LaurochsSelon l'orthographe traditionnelle, aurochs est un mot invariable, qui prend donc un s même au singulier. Ce s est parfois prononcé (). (ou auroch.L'orthographe « auroch » est recommandée par les rectifications orthographiques du français en 1990.) est une espèce de bovidés, ancêtre des races actuelles de bovins domestiques et dont la descendance sauvage est désormais éteinte. Appartenant au genre Bos, son nom scientifique est Bos primigenius ou Bos taurus primigenius selon les auteurs. Il est également désigné parfois par les noms durus ou ure. Menacé par la chasse, les croisements (pollution génétique) et la domestication, la forme sauvage de l'aurochs n'existait plus qu'en Europe de l'Est à partir du , avant de s'éteindre dans la première moitié du (le dernier spécimen est mort en 1627 dans la forêt de Jaktorow en Pologne). Entre sa domestication et la disparition de sa forme sauvage, les croisements étaient réguliers en Europe, notamment par la capture d'aurochs femelles.
L'aurochs a fait en 1920 l'objet de tentatives de reconstitution par élevage sélectif de races bovines jugées primitives. Les frères Heinz et Lutz Heck créèrent une race s'en approchant appelée « aurochs de Heck », et officiellement nommée de nos jours en France « aurochs-reconstitués », que l'on peut observer aujourd'hui en Europe.
Dénominations Nom scientifique valide : Bos primigenius von Bojanus, 1827 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Auroch, Aurochs Noms vernaculaires (langage courant) : gourejen (breton), ure, urus
Étymologie vignette|redresse=1.3|Aurochs représentés dans la grotte de Lascaux. vignette|redresse=1.3|Représentation d'un Aurochs aux prises avec des loups, par Heinrich Harder.
Le mot est attesté en français pour la première fois en 1414 sous la forme ourofl au sens de « bœuf sauvage », puis en 1611 sous la forme aurox. Buffon, dans son Histoire naturelle (1763), l'appelle aurochs (forme apparue en 1752) et le distingue du Bison d'Europe Bos bonasus qu'il dénomme zoubre (du polonais żubr).. Il s'agit d'un emprunt au germanique, plus précisément au moyen haut allemand urohse « aurochs » dans un premier temps, puis de nouveau à l'allemand moderne Auerochse dans un second tempsGrand Larousse de la langue française, en 7 volumes, Paris, 1971, Tome .Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, Paris, 1992.. Le terme allemand est issu du vieux haut allemand ûrohso, composé des éléments vieux haut allemands ûro « aurochs » et ohso « bœuf » (en allemand der Ochse, pluriel die Ochsen, cf. anglais ox, pluriel oxen « bœuf(s) »). Il s'agit d'un composé explicatif, le sens du premier élément ūro étant devenu opaque. L'élément ûro, moyen allemand ûr(e), vieil anglais ūr, vieux norrois úrr signifie vraisemblablement à l'origine « celui qui répand sa semence humide », sur la base d’un vieux thème indo-européen *ūr désignant l'humidité et la pluie fine, que l'on retrouve dans le vieux norrois úr et le latin urina « urine »Duden, Das Herkunftwörterbuch, volume 7, Duden Verlag, ..
Il existe aussi un terme latin urusdéjà dans César, De Bello Gallico, , 281., lui-même d'origine celtique ou germaniqueAlfred Ernout et Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Histoire des mots, Klincksieck, , 2001.. Le mot uros est, semble-t-il, attesté en gaulois dans des anthroponymes où il apparaît comme élément de composés tels que Uro-genius « issu de l'aurochs », Uro-geno-nertus « qui a la force d'un jeune aurochs »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance, Paris, 2001.. Le mot français « ure » est un emprunt récent (1560) au latin urus.
Histoire et culture
L'aurochs serait apparu en Inde au Pléistocène inférieur, il y a environ deux millions d'années.Paleontologisk Museum de l'Université d'Oslo. Il serait probablement issu de Bos planifrons ou de Bos acutifrons, connus dans les SiwaliksE. Crégut-Bonnoure et Cl. Guérin (1996), « Famille des Bovidés », Les grands mammifères plio-pléistocènes d'Europe, Masson, coll. Préhistoire..
Il aurait ensuite migré vers le Moyen-Orient et le reste de l'Asie pour gagner l'Europe au Pléistocène moyen. Il a aussi existé en Afrique du Nord . La date précise de sa diffusion en Europe varie selon les sources : début du Pléistocène moyen (soit il y a environ ), d'après Lehmann en 1949, cité par Van Vuure en 2002. ou d'après le Paleontologisk Museum de l'université d'Oslo..
Beaucoup d'auteurs distinguent trois sous-espèces, largement répandues à travers l'ancien monde : les aurochs européens et moyen-orientaux (Bos primigenius primigenius) ; les aurochs asiatiques ou indiens (Bos primigenius namadicusGrisson (1980), a proposé de faire de ce taxon une espèce à part, mais n'a guère été suivi.) ; les aurochs nord-africains (Bos primigenius africanus = Bos primigenius opisthonomous = Bos primigenius mauretanicus)Margret Bunzel-Drüke, « Ecological substitutes for Wild horse and Aurochs », WWF Large Herbivore Initiative, 2001, PDF. ».
Il existe des formes régionales mal connues, et il est possible qu'il ait existé des sous-espèces non décrites. L'aurochs de Sicile avait ainsi une taille inférieure de 20 % aux aurochs continentaux.
L'aurochs a été chassé par les groupes de Néandertaliens, comme l'attestent les découvertes archéologiques réalisées dans les sites tels que Biache-Saint-Vaast ou La Borde. Ce dernier a livré de nombreux restes d'aurochs, correspondant au minimum à quarante individus. Il est interprété comme un lieu de chasse et d'abattage mettant à profit un piège naturel vers lequel des troupeaux étaient rabattus..
L'aurochs a ensuite très fréquemment été représenté dans l'art pariétal du Paléolithique supérieur, notamment à Lascaux ou Font-de-Gaume. La villa romaine du Casale conserve une mosaïque représentant une chasse à l'aurochs mais certains y voient un bison d'Europe.
L'aurochs a été le premier animal sauvage vivant en troupeaux à être domestiqué il y a plus de au Proche-Orient.
Son descendant, le taureau, devint ainsi un symbole des premières sociétés agraires sédentaires, tant sous sa forme sauvage et guerrière que sous sa forme domestique, bœuf pour les travaux des champs ou vache pour son lait.
Le taureau devint un symbole central de la plupart des mythes et religions des sociétés agraires, par exemple dans le culte égyptien d'Apis, conçu par une vache vierge et fécondé par le feu céleste. Il y avait de nombreuses tombes de taureaux momifiés. Dans le mythe égyptien des deux frères (qui date du règne de qui régna au siècle avant notre ère) Anubis et Bata, Bata renaît sous la forme d'un taureau. Le pharaon guerrier est représenté sous la forme d'un taureau, par exemple sur la palette de Narmer ou la palette au taureau, tout comme l'homme préhistorique devait se parer de son image guerrière.
Il en va de même en Phénicie, où le dieu El est surnommé « Taureau » et dont le symbole, une tête de taureau inversée signifiant « domestiqué », a été utilisé pour la première lettre de l'alphabet, « A ». Il ressemble au symbole égyptien signifiant « tête de bœuf » et apparaît sur des statues et des palettes .
En Crète, la fresque de la taurocathapsie de Knossos, datant de , représente un grand taureau, peut-être un aurochs, et des danseurs dont l'un saute au-dessus du taureau. La fresque témoigne d'une cérémonie minoenne qui reproduisait symboliquement la domestication de l'animal sauvage..
En Grèce antique, Zeus se transforma en taureau blanc pour séduire la princesse phénicienne Europe, originaire de Sidon.. La princesse Io s'enfuit de Grèce pour aller en Égypte sous forme de génisse et donna son nom au Bosphore : , « la vache », et , « le passage ». . L'élevage de taureaux en semi-liberté sur le pourtour de la Méditerranée depuis la préhistoire a été préservé en Espagne où ils sont très ressemblants aux aurochs peints à Lascaux. gauche|vignette|Tête d'aurochs héraldique du canton d'Uri (Suisse). gauche|vignette|Tête d'aurochs héraldique de la principauté de Moldavie. Alors qu'une partie significative des forêts d'Europe de l'Ouest est déjà défrichée au profit de l'agriculture, Jules César, dans un chapitre de la Guerre des Gaules consacré à la description des Germains, évoque l'aurochs qu'on lui dit vivre dans l'immense forêt hercynienne avec des élans et d'autres animaux sauvages qu'on ne trouve déjà plus dans l'Italie romaine ni dans ses premières colonies.
Après avoir disparu des autres régions du monde, l'aurochs semble être resté relativement abondant dans les grands massifs forestiers d'Europe, relique de la forêt préhistorique ou regain sur des terres défrichées puis abandonnées au moment des grandes invasions ou des pestes, jusqu'au Moyen Âge, date à laquelle quelques mesures de protection sont prises (interdiction de chasse, garderie…), afin de protéger un gibier de choix pour la noblesse. Ainsi, Grégoire de ToursGrégoire de Tours, Histoires, Livre rapporte que
L'aurochs figure sur les armes de la ville lituanienne de Kaunas, et il est le symbole de la principauté de Moldavie (roumain : bour, prononcé « bo-oure ») ; à ce titre il figure sur le blason de la Roumanie et de la République de Moldavie. Les aurochs ont disparu de ces pays au , chassés par les boyards ou croisés avec le bétail domestique.
Extinction Au , le territoire de l'aurochs se limitait à la Prusse, la Pologne, la Lituanie, la Moldavie et la Transylvanie. En Pologne, le droit de chasser de grands animaux a été limité d'abord à la noblesse puis, progressivement, aux seuls membres de la famille royale. Comme la population déclinait, la chasse cessa et la cour royale dut faire appel à des garde-chasses pour entretenir les dernières populations dans des zones délimitées. Ces garde-chasses étaient exemptés d'impôts locaux en échange de leur service ; le braconnage sur les aurochs était puni de mort.
Selon une enquête royale, ils n'étaient plus qu'une trentaine en 1564, vivant ainsi en liberté surveillée dans la forêt de Jaktorów, en Pologne. Principalement victimes de maladies apportées par les bovins domestiques, il ne restait plus que trois mâles et une femelle en 1602. Le dernier mâle est mort en 1620 et la femelle, dernier aurochs vivant connu, est morte en 1627Bison et Auroch, dernière présence en Pologne, sur le site beskid, consulté le 9 octobre 2017..
John Bell mentionne toutefois sa présence en 1720 en Sibérie..
Les principales causes de l'extinction furent la chasse, la diminution de l'habitat en raison du développement de l'agriculture et des épizooties (notamment en provenance de bétail domestique).Rokosz’, Mieczyslaw (1995), « History of the Aurochs (Bos Taurus Primigenius) in Poland », Animal Genetics Resources Information (Food and Agriculture Organization) 16: 5–12..
Domestication de l'aurochs
La domestication de l'aurochs sauvage, Bos primigenius, remonterait à , au Moyen-Orient puis en IndeSource : Laboratoire de Préhistoire et Protohistoire de l'Ouest de la France. Sur la domestication en Inde (en fait dans l'actuel Pakistan), voir aussi Badam, 1984..
Les trois sous-espèces auraient été domestiquées, et seraient à l'origine de races domestiques : les aurochs européens et moyen-orientaux (Bos primigenius primigenius) seraient à l'origine des bétails sans bosse (Bos primigenius f. taurus), les aurochs asiatiques ou indiens (Bos primigenius namadicus) ont vraisemblablement donné le bétail à bosse, ou zébu (Bos primigenius f. taurus = Bos primigenius f. indicus) et l'Aurochs nord-africain (Bos primigenius africanus = Bos primigenius opisthonomous = Bos primigenius mauretanicus) pourrait avoir contribué au patrimoine génétique des bétails africains (cf. eg. Clutton-Brock, 1999)Clutton-Brock, J. (1999) A Natural History of Domesticated Mammals, 2nd edition. Cambridge University Press, Cambridge. ».