vignette|upright=1.5|Taux de croissance de la population, 2018source : CIA vignette|200px|La densité de population est facteur de promiscuité (ici à Taipei) pouvant augmenter le risque épidémique et pandémique vignette|200px|L'empreinte écologique de l'urbanisation est l'un des facteurs en jeu dans les évaluations de la surpopulation (ici : New York, Manhattan)
La surpopulation est un état démographique caractérisé par le fait que le nombre d'individus d'une espèce vivante excède la capacité de charge de son habitat, c'est-à-dire sa capacité à : fournir les ressources nécessaires pour assurer la pérennité de cette espèce ; réparer les agressions (pollutions, perturbation des régulations écologiques naturelles) infligées par cette espèce à son environnement.
Cette notion peut être envisagée à l'échelle d'un territoire (qui peut être local, régional, national, continental) ou de la planète Terre elle-même. Dans ce cas, les limites démographiques à prendre en compte comprennent de surcroit la sauvegarde des processus de régulation globaux (régulation de la température et de la composition chimique de l'atmosphère et des océans, des pluies, des courants marins), qui tendent à maintenir le système Terre dans un état propice à la vie.
La notion est parfois appliquée au domaine vétérinaire ou de l'élevage (population animale) ou à des sous-unités géographiques ou sociales (on parle par exemple de « surpopulation carcérale »).
Le présent article traite essentiellement du cas de la surpopulation humaine.
Histoire Histoire de la croissance démographique vignette|upright=1.5|Démographie mondiale estimée, depuis la fin de la dernière glaciation ( environ) thumb|upright=1.5|left|Estimation de 2011 du nombre d'années (en rouge) pour que la population mondiale augmente d'un milliard d'individus. Ce type de diagramme inclut à la fois des évaluations démographiques rétrospectives et une part de prospective démographique (projections démographiques pour la période 2010-2050). Le chiffre entre parenthèses indique l'année à laquelle le seuil du milliard d'êtres humains est atteint. On notera la dérive sur les estimations (8e milliard estimé en 2028 mais atteint en 2022).|205x205px
La paléodémographie étudie les comportements et les structures des populations préhistoriques. Elle a permis par exemple d'évaluer la population totale d’Homo ergaster, qui vivait en Afrique entre - 1,8 et 1 million d'années avant notre ère, au maximum à .
L'économie de la société paléolithique est celle de chasseurs-cueilleurs. La densité de population est estimée autour d'un habitant par kilomètre carré, cette faible densité étant principalement due à une masse grasse corporelle faible, aux infanticides, aux femmes se livrant à des exercices d'endurance intenses, au sevrage tardif des nourrissons et au mode de vie nomade.
Selon la théorie de la catastrophe de Toba, une gigantesque éruption volcanique a modifié l'histoire de l'évolution humaine par une réduction sévère de la population il y a environ : la population mondiale aurait été réduite à .
Depuis cette époque jusqu'à la fin du Paléolithique, on estime que la population mondiale n'a probablement jamais dépassé, selon les sources, 1 million à 15 millions d'individus avant l'invention de l'agriculture.
La révolution néolithique, après la fin de la dernière glaciation, il y a , entraîne une explosion démographique grâce à l'invention de l'agriculture.
Les estimations de population de l'Empire romain s'élèvent à 50–60 millions d'habitants vers 300–400 ap. J.-C Population estimates of the Roman Empire, Kenneth W. Harl.
La peste dont la première apparition connue date du règne de Justinien a réduit la population de l'Europe d'environ 50 % entre 542 (peste) et le .. Les estimations de la population totale de l'Europe à l'époque de Charlemagne sont floues, mais elle est évaluée entre 25 et 30 millions, dont 15 millions en France carolingienne.
La population de l'Europe dépassait 70 millions en 1340 "History of Europe – Demographic and agricultural growth". Encyclopædia Britannica..
Au début du , après une longue période d'expansion par défrichement, l'Europe était, selon certains avis, surpeuplée. L'Angleterre était passée d'environ un million d'habitants en 1086 à une fourchette de 5 à 7 millions. La France de 1328 était géographiquement plus petite qu'aujourd'hui mais avait déjà entre 18 et 20 millions d'habitants, niveau qui ne sera dépassé qu'au début de l'Époque moderne. Plusieurs catastrophes vinrent décimer des millions d'Européens, de la Grande famine de 1315-1317 à la Peste noire en passant par la guerre de Cent Ans. La pandémie de la Peste noire pourrait avoir réduit la population mondiale de 450 millions en 1340 à 350-375 millions en 1400 ; il fallut près de 200 ans pour que la population de l'Europe retrouve son niveau de 1340 « A Distant Mirror », Time Europe, , , ..
La Chine a subi un déclin démographique depuis un niveau estimé à 123 millions vers 1200 jusqu'à environ 65 millions en 1393, qui fut probablement dû à la combinaison des invasions mongoles et à la peste noire.
Lors de la fondation de la Dynastie Ming en 1368, la population de la Chine était évaluée à 60 millions ; vers la fin de la dynastie en 1644, elle pourrait avoir approché 150 millions Qing China's Internal Crisis: Land Shortage, Famine, Rural Poverty, Asia for Educators, université Columbia..
La population de l'Angleterre atteint environ 5,6 millions en 1650, alors qu'elle était estimée à 2,6 millions en 1500 « History of Europe – Demographics », Encyclopædia Britannica.. Les nouvelles cultures apportées à l'Asie et l'Europe depuis les Amériques par les colonisateurs espagnols au ont contribué à la croissance de la population China's Population: Readings and Maps, université Columbia, East Asian Curriculum Project. The Columbian Exchange, The University of North Carolina.. Depuis leur introduction par les commerçants portugais au Super-Sized Cassava Plants May Help Fight Hunger In Africa, The Ohio State University., le maïs et le manioc ont remplacé les cultures traditionnelles d'Afrique comme les plus importants aliments de base du continent.
La population totale des Amériques en 1500 pourrait s'être située entre 50 et 100 millions. La population précolombienne d'Amérique du Nord se chiffrait probablement quelque part entre 2 millions et 18 millions « Microchronology and Demographic Evidence Relating to the Size of Pre-Columbian North American Indian Populations », Science.. Les rencontres entre explorateurs européens et populations du reste du monde ont souvent introduit localement des épidémies d'une extraordinaire virulence. Des preuves archéologiques indiquent que la mort de près de 90 % de la population indigène Amérindienne du Nouveau Monde fut causée par des maladies de l'Ancien Monde telles que la variole, la rougeole et la grippe « The Story Of… Smallpox – and other Deadly Eurasian Germs », Public Broadcasting Service (PBS).. Au fil des siècles, les Européens avaient développé de hauts degrés d'immunité à ces maladies, tandis que les peuples indigènes n'avaient pas de telle immunité
Croissance de la population 1990–2012 (%), p.72, Agence internationale de l'énergie, à partir de données de l'OCDE et de la Banque Mondiale. Monde 33,4 % Afrique 73,3 % Moyen-Orient 68,2 % Asie hors Chine 42,8 % Amérique latine 36,6 % OCDE Amérique du Nord 27,9 % Chine 19,0 % OCDE Europe 11,5 % OCDE Pacifique 11,1 % Europe et Eurasie hors OCDE -0,8 %
thumb|upright=1.5|right|Carte des pays du monde par taux de croissance démographique (2011)Source : CIA World Factbook Population growth rate, sur le site de la CIA.
La Révolution industrielle a entrainé, du fait de l'augmentation du niveau de vie et des progrès de la médecine, une baisse de la mortalité, et par conséquent une croissance de la population dont le taux s'accélère progressivement. Cet enchaînement débute en Grande-Bretagne à la fin du , puis se propage à la France au début du , à l’Allemagne et aux États-Unis à partir du milieu du , au Japon à partir de 1868 puis à la Russie à la fin du .
La population mondiale à la fin du est estimée à un peu moins d'un milliard. Au début du , elle atteint environ 1,6 milliard. En 1940, elle est déjà de 2,3 milliards.
La croissance démographique devient spectaculaire à partir de 1950 (plus de 1,8 % par an) du fait de la généralisation de la Révolution industrielle à l'ensemble de la planète et en particulier de la forte croissance de la production alimentaire apportée par l'industrialisation de l'agriculture provoquée par la Révolution verte "The limits of a Green Revolution?". BBC News. ..
Le taux de croissance démographique mondial a atteint un pic à 2,1 % l'an dans la période 1965-1970 Prévisions de population 2010, Nations unies, Dépt des Affaires économiques et sociales (ESA).. Depuis, il s'abaisse progressivement (1,2 % l'an pour 2005-2010).
Par exemple, l'Indonésie a vu croître sa population de 97 millions en 1961 à 237,6 millions en 2010 ., soit une augmentation de 145 % en 49 ans. En Inde, la population a cru de en 1951 à en 2011., un bond de 235 % en 60 ans.
La croissance démographique est très inégalement répartie : le tableau ci-contre montre que les taux les plus élevés concernent les pays qui ont amorcé leur transition démographique le plus tardivement, alors que ceux qui l'ont commencée les premiers ont des taux de croissance faibles, voire négatifs.
En France Les Homo erectus dont les archéologues ont retrouvé des traces datées de 1,6 million d'années près de Béziers n'étaient que quelques milliers en France.
On estime aujourd'hui que les hommes préhistoriques vivant (sur ce qui correspondait à cette époque au territoire français actuel) de chasse et de cueillette étaient en état de « surpopulation » à partir de 3 à 4 habitants en moyenne au km², mais avec des déséquilibres manifestes n'apparaissant probablement qu'à un seuil de 8 à 10 habitants/km². Une surpopulation locale se résolvait par l'émigration ou une surmortalité temporaire (famine et/ou maladie) et peut-être parfois des conflits armés.
L'agriculture sur brûlis a permis une première hausse de population (à environ ), mais ce système induisit rapidement une crise auto-entretenue (cercle vicieux par la dégradation des meilleurs sols et la lenteur de la reconstitution du couvert forestier).
L'invention de l'agriculture et de l'élevage, puis la diffusion de l'assolement biennal permirent un nouveau seuil (d'environ 20 habitants/km²) en France dans l'Antiquité, passant à 35 à 40 au Moyen Âge grâce notamment à la jachère et à des systèmes de polyculture-élevage d'agrosylviculture et à l'introduction de la charrue (qui permet un désherbage éliminant la compétition par les adventices, mais dégrade rapidement l'humus et produit une semelle de labour). L'assolement triennal sur les sols très riches de la moitié nord de la France et l'invention du bocage de haies vives en Bretagne et Normandie ont encore augmenté les rendements, permettant à un maximum de 20 millions d'habitants de vivre de la production du sol et de la pêche. Il semble qu'une limite fut atteinte au cours du : la croissance diminua ainsi que la qualité des sols cultivés, fragilisant les populations (d'où probablement la virulence de la Grande Peste de 1346 qui tua un tiers de la population européenne).