Eugène Arnold Dolmetsch, né le au Mans, mort le à Haslemere (Angleterre), franco-suisse naturalisé britannique, est un violoniste, facteur d’instruments, et concertiste pratiquant la musique d'avant le . Sa vie durant, il œuvre pour la réhabilitation de la musique pré-classique avec des instruments et pratiques appropriés à l'époque de sa composition.

Biographie Arnold Dolmetsch est né dans une famille de musiciens. Son grand-père, Friedrich Rudolf Dolmetsch, élevé par le compositeur zurichois Johann Heinrich Egli (1742-1810), apprit à ses propres enfants à jouer Bach au clavicorde. Son père, Rudolf Arnold (1827-1874), quitta la Suisse pour Le Mans (Sarthe) où il entra dans l'entreprise Armand Guillouard, facteur d'orgues et de pianos. Rudolph épousa la fille d'Armand, et Eugène Arnold Dolmetsch naquit le MC ..

Études Enfant, il étudie le violon et accompagne son grand-père dans ses tournées d'entretien des orgues de la région. À , il quitte le lycée du Mans avec d’excellentes notes et entre officiellement dans l'entreprise comme apprenti. Il joue dans les ensembles familiaux et dans l'orchestre localMC ..

À , il tombe amoureux de Marie Morel, pianiste. La famille Dolmetsch s'opposant à cette union, le couple se marie à Londres et passe quelques mois aux États-Unis avant de regagner l'Europe. Pour parfaire ses études musicales, Arnold entre au Conservatoire de Bruxelles. À cette époque, ses préférences musicales allaient vers Brahms et BerliozMC ..

Il étudie le violon avec Henri Vieuxtemps et, en 1881, entre au Conservatoire Royal où il obtient d'excellents résultats. Il y côtoie quelques rares musiciens intéressés par la musique pré-classique. Le directeur, François Gevaert, lui enseigne l'importance de l'ornementation et éveille en lui un intérêt pour les instruments anciens. Le Conservatoire organise un « concert historique » avec de la musique de Rameau, Haendel, Lully, Guédron, Bach, Couperin, Boccherini, Scarlatti, Van den Gheyn et L. Jouret (professeur), jouée sur clavecin, virginal, orgue positif, régale et violes de gambe. Bien qu'impressionné par la musique, il lui resta un sentiment que « quelque chose n’allait pas ». Il entre dans l’orchestre du conservatoire, et avec quelques amis, joue sur des instruments de la collection historiqueMC ; pour les "concerts Historiques" voir Haskell, et , note 42.. Marqué par une présentation catastrophique des instruments « anciens », il est convaincu de la nécessité d'en apprendre le jeu avec la même exigence que pour les instruments « modernes »..

Ses études à Bruxelles terminées, il part à Londres pour entrer au nouveau « Royal College of Music » (RCM) (1883).

Londres En 1885, il accepte un poste de professeur de violon au Dulwich College (au sud de Londres). Pour permettre aux élèves de jouer rapidement des airs simples, il pose des frettes amovibles sur les violons (méthode recommandée par John Playford (), suivant l'usage courant sur les violes)John Playford, « An introduction to the skill of Musick », édition, Londres, 1671. : « il sera nécessaire de placer six frettes, comme sur une viole ; bien que ceci ne soit pas habituel, c'est la meilleure façon pour un débutant... ».. Lors du concert de fin d’année 1890, les enfants ont joué du Purcell, avec des partitions copiées sur des manuscrits de la bibliothèque du Royal CollegeMC .

À partir de 1888 paraissent chez Novello ses propres éditions des sonates de Corelli et de HaendelMC .

En 1889, ayant déjà restauré une épinette et un clavecin, il achète et restaure une viole d'amour, vendue comme « alto ». Il cherche des partitions pour cet instrument dans les bibliothèques, sans succès ; mais il trouve quantité de partitions pour ensemble de violes de gambe. Rejetant l'idée de ressusciter ce répertoire avec des instruments modernes, il crée un ensemble de violes avec épinette, et forme Marie, sa fille Hélène et quelques élèves à leur jeu. L'étude de The Division Viol (1669) de Christopher SimpsonDisponible sur IMSLP/Petrucci lui permet de jouer correctement cet instrumentMC .

Peu après, il achète un luth et apprend à en jouer à partir des « méthodes » anciennesProbablement Thomas Mace, Musick's Monument (1676), qu'il cite dans un texte de 1891. Disponible sur IMSLP/Petrucci. Il en construit une copie, terminée en 1893.

Il entame une série de concerts avec sa famille ; bientôt il obtient du succès dans certains milieux, notamment auprès des partisans de l'important mouvement Arts & Crafts de tendance artisanale et anti-industrielleMC chs III-V et passim. The Times soutient ses démarches, grâce à leur critique musical George Bernard Shaw, qui devient un ami personnel. Par contre, il est ignoré par l'establishment musical, à part quelques musicologues spécialisés qui font appel à lui pour illustrer leurs conférencesMC .

Aux concerts de 1894, on pouvait entendre de la musique non seulement anglaise, mais aussi italienne (Frescobaldi, Cesti, Corelli, Vivaldi, Picchi, Caroso, Caccini et les Scarlatti) et française (Adrian Le Roy, Valet, de la Barre, Rameau, Rivière, du Fresnay, Couperin et Marin Marais — "un compositeur important... dont la découverte est entièrement due à M. Dolmetsch", selon The Times) MC .

Il fabrique son premier clavecin à l'instigation de William Morris pour l'importante exposition « Arts and Crafts » tenue en 1896. L'exposition s'ouvre avec un concert-démonstration donné par Arnold, Hélène et sa deuxième femme Élodie, avec une musette de Couperin pour clavecin et viole d’amour et un Concert de RameauMC .

États-Unis En 1903 et 1905, il entreprend des tournées de concerts aux États-Unis, qui remportent un grand succès. Il s'installe dans le pays et devient responsable du département « clavecins » du facteur de pianos à Boston (Massachusetts), dont le catalogue inclut « clavicorde, virginal, clavecin, ottavina (une petite épinette), épinette, théorbe, luth, harpe éolienne, psaltérion, luth et viole de gambe » Robert W Ageton : Register of the Chickering and Sons Collection, 1823-1895, , note (10). Consulté le .. Chickering lui organise des concerts dans le Chickering Hall de Boston et lui laisse une grande liberté pour faire des tournées. Il fait appel aux musiciens du Boston Symphony Orchestra pour étoffer l'ensemble.

À la suite de la crise de 1910, Chickering est obligé de revoir la qualité de ses instruments à la baisse et d’abandonner la production des clavecinsMC chs XII-XV.. Dolmetsch décide de rentrer en Europe. Avant de partir, il donne une série de douze conférences à l'université Harvard, La musique ancienne et ses instruments ; partant de la musique du temps de Henri VIII, il termine avec J.S. Bach et la transition vers la musique de HaydnMC ..

France Dolmetsch rentre en France en 1911, pour accepter un poste similaire chez Gaveau à Fontenay-sous-Bois. Il peut toujours s'absenter pour donner des concerts, à la salle Gaveau, aux soirées « Le Five o'clock du Figaro », et même des tournées en AngleterreMC .. Pour ses instruments, au lieu d'une simple finition en laque, il adopte le style français du qu'il conservera après son retour en Angleterre MD p 96. En même temps, il travaille sur son livre The Interpretation of the Music of the XVIIth and XVIIIth Centuries, le premier texte moderne qui explique les usages de l'époque pré-classique. Au bout de son contrat de trois ans, Dolmetsch décide de rentrer en AngleterreMC ..

Angleterre

Après quelques années à Hampstead, la famille s'installe à Haslemere (au sud-est de Londres), où Arnold établit un atelier. Il donne des cours de violon dans les écoles, les violons pour débutants étant toujours pourvus de frettes. En 1919, après un concert, il perd sur un quai de gare sa flûte à bec de Bressan (début ). Il se met alors à en construire une – qui est peut-être la première flûte à bec des temps modernes. Il n'y voit pas d'avenir commercial ; les doigtés étaient considérés comme « difficiles, nécessitant étude »AD et il n'existait pas de méthode moderne.

En 1925, il organise le premier « Haslemere Festival » : deux semaines de concerts commentés avec visites de son atelier. Le festival deviendra un événement annuel. Le programme inclut le Concerto pour clavecin, deux flûtes à bec et cordes (Brandebourgeois ) de J. S. Bach. Le facteur allemand achète un ensemble d’instruments, qu'il copie en « simplifiant » les doigtés (avec des effets néfastes pour la sonorité) ; c'est une réussite commerciale et musicale en Allemagne. Les ateliers Dolmetsch se rattrapent dans les années 1930, avec les doigtés justes, et Arnold devient président de la nouvelle « Society of Recorder Players »Hunt, Edgar, The recorder and its music, London, Eulenberg chapitre 7.

Un groupe d'amis, d'élèves et de musiciens avertis financent et créent en 1928 « La Fondation Dolmetsch » afin d’encourager, préserver et diffuser ses actions et recherches, et de faire face aux coûts de fonctionnement et d'agrandissement de l'atelierMC https://www.dolmetsch.com/dolmetschfoundation.htm, consulté en janvier 2018.

Le , Arnold Dolmetsch prend la nationalité britanniqueMC .

Dans les années 1930, il recrée les harpes celtiques (galloises, irlandaises et écossaises) et propose un déchiffrement de la tablature des bardesMD pp 148, 152-3.

Sa famille participe à des enregistrements pour le Columbia History of Music by Ear and Eye, sur disques . Plus tard, Arnold se lance dans un projet d'enregistrement des et fugues du "Clavier bien tempéré", mais son âge et son état de santé ne lui permettent pas de le terminerMC .

En 1937, le Royaume-Uni lui accorde une pension sur la bourse royaleCivil List Pension; MC p 276 ; en 1938, la France le décore de la Légion d'HonneurMC  ; en 1939, l'université de Durham lui attribue un Doctorat de Musique honoris causaMC .

Arnold Dolmetsch s'éteint le .

Famille

Arnold se marie trois fois : Marie Morel, veuve, remariage 1878 (Londres), séparation 1893, divorce 1898 (Zurich). Mère de Hélène. Pianiste, elle joue aussi de la viole et l'épinette dans l’Ensemble Dolmetsch. Elle n'approuve ni les orientations musicales d'Arnold, ni ses amis « bohèmes », ni son accaparement de l'espace domestique par ses travaux d'atelierMC .. Une fille, Hélène, (1878 – 1924), née à Nancy, où résident les parents de Marie. VioloncellisteMC . et gambiste. Dès 11 ans, elle joue régulièrement avec l'ensembleMC .. Elle a beaucoup souffert de la séparation de ses parents et du remariage d'Arnold.

Élodie Désirée Dolmetsch, mariage 1899 (Zurich), divorce 1903 (Zurich). Ex-femme d'Edgard Dolmetsch, frère d'Arnold. Elle arrive en Angleterre en 1895 pour gérer la maison après le départ de Marie ; pianiste, elle maîtrise rapidement le clavecin et rejoint l'ensembleMD pp 14-15.. Après son divorce, Élodie fait des tournées de concert en Angleterre et en Amérique du Sud avant de rentrer en France, où elle obtient un certain renom en tant que clavecinisteMC ..

Mabel Johnston (1874-1963), mariage 1903. Grâce à un ancien élève de Dulwich College, elle contacte Arnold en 1896 pour étudier le violon ; Arnold la réoriente vers la basse de viole et le violonMD  ; MC .. Ses travaux sur la danse des font autoritéElle publie notamment Dances of England and France from 1450 to 1600 (1949) et Dances of Spain and Italy from 1400 to 1600 (1954) (Londres, Routledge & Kegan Paul).. Ces recherches sont appuyées par Arnold, pour lequel la connaissance des pas de danse aide à l'interprétation de la musique. Quatre enfantsMC . : Cécile (1904 - 1997) née à Dorking, Angleterre ; soprano, spécialiste du pardessus de viole. Nathalie (1905 - 1989) née à Chicago, États-Unis ; gambiste. Elle traduit en anglais le « Traité de la viole » de Jean Rousseau. Rudolph (1906 - 1942) né à Cambridge, Massachusetts, États-Unis ; claveciniste, gambiste, compositeur. Il aborde peu à peu la musique « moderne » pour devenir chef d'orchestre. Mort en mer.