Scipion Émilien (Publius Cornelius P.f. P.n. Scipio Æmilianus Africanus Numantinus), aussi dit le Second Africain ou Scipion le Numantin, est un général et homme d'État romain, né en 185 av. J.-C., et mort en 129 av J.-C.

Il est resté célèbre pour avoir détruit Carthage et Numance, réduisant l'Afrique en province romaine et pacifiant l'Hispanie et pour s'être opposé à ses cousins les Gracques. Il fut consul en 147 et en 134 av. J.-C. et censeur en 142 av. J.-C.

Famille Il est issu de l'illustre gens Æmilia, plus particulièrement de la branche patricienne des Paulli, dont le premier membre qui s'illustra, Marcus Æmilius L.f. L.n. Paullus a été consul en 302 av. J.-C.

Les Paulli sont eux-mêmes issus des Mamercini, et par là se rattachent à Mamercus Æmilius, premier membre connu de la famille, descendant de Mamercus, l'un des fils du roi Numa Pompilius, le successeur de Romulus. Pour d'autres, les Æmilii descendraient de Mamerkos, fils de Pythagore. L’un d’eux, Paul Émile le Macédonique, consul en 182 av. J.-C., épouse Papiria, la fille du consul de 231 av. J.-C. Caius Papirius Maso.

De leur union naissent quatre enfants, deux garçons et deux filles : Quintus Fabius Maximus Æmilianus, consul en 145 av. J.-C. ; Scipion Émilien ; Æmilia Prima, qui épousera Quintus Ælius Tubero ; Æmilia Secunda, qui épousera Marcus Porcius Cato, fils de Caton le Censeur.

Paul-Émile divorce ensuite de Papiria et se remarie avec une femme dont nous ignorons le nom. Elle lui laissera deux enfants : Un fils, mort à 13 ans ; Un fils, mort à 11 ans.

À la mort de Paul-Émile, Scipion Émilien reçoit 135 000 drachmes qu’il donne généreusement à son frère Quintus. Adopté par son propre cousin germain Publius Cornelius Scipio Africanus Minor, flamine de Jupiter, le fils de Scipion l’Africain, il a lui-même déjà hérité d’une fortune considérable.

Par son adoption, il entre dans la gens Cornelia, qui compte déjà douze consulats et trois censures. Son grand-père adoptif, Scipion l’Africain, vainqueur d’Hannibal, a donné à la famille un prestige inégalable.

Scipion Émilien fut marié à Sempronia, fille de Tiberius Sempronius Gracchus, le consul de 177 av. J.-C. et de 163 av. J.-C. et de Cornelia Africana, fille de Scipion l’Africain. Il est ainsi le beau-frère et le cousin germain des Gracques. Scipion Émilien et Sempronia n’eurent pas d’enfantAppien, Les Guerres civiles à Rome, , 3, 20..

Le cercle des Scipions

Il reçoit une éducation soignée et ne perdra jamais une occasion d’élargir ses connaissances de la culture grecque. Il réunit autour de lui ce que l’on appellera le « cercle des Scipions », comprenant des hommes de lettres grecs ou latins, parmi lesquels l’historien grec Polybe, le philosophe stoïcien Panétius, le poète satirique Lucilius ou le dramaturge d’origine africaine Térence.

On attribuera d’ailleurs à Scipion Émilien la composition de nombreuses comédies de Térence.

En plus de sa culture grecque, il est aussi reconnu pour ses nobles vertus typiquement romaines, le courage au combat, l’éloquence, un certain talent pour la politique et son désintéressement. Ainsi, lorsqu’il détruit Carthage en 146 av. J.-C., prend-il le soin de rendre aux villes grecques de Sicile toutes les œuvres d’art pillées par les Carthaginois.

Le meilleur général de son temps La campagne de Grèce (168) À dix-sept ans, il accompagne son père en Grèce et combat sous ses ordres à la bataille de Pydna où il se distingue par sa bravoure. C’est à ce moment qu’il rencontre Polybe. Fils préféré de Paul Émile le Macédonique, qui avait remarqué sa supériorité intellectuelle et morale sur tous les hommes de son temps, il lui cause une grande frayeur en disparaissant à l’issue de la bataille. Après une nuit de recherches, Scipion Émilien revient entouré de quelques amis, couverts de sang. Il explique alors qu’il était parti à la poursuite d’ennemis, dans l’élan de la victoirePlutarque, Vie de Paul-Émile, 22..

Il accompagne ensuite son père et le frère du roi Eumène Athenaios lors de sa tournée des villes grecquesTite-Live, Ab urbe condita, , 27.. À leur retour à Rome, il figure au triomphe de Paul-Émile vainqueur du roi de Macédoine, PerséeTite-Live, Ab urbe condita, , 40-41..

La guerre contre les Celtibères (151-150) En 151 av. J.-C., alors que la guerre faisait rage en Hispanie, la jeunesse noble de Rome refusait d’aller combattre. Nombre de postes militaires étaient alors vacants. Scipion Émilien montra l’exemple en proposant d’être envoyé avec le consul Lucius Licinius Lucullus comme simple légat ou tribun militaire. Le Sénat en fut surpris pour deux raisons : d’abord parce que sa naissance et son âge auraient pu lui permettre de prétendre à un poste plus élevé, ensuite car les Macédoniens venaient de l’inviter à régler leurs discordes, ce qui lui promettait de recevoir de grandes récompenses financières. La jeunesse romaine considéra alors avec enthousiasme l’exemple de Scipion Émilien et s’engagea avec lui en HispaniePolybe, Histoires, , 4..

Là encore, il s’y distingue en tuant un géant espagnol qui ridiculisait les Romains, bien que lui-même fût assez petitAppien, Ibérique, 53.. Peu de temps après, il convainc les Ibères de signer un traité de paix avec RomeAppien, op. cit., 54..

Il force l’admiration de ses ennemis, à qui il rappelle les vertus de son grand-père.

L’année suivante, il est envoyé par Lucullus en Afrique pour obtenir un renfort d’éléphants. À son arrivée, il est reçu royalement par le vieux Massinissa, en pleine guerre contre Carthage, qui lui demande d’être médiateur. Scipion Émilien échoue dans sa médiation et retourne en Espagne avec les éléphantsAppien, Les Guerres puniques, , 71-72..

La Troisième Guerre punique (149-146) vignette|L'assaut final de Carthage. Scipion Émilien rase la ville après des combats acharnés (image du ). En 149 av. J.-C., il est envoyé en Afrique, toujours en tant que tribun militaire. Il sauve l’armée du consul Manius Manilius du désastreAppien, op. cit., 14, 97-100. et reçoit une couronne obsidionaleAurélius Victor, De Viris Illustribus, 68.. Il obtient la confiance totale de ses troupes, ainsi que celle de Massinissa par son intégrité et sa fidélité à sa parole. Une commission, envoyée par le Sénat romain, fait de lui un rapport plus que favorable. Caton l’Ancien, vieil ennemi de son grand-père adoptif, dira de lui Plutarque, Vie de Caton l’Ancien, 27..

L’année suivante, le consul Lucius Calpurnius Piso Cæsoninus prend le commandement de l’armée et Scipion Émilien revient à Rome. L’armée souhaite le voir revenir vite car un oracle prétend que lui seul peut prendre CarthageAppien, op. cit., 109-110..

Candidat à l’édilité, il est élu directement consul avant l’âge légal. Le Sénat lui accorde alors le commandement de l’armée d’AfriqueAppien, op. cit., 112..

Après quelques victoires, Scipion Émilien met le siège devant Carthage. Il dure jusqu’au printemps 146 av J.-C., les Carthaginois étant repliés dans la citadelle de Byrsa, commandés par Hasdrubal le Boétharque. Après une résistance héroïque des Carthaginois et une lente progression des Romains, maison par maison, la ville finit par tomber. Des milliers de Carthaginois se suicident, d’autres sont tués ou réduits en esclavage. La ville, finalement prise, brûle pendant dix-sept jours. Scipion Émilien la fait raser et consacre son sol aux divinités infernales. Il aurait pleuré en voyant le sort de la ville pluri-centenaire qui avait failli prendre Rome, quelques décennies plus tôtAppien, op. cit., 112-132..

À la fin de l’année, il revient à Rome pour célébrer le triomphe le plus grandiose que les Romains aient pu voir jusqu’alorsAppien, op. cit., 135..

La guerre de Numance (134-133) En 134 av. J.-C., il est à nouveau élu consul, avec , pour mener la guerre contre Numance qui dure depuis dix ans.

Sachant l’armée d’Hispanie nombreuse et puissante, il n’enrôle aucune légion supplémentaire, mais se contente, avec l’accord du Sénat, d’emmener avec lui des volontaires envoyés par des villes et des rois amis. Il ajoute aussi cinq cents clients amis avec lesquels il forme l’« ala amicorum » (certains historiens y ont vu la première garde prétorienne)Appien, Ibérique, 84.. Au total, ce sont quatre mille soldats qu’il met sous les ordres de son neveu, Quintus Fabius.

À son arrivée en Hispanie, il chasse du camp romain les marchands, les prostituées, les devins et les sacrificateurs et rétablit la discipline. Il interdit les lits et pour montrer l’exemple, il dort lui-même sur la paille. Il évite un temps les batailles rangées, tandis qu’il redonne le moral à ses troupesAppien, op. cit., 86..

Il met ensuite le siège devant Numance, affaiblissant celle-ci en édifiant les circonvallations, technique qu’il avait apprise de Massinissa. Après un long siège, la ville finit par tomber en 133 av. J.-C. et Scipion Émilien lui réserve le même sort qu’à Carthage. Il rase la ville et réduit les survivants en esclavageAppien, op. cit., 87-98.. Il reçoit alors le second agnomen « Numantinus » (le Numantin). Pour certains historiens, ce sont les Numantins eux-mêmes qui auraient détruit leur ville.

Le chef de l’aristocratie sénatoriale La censure (142) En 142 av. J.-C., il est élu censeur, avec Lucius Mummius Achaicus, le destructeur de Corinthe, pour collègue. Scipion Émilien prône une grande sévérité contre les sénateurs, mais il est empêché par son collègue Valère-Maxime, Faits et dits mémorables, , 2..

Lors du cens, à l’approche de Caius Licinius Sacerdos, il lui dit qu’il le sait coupable de parjure et que si quelqu’un daigne l’accuser, il appuierait l’accusateur dans sa charge. Finalement, personne n’ose attaquer Licinius et Scipion Émilien le chasse en lui disant Valère-Maxime, op. cit., , 1, 10..

Il clôt le lustre en changeant la formule rituelle. Il ne réclame plus , mais sa . Son exemple sera suivi par tous les censeurs suivantsValère-Maxime, op. cit., , 2..

Il avait aussi repris Publius Sulpicius Gallus pour sa mollesse et ses mœurs dépravées.

Le procès de Scipion Émilien (139) En 142 av. J.-C., Scipion Émilien avait retiré à Tiberius Claudius Asellus son cheval public, le dégradant de son rang. Asellus se défend, accusant Scipion Émilien de le dégrader injustement, au regard de ses actions militaires, mais Scipion reste sur sa positionAulu-Gelle, Nuits attiques, , 4..

Élu tribun de la plèbe en 139 av. J.-C., Asellus attaque Scipion Émilien de maiestate devant le peuple. Son principal reproche est que le lustre de Scipion Émilien avait été malheureux et frappé par l’infortuneIbid., , 17.. Scipion lui répond par au moins cinq discours, où il paraît sans porter le vêtement de deuil, ni la barbe comme il est de coutume pour les accusésIbid., , 20.. Finalement, Scipion est acquitté. Tiberius Asellus sera empoisonné, quelques années plus tard, par son épouse Licinia, qui sera à son tour étranglée sur ordre de sa famille.

L’opposition à Tibérius Gracchus et la question agraire (133-129) À peine Scipion Émilien est-il revenu de Numance (133), que le tribun Caius Papirius Carbo, du parti des Gracques, le prend à partie. Tiberius Sempronius Gracchus, cousin et beau-frère de Scipion, venait en effet d’être mis à mort par le Grand pontife et Princeps senatus Publius Cornelius Scipio Nasica Serapio, oncle des deux hommes, après la mise en place des lois agraires d’inspiration populaireAppien, Les guerres civiles à Rome, , 1-2. Carbon demande alors à Scipion Émilien son sentiment sur la mort de Tibérius Gracchus, espérant ainsi se servir de l’influence d’un consulaire aussi illustre. Mais Scipion Émilien déclare : S’attirant de violentes clameurs de la foule, il la réprimande à deux reprisesValère-Maxime, op. cit.., , 2.3..