Alphonse de Bourbon , duc de Bourbon, duc de Bourgogne (titres de courtoisie), puis duc de CadixTitre régulier conféré en 1972 par le général Franco, chef de l’État espagnol. et duc d’Anjou, né le à Rome (Italie) et mort le à Beaver Creek (Colorado, États-Unis), est fils de Jacques-Henri de Bourbon, petit-fils du roi , et cousin germain du roi .
Aîné par primogéniture mâle des Capétiens, c'est-à-dire des descendants en ligne directe d'Hugues Capet (et de saint Louis), Alphonse de Bourbon est chef de la maison de FrancePatrick Van Kerrebrouck, La maison de Bourbon (1256-1987), Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, Patrick Van Kerrebrouck, Villeneuve-d'Ascq, 1987, 315. en tant que chef de la maison de Bourbon à la mort de son père Jacques-Henri de Bourbon (le ), et les légitimistes le considèrent comme le roi de France et de Navarre de jure, sous le nom d'.
Il possédait la double nationalité espagnole (héritée de son père) et française (héritée de sa mère) et son passeport français (de même que sa carte d'identité françaiseLa photocopie de cette carte a été publiée en 2000 dans le livre Los Borbones incómodos de Juan Balansó (25 de l'encart photographique), Plaza & Janés Editores, Barcelone .) portait mention du titre de courtoisie de « duc d’Anjou » et de la qualification d’altesse royaleUne telle qualification sur les papiers d’identité n’a pas d’existence juridique puisque S. A. R. n’est pas une mention strictement légale.
Biographie Alphonse de Bourbon est le fils aîné de Jacques-Henri de Bourbon (1908–1975) et de sa première épouse Emmanuelle de Dampierre (1913–2012), fille de Roger de Dampierre (1892–1975).
Il est baptisé en la chapelle du Palais Ruspoli à Rome par le pape Pie XII. Son parrain est son grand-père paternel, l’ancien roi d’Espagne, Alphonse XIII. Sa marraine est sa grand-mère maternelle, Vittoria Ruspoli.
Sur la demande de leur mère, Alphonse et Gonzalve font de fréquents séjours à l’étranger pour pouvoir apprendre des langues. Les deux frères passent ainsi des étés en Belgique avec leur grand-mère maternelle et en Angleterre auprès de leur arrière-grand-tante, la marquise de Milford Haven, puis chez le fils de cette dernière, le comte Mountbatten de Birmanie..
Alphonse de Bourbon est très proche de sa grand-mère, la reine Victoire-Eugénie d’Espagne.. Le , il est titré duc de Bourbon et de Bourgogne par son père, Jacques-Henri de Bourbon, fils aîné du roi (il s'agit de titres de courtoisie).
Membre du Gotha, le duc de Cadix assiste à divers événements princiers et royaux tels que le mariage du roi Baudouin de Belgique, celui du roi Gustave de Suède ou encore celui de la princesse Caroline de Monaco.. Il est également choisi comme témoin lors du mariage civil de son cousin germain Juan Carlos et de la princesse Sophie de Grèce, le ...
Le , le duc de Ségovie (père d’Alphonse) accepte (à la demande de son fils aîné), par une lettre envoyée à Francisco Franco, la désignation comme futur roi d'Espagne de son neveu, Juan Carlos de Bourbon. Cette acceptation est faite .
Le à Madrid, Alphonse de Bourbon signe à son tour, comme le fait également l'infant (cousin germain de Jacques-Henri de Bourbon), un acte d’acceptation de la désignation par Francisco Franco de son cousin germain Juan Carlos comme futur roi d’Espagne.
Le , pour la naissance de son fils François, il est titré duc de Cadix avec qualification d'altesse royale par décret du général Franco (grand-père de Carmen Martínez-Bordiú), qui devient arrière-grand-père pour la première foisLe choix du titre de duc de Cadix a été fait par le prince d'Espagne, futur , à qui Franco avait envoyé un membre éminent du gouvernement pour qu'il fasse part à son père, le comte de Barcelone, du désir du Caudillo de concéder à un titre de la maison royale avec la qualification d'altesse. « Un enviado de Franco, persona del Gobierno y muy caracterizada, visitó a Don Juan Carlos de parte del General para que dijera a su padre que el Caudillo quería que se le concediera a Alfonso un título de la Casa Real con el tratamiento de Alteza. El Príncipe habló con su padre. Éste fue el que eligió el título de Cádiz [...] », Fernando García-Mercadal y García-Loygorri, Los Títulos de la Casa Real: algunas precisiones jurídico-dinásticas . Real Academia Matritense de Heráldica y Genealogía, 1998, . Franco fait inscrire dans le décret que cette titulature est concédée à Alphonse de Bourbon . Toutefois, le récipiendaire était déjà qualifié d'altesse royale par l'État espagnol (alors que cette qualification ne lui avait pas encore été officiellement concédée), notamment sur son passeport, sur l'acte d’acceptation de la désignation du prince d'Espagne (), sur le décret nommant Alphonse de Bourbon ambassadeur d'Espagne en Suède (), et sur le communiqué annonçant ses fiançailles avec la petite-fille du chef de l'État () : ..
Le , à la mort de son père, il devient l'aîné des Capétiens et des Bourbons et, ipso facto, le chef de la maison de France.. Le de la même année, il prend le titre de duc d'Anjou. Et le , il prête serment en tant que grand maître de l'ordre du Saint-Esprit.
Le , il est victime d'un grave accident automobile, qui coûte la vie à son fils aîné François (décédé à l’hôpital de Pampelune le ). Il est soigné, à sa demande, en France, à Paris.
En 1987, en qualité de président du Comité olympique espagnol, il visite l'abbaye de Saint-Gilles au cours d'un déplacement dans le Gard qui avait pour but d'identifier de possibles lieux d'entraînement pour les sportifs des Jeux olympiques de Barcelone. Il est accueilli par le député Charles de Chambrun et le peintre Josette SpiaggiaArticle du Midi-Libre, 1987. Au cours de la visite, il admire la crypte, la vis et une exposition sur les rois de France.
Mariage et descendance gauche|vignette|Le duc et la duchesse de Cadix lors de leur mariage en 1972.
Le , en la chapelle du palais du Pardo, près de Madrid, il épouse Carmen Martínez-Bordiú y Franco (1951), fille de Cristóbal Martínez-Bordiú (1922-1998), marquis de Villaverde, et de Carmen Franco (1926-2017), elle-même fille du général Francisco Franco. Lors de cette cérémonie retransmise à la télévision espagnole, les nombreux invités comprenaient le prince et la princesse d’Espagne et leurs enfants (dont l’actuel roi Felipe VI), les tantes d’Alphonse (les infantes Beatriz et Marie-Christine), la reine Fabiola de Belgique, la princesse Christine, le prince Bertil et son épouse la princesse Liliane de Suède, le roi et la reine des Hellènes, le prince Rainier et son épouse Grace de Monaco, la reine Géraldine d’Albanie ou encore l’ancien roi de Bulgarie et son épouse..
De ce mariage naissent deux fils : François (1972-1984), Louis-Alphonse (né en 1974). Cette union est déclarée nulle par l'Église catholique le (séparés dès 1979, les deux époux avaient divorcé le à Madrid).
Il était fiancé avec l’archiduchesse Constance de Habsbourg-Lorraine au moment de son décès.
Carrière professionnelle Avocat au Barreau de Madrid ; Ambassadeur d'Espagne en Suède du . au . ; Banquier ; Président du Comité olympique espagnol ; Président de l'Institut pour la culture hispanique du . au ..
Activités en tant qu'aîné de la maison de Bourbon vignette|redresse|Le prince Alphonse en 1963. À partir de la fin de l', après des mois d'hospitalisation et de rééducation, il vit entre Madrid et la France, multipliant les rencontres, les échanges avec les autorités françaises et les Français, épaulé par l'Institut de la maison de Bourbon.
Pendant l’, il participe à de nombreuses commémorations officielles du Millénaire capétien en qualité d'aîné des descendants d’Hugues Capet (fondateur en l' de la dynastie capétienne), le président François Mitterrand lui préférant toutefois son cousin le comte de Paris. Le duc d'Anjou se dit satisfait des hommages, tout en critiquant la Révolution française avec la prochaine célébration du bicentenaire.
Il est membre titulaire de la Société des Cincinnati de France, où il représente , chef suprême des armées françaises lors de la guerre d'indépendance des États-Unis, Alphonse de Bourbon étant son plus proche parent dans l'ordre de primogéniture masculine. La Société des Cincinnati de France regroupe les descendants (ou collatéraux) par primogéniture masculine des officiers français ayant combattu aux côtés des indépendantistes américains.
Mort et funérailles En 1989, alors qu'il teste une piste de ski pour le championnat du monde de ski alpin à Beaver Creek (Colorado, États-Unis), il heurte à pleine vitesse un câble tiré en travers de la piste, qui le blesse mortellement au cou. L'enquête fut ouverte pour homicide avant de conclure à l'accident. Il décède peu après, puis est inhumé à Madrid, dans la chapelle du monastère des Déchaussées royales, aux côtés de son fils aîné. La famille royale d'Espagne est présente à son inhumation, de même qu’un grand nombre de personnalités du Gotha.
Après la messe funéraire, son aumônier, le père Christian-Philippe Chanut se présente sur la tombe encore ouverte du prince Alphonse pour dire la prière issue de la liturgie des rois de France. Puis il prononce l'éloge funèbre à la basilique Saint-Denis..
La double tombe porte l’inscription en espagnol : « Sus Altezas Reales don Alfonso y don Francisco de Borbón 20-IV-1936 - 30-I-1989 22-XI-1972 - 7-II-1984 » surmontée de trois fleurs de lys d'or.
À sa mort le , c'est son fils cadet, Louis, qui hérite de la prétention légitimiste au trône de France, sous le nom de « ».
Querelles dynastiques françaises
Alphonse de Bourbon était considéré par les légitimistes comme successeur des rois de France et de Navarre sous le nom d', ce qui était contesté par les orléanistes, partisans quant à eux d’Henri d'Orléans. Ces derniers arguaient notamment des renonciations faites lors des traités d'Utrecht (1713) par Philippe de France, ancêtre direct d’Alphonse de Bourbon, à ses droits sur le trône de France, d'un supposé « vice de pérégrinité » frappant les princes devenus étrangers « sans esprit de retour », ainsi que d’une « fusion » intervenue de facto en 1883 à la mort du comte de Chambord entre orléanistes et légitimistes de l’époque.
Aux yeux des orléanistes, Alphonse de Bourbon n'était « que » Son Altesse Royaled'après la qualification espagnole don Alfonso de Borbón y de Dampierre, duc de Cadix. Ils déniaient à Alphonse de Bourbon le droit de porter les pleines armes de France ainsi que le titre de duc d'Anjou, mais la justice française, saisie en 1988 par le comte de ClermontTribunal de grande instance de Paris, , Prince Henri d'Orléans, JCP 89.II.21213, confirmé par la cour d'appel de Paris, (appel de TGI Paris 21.12.1988 ; D.90, I.R. 4 ; JCP 90.II.21460 ; GP 08.03.1990, a déclaré irrecevable la demande d'interdiction.
Les légitimistes arguent au contraire, au regard des lois fondamentales de succession par primogéniture mâle et d'indisponibilité de la couronne (le roi reçoit la couronne pour en exercer droits et devoirs mais il n'en dispose pas : il ne peut ni abdiquer, ni désigner ni écarter de successeur), d'une nullité des renonciations faites lors des traités d'UtrechtDès l'Ancien Régime, le nombre et la teneur des lois fondamentales fut fort discuté, les parlements y voyant, selon F. Olivier-Martin dans son manuel d'histoire du droit, un moyen de limiter le pouvoir royal. (renonciations que Philippe V lui-même avait déclaré nulles) ; et ils contestent tout prétendu principe d'exclusion des princes devenus étrangers et de leur descendance (a fortiori, un certain nombre de rois de France ont régné sur d'autres pays, comme la Navarre ou la Pologne). Quant à la fusion de 1883, elle ne put avoir lieu car une partie des légitimistes de l'époque restèrent fidèles à la loi salique et à la nouvelle branche aînée des Bourbons, dont le chef était le prince Jean de Bourbon (1822-1887), comte de Montizón.
Port des armes pleines de France