Il y dirige des groupes ouvriers et combat les thèses anarchistes.

Le militant et député socialiste Après s'être rendu au Portugal, Lafargue revient à Londres où il rencontre Jules Guesde. Il rentre en France après l'amnistie et fonde en 1880, avec Guesde, le Parti ouvrier français (POF) et son périodique, Le Socialiste. Dans les années 1880, il est, tout comme Guesde, l'une des rares voix en France à s'élever contre le colonialisme. Il dénonce par exemple, lors de la conquête de la Tunisie, « la responsabilité du sang versé en Afrique et des infamies commises, [qui] retombe sur la tête de la bourgeoisie » ().

Il est incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, d'où il réédite son célèbre Le Droit à la paresse, initialement paru en 1880 dans le journal L'Égalité de Jules Guesde. Il devient député de Lille en novembre 1891 alors qu'il est à nouveau emprisonné à la suite d'une condamnation pour « provocations au meurtre » après la fusillade de Fourmies (), qui a fait neuf morts chez les ouvriers.

Adoptant une position ambiguë face au boulangisme, il entretient pendant quelque temps des « relations étroites avec les socialistes boulangistes ». Il écrit dans une lettre à Engels que le boulangisme est un « véritable mouvement populaire pouvant revêtir une forme socialiste si on le laisse se développer librement ». En mars 1892, au meeting de la Ligue intransigeante socialiste, organisation proche d'Henri Rochefort, il envoie une lettre d'excuse pour son absence (13 mars 1892) ; il assiste le 30 juin suivant à la réunion du comité intransigeant du 3ème arrondissement et y fait l'éloge du boulangisme, avec quelques réserves. Lors de la même réunion, il déclare que « le mouvement boulangiste était rationnel ».thumb|Une des nombreuses éditions militantes du texte Le Droit à la paresse.|338x338pxIl est élu député du Nord du au Mandat à l'Assemblée nationale, sur le site de l'AN.. Lors de l'affaire Dreyfus, il prend parti pour ce dernierPar Jean-Numa Ducange pour la Fondation Jean-Jaurès, « Paul Lafargue, cent ans après… », Le Monde, 2011.. En 1896, Laura Marx-Lafargue hérite d’une partie de la fortune de Friedrich Engels. Paul et Laura achètent alors une propriété à Draveil où ils vivent d’une « manière hédoniste », tout en poursuivant leurs anciens combatsPaul Lafargue et Laura Marx-Lafargue, Archives de France, ministère de la Culture, 2011.. À partir de 1906, il rédige régulièrement des éditoriaux pour l'Humanité.

Suicide et obsèque À 69 ans, en 1911, proche de la limite d'âge de 70 ans qu'il s'était fixée, il se suicide à DraveilNotice d'autorité personne du catalogue général de la BNF. avec son épouse, en se justifiant dans une courte lettre :

Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 76), face au mur des Fédérés. Leurs obsèques ont lieu le en présence d'une foule nombreuse, L'Humanité, .. Plusieurs leaders socialistes y prennent la parole, notamment : Karl Kautsky, Jean Jaurès, Édouard Vaillant, Alexandra Kollontaï et Lénine qui séjourne alors à Paris.thumb|redresse|Tombe au cimetière du Père-Lachaise.

Hommages et postérité En 1974, le chanteur Georges Moustaki lui rend hommage avec une chanson intitulée Le Droit à la paresse, du nom d'un essai de Paul Lafargue publié en 1880'.. En 2011 un colloque interdisciplinaire et international, Le droit à la paresse, nécessaire, urgent?! a été organisé sous l' égide de l'Université libre de BruxellesLe droit à la paresse, nécessaire, urgent?!, Actes du Colloque 23 novembre 2011, campus du Solbosch, ed. par Michel Majoros, Bruxelles.

Publications Du vivant de l'auteur Le Droit à la paresse (Réfutation du « Droit au travail » de 1848), 1880, 18px (version numérique disponible sur wikisource) et nouvelle édition, 1883, 18px (sur wikisource) Le Parti socialiste allemand, La Politique de la bourgeoisie, Que veulent donc les seigneurs de l'industrie du fer ?, Au nom de l'autonomie, Le Sentimentalisme bourgeois, M. Paul Leroy-Beaulieu, L'Autonomie, L'Ultimatum de Rothschild, Les Luttes de classes en Flandre de 1336-1348 et de 1379-1385, 22 & La Journée légale de travail réduite à huit heures, Un moyen de groupement, La Base philosophique du Parti ouvrier, 1882 Essai critique sur la Révolution française du , 1883 Le Matérialisme économique de Karl Marx, cours d'économie sociale, 1884 La Légende de Victor Hugo, 1885, écrit pamphlétaire écrit quelques jours après l'enterrement de ce dernier et l'accusant de n'être qu'un bourgeois opportuniste, 18px sur Wikisource Une visite à Louise Michel, 1885 Sapho, 1886 Les Chansons et les cérémonies populaires du mariage, 1886 Le Matriarcat, étude sur les origines de la famille, 1886 (ed Kodawa, 126p. 2012 ) La Circoncision, sa signification sociale et religieuse, 1887 La Religion du Capital, 1887, 18px sur Wikisource Le Parti ouvrier français, 1888 Pie IX au Paradis, 1890 Le Darwinisme sur la scène française, 1890 Souvenirs personnels sur Karl Marx, 1890 Appel aux électeurs de la de Lille, 1891 La boucherie du Fourmies du , 1891, Origine de la propriété en Grèce, 1893 Un appétit vendu, 1893 Campanella, étude sur sa vie et sur la Cité du Soleil, 1895 Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire, 1895 Le Mythe de l'Immaculée Conception, étude de mythologie comparée, 1896 Les Origines du Romantisme, 1896 Le Socialisme et la Science sociale, 1896 La Fonction économique de la bourse, contribution à la théorie de la valeur, 1897 Le Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics, 1899 Origine de l'idée du Bien, 1899 Le Socialisme et les Intellectuels, 1900 Les trusts américains : leur action économique, sociale, politique, 1903 Souvenirs personnels sur Friedrich Engels, 1904 La Question de la femme, 1904 Le Mythe de Prométhée, 1904 Le Patriotisme de la bourgeoisie, 1906 Origine des idées abstraites, 1909 La Croyance en Dieu, 1909 Le Problème de la connaissance,

Dernières éditions sur papier La Religion du capital, préface de Michel Valensi, Éditions de l’éclat, 2022 La Religion du capital, suivi de, Le droit à la paresse, et de Pie IX au paradis, éditions Théolib Paris 2014 Le Matriarcat, Éditions Kobawa, 126 p., 2012 Karl Marx. Le Capital - Résumé par Paul Lafargue, 106 p., 2011 Origine et évolution de la propriété, éd Kobawa, 200 p., 2011 Pie IX au Paradis, Éditions d'ores et déjà, 2010 Suivi d'un texte de Wilhelm Liebknecht, Souvenirs sur Marx, Éditions du Sandre, 2008 Précédé par une réfutation d'Yves Guyot, La Propriété : Origine et évolution - Thèse communiste, Éditions du Sandre, 532 p., 2007 Traduction et annotation par Lafargue, Socialisme utopique et socialisme scientifique, Aden Editions, 108 p., 2005 Le Socialisme et la conquête des pouvoirs publics, Les Bons Caractères, 48 p., 2004 Le Socialisme et les intellectuels, Les Bons Caractères, 43 p., 2004 Les Luttes de classe en Flandre de 1336-1348 et 1379-1385, Aden, 2003 Le Déterminisme économique de Karl Marx. Recherche sur l'origine et l'évolution des idées de justice, du bien, de l'âme et de Dieu, L'Harmattan, 264 p., 1997 « Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire » in Le Grand Débat : Jaurès, Lafargue, Guesde, Le Temps des Cerises, 168 p., 1994

Recueils ou textes choisis Gilles Candar et Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution - écrits 1880-1911, Tallandier, coll. dirigée par Jean-Claude Zylberstein, 431 p., Jacques Girault, Paul Lafargue - Textes choisis, collection les classiques du peuple, Éditions Sociales, 1970 Jean Fréville, Paul Lafargue. Critiques littéraires, 1936

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Jean Jaurès, « La destinée », L’Humanité,

Jacques Macé, Paul et Laura Lafargue. Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, L'Harmattan, 220 p., 2001